Larégion viticole du Sud-Ouest s’étend sur plus de 57 500 hectares classés en AOC-AOP, pour une production annuelle de plus de 4,5 Millions d’Hectolitres de vin par an et plus de 6 000 domaines viticoles, 150 maisons de négoces, 23 caves coopératives et 1 000 caves particulières. La production est représentée à 80% par les vins rouges et rosés et à 20% par les vins blancs Et la Nouvelle-Aquitaine alors ? Disons que la plus vaste région de France est mieux équipée pour servir ce qui accompagne parfaitement un fromage, à savoir un verre de vin, que pour le fromage lui-même. On n’y compte en effet que deux heureux titulaires d’une AOC appellation d’origine contrôlée et, mieux encore, d’une AOP appellation d’origine protégée, l’ossau-iraty et le chabichou, datant de la même année, 1996. Quatre, avec le rocamadour et le cantal, si on enjambe la frontière entre Nouvelle-Aquitaine et ses deux régions voisines, l’Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes voir l’infographie ci-contre.Des fromages au lait cru brebis pour l’ossau-iraty, chèvre pour le chabichou et le rocamadour avec des cahiers des charges très rigoureux concernant les races ovines ou caprines, leur alimentation, ou les délimitations géographiques. Les terroirs de nos fromages AOP En Nouvelle-Aquitaine, on trouve deux formages titulaires d’une AOC appellation d’origine contrôlée et, mieux encore, d’une AOP appellation d’origine protégée, l’ossau-iraty et le chabichou, datant de la même année, 1996. Sans mettre en doute leurs qualités gustatives ou le talent des producteurs qui les fabriquent, ils n’ont cependant pas la renommée internationale d’un camembert, d’un comté ou d’un n’a pas empêché un ossau-iraty de remporter en 2011 le titre de World’s Best Unpasteurized Cheese » meilleur fromage au lait cru du monde et de Best French Cheese » meilleur fromage français dans un grand concours fromager se tenant en Angleterre. Bien sûr, ces trophées gastronomiques sont souvent sujets à caution, mais pourquoi se priver d’un motif de satisfaction et d’un cocorico régional ? Pourquoi le Sud-Ouest, dont les habitants ne sont pas moins amateurs de fromage que leurs compatriotes le Français en consomme 24 kilos par an, juste derrière le Grec avec ses 25,40 kilos, n’est pas réputé pour sa propre de réponse avec Hervé Mons, Meilleur Ouvrier de France installé à Roanne et à Lyon, considéré comme la sommité française du plateau. Un brin provocateur, il espère qu’un kilo de fromage se vendra un jour au prix d’un petrus, et souligne que, si le phylloxéra avait réduit à néant le vignoble régional, il y aurait sans doute plus de pâturages et donc de production fromagère. Le fromage de brebis ossau-iraty est produit en Béarn et au Pays basque, son terroir d’origine. Il a obtenu l’AOC en 1980 et l’AOP en 1996 DR Dans l’ex-Aquitaine, c’est davantage dans les zones de relief qu’on trouve des fromages avec de la typicité. » Même si, rappelons-le, on cultive aussi la vigne sur les flancs de la montagne basque. Je me souviens d’anciens salons Vinexpo où je me chamaillais avec des viticulteurs qui n’admettaient pas qu’un fromage de caractère vienne concurrencer le goût de leur nectar. Mais les choses ont heureusement évolué. » En réalité, poursuit Hervé Mons, il y a une belle production fromagère en Nouvelle-Aquitaine, même si elle n’est pas labellisée. Ils sont surtout issus du lait de chèvre, dans les départements de l’ancien Poitou-Charentes ou en Gironde, en Dordogne et en Lot-et-Garonne. En dehors du lait qu’elle fournit, la chèvre a l’avantage d’être une débroussailleuse hors pair. » Dans l’ex-Aquitaine, c’est davantage dans les zones de relief qu’on trouve des fromages avec de la typicité. Plus de 3 400 fromageries en FranceEt, quitte à faire sursauter les gardiens du temple du lait cru, Hervé Mons se refuse à snober l’industrie fromagère, bien implantée dans la région, par exemple avec la Fromagerie des Chaumes, installée à Jurançon, Mauléon Pyrénées-Atlantiques et Saint-Antoine-de-Breuilh Périgord, et ses marques comme Chaumes, Etorki ou Saint Albray. Citons aussi Fromarsac, à Marsac-sur-l’Isle Dordogne, également propriété du groupe Savencia, connue pour les fromages Saint Môret, Chavroux ou Tartare. Je considère que la Fromagerie des Chaumes sait inventer et promouvoir une marque, ajoute Hervé Mons. Il ne faut pas rejeter ceux qui aiment consommer ces produits. C’est comme quelqu’un qui commence par lire des romans de gare et continuera avec les grands classiques de la littérature. Il faut aussi admettre qu’on peut être très raffiné, très cultivé, et n’avoir aucune attirance pour le fromage. » Bordeaux est une des villes de France où on recense le plus d’ouvertures de crémeries-fromageries Quand Hervé Mons assure que les choses ont évolué depuis les salons Vinexpo auxquels il participait, c’est que la population de la capitale régionale n’est plus du tout la même qu’il y a trente ans et qu’elle est en perpétuel mouvement. Beaucoup de Bordelais viennent d’autres régions, notamment de région parisienne, souvent avec un bon pouvoir d’achat, et ils apprécient le fromage. C’est une des villes de France où on recense le plus d’ouvertures de crémeries-fromageries », assure-t-il en évoquant le temps lointain des pionniers Jean d’Alos, Antonin, ou encore le restaurant Baud et Millet, qui, depuis une trentaine d’années, ne sert que des plats à base de fromage. En 2020, l’Ifop comptait 3 400 commerces consacrés au fromage dans l’ensemble du territoire et d’autres ont ouvert depuis. Au lait pasteurisé et au goût de noixExemple de ces nouveaux et jeunes détaillants, Sylvette et Louis Salbreux, qui, à l’automne 2019, ont choisi la rive droite bordelaise pour ouvrir Madame Fromage. Beaucoup de clients nous demandent des fromages régionaux, à côté de produits plus classiques comme une raclette ou un camembert, et nous n’avons que de l’ossau-iraty ou du chabichou à leur proposer », explique Sylvette. Louis et Sylvette Salbreux se sont installés sur la rive droite bordelaise pour ouvrir la fromagerie Madame Fromage, en 2019. Claude Petit / SUD OUEST Le couple, qui met aussi en avant d’autres produits locaux, comme des yaourts basques, oriente ses clients intéressés vers des fromages de la région mais au lait pasteurisé, comme la trappe d’Échourgnac, affinée en Dordogne au vin de noix, d’où un goût prononcé qui ne plaît pas à tous les palais. Sylvette évoque aussi un fromage cousin, la tomme des croquants, au même parfum de noix un peu moins puissant et originaire du même département. Il y a beaucoup de petits producteurs, notamment en Gironde, mais ils préfèrent vendre directement chez eux ou sur les marchés plutôt que de passer par le tarif professionnel », ajoute Louis Salbreux. Une bonne occasion de partir à la découverte de ces artisans et de prendre la route des fromages, comme on le fait pour le vin. Et n’oubliez pas le pain… La ferme Feranyo gravit le sommet de l’AOC ossau-iraty La ferme Feranyo, au Pays basqueFrère et sœur, Albert et Sophie Esain fabriquent au Pays basque du fromage de brebis depuis 2007. Un produit apprécié et qui se vend bien, avec ou sans label. Mais le coût croissant de l’alimentation du cheptel a de quoi les inquiéter. Le fromage de la ferme Feranyo est disponible dans plusieurs points de vente et il est servi dans quelques restaurants du Pays basque. Si on l’achète sur place, le ardi gasna » fromage de brebis en basque de la ferme Feranyo se mérite avant de se déguster. Il faut dépasser le village des Aldudes, jusqu’au quartier Esnazu, et emprunter pendant plusieurs minutes une petite route qui monte jusqu’à l’exploitation familiale des Esain, la dernière avant l’Espagne. Ne dites pas à Sophie Esain qu’il vaut mieux ne pas oublier le pain. Elle l’a entendu des dizaines de fois et vous fera vite comprendre que ça l’ et son frère Albert sont les deux piliers de la ferme Feranyo. Mes parents élevaient des brebis et mes grands-parents aussi, explique Albert Esain, 56 ans. La question ne s’est pas posée pour moi. Je ne saurais pas faire autre chose et je ne vivrais pas ailleurs qu’ici. » Le fils aîné d’Albert, Mathieu, 25 ans, a rejoint son père et sa tante. Sa sœur Marine, 22 ans, travaille chez Pierre Oteiza et vient donner un coup de main dès qu’elle a du temps libre. Et le benjamin, Nicolas, 19 ans, termine ses études au lycée fabrication sur place du fromage est pourtant récente. On s’est lancé en 2007, précise Albert Esain. Jusque-là, on vendait notre lait de brebis à la coopérative. » La décision implique un investissement important de 200 000 euros pour s’adapter aux normes européennes. Et elle charge un peu plus les journées des Esain, déjà bien remplies avec, à 10 heures et 18 heures, les deux traites quotidiennes du cheptel de manechs à tête rousse, passé de 300 à 700 têtes, dont 180 agnelles, nées en novembre. Les brebis manechs de race locale peuvent produire jusqu’à 1 200 litres de lait par jour. Mais leur élevage se fait selon un cahier des charges strict Archives Jean-Daniel Chopin 10 000 tommes pour OteizaEn pleine saison hivernale, les brebis produisent jusqu’à 1 200 litres de lait par jour. La ferme possède également un troupeau de porcs Kintoa. On leur donne le petit-lait qu’on n’a pas le droit de jeter, sous peine d’amende, précise Albert Esain. La viande est récupérée par la charcuterie Oteiza. » Pierre Oteiza… L’homme qui a redonné vie à la vallée des Aldudes. Comme tous, nous lui devons énormément », reconnaît Sophie Esain. Pour lui, la ferme Feranyo fabrique chaque année 10 000 tommes de 1,5 kg, plus faciles à vendre, et aussi bonnes que les autres, mais qui n’ont pas le droit au label Ossau-Iraty. Le cahier des charges est très précis, rappelle Albert Esain. Seules ont droit au label les tommes de 2 à 3 et de 4 à 5 kilos. Nous en fabriquons environ 150 par an, de chaque brebis, de race locale, doivent être élevées en Béarn et au Pays basque. Il ne doit y avoir aucun OGM dans leur nourriture et la période de traite varie de six à neuf mois maximum. Enfin, l’affinage doit être de deux mois et demi pour la tomme de 3 kilos et de quatre mois pour celle de 4 ou 5. »Les brebis passent l’essentiel de l’année à brouter en extérieur, ne rentrant que le soir à la bergerie. Elles y sont cantonnées les jours de neige, nourries au fourrage. Elles ont droit à un complément alimentaire composé de graines de betterave, de luzerne, de maïs et de lin. C’est justement ce qui angoisse les Esain. Elles en consomment 100 tonnes par an et le prix va grimper de 200 à 460 euros la tonne. Je n’ai jamais vu une telle augmentation. Si je dois passer le relais à mon fils, je ne veux pas lui laisser de dettes. » Les Aldudes semblent tellement loin de l’horreur en Ukraine. Et pourtant… Dans le Haut Poitou, c’est le chabichou La ferme Georgelet, dans les Deux SèvresÀ Villemain, dans les Deux-Sèvres, Delphine Georgelet a repris en 2020 la ferme de ses parents. À la tête d’un cheptel de 400 chèvres laitières, elle produit le chabichou en AOC et d’autres fromages, soit 430 000 pièces par an. Les fromages sont vendus à la ferme le vendredi, sur les marchés de Saint-Jean-d’Angély et Niort, dans les crémeries et fromageries partout en France et au Japon. La ferme Georgelet est situé 6, route de la Caille, à Villemain. Il n’est de chabichou que du Poitou ! À savoir produit, fabriqué et affiné dans le haut Poitou calcaire, couvrant une partie des Deux-Sèvres, le sud de la Vienne et le nord de la Charente. Ce fromage de lait de chèvre pur et entier, à la croûte blanche, à la pâte lisse, souple et onctueuse, bénéficie de l’AOC depuis 1990 et de l’AOP depuis 1996. Sa forme ? Une bonde un petit tronc de cône réalisé avec 1,3 l de Villemain, dans les Deux-Sèvres, les 400 chèvres de la ferme Georgelet 1 donnent de 450 000 à 500 000 litres de lait par an, soit près de 430 000 fromages proposés sous 13 formes carré, palet, tour, tricorne, bûchette, pyramide, tomme… dont, en AOP, le chabichou et en démarche AOP, le mothais sur feuille de châtaignier. Delphine Georgelet a mis tout en œuvre pour que les chèvres de sa ferme de Villemain soient traitées dans les meilleures conditions Maryan Charruau La traite dès 6 heuresMais les alpine et saanen auraient pu disparaître du paisible village il y a deux ans, si Delphine Georgelet n’avait pas repris précipitamment la ferme éponyme, créée par ses parents, Paul et Maryse, en 1973. Avec sa famille de trois enfants, elle a quitté Niort et son métier de nutritionniste et endossé l’habit de chef d’une entreprise de 12 salariés, dont 10 femmes. Je me suis jetée à l’eau. Cela a certes été violent, mais surtout passionnant. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai relevé le challenge. La ferme est viable. » Stéphane, responsable de la fromagerie du mothais dans la main droite et du chabichou dans la main gauche Maryan Charruau Delphine, 40 ans, se multiplie dans l’exploitation sans jamais se départir de son sourire et de ses deux portables. L’œil aux aguets, elle parle des 80 hectares de culture consacrés aux fourrages, luzerne, ray-grass et méteil mélange de céréales. Il me manque 40 hectares pour être en autonomie complète. » Elle décrit une journée type ouverte dès 6 heures sur la traite et les 40 postes circulaires dédiés permettant en parallèle un contrôle laitier, soit deux heures de travail et de 3 à 3,5 kg de lait collectés par tête, jusqu’à 5 en période de grande lactation. Le troupeau peut monter à 500 têtes, plus les chevrettes 130 naissances et la trentaine de jours d’affinageÀ l’instar de la fromagerie toute proche, la chèvrerie affiche un état sanitaire exemplaire. Le niveau d’exigence est haut placé. Tout est fait pour que les bêtes vivent dans les meilleures conditions. Je réponds au mieux aux attentes des salariés, notamment en termes d’ergonomie. Certaines tâches sont contraignantes », reconnaît Delphine. Elle évoque alors l’assainissement bientôt refait à neuf, le projet agroécologique en route, le parcours de 2 hectares, avec ombrières photovoltaïques, ou le système de récupération de pluie 1 mètre cube par jour. La chèvrerie affiche un état sanitaire exemplaire. Maryan Charruau Delphine Georgelet a développé l’exploitation familiale et modernisé la fabrication du fameux chabichou bénéficiant d’une AOC/AOP Maryan Charruau À la fromagerie, Stéphane, jovial, détaille la fabrication du chabichou lait du soir à 12 degrés, ajout de la traite du matin lait entre 20-22 degrés puis présure caillette de chevreau pour éveiller le lait mis dans des bacs 24 heures, moulage 48 heures après, fromage retourné 4 fois, et enfin affinage de 11 jours. Restera 160 à 180 grammes de produit fini. Puis, ça fondra dans la bouche ! Le rocamadour, 35 grammes de douceur La Fromagerie Lahore, dans le LotDans les Causses du Quercy, à Payrac Lot, Philippe Lahore élève des chèvres laitières, alpines et saanens, et produit du fromage d’appellation Rocamadour, un palet tendre, crémeux et onctueux. Il vend ses fromages – rocamadour, cœur 200 g, et couffi eau-de-vie, poivre emballé dans une feuille de châtaignier –, prunes et poires, savons de lait de chèvre, et des produits artisanaux locaux noix, huile de noix, jus de fruit, bière, confiture, safran, miel, charcuterie... Fromagerie Lahore, à Payrac, lieu dit Toulas, tél. 09 83 31 07 81. Ohé les filles ! Bé alors ? Allez, on vient ! Voilà, jolies les filles ! » Quelques mots ont suffi pour que les bêtes tournent la tête, émettent quelques béguettements. Et, paisiblement mais avec entrain, elles quittent le sous-bois de chênes plantés à flanc de colline ; un véritable paradis empli de feuillus, de ronces nichées dans la pierre, d’herbes encore fraîches. Ce troupeau de caprins se compose d’un savant et précieux mélange des races alpine et saanen, un cuir blond, voire blanc cassé pour les premières, un pelage marron, parfois tirant vers le noir pour les secondes. A la ferme de Payrac Stéphane Lartigue/SudOuest Au lait cru 20 000 chèvresLe rocamadour, de la famille des cabécous – petit fromage de chèvre », en occitan –, se présente sous la forme d’un palet de 35 grammes, 6 centimètres de diamètre et 1,6 de hauteur. Il est fabriqué exclusivement au lait cru et entier. Sa pâte est molle, beige foncé ou ivoire, et sa croûte de couleur blanche. Sa nature crémeuse résulte de son affinage de 6 à 7 jours zone d’appellation le territoire du Lot et des débordements du Causse en Corrèze, Tarn-et-Garonne, Dordogne et Aveyron. L’aire d’appellation compte 20 000 chèvres, 3 artisans, 1 affineur, une trentaine de producteurs dont 24 fermiers affinant à la ferme, 41 producteurs de lait et 4 de 2021, plus de 38 millions de rocamadours ont été commercialisés, soit l’équivalent de 1 357 tonnes. Elles sont bien là. À l’abri de tout bruit, sinon ceux de la campagne. Les voitures, on les voit au loin. Les chèvres pâturent librement. Sans stress. C’est important, plus en termes de qualité que de quantité de lait. Chaque bête produit, en moyenne, 2,5 l par jour. Ça pourrait aller jusqu’à 4 litres. Aussi, on travaille sur la génétique. Mais le premier objectif reste la qualité », affirme Philippe Lahore. Âgé de 38 ans, il a repris en 2010 la ferme familiale, créée en 1984 par ses parents, Roger et Raymonde, à Payrac Lot, dans les Causses du Quercy, soit 120 hectares dont la moitié consacrée à la culture, céréales à paille et fourrage. Son activité principale reste la production du rocamadour, fromage au lait cru de chèvre, labellisé AOC en 1996 et AOP en troupeau compte à l’année de 150 à 200 têtes avec les chevreaux, dont une petite dizaine de boucs assurant une partie de la reproduction. Je pourrais avoir plus de chèvres et fabriquer plus que les 1 000 à 1 500 fromages quotidiens, selon les saisons. Mais, comme mes autres collègues, je ne trouve pas de main-d’œuvre alors que j’aimerais développer mon entreprise. Il y a des jeunes qui se lancent mais pour ouvrir leur propre exploitation. Je m’appuie sur quatre salariés. On travaille en deux équipes. Il faut assurer chaque jour de la semaine, avec des pics de fin avril à septembre et à Noël », relate Philippe Lahore. Je dois jongler entre mes enfants, les chèvres, la vente à la ferme, les marchés, les visites des touristes. J’aimerais aménager le bâtiment qui abrite le magasin 1 pour faire table d’hôte. J’ai déjà un gîte. Je travaille avec les campings du village et ceux des alentours. Nous sommes gâtés, Payrac est à 18 kilomètres de Rocamadour et 25 de Sarlat. » Je dois jongler entre mes enfants, les chèvres, la vente à la ferme, les marchés, les visites des touristes Philippe Lahore est à la tête de son troupeau qui pâture une fois effectuée la traite de 6 heures. Les chèvres rentrent à la stabulation vers midi. Stéphane Lartigue/SudOuest Six jours minimun d’affinage Allez les filles, on se tourne, on montre son beau visage ! » Quelques chevrotements plus tard, après avoir posé pour l’objectif, aligné selon un ordre précis, traduction d’un respect gagné au fil du temps, la cheffe de bande guide le troupeau jusqu’à la stabulation. En file indienne. Il est midi. On rentre à l’étable. On ressortira demain, une fois passée la traite de 6 heures. Un second troupeau pâturera l’après-midi et rentrera, à peine guidé, pour la traite de 18 heures, sur l’un des 18 postes installés dans la stabulation. Les contrôles et autocontrôles sont nombreux tout au long de l’année, avec notamment cinq prélèvements où sont appréciés la qualité du lait, le goût et l’esthétique du fromage », note Philippe Lahore Stéphane Lartigue/SudOuest Le lait du soir et de la veille part directement dans une cuve en inox pour 24 heures et reçoit un ferment. Le matin une présure coagulant est ajoutée. Après avoir été versé dans une deuxième cuve, puis vidé dans des sacs, le petit-lait est séparé du caillé matière grasse, avec pré-égouttage de 24 heures. Les sacs sont vidés dans des bassines puis des moules. Une fois démoulé, chaque fromage part en salle d’affinage pour 6 jours minimum. La suite ? Il suffit d’ouvrir la bouche. Les coups de cœur du fromager Ne demandez surtout pas au crémier-fromager bordelais Pierre Rollet-Gérard, découvreur hors pair de producteurs, de vous parler des fromages régionaux. Avec la franchise, plutôt abrupte, qui le caractérise, il vous répondra qu’il s’en fout. C’est bon pour les touristes, ça. Je vends des fromages, pas des souvenirs. Un fromage, il est bon ou pas, peu importe d’où il vient. » Ça, c’est dit...La vérité est plus nuancée. Quand il n’est pas dans son magasin du cours Portal, à Bordeaux, dans celui de Libourne où il démarré dès 2006 ni dans son entrepôt de grossiste au marché de Brienne, à Bordeaux, Pierre Rollet-Gérard, l’ institution du fromage » le nom lui fait froncer le sourcil, sillonne les routes de la région, et même du pays, à la recherche des meilleurs produits. Et ne lui parlez pas de petits producteurs », ça l’énerve de ses découvertes sont dues au bouche-à-oreille, par la voisine de la mère d’une amie », et, assure-t-il, ce sont souvent les femmes qui fabriquent les meilleurs fromages. Sa sélection Voici sa liste, arbitraire et non exhaustive les fromages de chèvre de Jean-François et Valérie Bandet, à Cocumont 47. En Lot-et-Garonne également, ceux en forme de grosse goutte de Monique Valenti, à Virazeil. C’est une copine, mais je ne veux pas mélanger l’affectif et le commerce. ». À Saint-Romain-et-Saint-Clément 24, le grand Meaulnes » de la ferme Teinteillac, un chèvre à l’huile de la vallée d’Ossau, à Louvie-Juzon, le petit louvie ou le crottin de la ferme Frady. Le truc est qu’elle me fournisse suffisamment pour amortir le transport et qu’elle en garde assez pour sa vente personnelle. »À Lucgarier, près de Soumoulou, le Gaec Espérance, de Géraldine et Cédric, une tomme de vache fabriquée avec du lait de race béarnaise, un des derniers troupeaux qui Villefranque-en-Bigorre 65, l’anneau du Vic-Bilh ou le palet de Bigorre, fabriqués par Pierre Lebbe, qui méthanise les excréments de ses chèvres pour produire son à Viger 65, les fromages caprins d’Alice, de Nicolas et de Noël, du Gaec des Trois-Corneilles. À Ahaxe, près de Saint-Jean-Pied-de-Port, au Pays basque, le brebis à pâte molle, façon reblochon, de Pauline Barbé, rencontrée grâce à sa sœur Marie, qui, avec son associée, Aurélie Holley, produit à Buzy un greuil inimitable ».Un autre brebis à pâte molle, l’igaitxipia, de la ferme Igaya, à les tommes de brebis, le choix ne manque pas. Avec un penchant assumé pour les fromages en forme de lingot ou de carré, donc affinés plus vite, de Marion et Manu, bergers transhumants, installés à la ferme Ossiniri, à Borce. Ils fabriquent également de la tomme de vache et du mixte Rollet-Gérard propose aussi un vache venu du Barétous, qu’il personnalise en le frottant au whisky Moon Harbour, distillé à la Base sous-marine de Bordeaux. La croûte prend une teinte orange magnifique. À la saison des vendanges, il propose enfin son bleu de Bordeaux », un bleu d’Auvergne macéré au marc de raisin en provenance des vignes du Château Le Puy, à Saint-Cibard.
Lapâte ivoire est parsemée de veines bleu-vert. La texture est fondante et crémeuse. L’intensité et le caractère de ses arômes en font un fromage mondialement connu. Bleu des causses. L’histoire du bleu des causses se
Voici toutes les solution Fromage et couteau du sud-ouest de la France. CodyCross est un jeu addictif développé par Fanatee. Êtes-vous à la recherche d'un plaisir sans fin dans cette application de cerveau logique passionnante? Chaque monde a plus de 20 groupes avec 5 puzzles chacun. Certains des mondes sont la planète Terre, sous la mer, les inventions, les saisons, le cirque, les transports et les arts culinaires. Nous partageons toutes les réponses pour ce jeu ci-dessous. La dernière fonctionnalité de Codycross est que vous pouvez réellement synchroniser votre jeu et y jouer à partir d'un autre appareil. Connectez-vous simplement avec Facebook et suivez les instructions qui vous sont données par les développeurs. Cette page contient des réponses à un puzzle Fromage et couteau du sud-ouest de la France. Fromage et couteau du sud-ouest de la France La solution à ce niveau laguiole Revenir à la liste des niveauxLoading comments...please wait... Solutions Codycross pour d'autres langues
LUnion laitière Venise verte lance un nouveau fromage, préparé avec du lait pasteurisé issu de trois élevages basés à Saint-Pierre-le-Vieux, Doix-lès-Fontaines et Maillezais.
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Saforte lame, pointe au centre, permet aussi bien de piquer, de couper, que d’étaler les traditionnels fromages, jambons et foies gras du Sud-Ouest. Sa lame en acier carbone XC75 est forgée et ce couteau est

Abstract Index Outline Author's notes Text Bibliography Notes References About the authors Abstracts Touristes, gourmets, critiques gastronomiques et originaires de retour au pays ont le goût de l’Aubrac à la bouche. Comment définir ce goût associé à un nom de lieu ? Savoure-t-on un goût fortement ancré, ordinaire, exprimant les efforts quotidiens des cuisiniers pour agrémenter les préparations culinaires de quelques additifs destinés à compléter les besoins nutritionnels et à rompre la monotonie gustative ? Apprécie-t-on un goût esthétisé et médiatisé, lié à la préférence pour l’environnement des expériences gustatives et au choix du lieu où naît le désir de goûter ? Le regard du chef cuisinier Michel Bras, natif, installé à Laguiole, triplement étoilé, mondialement réputé, amoureux des paysages pétrés de l’Aubrac et de ceux qui les habitent, permet d’affiner la question de la relation nouée entre la dimension organoleptique et un espace défini. Taste of Aubrac is on the lips of tourists; gourmets, critics and natives going back home. How to define this taste associated to a place name? Shall one savoura taste firmly fixed, ordinary, expressing the everyday efforts of the cooks to embellish the culinary preparations with some additives complementing the nutritional needs and breaking the gustatory monotony? Or shall one appreciate a taste anestheticised and promoted through the media, linked to the preference for the environment of the gustative experiences and to the choice of the place where the desire for tasting was born? The vision of the three star well-known chef Michel Bras, native from Laguiole, who loves the stony landscapes of Aubrac and their inhabitants, allows to go further into the question of the relationship struck up between the organoleptic dimension and a defined of page Author's notesLa mise en idée est commune aux auteurs. La mise en mot est celle d’Olivier Etcheverria. Full text 1 "Il est gourmand comme la minette, comme la chatte" en patois auvergnat. Es goulard coumo lo mino1Abbé Vayssier,Dictionnaire patois-français du département de l’Aveyron, 1979. 1À la faveur de l’engouement récent pour le haut plateau de l’Aubrac, touristes, gourmets, critiques gastronomiques et originaires de retour au pays ont le goût de l’Aubrac à la bouche un goût au sens de saveur original issu du terroir et pétri de cette nature si singulière et envoûtante. Ainsi le journaliste Jean-Louis Galesne définit-il l’expérience gustative proposée par le chef cuisinier Michel Bras On vient du monde entier rencontrer cet homme de foi qui a mis sa cuisine au service de la nature, et recompose dans l’assiette avec exactitude son image nourricière à partir des ingrédients les plus divers, légumes plus d’une centaine à l’année, herbes, fleurs, etc., extraits de la terre avec le plus grand soin. Des assiettes animées d’une multitude de combinaisons qu’il qualifie de ’niac’, structures d’éléments visuels, odorants et gustatifs, qui, assure-t-il, animent, dynamisent et provoquent la réflexion » Galesne, 2002. 2Mais de quel goût de l’Aubrac parle-t-on ? S’agit-il du goût forgé par la nécessité exprimant les efforts quotidiens du cuisinier pour agrémenter les préparations de quelques additifs destinés à compléter les besoins nutritionnels et à rompre la monotonie gustative ? Ou bien du goût esthétisé et médiatisé lié à la préférence pour l’environnement des expériences gustatives et au choix du lieu où naît le désir de goûter Plet, 1995 ? 3La réflexion porte sur les relations nouées entre la dimension organoleptique et un espace et sur les modalités d’émergence et de développement d’un goût dans un contexte spatial défini à travers la cuisine. Elle est née d’entretiens avec Michel Bras, restaurateur triplement étoilé, natif, amoureux du lieu et de ceux qui l’habitent, auréolé d’une notoriété internationale, dans la volonté de mieux comprendre le rapport goût/ territoire. Car, en l’entendant, il semblait qu’il y avait deux façons de définir le goût de l’Aubrac. La première hypothèse est qu’il existe une ambiguïté du sens de goût quand on l’associe à un nom de lieu. La seconde est qu’il se dessine une complexification récente de la caractérisation du goût de l’Aubrac. 4On se propose donc ici de montrer le glissement d’un goût de l’Aubrac à un autre. D’un goût du terroir... Saveurs ordinaires l’acide et le gras 2 Le mange-tout de Saint-Fiacre Phaseolus vulgaris est une variété très anciennement cultivée de ha ... 3 Petite poire locale produite dans le Rougié, préparée en compote ou cuite au four. Il s’agit d’une ... 5La saveur acide dominait très nettement dans les préparations culinaires préparées par le groupe social qui habitait et mettait en valeur le haut plateau de l’Aubrac. Elle s’exprimait d’une part par l’acidité des produits locaux les légumes verts chou, blette, mange-tout de Saint-Fiacre2, les herbes condimentaires oseille, ortie, pissenlit... et les rares fruits consommés pérous3 et d’autre part par l’acidité issue de la fermentation acide qui permettait de conserver sur de longues périodes des productions saisonnières les fromages et les vins de Marcillac au goût âcre et framboisé reconnu. 6Le pain de l’Aubrac se distinguait aussi par son acidité prononcée. En effet, il était fabriqué avec du levain aigre qui permettait une meilleure conservation mais développait une forte âcreté. Pourtant, le pain était l’aliment de base bien qu’il fût de mauvaise qualité, peu agréable au palais et relativement indigeste comme le rappelle Jean- Michel Guilcher dans une étude pluridisciplinaire consacrée à l’Aubrac La plus grande pauvreté règne sur les campagnes. Le cultivateur ne possède rien, pas même les meubles grossiers dont il se sert ; il n’a souvent pour toute nourriture que du fromage avec des châtaignes et des pommes de terre. Son pain, fait d’un tiers d’orge sur deux d’avoine, est peu substantiel, on en compte quatre livres par personnes ; dans deux cantons il est de seigle pur, mais dans le Causse il est souvent d’avoine seule » Guilcher, 1970-73, p. 19. 7Dans le même temps, le pain était également un ingrédient essentiel de la cuisine. La patranque était un plat de pain de campagne trempé et lié de tome fraiche de Laguiole. Les soupes se composaient de pain mouillé de bouillon gras voire simplement d’eau chaude. Ainsi Jean-Michel Guilcher relate-t-il le souper d’un groupe de faneurs au XIXe siècle sur le plateau A Chaudes-Aigues, ils feront halte. Une maison amie leur prêtera une marmite. Ils y couperont du pain graissé d’un peu de saindoux. Ils y verseront de l’eau chaude puisée à la source publique. Ce sera leur soupe » Idem, p. 21. 4 Crêpes de sarrasin arrosées d’huile de noix. 8De même, le beurre burre de montanha, fabriqué non pas à partir du lait entier mais du petit lait réservé après le caillage lors de la fabrication de la tomme de Laguiole, présentait un goût particulièrement acide s’expliquant par la présence de présure. D’une maniére générale, les corps gras étaient trés appréciés et usités en cuisine. Les pratiques culinaires révélaient l’utilisation des trois graisses principales le beurre aligot, fouace, gâteau à la broche, les huiles de noix et d’olives estoufinado, pompe à l’huile, bourriols4 et le saindoux ou graisse de porc salée pica-aucel, gargouilllou. 9Les associations culinaires gras /acide étaient fréquentes. Le pica-aucel en était un exemple 5 Christian-Pierre Bedelet les estatjants del canton de La Giola, 2001, p. 208. Le jour où l’on cuit le pain, maman prépare le pica-aucel. Elle hache du persil, des blettes, de l’ail, du lard cuit avec la soupe. Elle mélange ce hachis avec de la farine, des œufs, un peu de lait. Elle ajoute des pruneaux secs en hiver et, à la saison, des cerises. Sel et sucre à volonté. Elle le fait cuire à la cocotte, dans le four à pain. Il se mange froid ou chaud »5. 10Il pouvait être également réalisé avec de l’oseille, des orties, des pissenlits et des poires. Donner du goût 11Un goût élémentaire s’exprime par la valorisation quotidienne des bas morceaux et des sous-produits carnés et de la pomme de terre. 6 Le plat est cuisiné le dimanche matin et dégusté avant de se rendre à l’église. Il est accompagné d ... 12Les préparations de sang et d’abats sont particulièrement nombreuses et variées. Concernant la viande de porc, la courada est une saucisse de viande de porc coupée au couteau, agrémentée d’un mélange de cœur, de rognon et de poumon cuit. Elle est consommée, soit demi-sèche, soit cuite dans un bouillon de légumes avec des lentilles de la Planèze. Les fricandeaux sont des boules de pâté foie, poumon, hachis et rillons, blettes, choux enrobées par le péritoine de l’animal. Dans les communes de La Trinitat et de Saint-Urcize, deux boudins sont confectionnés un boudin gras formé de sang, de viande hachée, de biscuits, de sucre, de sel et de poivre enfilé dans le gros intestin et un boudin maigre formé de sang, de sel et de poivre enfilé dans l’intestin grêle. Concernant les autres viandes, les tripous6 région de Laguiole, de Saint-Chély d’Aubrac et d’Aubrac ou trénel région de Millau ou encore pétites région d’Espalion sont des préparations de tripes farcies assaisonnées d’ail, d’oignon et de persil et agrémentées de jambon sec de porc, ficelées d’un boyau ou cousues puis cuites longtemps et doucement au four du boulanger Figure 1. Les tripous sont à base de veau panse farcie de fraise et d’abats d’agneau selon une recette de Geneviève Bouldoire en 1864. Ils sont roulés ou faconnés en boule. En 1948, G. Subervie présente la recette de M. Laplange d’Entraygues qui se compose de tripes de mouton coupées en carré et farcies de lard, de poitrine, de jambon sec de porc et de pieds de mouton désossés. Le trénel est essentiellement à base de mouton, parfois de brebis gras-double et fressure ou de jeunes veaux selon une recette de Colette Barbé en 1903. Les pétites sont à base de pansettes d’agneau. 13Lors des repas familiaux exceptionnels et des jours de fête, le pastre est cuisiné. Il s’agit de la poche du gros intestin du porc garnie des petits os du sternum encore charnus assaisonnés de sel, de poivre et d’ail, pendue à côté des saucisses et des saucissons durant tout l’hiver avant d’être cuite dans une soupe. 7 Il s’agit du caillé pressé, non salé et légèrement fermenté. 8 L’aligot était servi par les religieux du plateau aux pèlerins en route vers Saint- 14Le goût de la pomme de terre est omniprésent. Le très célèbre aligot est une préparation à base de pommes de terre écrasées et de crème fraîche enrichie de tomme fraîche de Laguiole7. Son nom trouve son origine dans le mot baslatin aliquid qui signifie quelque chose à manger »8. Dans son Dictionnaire, H. Affre revient sur l’étymologie du mot Ce mot français d’origine moderne a la même signification que les mots patois oligot, oligouot qui désignent un mets particulier aux montagnes de Laguiole [...]. La recette de ce mets, qu’on chercherait vainement dans le parfait cuisinier’, est des plus simples. Dans une poêle à frire bien lavée et bien frottée, on met une quantité convenable de beurre frais et lorsque, sur un feu clair et régulièrement entretenu, le beurre est fondu, on prend des pommes de terre préalablement cuites à l’eau qu’on dépose dans le beurre et qu’on écrase jusqu’à réduction. Cela fait, on prend, en quantité égale aux pommes de terre, de la tomme ou fromage encore imparfait qu’on divise en tranches aussi minces que possible et qu’on met à son tour dans la poêle [...]. On reconnaît que la cuisson est suffisante et l’aligot prêt à être servi parce que la matière est devenue filante comme la fourme ou le gruyère dans une soupe bien mitonnée » Affre, 1974. 15 Tourner » l’aligot demande une grande dextérité. En effet, une fois le fromage incorporé, l’aligot doit être battu suffisamment longtemps pour qu’il file » en formant de longs rubans homogènes et souples. Si la préparation est trop battue, elle casse ». Si elle est trop chauffée, elle granule et ne file » plus. Plus l’aligot file », plus il est réussi. Le retortihat ou truffade région d’Espalion se compose de pommes de terre cuites en robe des champs, coupées en rondelles puis poêlées avec de l’oignon. La préparation est recouverte de tranches épaisses de tome fraîche de Laguiole. Le gargouillou est un plat de pommes de terre mouillé d’eau et ajusté d’une tranche de jambon cru de montagne pour donner du goût. Un rapport local à la viande de bœuf 9 Précédé de l’article défini singulier, le mot montagne et non plateau désigne les monts d’Aubrac ... 16Il existe un rapport ancien et ancré à la viande de bœuf. Les vaches de race Aubrac occupent la montagne9 éponyme. Selon une particularité » soulignée dans l’Inventaire du patrimoine gastronomique de la région Midi-Pyrénées, il s’agit d’une race rustique qui vit en symbiose avec le milieu naturel de l’Aubrac qui lui a donné son nom. Elle est bien adaptée et supporte les fortes amplitudes climatiques entre été et hiver » CNAC, 2000, p. 231. Le plateau est donc le berceau de cette race décrite dans une documentation interne du syndicat de défense Union Aubrac les animaux ont une robe unicolore variant du fauve au gris froment, plus foncée sur l’encolure pour les mâles. Les muqueuses, la pointe des cornes et le bout de la queue sont noirs. Le tour du mufle et de l’œil sont blancs soulignés de noir ». 10 À partir du XIIe siècle, les abbayes d’Aubrac et de Bonneval offrirent le gîte et soignèrent les pè ... 17L’élevage est destiné à la production laitière à orientation fromagère10. Mais la viande de bœuf d’Aubrac est particulièrement réputée depuis le XVIIIe siècle. Les bœufs étaient engraissés durant l’hiver et le printemps pour être consommés lors de la fête des Rameaux et à Pâques. La viande de bœuf était également régulièrement utilisée pour préparer des bouillons gras. Les plats de bœuf ont toujours été garnis On ne s’étonnera pas que les plats de viande soient presque toujours des plats complets où la viande et les légumes ont cuits en même temps. C’est une conséquence directe des procédés de cuisson. Lorsque l’on porte un plat de viande au four du boulanger on ne va pas cuire des légumes à part, chez soi. Autant que le jus de la viande profite aux légumes » Bras. 18Les saveurs sont fondues. 19Le goût de terroir est donc forgé par le cuisinier. Il s’exprime par les tours de mains personnels du cuisinier pour donner du goût. Il n’est pas valorisé c’est un goût dépendant du rapport à la nécessité et au local même si des échanges avec l’extérieur existent. … à un goût de pays 11 Le poète Henri Pourrat en donne une description imagée "L’Aubrac, on y est dans l’air. Jamais, je ... 20Malgré des conditions climatiques hivernales particulièrement rudes11 et des paysages à l’allure désertique et austère, les regards extérieurs avivent une esthétisation du goût en relation étroite avec le caractère appétissant des paysages du plateau. Depuis une vingtaine d’années, on assiste à l’émergence d’un goût de l’Aubrac qui se charge d’une dimension visuelle l’esthétique des paysages voire pluri-sensorielle. Révélé par le chef cuisinier Michel Bras, il est diffusé par les gourmets, les touristes épris de culture paysanne, les néo-ruraux sous idéologie écologiste et les originaires de retour au pays. Stimulant les cinq sens, il figure l’Aubrac. Manger » les paysages de l’Aubrac à la fourchette 21Malgré une relative banalité et une franche austérité, les paysages de l’Aubrac ont toujours fasciné, envoûté et attiré. Julien Gracq donne une définition poétique de cette petite immensité » Une attraction sans violence, mais difficilement résistible, me ramène d’années en années, encore et encore, vers les hautes surfaces nues — basaltes ou calcaires — du Centre et du Sud du Massif l’Aubrac, le Cézalier, les Planèzes, les Causses. Tout ce qui subsiste d’intégralement exotique dans le paysage français me semble cantonné là c’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêlent indissociablement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation » Gracq, 1960. 22L’émergence du goût de pays est à mettre en relation avec la demande sociale actuelle de consommation réelle et idéelle de paysages qui se traduit, sur le plan gustatif, par le désir de manger » les paysages à la fourchette. Du côté de l’offre, pour le chef cuisinier Michel Bras, plat et plateau se révèlent mutuellement dans une consubstantiation. Aussi la composition de ses assiettes montre-t-elle une ressemblance avec les paysages Mes assiettes racontent une histoire, retracent une démarche intuitive. Je veux qu’elles témoignent des paysages, des roches, des ciels et des lumières qui font ma vie » Bras. 23C’est pourquoi il a souhaité dessiner une salle de restaurant ouverte sur l’extérieur et a tourné les tables vers le plateau de l’Aubrac Le corps principal — restaurant, accueil et salon — est une forme basaltique longiligne qui jaillit de la terre, biaise et massive, buron retrouvé. Elle est le toit, elle flotte sur un soubassement de verre, qui la rend aérienne, contrastant avec son origine souterraine, amenant une conscience de jaillissement. La salle de restaurant s’ouvre sur l’extérieur, permettant à la lumière de se glisser [...]. De ce lieu que nous avons voulu magique, l’Aubrac se met en scène par des points de vue, des cadrages pour le plaisir de tous les sens. Un Aubrac qui nous rassure sur les véritables valeurs du Bon et du Beau » Idem. 12 Selon le sociologue de l’alimentation Jean-Pierre Poulain, dans le cas d’une incorporation positive ... 24Du côté de la demande, le dégustateur communie donc avec l’environnement naturel de sorte qu’il ait le sentiment de l’incorporer ». Il s’agit d’une incorporation positive qui consiste à ingérer les caractéristiques positives des paysages12. Tout en dégustant les produits cuisinés, le dégustateur communie directement avec les paysages qui les ont vus naître et communique, indirectement, avec les producteurs qui les ont façonnés Pitte, 1993. Bon et Beau13 le goût esthétisé 13 Il s’agit de l’expression utilisée par Michel Bras pour présenter son répertoire de producteurs " ... 25Il existe un double processus d’esthétisation du goût de l’Aubrac à travers, d’une part la valorisation de ce qui est le plus ordinaire et d’autre part la mise en scène de l’exceptionnel par le truchement de l’alliage du beau et du bon. 26Ainsi existe-t-il une récupération positivée des propriétés gustatives de l’Aubrac lisible, par exemple, à travers la réappropriation du rapport à la viande de bœuf. La jolie description réalisée par Michel Bras est révélatrice À un moment où la viande de bœuf est en perte d’identité, en Aubrac, les pâturages nourrissent des bêtes aux yeux ourlés de noir qui offrent une alternative rassurante quant à l’avenir de la filière viande de goût. Certifié par un Label rouge, le bœuf fermier Aubrac offre une viande mûre qui renoue avec notre mémoire. Elle est belle à regarder, présentant une pigmentation rouge rubis, elle sent bon, offrant cette odeur franche pleine de promesses. Elle est goûteuse, proposant une texture, une mâche qui peut parfois déranger mais qui est Ô combien rassurante sur son origine ». 27Aussi propose-t-il de déguster la Côte de bœuf Aubrac — pure race — rôtie à la braise ; beurre mousseux au lard et à l’ail, riz au gras et blette ou encore la Hampe de bœuf Aubrac — pure race — poêlée ; croquettes de pomme de terre au fromage de Laguiole, jus aux truffes. 28Mais, il existe également une esthétisation qui se présente comme un jeu qui exacerbe la relation au terroir, mais la sort du périmètre géographique strict du plateau et du caractère ordinaire et quotidien. Il s’agit d’une interprétation impressionniste qui modifie le rapport au goût et le recharge symboliquement. Le plat intitulé Ombre et lumière, la lotte de Méditerranée pochée à l’huile d’olive noire ; côtes et feuilles de moutarde est en effet, selon Michel Bras, le plus représentatif de l’environnement paysager. Le poète Patrick Mialon définit cette ambiance dont est inspirée la recette. Et pourtant, plus que tout, c’est vers le gris, là-bas, que vont ma préférence et ma fascination. Plus exactement au rayonnement subtil émanant de cette presque absence de couleur, cette dispendieuse nullité se faisant jour — la lumière dans sa nudité —, ce refus de trancher entre clair et obscur qui fait toute l’intenable beauté de la valse-hésitation chromatique à laquelle se livrent ces tourbillonnants, ses époustouflants, presque irréels nuages dans le décalque de l’azur. Ni blanc, ni noir mais blanc et noir. Gris. Gris métallique de ces beaux ciels d’été, enceints d’orages magnétiques, lourds de menaces et qui font retentir jusqu’à l’assourdissement le vert subitement plus profond des pâturages comme un tambour battant le rappel d’une promesse indélivrable. Gris d’encre des ciels en cendres, décomposés, maculés comme buvard sous la plume du cancre, aux reflets irisés de ce bleu délavé, déluré, presque maladif à force d’être sombre, de ce mauve d’outre-monde [...] » Mialon, 1999. 29Le plat est ainsi né de l’observation d’une portion du plateau de l’Aubrac lorsque les cumulus jouent avec le soleil C’est un ciel d’orage plombé avec une trouée lumineuse juste au dessus du puech del pont ; et cela ne peut s’appeler ’qu’ombre et lumière’. Vous détaillez le filet sur son coulis d’olives noires ; et vous contemplez l’éclat nacré émergeant du plomb ; au-delà de la perception consciente des aliments présentés, le jeu des formes, des matières, des couleurs et de la lumière insinue en vous une inconsciente beauté, d’autant plus puissante que vous avez confiance en celui qui l’a mijotée ! Et tandis que s’opère en vous cette alchimie visuelle, l’arôme vous pénètre jusqu’aux moelles, et voici que votre corps s’apprête. Le nez s’active. Les fumets suscitent en vous de vastes inspirations. Vos papilles en alerte s’éveillent. Vos mains se mettent alors à l’ouvrage et vous portez à vos lèvres une première bouchée avant le goût, le toucher » Bras. 30Ainsi, alors même que ce plat emblématique ne valorise aucun produit issu du plateau, il reste le plus représentatif de l’Aubrac dans la mesure où il traduit très fidèlement sa beauté paysagère et met tous les sens en éveil. 31Le plat apparaît donc chez Michel Bras comme la matérialisation, d’une part d’une intimité personnelle et familiale avec le plateau, et d’autre part d’un regard esthétique sur un paysage à un moment donné sur une impression » de paysage au sens pictural. Le goût de l’Aubrac in situ 32Le goût de pays se charge d’une nouvelle dimension de la relation entre l’organoleptique et le territoire géographique la présence in situ. Il n’est possible de goûter que si l’on est dans le paysage. Le goût de pays est forgé par le cuisinier mais aussi par le dégustateur. De la part du cuisinier, il est lié à la préférence pour cuisiner là et au choix du lieu où naît la volonté de cuire et d’assaisonner des produits. De la part du dégustateur, il est lié à la préférence pour goûter là et au choix du lieu où naît le désir de manger et de boire. 33Tout en valorisant l’innovation culinaire, la dégustation in situ se recharge de la mémoire gustative. Aussi cette relation cuisinier / dégustateur / paysage revêt-elle deux aspects. D’une part, le goût affectif de l’enfance est re-convoqué avec, par exemple, le Bouillon froid à l’orge, du caillé de vache d’ici et de jeunes blettes ; accompagné d’une tartine au gras de jambon. Il s’agit de se remémorer le plaisir de goûter aux mouillettes et au pain trempé de l’enfance. D’autre part, le goût quotidien est réinterprété avec le célèbre Gargouillou de jeunes légumes relevé d’herbes champêtres et de graines germées, qui se présente comme une actualisation / innovation du gargouillou de pommes de terre. Dans le même esprit, Provocant mais tellement gourmand, à grignoter, la gaufrette de pommes de terre, crème au beurre noisette et caramel au beurre salé ou encore Comme une tarte, Sur une croûte de pain au noix des tiges de rhubarbe, peau de lait et liqueur douce aux fraises, sont deux préparations sucrées rappelant à la fois les deux aliments de base des habitants du plateau et les goûters câlins et sécurisants composés de tranches de pain accompagnées d’un morceau de sucre humidifié ou d’une tartine garnie de peau de lait. 34Une nouvelle façon de goûter le pays in situ émerge. Une façon d’affirmer que l’on ne peut pas retrouver ce goût ailleurs. Durant la période de la diaspora aveyronnaise, il était possible de trouver le goût de l’Aubrac en dégustant un plat dans un café-charbon à Paris, chez un bougnat. Aujourd’hui, il faut se rendre in situ pour retrouver ce goût de l’Aubrac, ce goût heureux » inscrit en mémoire. 35Il existe donc deux goûts de l’Aubrac. Le goût du terroir se définit comme l’expression d’un rapport aux produits à disposition alors que le goût de pays se révèle comme la matérialisation d’un rapport aux paysages. Le premier traduit un rapport nourricier à la nature en terme de ressource et le second un rapport esthétique. Mais l’un ne se substitue pas à l’autre. Ne s’excluant pas mutuellement, il se produit un mélange. En effet, ce glissement d’un goût du terroir à un goût de pays n’induit pas l’oubli des fondements gustatifs. Ainsi l’habitant du plateau, connaisseur du goût du terroir peut-il tout à fait réaliser une nouvelle expérience gustative en découvrant le goût de pays à travers les compositions paysagères de Michel Bras. Inversement, le touriste ou le gourmet alléché par le goût de pays largement médiatisé et diffusé internationalement peut-il appréhender le goût de l’aligot tel qu’on le fait encore dans quelques burons. Le goût de pays est complexe il renvoie au gustatif mais aussi au visuel et, plus largement, aux cinq sens. Les autres dimensions visuelle, tactile... de l’Aubrac sont donc revisitées à travers le goût invitant à la pluri-sensorialité. 36Aussi, à travers l’exemple du chef cuisinier Michel Bras, assiste-t-on à la construction d’une restauration qui s’appuie sur les piliers du goût local et qui, dans le même temps, le réinterprète, le recharge, le rénove, et l’esthétise en y instillant de la créativité. L’Aubrac fait donc le goût. Et le goût fait aussi l’Aubrac. Ce goût possède la couleur de l’Aubrac, l’odeur de l’Aubrac, la texture de l’Aubrac... mais que reste-t-il de l’Aubrac ? Top of page Bibliography AFFRE, H., 1974, Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes du Rouergue, Rodez, Edition Carrère. BEDEL, 2001, Laguiole, Rodez, Al canton, Aveyron-Mission départementale de la culture. 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Il est accompagné de pommes de terre et de croûtons de pain frits. 7 Il s’agit du caillé pressé, non salé et légèrement fermenté. 8 L’aligot était servi par les religieux du plateau aux pèlerins en route vers Saint- Jacques-de-Compostelle qui demandaient le couvert à la dômerie d’Aubrac. 9 Précédé de l’article défini singulier, le mot montagne et non plateau désigne les monts d’Aubrac et, plus précisément, les pâtures situées à une altitude supérieure à 1000 mètres. 10 À partir du XIIe siècle, les abbayes d’Aubrac et de Bonneval offrirent le gîte et soignèrent les pèlerins qui cheminaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle. On dit que ce sont les moines qui auraient fixé les règles de fabrication du fromage en vue de profiter de la production laitière printanière et estivale pour la nourriture hivernale des pèlerins. En 1897, les fromagers de la montagne se regroupèrent à Laguiole sous l’égide d’un syndicat de vente du fromage, reconverti en 1936 en syndicat de défense. La tomme de Laguiole était fabriquée dans les mazucs ou burons, cabanes de bergers localisées dans les estives. Le goût particulier du fromage s’expliquerait par la richesse exceptionnelle de la flore du plateau qui compte entre 1 800 et 2000 plantes différentes. 11 Le poète Henri Pourrat en donne une description imagée "L’Aubrac, on y est dans l’air. Jamais, je n’ai eu ailleurs un tel sentiment d’être au milieu de l’air. Je ne sais pas, c’est le site, sans doute, ces longs pacages nus, et pas d’arbre, à peine de loin en loin de curieux hérissons de basalte ; des bandes de montagnes et des bandes de vaches qui vaquent sans chien entre d’interminables cordons de pierres grises. C’est cela, et puis surtout, c’est ce cristal, ce goût cru du vent, d’herbes amères, d’eau de neige et ces rivières pavées où l’eau glacée de truites court sur les hexagones de basalte". 12 Selon le sociologue de l’alimentation Jean-Pierre Poulain, dans le cas d’une incorporation positive, le mangeur devient ce qu’il consomme et fait siennes les qualités du plat et donc, à travers lui, les qualités du paysage auquel il ressemble. Cette contamination positive se produit dans le cas où le mangeur est réceptif et l’aliment consommé positif. Dans ce cas, "le mangeur se laisse pénétrer, envahir, contaminer par les qualités positives de l’aliment [...]. Cette attitude est également celle de la communion eucharistique", Sociologies de l’alimentation, Paris. PUF, collection Sciences sociales et sociétés, 2002. 13 Il s’agit de l’expression utilisée par Michel Bras pour présenter son répertoire de producteurs "Dans ce document, nous avons recueilli, rassemblé les données pour vous dire haut et fort que nos producteurs font partie de la famille des faiseurs du Beau et du Bon".Top of page References Bibliographical reference Olivier Etcheverria and Michel Bras, “Existe-t-il un goût de l’Aubrac ?”, Géographie et cultures, 50 2004, 63-75. Electronic reference Olivier Etcheverria and Michel Bras, “Existe-t-il un goût de l’Aubrac ?”, Géographie et cultures [Online], 50 2004, Online since 13 August 2022, connection on 25 August 2022. URL DOI of page Copyright All rights reservedTop of page

Ducouteau de poche Laguiole au couteau de poche Le Thiers en passant par le Stylver ou le célèbre Nontron (parmi les plus anciens couteaux), vous découvrirez les modèles de couteaux des meilleures marques françaises que nous avons sélectionnées pour vous, ainsi que dans de nombreux matériaux de manche et essences de bois : essentiellement du couteau de poche
VisiterLaguiole | Village entre patrimoine et savoir-faire 🔪. Nous commençons notre périple au milieu de l’Aubrac dans la ville de Laguiole. On sait que tu connais le nom de Laguiole et qu’en le lisant, tu as même déjà probablement pensé aux fameux couteaux du même nom et c’est tout à fait logique, car cette ville est particulièrement réputée pour son savoir-faire de la QiaZrE.
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