A propos du livre PrĂ©sentation de l'Ă©diteur Parce qu'ils sont chrĂ©tiens, Touitilla et ses amis risquent chaque jour leur vie et doivent se mĂ©fier des romains qui les rendent responsables des pires crimes. Touitilla peut-elle faire confiance Ă son amoureux, le champion de course de char ? Un beau roman d'aventure au cĆur de l'Empire Romain du IIe siĂšcle aprĂšs JĂ©sus-Christ. Biographie de l'auteur NĂ©e Ă Neuilly-sur-Seine en 1938, elle est Ă vingt ans diplĂŽmĂ©e de l'Institut des sciences politiques, puis agrĂ©gĂ©e de philosophie en 1969. Elle a longtemps enseignĂ© l'art du scĂ©nario aux Ă©tudiants de la Sorbonne. Ecrire des romans historiques pour les enfants est pour elle une vĂ©ritable passion. Les informations fournies dans la section A propos du livre » peuvent faire rĂ©fĂ©rence Ă une autre Ă©dition de ce titre. Autres Ă©ditions populaires du mĂȘme titre Meilleurs rĂ©sultats de recherche sur AbeBooks Image fournie par le vendeur Le Serment Des Catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Livre De Poche Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Etat Bon. Merci, votre achat aide Ă financer des programmes de lutte contre l'illettrisme. N° de rĂ©f. du vendeur 1046202010213NAE12013218842 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le Serment Des Catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Livre De Poche Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Etat Assez bon. Merci, votre achat aide Ă financer des programmes de lutte contre l'illettrisme. N° de rĂ©f. du vendeur 7926202008274STW12013218842 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le Serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 6 Description du livre Befriedigend/Good Durchschnittlich erhaltenes Buch bzw. Schutzumschlag mit Gebrauchsspuren, aber vollstĂ€ndigen Seiten. / Describes the average WORN book or dust jacket that has all the pages present. N° de rĂ©f. du vendeur M02013218842-G Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette 00/g /29 A 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Paperback QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Paperback. Etat Very Good. Shipped within 24 hours from our UK warehouse. Clean, undamaged book with no damage to pages and minimal wear to the cover. Spine still tight, in very good condition. Remember if you are not happy, you are covered by our 100% money back guarantee. N° de rĂ©f. du vendeur 6545-9782013218849 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette 29 A 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Paperback QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Paperback. Etat Very Good. Le serment des catacombes This book is in very good condition and will be shipped within 24 hours of ordering. The cover may have some limited signs of wear but the pages are clean, intact and the spine remains undamaged. This book has clearly been well maintained and looked after thus far. Money back guarantee if you are not satisfied. See all our books here, order more than 1 book and get discounted shipping. . N° de rĂ©f. du vendeur 7719-9782013218849 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image fournie par le vendeur Image d'archives Image fournie par le vendeur Image d'archives Image d'archives autres exemplaires de ce livre sont disponibles Afficher tous les rĂ©sultats pour ce livre
Leserment des catacombes n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais. J'avais envie de lire une fiction historique et comme j'avais vu passer la couverture à plusieurs reprises je me suis dit que c'était l'occasion, pourtant j'en ressors plutÎt déçu. Cela reste une bonne histoire, j'ai apprécié les descriptions de l'Empire et le fait que l'autrice ne cache pas la violence que les
Agrandir l'image Une Ăglise pauvre pour les pauvres» Pierre Sauvage auteur Luis Martinez auteur Collection La part-Dieu > FEUILLETAGE Ă la suite du texte du Pacte, publiĂ© pour la premiĂšre fois en version originale, les auteurs relatent lâhistoire de son Ă©laboration. Puis ils analysent les rĂ©fĂ©rences Ă©vangĂ©liques auxquelles sâadosse chaque engagement de ce Pacte dont le retentissement, au sein de lâĂglise latino-amĂ©ricaine, fut immĂ©diat. Plus de dĂ©tails EAN 9782872993574 Date de parution 20-09-2019 ISBN 978-2-87299-357-4 Nombre de pages 300 Dimensions 230 Ă 155 mm Imprimer RĂ©sumĂ© Fiche technique Avis En 1965, en marge du concile Vatican II, environ 500 Ă©vĂȘques du monde entier ont adhĂ©rĂ© Ă un document qui fut appelĂ© Le Pacte des catacombes ». Ce texte en 13 points engageait ses signataires Ă renoncer Ă leurs privilĂšges, Ă servir les pauvres, Ă lutter pour la justice, Ă secourir les ĂȘtres en souffrance, Ă coopĂ©rer plus quâĂ diriger⊠Bref, Ă fonder une Ăglise pauvre pour les pauvres », dont le pape François assume Ă prĂ©sent lâhĂ©ritage. Lâhistoire de ces engagements, signĂ©s dâabord par 40 Ă©vĂȘques dans la discrĂ©tion des catacombes romaines de Sainte-Domitille, reste mĂ©connue. Ce fut pourtant un Ă©vĂ©nement considĂ©rable, comme en tĂ©moigne le nombre dâĂ©vĂȘques qui en tirĂšrent les consĂ©quences dans leur propre vie et dans la marche de leurs diocĂšses. AprĂšs le texte du Pacte dont nous donnons Ă lire pour la premiĂšre fois la version originale, lâhistoire de son Ă©laboration est relatĂ©e semaine aprĂšs semaine, en sâappuyant sur de nombreux inĂ©dits. Puis sont analysĂ©es les rĂ©fĂ©rences Ă©vangĂ©liques auxquelles sâadosse chaque engagement de ce Pacte dont le retentissement, au sein de lâĂglise latino-amĂ©ricaine, fut quasi immĂ©diat, comme le montre la derniĂšre partie de cet ouvrage. ISBN 978-2-87299-357-4 Couverture souple Nombre de pages 300 Reliure dos carrĂ© collĂ© Sous-titre Une Ăglise pauvre pour les pauvres» DĂ©pĂŽt lĂ©gal 4255-14 Hauteur 230 Largeur 155
LeSerment des catacombesA quinze ans, Touitilla risque chaque jour sa vie pour ses amis car, comme elle, ils sont . Le confinement ne nous arrĂȘtera pas ! Sur Label EmmaĂŒs, la solidaritĂ© continue !
RĂ©sumĂ© DĂ©tails CompatibilitĂ© Autres formats En 177, pendant le rĂšgne de Marc AurĂšle, une jeune fille de quinze ans arrive Ă Lyon. C'est le dĂ©but de la persĂ©cution contre les chrĂ©tiens les Romains ont en horreur ces impies » qui refusent leurs divinitĂ©s et vĂ©nĂšrent un dieu unique. Toutilla est une de ces croyants persĂ©cutĂ©s. Son seul soutien est son amoureux, gladiateur et champion de course de chars ! Mais peut-elle lui faire confiance ? Lire plusexpand_more Titre Le serment des catacombes EAN 9782013231701 Ăditeur Livre de Poche Jeunesse Date de parution 13/08/2007 Format ePub Poids du fichier kb Protection CARE L'ebook Le serment des catacombes est au format ePub protĂ©gĂ© par CARE check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur application iOs et Android Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur My Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur le lecteur Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur liseuse. Je crĂ©e ma liste dâenvies Vous devez ĂȘtre connectĂ©e pour pouvoir crĂ©er et sauvegarder votre liste dâenvies cancel DĂ©jĂ cliente ?Se connecter Pas encore inscrite ?Mon compte Un compte vous permettra en un clin dâoeil de commander sur notre boutique consulter et suivre vos commandes gĂ©rer vos informations personnelles accĂ©der Ă tous les e-books que vous avez achetĂ©s avoir des suggestions de lectures personnalisĂ©es Livre non trouvĂ© Oups ! Ce livre n'est malheureusement pas disponible... Il est possible quâil ne soit pas disponible Ă la vente dans votre pays, mais exclusivement rĂ©servĂ© Ă la vente depuis un compte domiciliĂ© en France. Lâabonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite ! check_circle Chaque mois, bĂ©nĂ©ficiez dâun crĂ©dit valable sur tout le catalogue check_circle Offre sans engagement, rĂ©siliez Ă tout moment ! Lâabonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite ! Vous allez ĂȘtre redirigĂ© vers notre prestataire de paiement Payzen pour renseigner vos coordonnĂ©es bancaire Si la redirection ne se fait pas automatiquement, cliquez sur ce lien. Bienvenue parmi nos abonnĂ©s ! shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite !
Leserment est avant tout une parole, aura-t-on souvent rappelĂ© au cours de ce colloque. Pour les artistes qui, dans le dernier tiers du XIe siĂšcle, brodĂšrent la fameuse Tapisserie de Bayeux et eurent Ă reprĂ©senter le comte anglo-saxon Harold jurant fidĂ©litĂ© au duc de Normandie Guillaume, futur vainqueur de Hastings, le serment nâĂ©tait nĂ©cessairement quâun ensemble de gestes.
CHAPITRE XIX JOIES ET TRAVAUX DE LA DERNIĂRE HEURE 18701874 La nouvelle de la dĂ©finition de lâinfaillibilitĂ© parvint Ă Solesmes le soir du 19 juillet pendant la confĂ©rence spirituelle. Le Te Deum fut chantĂ© solennellement avant complies ; les cloches de lâabbaye se firent entendre durant une heure portant au loin le tĂ©moignage de la foi des religieux Ă une vĂ©ritĂ© dogmatique mise en si vive lumiĂšre par les travaux de leur abbĂ©. Autour de lâabbaye rĂ©gnait la tristesse provoquĂ©e par la levĂ©e des troupes et les apprĂ©hensions de la guerre qui allait commencer. Il nây eut pas dâillumination ; lâopinion populaire lâeĂ»t interprĂ©tĂ©e sans doute comme une preuve nouvelle que le pape et les prĂȘtres avaient dĂ©sirĂ© la guerre et quâils sâen rĂ©jouissaient. Pourtant, aprĂšs sâĂȘtre rendu au Mans pour accueillir Mgr Fillion dĂšs son retour de Rome, lâabbĂ© de Solesmes ne crut pas que lâinquiĂ©tude publique sâopposĂąt Ă une manifestation religieuse discrĂšte la statue de saint Pierre, exĂ©cutĂ©e autrefois pour Guillaume Cheminart, fut retirĂ©e de la chapelle de droite, dite de Notre- Seigneur, et Ă©rigĂ©e au bas de lâĂ©glise, Ă droite, sur un socle de marbre. A lâissue des vĂȘpres le dimanche 25 juillet, lâabbĂ© de Solesmes bĂ©nit solennellement la statue, prononça une courte allocution et donna lecture de la constitution Pastor oeternus. Une indulgence de cinquante jours avait Ă©tĂ© accordĂ©e par Pie IX Ă tous les fidĂšles qui viendraient vĂ©nĂ©rer la statue de saint Pierre selon la coutume romaine. Le contre -coup trop attendu de la guerre se fit sentir Ă Rome les troupes françaises furent rappelĂ©es. CâeĂ»t Ă©tĂ© une amĂšre dĂ©rision de confier Ă lâItalie la garde des frontiĂšres pontificales ; on y pensa pourtant. De son cĂŽtĂ© lâambassadeur prussien se porta au Vatican pour dĂ©clarer que la puissance quâil reprĂ©sentait prenait sous sa haute protection la neutralitĂ© de lâĂtat pontifical et considĂ©rerait comme un casus belli la violation de la frontiĂšre par un soldat Ă©tranger, italien ou français. Les deux garanties se valaient. Le souverain pontife nâeut grand souci ni de lâune ni de lâautre. Ensemble la fortune de la France et celle de la Rome pontificale sâinclinaient durement atteintes. DĂšs le commencement dâaoĂ»t, Mgr Fillion voulut revoir les deux abbayes et visiter Ă Solesmes lâĂ©vĂȘque Ă©lu de Nantes, Mgr Fournier, qui avait dĂ©sirĂ© se prĂ©parer Ă sa consĂ©cration Ă©piscopale auprĂšs de dom GuĂ©ranger. LâĂ©vĂȘque du Mans avait trouvĂ© le loisir Ă Rome de sâintĂ©resser trĂšs efficacement au monastĂšre de Sainte -CĂ©cile. Une audience sollicitĂ©e dĂšs le 20 juin lui avait Ă©tĂ© enfin accordĂ©e Ă une heure inespĂ©rĂ©e, le 14 juillet, alors que le souverain pontife Ă©tait obligĂ© par les travaux du concile de refuser toutes autres conversations que celles rĂ©clamĂ©es par les affaires gĂ©nĂ©rales de lâĂglise. Il avait trouvĂ© Pie IX en bonne santĂ©, en belle humeur et nullement affectĂ© des quatre-vingt-huit non placet de la veille. AprĂšs avoir rappelĂ© les travaux de dom GuĂ©ranger, lâĂ©vĂȘque du Mans avait offert au souverain pontife une supplique assez Ă©tendue oĂč il sollicitait la crĂ©ation dâune abbesse de Sainte -CĂ©cile. Mais, rĂ©pliqua le pape, sarebbe mettere il carro avanti i bovi ; il faut dâabord faire Ă©riger le monastĂšre en abbaye. Peu importe, trĂšs saint pĂšre, rĂ©pondit lâĂ©vĂȘque ; pourvu que le char marche ! Si par la grĂące de Votre SaintetĂ© nous obtenons une abbesse, la congrĂ©gation des Ă©vĂȘques et rĂ©guliers ne tardera guĂšre Ă nous accorder une abbaye. Pie IX prit alors la supplique, en retourna les feuillets Mais câest tout un sermon ; laissez-moi cela, je le lirai Ă tĂȘte reposĂ©e. Si Votre SaintetĂ© veut le permettre, je vais lire, ce ne sera pas long. Quand lâĂ©vĂȘque eut fini, Pie IX prit la plume et, tĂ©moignant que cette condescendance apostolique voulait rĂ©compenser par une faveur tout exceptionnelle les travaux de dom GuĂ©ranger, il Ă©crivit Pro gratia speciali in exemplum non adducenda, petitam facultatem concedimus. De cette faveur apostolique qui couronnait son Ćuvre, lâabbĂ© de Solesmes avait Ă©tĂ© averti aussitĂŽt ; mais il nâen avait livrĂ© Ă personne le secret le 8 aoĂ»t lorsque lâĂ©vĂȘque vint Ă Solesmes, nul ne savait encore quâun rescrit pontifical accordait Ă Sainte -CĂ©cile la bĂ©nĂ©diction abbatiale pour la prieure et lâunion Ă la congrĂ©gation bĂ©nĂ©dictine de France. Dom GuĂ©ranger avait rĂ©servĂ© Ă lâĂ©vĂȘque la joie de le dire lui-mĂȘme Ă des moniales quâil honorait de son affection ; pour lui en laisser le loisir, il avait retardĂ© son entrĂ©e dans la salle oĂč les religieuses Ă©taient rĂ©unies, de tout le temps quâil avait cru requis pour cette joyeuse promulgation. Un mĂȘme calcul de dĂ©licatesse avait dĂ©terminĂ© lâĂ©vĂȘque Ă surseoir ; et lorsque lâabbĂ© de Solesmes entra, demandant lâaccueil fait par la communautĂ© Ă la bonne nouvelle, lâĂ©vĂȘque rĂ©pondit Elles nâen savent rien, mon rĂ©vĂ©rendissime pĂšre ; nous vous attendions pour leur apprendre comment le souverain pontife, ayant cherchĂ© quelle rĂ©compense pouvait vous toucher davantage pour vos admirables travaux, nâavait rien trouvĂ© de mieux que de combler vos filles. » Et avec la joie dâun nĂ©gociateur qui a pleinement rĂ©ussi, il raconta lâaudience du 14 juillet. Ensemble il fut convenu que lâĂ©glise de Sainte -CĂ©cile alors presque terminĂ©e serait consacrĂ©e le 12 octobre suivant, que lâĂ©vĂȘque prendrait son quartier Ă Solesmes et que la bĂ©nĂ©diction de lâabbesse aurait lieu le 15 octobre, fĂȘte de sainte ThĂ©rĂšse. On ne doutait pas que la guerre ne dĂ»t ĂȘtre alors finie. Quelques jours plus tard, lâabbĂ© de Solesmes se rendit Ă Angers pour y saluer le nouvel Ă©vĂȘque, Mgr Freppel, et de lĂ Ă Nantes pour assister au sacre de Mgr Fournier. Les moines de Saint-Pierre continuaient Ă ignorer la bĂ©nĂ©diction apostolique descendue sur le monastĂšre voisin. Il y avait discrĂ©tion et prudence Ă taire des nouvelles joyeuses, tandis que des meneurs sinistres, sortis on ne sait de quels repaires, se rĂ©pandaient dans les. campagnes, exploitant lâinintelligence du bas peuple, mĂȘlant la guerre, le concile, les prĂȘtres, les Prussiens, et sâen allaient semant partout le bruit que le pape soutenait la Prusse, que câĂ©tait Ă lui que remontait tout le mal, puisquâil avait armĂ© lui-mĂȘme les soldats qui envahissaient le sol de la France et massacraient ses enfants. Au milieu de lâanxiĂ©tĂ© et de la tristesse des Ăąmes on devine lâeffet produit par de telles excitations, prĂ©ludes ordinaires des discordes civiles. Il fallait en conjurer lâeffet. Dom GuĂ©ranger nâavait dâailleurs besoin que des inspirations de son cĆur pour offrir Ă la prĂ©fecture du Mans de crĂ©er dans lâabbaye une ambulance, oĂč blessĂ©s et malades furent accueillis durant tout le cours de la guerre. Les communautĂ©s religieuses refluaient devant lâinvasion et cherchaient un refuge dans des rĂ©gions moins menacĂ©es. Un instant lâabbaye de Jouarre sollicita auprĂšs de la jeune communautĂ© de Sainte -CĂ©cile une hospitalitĂ© qui fut accordĂ©e avec joie, car il y eĂ»t eu bienfait de part et dâautre ; mais ni Jouarre ni Sainte -CĂ©cile nâeurent Ă en bĂ©nĂ©ficier. La dĂ©tresse qui nâavait cessĂ© de rĂ©gner Ă lâabbaye sâaugmenta de toutes les difficultĂ©s nouvelles créées par la guerre, qui atteignaient mĂȘme lâaisance publique et crĂ©aient pour un monastĂšre obĂ©rĂ© dĂ©jĂ une rĂ©elle anxiĂ©tĂ©. Câest alors que la pensĂ©e de dom GuĂ©ranger se porta vers le nord de la France, rĂ©gion industrieuse, riche, gĂ©nĂ©reuse, oĂč maintes fois ses fils avaient reçu un accueil trĂšs sympathique. Terre autrefois semĂ©e de grands et florissants monastĂšres, peuplĂ©e de familles nombreuses et patriarcales, habitĂ©e par une race saine, calme, rĂ©solue, merveilleusement propre Ă la vie surnaturelle, la rĂšgle de saint BenoĂźt y avait Ă©tĂ© pratiquĂ©e dĂšs lâĂ©poque mĂ©rovingienne, durant ces siĂšcles que Mabillon a regardĂ©s comme lâĂąge dâor de la vie bĂ©nĂ©dictine. Dom GuĂ©ranger se demandait pourquoi elle ne pourrait pas y refleurir encore. TĂŽt ou tard, disait-il, nous nous Ă©tablirons par lĂ ; les saints y ont abondĂ© nous y retrouverons leurs traces. » Et la Providence semblait sourire Ă ces rĂȘves ; depuis deux ans dĂ©jĂ , de ce pays créé par les moines mais oĂč la vie bĂ©nĂ©dictine Ă©tait ignorĂ©e, des vocations monastiques sâĂ©taient levĂ©es, sans causes extĂ©rieures apprĂ©ciables, sans influences prĂ©cises, et dâelles mĂȘmes elles sâĂ©taient orientĂ©es vers Solesmes comme vers un centre de solitude et de paix, de vie surnaturelle et de doctrine. Le diocĂšse dâArras, terre de saint Waast et de saint Bertin, sâĂ©tait Ă©veillĂ© le premier et avait devancĂ© sa mĂ©tropole, Cambrai, qui se recueillait encore. Une fraternitĂ© de dĂ©sirs et de combats communs avait rĂ©uni autrefois lâabbĂ© de Solesmes et lâancien Ă©vĂȘque de Langres, Mgr Parisis, qui avait illustrĂ© ensuite le siĂšge dâArras. Son successeur, le grand et bon gĂ©ant, Mgr Lequette, avait hĂ©ritĂ© de toute lâaffection de Mgr Parisis pour les maisons religieuses. Il se trouva une famille chrĂ©tienne originaire de Saint-Venant que le patriarche saint BenoĂźt sembla ambitionner tout entiĂšre *Trois fils Ă©taient prĂȘtres dĂ©jĂ et appartenaient Ă la sociĂ©tĂ© diocĂ©saine de Saint- Bertin. Lâun fut appelĂ© ; lâautre le suivit. Lorsque la vocation atteignit le troisiĂšme, lâĂ©vĂȘque dâArras effrayĂ© par la contagion contesta et se refusa Ă livrer son vicaire gĂ©nĂ©ral. Celui-ci ne reste, dans le siĂšcle que pour soutenir de son pouvoir, de son ministĂšre et de toute sa fortune les maisons religieuses du diocĂšse ; puis, lâheure venue. pour aider efficacement Ă une double fondation monastique qui sâhonore de son amitiĂ©. Restait un quatriĂšme frĂšre, mariĂ©, et partant dĂ©fendu contre la vocation. Il rivalisait de piĂ©tĂ© avec ses aĂźnĂ©s. Dieu lui donna un fils qui Ă son tour entra dans la famille bĂ©nĂ©dictine lâappel surnaturel ne sâarrĂȘta quâaprĂšs avoir tout exigĂ© tout obtenu. Un tel exemple provoqua des imitations et, le branle une fois donnĂ© dâautres vocations suivirent. Il en fĂ»t venu bien plus encore si dom GuĂ©ranger eĂ»t Ă©tĂ© capable de prendre sur lâheure possession dâun ancien monastĂšre de cisterciens auprĂšs de Saint-Omer ; mais il fut reconnu bientĂŽt que le dessein Ă©tait prĂ©maturĂ© il ne devait ĂȘtre repris que vingt ans plus tard. Câest dans cette rĂ©gion du Nord, et afin de pourvoir aux besoins prĂ©sents et Ă ceux de lâavenir, que dom GuĂ©ranger envoya un de ses plus aimĂ©s fils, le R. P. dom Athanase Logerot. Lâheure Ă©tait bien peu favorable. Lâindustrie souffrait cruellement ; la cessation du travail contraignait chacun Ă songer Ă soi. Pourtant, mĂȘme au milieu de sa dĂ©tresse, la province de Cambrai vint au secours dâune dĂ©tresse plus grande et le quĂȘteur rentra Ă Solesmes Ă la hĂąte dĂšs le 30 aoĂ»t, Ă©chappant Ă lâinvestissement dont Paris se sentait menacĂ©. AprĂšs Sedan et le 4 septembre, les heures devinrent plus sombres encore Jâai traversĂ© bien pĂ©niblement le cauchemar de 1848, disait lâabbĂ© de Solesmes, mais celui-ci est bien plus terrible » Les rĂ©gions habituellement les plus paisibles, et le Maine est de celleslĂ , Ă©taient en pleine fermentation. On eĂ»t dit que la proclamation de la rĂ©publique avait dĂ©chaĂźnĂ© les pires instincts. Lorsque le nouveau prĂ©fet rĂ©publicain, M. Le Chevallier, avait pris possession de sa charge, un groupe de partisans sâĂ©tait prĂ©sentĂ© Ă lui et comme don de joyeux avĂšnement, comme aubaine naturelle, lui avait demandĂ© la libertĂ© de deux heures de pillage dans la bonne ville du Mans. M. Le Chevallier Ă©tait intelligent et rĂ©solu ; il rĂ©pondit aux Ă©meutiers en leur dĂ©clarant quâil les ferait fusiller, sâils ne se dispersaient aussitĂŽt. Ils obĂ©irent. Mais lĂ oĂč elles nâĂ©taient pas comprimĂ©es par une main ferme, lâanarchie et lâimpiĂ©tĂ© donnĂšrent lâidĂ©e de ce quâelles se permettraient, le jour oĂč elles seraient maĂźtresses, dans le Paris de la Commune. Septembre 1870 eut des jours terribles et que nâoublieront jamais ceux qui les ont connus. La France envahie, Rome livrĂ©e Ă la rĂ©volution italienne, Paris investi et comme prisonnier, les, haines civiles ne sâimposant nulle trĂȘve mĂȘme en face de lâinvasion ennemie ; et cependant, lâEurope politique regardant, indiffĂ©rente jusquâau sarcasme, ce quâelle croyait ĂȘtre lâagonie de la nation française, lorsquâelle nâapplaudissait pas Ă la leçon si mĂ©ritĂ©e que notre orgueil venait de recevoir ; un gouvernement effarĂ© et incapable, ne songeant quâĂ se gorger lui-mĂȘme, Ă assouvir ses vengeances et oubliant les malheurs de la patrie au milieu des basses jouissances de son pouvoir usurpĂ©. Combien de temps la main du Seigneur devait-elle sâappesantir sur notre pays, si coupable, si aveugle aussi ? La tourmente sâarrĂȘterait-elle au pied de ces deux abbayes encore paisibles ? Il ne semblait pas que LigugĂ© eĂ»t rien Ă craindre ; mais Ă Marseille les dĂ©sordres furent tels que le prieur crut devoir par prudence licencier les moines du prieurĂ© de Sainte- Madeleine et les semer çà et lĂ jusquâau retour de jours meilleurs. Puis lorsquâils rentrĂšrent, ce fut pour ĂȘtre tĂ©moins de scĂšnes aujourdâhui presque oubliĂ©es, soit parce que les malheurs de la France les voilaient quand elles se produisirent, soit parce quâelles sâeffacĂšrent dans la suite devant un drame plus terrible dont elles ne furent que lâĂ©bauche la rĂ©volution sâemparant du prĂ©fet de Marseille et le gardant Ă vue dans sa demeure, la Commune Ă©tablie Ă lâhĂŽtel de ville, lâĂ©meute dans la rue, la guerre civile ajoutant ses horreurs aux tristesses de lâinvasion. MalgrĂ© les angoisses dont il Ă©tait assiĂ©gĂ©, dom GuĂ©ranger ne consentit pas Ă interrompre les travaux de Sainte -CĂ©cile. Dans son dessein, lâĂ©glise devait ĂȘtre bĂ©nite et livrĂ©e au culte le 11 octobre ; la cĂ©rĂ©monie de la consĂ©cration serait ajournĂ©e. Lorsquâon le blĂąmait discrĂštement de son imprudence Ă bĂątir, le lendemain Ă©tant si peu assurĂ©, il rĂ©pondait avec tranquillitĂ© que les moines dâautrefois nâeussent rien fait, sâils avaient attendu pour agir un jour de pleine sĂ©curitĂ©. Et sans se dĂ©courager, il sâen allait en Bretagne, Ă Lorient auprĂšs de lâabbĂ© Schliebusch, demander les ressources dont il avait besoin pour faire vivre sa maison. Comme le Nord, la Bretagne lui fut accueillante et amie. A son insu, dans ces Ă©tapes diverses, le restaurateur de la vie bĂ©nĂ©dictine marquait dâavance les rĂ©gions de la France oĂč elle devait refleurir. La marche des Prussiens les avait conduits jusquâĂ OrlĂ©ans. On ne pouvait plus dĂ©sormais songer Ă de longs voyages. Dieu sait quand nous nous verrons, Ă©crivait dom GuĂ©ranger Ă Mgr Pie Ă cette heure je ne quitte que de force. Il fait bon rester Ă la maison au milieu de ces troubles. Jâai quatre moines dans la mobile, huit dans la garde nationale et plus dâun souci avec tant de monastĂšres qui apportent chacun leur sollicitude. Ma santĂ© est passable ; mais je mâappesantis pour la marche. Je trompe mes ennuis en Ă©crivant une histoire de lâĂglise primitive de Rome dâaprĂšs les travaux de M. de Rossi. Câest le seul travail qui puisse mâintĂ©resser au milieu des incertitudes du prĂ©sent 1 BientĂŽt la ville du Mans fut menacĂ©e Ă son tour. La tactique prussienne consistait Ă dĂ©courager, dans le Nord et lâOuest, tout effort tentĂ© par la province pour attaquer Ă revers lâarmĂ©e qui investissait Paris. Lâhiver Ă©tait dâune rigueur extrĂȘme ; les fuyards semaient partout la terreur dont eux-mĂȘmes Ă©taient saisis ; les paysans affolĂ©s abandonnaient leurs maisons, se rĂ©fugiaient en Anjou, sâentassaient dans les. bourgs sou le coup dâune panique qui nâentendait plus aucun conseil. LâarmĂ©e française Ă©tait complĂštement dĂ©moralisĂ©e, et il advint en certaines rĂ©gions de la Beauce quâelle eut fort peu Ă se louer dâune population qui lui refusait tout secours, afin dâavoir Ă offrir davantage aux Prussiens le jour oĂč il ; se prĂ©senteraient. Les Prussiens ont pillĂ© Ă fond les maisons de Saint-Calais, Ă©crivait Mgr Fillion ; maintenant ils dĂ©vastent les campagnes environnantes. Dieu semble les promener sur les paroisses les plus irrĂ©ligieuses du diocĂšse, comme le mĂ©decin la pierre infernale sur les parties gangrenĂ©es dâune blessure. Domine, veni ad liberandum nos 2 La marche des ennemis nâavait rien de rĂ©gulier ni de continu au lendemain dâune pointe plus audacieuse, ils se repliaient afin de dissiper par une concentration de forces supĂ©rieures les troupes improvisĂ©es qui manĆuvraient sur leurs flancs. A la fin de novembre lâennemi fut signalĂ© en grandes masses Ă six kilomĂštres du Mans. Il Ă©tait presque aux portes de la ville et avait ouvertement tĂ©moignĂ© le dessein de sâen emparer ; il se promettait dây entrer le vendredi 25 novembre et de cĂ©lĂ©brer son office Ă Saint -Julien le surlendemain, lorsque soudain lâarmĂ©e prussienne fut ramenĂ©e en arriĂšre. Le danger dâinvasion sâĂ©loigna et dom GuĂ©ranger put se proposer un voyage rapide Ă Poitiers pour y prĂ©senter un de ses fils Ă lâordination voyage pĂ©nible, alors que les communications Ă©taient difficiles et que les chemins de fer suffisaient Ă peine Ă transporter les troupes et le matĂ©riel de guerre. Il ne put accomplir son dessein quâaux premiers jours de janvier 1871. Au palais Ă©piscopal de Poitiers, il trouva M. de Charette, rĂ©cemment Ă©chappĂ© des lignes prussiennes et souffrant encore de sa blessure. LâabbĂ© de Solesmes partageait sa vie entre LigugĂ© et Poitiers, lorsque les nouvelles les plus alarmantes lui parvinrent de nouveau le Mans Ă©tait menacĂ© par un retour offensif de lâennemi. Le 13 janvier, dom GuĂ©ranger quittait Poitiers Ă la hĂąte, arrivait Ă Angers Ă dix heures du soir ; puis le lendemain matin, en dĂ©pit de lâeffroyable tempĂȘte de neige qui sĂ©vit toute la journĂ©e, repartait en voiture pour rencontrer en chemin des centaines de fuyards Ă©chappĂ©s Ă lâarmĂ©e de Chanzy et, brisĂ© de douleur, de fatigue et dâinquiĂ©tude, arrivait Ă lâabbaye Ă huit heures du soir. On devine avec quelle anxiĂ©tĂ© il Ă©tait attendu. Toutes communications avec le reste de la France Ă©taient rompues ; le canon se faisait entendre depuis trois jours Ă©tait-ce un succĂšs ? Etait-ce une nouvelle dĂ©faite ? Lorsquâon apprit que le gĂ©nie faisait sauter les ponts et dĂ©truisait les lignes ferrĂ©es, lorsquâon vit affluer les blessĂ©s Ă SablĂ©, il ne resta plus de doute Chanzy avait Ă©tĂ© forcĂ© de se replier. Il voulait opĂ©rer sa retraite sur Alençon ; le gouvernement de la dĂ©fense nationale prescrivit Laval. Le corps du gĂ©nĂ©ral de Curten, dix mille hommes environ, dans son mouvement de retraite, vint camper Ă SablĂ©. Mal dirigĂ©s, les soldats mirent quinze heures Ă franchir une distance dâenviron dix lieues ; ils se traĂźnaient Ă grandâpeine et nâavaient nul billet de logement ; ils sâentassĂšrent pĂȘle-mĂȘle sur la place, dans la neige, par un froid intense. Les plus humbles foyers les accueillirent de leur mieux ; mais la ville est petite, et Ă la nuit tombante une centaine dâhommes nâavaient pu encore trouver dâabri. Un officier, qui dĂźnait au chĂąteau en compagnie de plusieurs autres, en fut averti et avec une rondeur toute militaire Je nây puis rien rĂ©pondit-il, quâils se dĂ©brouillent ! » Heureusement il en fut qui comprirent mieux leur devoir. La charitĂ© publique aidant, les derniers venus eux-mĂȘmes eurent un gĂźte pour la nuit. Le petit village de Solesmes reçut quinze cents mobiles de la Haute-Vienne ; cent trente logĂšrent en lâabbaye, tremblants de fiĂšvre, secouĂ©s par la toux, mal vĂȘtus, mal chaussĂ©s, rompus de fatigue, mourant de faim, accusant par leurs souffrances plus encore que par leurs plaintes lâeffroyable incurie dont ils Ă©taient les victimes. Dom GuĂ©ranger entrait Ă Solesmes peu de temps aprĂšs eux. Son abbaye avait lâaspect dâune caserne les armes Ă©taient en faisceaux sous le cloĂźtre, des sentinelles faisaient la ronde Ă toutes les issues du monastĂšre. Salles du noviciat, salles de confĂ©rences, dĂ©pendances de lâabbaye, tout Ă©tait occupĂ©. Personne nâavait prĂ©vu ce surcroĂźt de bouches Ă nourrir ; il nâeĂ»t servi de rien dâaller Ă la quĂȘte de provisions dans les maisons du village en proie Ă la mĂȘme surprise et Ă la mĂȘme dĂ©tresse, et le frĂšre cuisinier nâavait environ que douze livres de viande. Il vint se plaindre auprĂšs de lâabbĂ©, renouvelant la question de lâEvangile Quâestce que cela pour tant de monde ? Mon petit frĂšre Augustin, lui rĂ©pondit lâabbĂ©, câest au bon Dieu Ă nous tirer dâaffaire ; cuisinez toujours, on verra bien. Les cent trente hommes et leurs officiers mangĂšrent, on ne mĂ©nagea pas les portions il en resta pour le dĂ©jeuner du lendemain. Autant jâen donnais, autant il y en avait », disait naĂŻvement le cuisinier qui nây comprit rien. Le fait nous a Ă©tĂ© attestĂ© par des tĂ©moins survivants ; dom GuĂ©ranger lâa conservĂ© dans sa chronique Jâai trouvĂ© casernĂ©s Ă lâabbaye cent trente mobiles de la Haute-Vienne avec un chapelain excellent. Ils sont partis le lendemain, enchantĂ©s de leur sĂ©jour. Pour leur souper et leur dĂ©jeuner, douze livres de viande ont suffi. Explique qui pourra ! » Lorsque soldats et officiers eurent repris leur chemin, lâabbĂ© de Solesmes bĂ©nit deux de ses fils qui partaient pour rejoindre lâarmĂ©e de lâOuest, lâun comme aumĂŽnier, lâautre comme infirmier.* Quelques jours aprĂšs, nouvelle alerte cette fois, câĂ©taient les Prussiens. Leur occupation de SablĂ© et des environs se fit dans un ordre parfait. Ce fut pour les Français la matiĂšre dâune amĂšre comparaison. Les soldats Ă©taient largement pourvus, trĂšs fermement commandĂ©s. Il fut portĂ© Ă la connaissance de tous par un tambour et un crieur public que toute rĂ©quisition devait ĂȘtre refusĂ©e, si elle nâĂ©tait pas faite par lâautoritĂ© militaire elle-mĂȘme. La discipline fut parfaite et les rares infractions punies avec une extrĂȘme sĂ©vĂ©ritĂ©. Nous savons trop quâil nâen fut pas de mĂȘme partout, mais lâĂ©quitĂ© nous fait une loi de dire ce qui sâest passĂ© sous nos yeux. Dix-huit cents Prussiens entrĂšrent Ă Solesmes le 22 janvier. Lâabbaye, qui continuait dâĂȘtre ambulance, fut mĂ©nagĂ©e et nâeut Ă hĂ©berger que six officiers et une vingtaine de soldats ; une cinquantaine de chevaux furent aussi logĂ©s dans les dĂ©pendances. Le lendemain, tout disparut dans la direction de Laval. Il y eut quelques alertes encore, quelques rĂ©quisitions. Le son des cloches semblait inquiĂ©ter les ennemis qui parfois se demandaient si la voix sonore qui annonce les offices monastiques nâĂ©tait pas quelque signal convenu avec des dĂ©tachements de lâarmĂ©e française. Un jour mĂȘme, quelques uhlans ayant Ă©tĂ© tuĂ©s dans une rencontre avec les francs-tireurs, les Prussiens menacĂšrent de mettre le feu aux quatre coins du village qui nâen pouvait mais. Lâarmistice du 31 janvier mit fin Ă la guerre. Une zone neutre de seize kilomĂštres fut tracĂ©e entre les deux armĂ©es Solesmes y Ă©tait compris. Durant tout le cours de lâoccupation militaire, le seul mot Kloster Ă©crit sur la porte dâentrĂ©e dĂ©fendit le monastĂšre de Sainte- CĂ©cile contre toute rĂ©quisition et mĂȘme contre toute curiositĂ©. La ville du Mans sâen tira moins bien. Il est vrai que le 12 janvier, aprĂšs la retraite de Chanzy, lâarmĂ©e prussienne ayant Ă lâimproviste occupĂ© la ville encombrĂ©e encore de mobiles et de francs-tireurs attardĂ©s, depuis trois heures de lâaprĂšs-midi jusquâĂ la nuit, sur tous les points oĂč se rencontraient Français et Prussiens, il y avait eu Ă©change de coups de fusil. Le prince FrĂ©dĂ©ric-Charles voulut faire expier Ă la ville ce quâil considĂ©rait comme un guet-apens et lui imposa une contribution de guerre de quatre millions ; elle fut dans la suite rĂ©duite de moitiĂ© sur les instances de lâĂ©vĂȘque. LâarmĂ©e victorieuse prit quartier dans la ville. Soldats et officiers allumĂšrent dans les maisons particuliĂšres de tels brasiers que çà et lĂ des incendies Ă©clatĂšrent. Ă©vĂȘchĂ© fut tout entier la proie des flammes ; il nâen demeura que les murailles Ă©branlĂ©es le feu dĂ©vora, avec la bibliothĂšque de lâĂ©vĂȘchĂ© qui Ă©tait considĂ©rable, la bibliothĂšque particuliĂšre de Mgr Fillion, les archives de sa vie entiĂšre, ses travaux manuscrits, sa correspondance. Il fut jetĂ© hors de son palais, a dit lâĂ©vĂȘque de Poitiers, avec sa seule soutane, une partie de brĂ©viaire et un volume de la patrologie⊠On ne lâentendit pas murmurer ; son Ă©galitĂ© dâĂąme ne lâabandonna pas un instant. On put voir alors Ă quel point le sentiment de la volontĂ© de Dieu le rĂ©gissait et combien il Ă©tait supĂ©rieur aux Ă©vĂ©nements de la vie prĂ©sente Mon peuple avait tant souffert, sâĂ©cria-t-il ; il fallait que le pasteur partageĂąt le sort du troupeau 3 » AprĂšs lâarmistice vint la paix, paix onĂ©reuse, consentie Ă regret, presque aussitĂŽt ensanglantĂ©e par les partisans de la guerre Ă outrance et par cette orgie rĂ©volutionnaire que lâon a nommĂ©e la Commune, Ă qui les hĂ©sitations du gouvernement laissĂšrent tout le loisir de sâĂ©tendre. Les horreurs de la guerre, selon un mot cĂ©lĂšbre, firent place aux horreurs de la paix. Lyon, Saint- Etienne, Marseille se donnĂšrent le luxe dâimiter Paris. A Marseille, les Ă©glises furent forcĂ©es, lâĂ©meute un instant maĂźtresse ne fut rĂ©primĂ©e que par lâĂ©nergique rĂ©solution du gĂ©nĂ©ral Espivent qui, des hauteurs de Notre-Dame de la Garde, mitrailla la prĂ©fecture oĂč le prĂ©fet, ses secrĂ©taires, le gĂ©nĂ©ral de brigade, le procureur de la rĂ©publique et son substitut Ă©taient prisonniers et dĂ©tenus comme otages. LâanxiĂ©tĂ© de lâabbĂ© de Solesmes Ă©tait grande de voir de loin les siens dans cette fournaise ; il gĂ©missait des entraves sans nombre quâune situation si Ă©trangement troublĂ©e apportait Ă lâĂ©tablissement du petit monastĂšre. Les santĂ©s Ă©taient pĂ©niblement affectĂ©es de lâexiguĂŻtĂ© de la maison, du peu dâespace et du peu dâair quâil est possible de trouver au centre dâune ville populeuse, des charges aussi qui pesaient plus lourdement sur une communautĂ© rĂ©duite. On, se souvient quâen plus des travaux ordinaires de la vie monastique, les moines du prieurĂ© Ă©taient tenus encore au surcroĂźt apportĂ© par lâĆuvre du grand catĂ©chisme que le vĂ©nĂ©rable fondateur, M. Coulin, laissait de plus en plus glisser entre leurs mains. La fĂȘte de PĂąques de 1871 amena Ă Solesmes le gĂ©nĂ©ral Bourbaki, lâancien commandant en chef de lâarmĂ©e de lâEst. On le sait, dans une heure de douleur et dâĂ©garement, il nâavait pu se rĂ©signer Ă voir son armĂ©e perdue ne consentant pas Ă survivre Ă sa dĂ©faite, il avait attentĂ© Ă ses jours. Dieu voulut que la balle de pistolet sâĂ©crasĂąt sur lâos frontal comme sur une plaque de fonte, nây laissant quâune lĂ©gĂšre trace noire. Avec une franchise toute militaire, le gĂ©nĂ©ral remercia les moines, qui, sur la demande du docteur Rondelou son parent ; avaient priĂ© pour lui lors de sa bataille perdue et de son suicide manquĂ©. Sa parole brĂšve et rapide respirait la droiture et la bravoure. Il Ă©tait accompagnĂ© de son aide de camp, le colonel Leperche, que lâabbĂ© de Solesmes prit en grande estime et affection. A la mĂȘme Ă©poque et dâune autre rĂ©gion de la sociĂ©tĂ©, arriva Ă Solesmes un plus pacifique visiteur qui devait, lui, finir ses jours prĂšs de lâabbaye. M Etienne Cartier avait Ă©tĂ© lâami intime du P. Lacordaire et du P. Besson. Au commencement de la restauration dominicaine, une fĂȘte de saint Dominique avait rĂ©uni chez lui Ă Paris, rue HonorĂ©- Chevalier, le P. Lacordaire, le P. de Ravignan et dom GuĂ©ranger. M. Cartier gardait tout entiĂšre son affection pour lâordre de Saint -Dominique mais il venait de perdre sa mĂšre, se croyait trop ĂągĂ© pour ĂȘtre religieux et, aprĂšs avoir passĂ© Ă Solesmes la semaine sainte et les fĂȘtes de PĂąques, demandait Ă dom GuĂ©ranger, tout prĂšs de lâabbaye ou mieux encore dans lâabbaye mĂȘme, un abri oĂč il eĂ»t le loisir de poursuivre ses Ă©tudes et de mourir. Divers devoirs le retinrent encore quelques mois dans le monde et ne lui permirent dâaccomplir quâun peu plus tard un dessein auquel lâabbĂ© de Solesmes sâĂ©tait prĂȘtĂ© volontiers. Mieux que personne, M. Cartier Ă©tait apte Ă comprendre et Ă goĂ»ter intelligemment les joies de la vie monastique. En la personne de cet hĂŽte de lâabbaye, Ă lâheure oĂč dom GuĂ©ranger mĂ©ditait une refonte totale de son Histoire de sainte CĂ©cile, la Providence lui offrait de façon inespĂ©rĂ©e le concours artistique qui lui permettrait dâillustrer de tant de motifs pieux et variĂ©s ce quâil aimait Ă appeler son catĂ©chisme des catacombes. Pendant ce temps, Paris supportait un second siĂšge. LâarmĂ©e rĂ©guliĂšre reprenait pĂ©niblement et au prix du sang sur lâinsurrection les positions et les forts que le gouvernement avait si imprudemment abandonnĂ©s. Devant sa marche trop lente mais mĂ©thodique et sĂ»re, appuyĂ©e par une puissante artillerie, les rĂ©sistances tombaient lâune aprĂšs lâautre ; et dans les conseils de lâĂ©meute de sinistres projets Ă©taient agitĂ©s. NâespĂ©rant plus vaincre, les insurgĂ©s voulurent du moins se venger. Si la Commune devait pĂ©rir, Paris incendiĂ©, les otages massacrĂ©s seraient le funĂ©railles de la Commune. On y prĂ©luda par une bataille de jour et de nuit, qui dura sans discontinuer du lundi 22 mai au dimanche suivant, 28 mai, fĂȘte de la PentecĂŽte. Les Tuileries, le ministĂšre des finances, la Cour des comptes, le palais de justice, lâhĂŽtel de ville, des rues entiĂšres furent la proie des flammes. Notre-Dame et la Sainte-Chapelle nâĂ©chappĂšrent Ă lâincendie que par la promptitude des secours. Prisonnier depuis le 6 avril, lâarchevĂȘque de Paris, Mgr Darboy, avait vainement essayĂ© dâĂ©chapper aux mains du gouvernement de lâĂ©meute, en nĂ©gociant un Ă©change de sa personne contre Blanqui. Le 24 mai Ă huit heures du soir, dans la compagnie du sĂ©nateur Bonjean, de lâabbĂ© Deguerry curĂ© de la Madeleine et dâautres prĂȘtres et religieux, il sortit de la Roquette pour aller Ă la mort. Le lendemain vit le martyre des dominicains de lâĂ©cole Albert le Grand. Le surlendemain, ce fut le massacre de la rue Haxo oĂč tombĂšrent avec le P. Ollivaint, le P. Caubert et le P. de Bengy, des religieux, des prĂȘtres et des soldats auxquels se joignit lâancien postulant de Solesmes, Paul Seigneret. La Commune nâeut pas le temps, mais le temps seul lui manqua pour achever son Ćuvre sanglante il restait encore Ă la grande et Ă la petite Roquette treize cents otages Ă massacrer. La leçon Ă©tait effrayante, venant au lendemain dâune guerre dĂ©jĂ dĂ©sastreuse ; mais en France tout sâoublie, tout sâefface. Nous avons des trĂ©sors dâindulgence pour les plus sinistres personnages et, non contents de les rĂ©habiliter, sâils savent attendre, nous les mettons Ă la tĂȘte des affaires publiques et les supplions de nous gouverner. La leçon ne devait pas suffire les chĂątiments, les ruines, le dĂ©membrement, le sang versĂ© ne furent bientĂŽt plus que des Ă©vĂ©nements comme les autres ; les meilleurs se bornĂšrent Ă les maudire, sans songer aux fautes nationales qui avaient armĂ© la main de lâĂ©meute. Un instant sous le coup dâune terreur suprĂȘme, la nation avait semblĂ© se tourner vers Dieu et lâAssemblĂ©e nationale avait demandĂ© la bĂ©nĂ©diction de Dieu sur ses travaux. Mais le chef du pouvoir exĂ©cutif nâavait quâun souci combattre le clĂ©ricalisme quâil trouvait prĂ©pondĂ©rant dans lâAssemblĂ©e, nĂ©e des Ă©lections de 1871 et suspecte Ă ses yeux de nâĂȘtre pas la vraie reprĂ©sentation du pays. Aussi nourrissait-il le projet dâamener la dissolution de cette nouvelle AssemblĂ©e introuvable, afin de placer dĂ©finitivement la France sous le rĂ©gime qui nous divise le moins, la rĂ©publique, une rĂ©publique sage, honnĂȘte, conservatrice, confiĂ©e Ă la prĂ©sidence de M. Thiers. GrĂące Ă de patients efforts, M. Thiers devait rĂ©ussir ; aujourdâhui encore nous jouissons de son succĂšs. Je me suis remis au travail dĂšs le commencement dâaoĂ»t, Ă©crivait dom GuĂ©ranger Ă M. de Rossi, au moment oĂč les Prussiens envahissaient la France. Ce labeur a Ă©tĂ© pour moi une utile distraction au milieu de nos malheurs. Jâai mis en train une vaste monographie de sainte CĂ©cile dont la premiĂšre partie contiendra les origines de lâĂglise romaine jusquâĂ la paix de Constantin. CĂ©cile y occupe la place dâhonneur comme rĂ©sumant en elle les deux Rome. Je suis arrivĂ© au pontificat de Victor oĂč je commence Ă parler de Calixte dâaprĂšs votre beau travail. ZĂ©phyrin viendra bientĂŽt avec la crypte cĂ©cilienne devenue la crypte des pontifes. Il va de soi que je ne marche quâavec vous et par vous. Ma seconde partie renfermera presque exclusivement lâĂ©pisode cĂ©cilien depuis le quatriĂšme siĂšcle jusquâĂ la dĂ©couverte du tombeau par vous en 1853. MalgrĂ© ma mauvaise santĂ©, je pousse mon travail avec autant de vigueur quâil mâest possible. Il me faudra du temps pour achever, et câest pourquoi, dĂšs que notre pays sera pacifiĂ© et que lâon pourra reprendre les Ćuvres littĂ©raires, je donnerai la troisiĂšme Ă©dition de Sainte CĂ©cile, extraite de mon grand ouvrage qui ne paraĂźtra que plus tard. Daigne le ciel nous rendre les temps oĂč la science peut ĂȘtre cultivĂ©e ! Vous avez su comment la France a failli sombrer dans la barbarie 4 . Ainsi au dĂ©clin de sa vie lâabbĂ© de Solesmes revenait Ă ces origines romaines qui avaient Ă©tĂ© lâobjet privilĂ©giĂ© de ses premiĂšres Ă©tudes. Le cercle sâachevait lĂ oĂč il avait commencĂ©. Dieu, par de menues trouvailles, encourageait son ouvrier avant de venir occuper sa place Ă lâabbaye, M. Cartier avait visitĂ© Rome ; des indications fournies par M. et Mme Ratel lui avaient signalĂ© chez un brocanteur une copie de la sainte CĂ©cile de Maderno, exĂ©cutĂ©e une quarantaine dâannĂ©es auparavant. Lâadresse du brocanteur avait Ă©tĂ© heureusement conservĂ©e M. Cartier se rendit via de due Macelli, 86 . O bonheur ! la statue nâavait pas encore trouvĂ© dâacquĂ©reur. Elle fut sur-le-champ obtenue, rĂ©parĂ©e, emballĂ©e, expĂ©diĂ©e de Civita-Vecchia Ă Marseille, de Marseille en gare de SablĂ©. Jâarriverai Ă Solesmes avant elle », Ă©crivait M. Cartier 5 . Les nouvelles de Rome Ă©taient sombres ; les travaux de M. de Rossi Ă©taient dĂ©concertĂ©s par lâinsouciance absolue de lâadministration italienne, trop occupĂ©e ailleurs pour veiller Ă la tutelle des catacombes ; une grande solitude sâĂ©tait faite autour du cardinal Pitra qui en souffrait cruellement. Vous nâavez pas oubliĂ©, Ă©crivait-il, combien jâaimais la vie commune et comment, dĂšs le lendemain de ma profession, il mâa fallu me trouver seul, souvent en pays Ă©tranger et aux prises avec dâinextricables difficultĂ©s. Je demandai ce matin Ă saint Jean-Baptiste la lettre est datĂ©e du 24 juin de mâexpliquer cet isolement ou de me dire au moins oĂč cela doit aboutir. Lui aussi aimait la vie de famille et il va au dĂ©sert. Il aimait JĂ©sus et sa sociĂ©tĂ© Ă peine il lâentrevoit et meurt. Faudra-t-il le suivre en sa prison et nây suis-je pas dĂ©jĂ 6 ? On le voit, la plaie saignait toujours, Ni Rome, ni les honneurs nâavaient rĂ©ussi Ă compenser auprĂšs du cardinal la douceur de cette vie de Solesmes, Ă qui il avait dit adieu avant mĂȘme de lâavoir bien connue. Câest la loi ordinaire et le triste privilĂšge de lâĂąge dâavoir Ă saluer ainsi le bonheur seulement entrevu. Sans doute, Dieu nous achemine par les inclĂ©mences de la vie vers les joies Ă©ternelles. Dom GuĂ©ranger nâĂ©chappait pas plus quâun autre Ă ces tristesses ; mais il connaissait des jours absolument radieux que la chĂšre Eminence apercevait de trop loin pour en recueillir tout le charme et la beautĂ©. Il avait Ă©tĂ© rĂ©solu entre lâĂ©vĂȘque du Mans et lâabbĂ© de Solesmes que la bĂ©nĂ©diction abbatiale serait donnĂ©e Ă la rĂ©vĂ©rende mĂšre CĂ©cile BruyĂšre, prieure de Sainte -CĂ©cile, le 14 juillet, en lâanniversaire du jour oĂč Mgr Fillion avait obtenu du souverain pontife le rescrit gracieux dont nous avons parlĂ©. Le secret en avait Ă©tĂ© bardĂ© de concert, dom GuĂ©ranger Ă©vitait avec une prudence attentive tout ce qui aurait pu Ă©mouvoir lâopinion publique ; mais, lâheure venue, il prĂ©para avec un soin paternel tous les dĂ©tails de la cĂ©rĂ©monie, en mĂȘme temps quâil sollicitait pour lâĂ©lue du Seigneur la priĂšre de tous les amis de Solesmes. Il a rĂ©sumĂ© toute la cĂ©rĂ©monie en quelques mots dans son journal privĂ© La fonction a Ă©tĂ© trĂšs solennelle. LâĂ©vĂȘque a parlĂ© Ă lâĂ©vangile avec beaucoup de doctrine, dâĂ -propos et de dĂ©licatesse. » Ce serait peu pour ceux qui nâont pas Ă©tĂ© tĂ©moins de ces fĂȘtes, si une plume trĂšs alerte nâavait pris le soin de transmettre Ă lâabbĂ© de LigugĂ© et Ă sa maison un rĂ©cit dans lequel nous puiserons Ă pleines mains et que la postĂ©ritĂ© monastique relira souvent. Cette chĂšre petite Ă©glise de Sainte -CĂ©cile a une grĂące toute virginale avec son autel de marbre blanc, ces lis et ces roses semĂ©s Ă profusion sur ses murailles, ces inscriptions Ă©tincelantes dâor et de pourpre qui redisent les derniĂšres paroles de sa patronne. Lâassistance Ă©tait nombreuse et surtout choisie pas de bruit, pas de regards indiscrets, pas de foule Ă©touffante ; mais tous les amis, toutes les bonnes Ăąmes, tous les pauvres qui nous aiment et que nous aimons. Notre messe conventuelle Ă Saint-Pierre avait Ă©tĂ© anticipĂ©e dâune demi-heure, en sorte que toute la communautĂ© a pu arriver au commencement de la bĂ©nĂ©diction. Le graduel chantĂ©, lâĂ©lue sâest levĂ©e et les plus anciennes religieuses lâont conduite Ă la porte de clĂŽture oĂč sa mĂšre, sa sueur, deux domestiques, comme lâexige le pontifical, et quelques amis lâattendaient. Mme lâabbesse est entrĂ©e clans lâĂ©glise, voile baissĂ©, avec son escorte, et a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă lâĂ©vĂȘque assis au milieu de lâautel. La formule du serment, par ordre de Mgr lâĂ©vĂȘque, avait Ă©tĂ© modifiĂ©e de maniĂšre Ă insĂ©rer une clause empruntĂ©e au serment des abbesses exemptes et supposant le lien qui, selon lâintention des fondateurs, unit la monastĂšre de Sainte -CĂ©cile Ă notre congrĂ©gation bĂ©nĂ©dictine de France. Suit le rĂ©cit de la bĂ©nĂ©diction dâaprĂšs les rites du pontifical. La plus touchante partie de cette belle fonction, poursuit le tĂ©moin oculaire, a Ă©tĂ© lâintronisation de lâabbesse. AprĂšs lâIte missa est, on a apportĂ© la crossa de lâabbesse. Elle est dâargent, dâune blancheur toute virginale sept pierres, choisies dâaprĂšs les traditions du symbolisme chrĂ©tien, sont disposĂ©es autour du nĆud et forment tout un enseignement sur les principales vertus dâune vierge chrĂ©tienne. La volute est dessinĂ©e par une branche de lis gracieusement recourbĂ©e sur laquelle une petite colombe, symbole de lâĂąme pure, Ă©tend les ailes pour prendre son vol vers les cieux. LâĂ©vĂȘque est descendu de lâautel et, prenant Mme lâabbesse par la main, il lâa fait monter avec lui les degrĂ©s de son propre trĂŽne pour lây faire asseoir. A ce moment, il y a eu comme une lutte suprĂȘme entre lâhumilitĂ© et lâobĂ©issance dans lâĂąme de la mĂšre CĂ©cile. Elle a pĂąli subitement ; mais lâobĂ©issance a pris aussitĂŽt le dessus. La jeune abbesse sâest assise dans ce trĂŽne que le pontife de JĂ©sus-Christ venait de quitter pour lui faire place, et elle y est demeurĂ©e un instant, parĂ©e dâune beautĂ© indĂ©finissable. LâĂ©vĂȘque lâa considĂ©rĂ©e un moment dâun regard oĂč lâadmiration se mĂȘlait Ă la tendresse paternelle, puis, debout prĂšs dâelle, il a entonnĂ© le Te Deum que les moniales ont continuĂ© avec un admirable entrain. Nous abrĂ©geons Ă regret. Son pĂšre, M. BruyĂšre, qui remplissait lâunivers il y a cinq ans de ses menaces contre lâĂ©vĂȘque du Mans, contre le pĂšre abbĂ©, contre sa fille, Ă©touffait de joie et un peu dâorgueil aussi. Il a voulu se faire prĂ©senter Ă lâĂ©vĂȘque. Monseigneur, lui a-t-il dit, je vous dois en ce jour des excuses et des remerciements je tenais Ă vous les faire sans retard. Des excuses, reprit gracieusement lâĂ©vĂȘque, il nây a pas lieu ; mais jâaccepte volontiers les remerciements. Je ne vous dis rien, ajoute le narrateur, de notre pĂšre abbĂ© ; mais vous savez dâavance que le plus heureux, câĂ©tait lui. En effet, cette abbesse de vingt-cinq ans Ă©tait vraiment son Ćuvre. Elle Ă©tait ĂągĂ©e de dix ans seulement lorsque la Providence lâavait conduite Ă lâabbĂ© de Solesmes, qui lâavait disposĂ©e Ă sa premiĂšre communion et nâavait cessĂ© durant de longues annĂ©es de dĂ©penser Ă sa formation surnaturelle les trĂ©sors de son expĂ©rience et de sa doctrine. On pouvait pressentir dĂšs lors que ce nâĂ©tait pas pour elle seule ni mĂȘme pour le seul monastĂšre de Sainte -CĂ©cile que ce nouveau JĂ©rĂŽme prĂ©parait sa fille Eustochium. Ce fut une joie sans mĂ©lange, un vrai jour dâĂ©ternitĂ©. Trois ans ne sâĂ©taient pas Ă©coulĂ©s encore depuis la profession du 15 aoĂ»t 1868 ; lâĂ©difice matĂ©riel et lâĂ©difice surnaturel avaient crĂ» ensemble en toute hĂąte. Le temps dĂ©sormais Ă©tait mesurĂ© on sentait paraĂźtre dĂ©jĂ lâaube de lâĂ©ternitĂ©. La joie donne des forces. Rajeuni par les fĂȘtes de cette bĂ©nĂ©diction, dom GuĂ©ranger se crut assez valide pour se rendre Ă la consĂ©cration de lâĂ©glise de la Pierre- qui -vire, que les enfants du P. Muard venaient dâachever. La cĂ©rĂ©monie Ă©tait fixĂ©e au 25 juillet. Il avait le loisir nĂ©cessaire pour voir auparavant le carmel de Meaux dirigĂ© alors par la rĂ©vĂ©rende mĂšre Elisabeth de la Croix, et lâabbaye de Notre-Dame de Jouarre que les Ă©preuves de la guerre avaient failli amener Ă Sainte -CĂ©cile. Il se rendit par Auxerre et Avallon Ă la Pierre -qui -vire. On lui avait rĂ©servĂ© la consĂ©cration de lâautel de saint BenoĂźt. Je ne saurais vous dĂ©peindre, Ă©crivait-il ; lâaccueil que mâont fait ces bons pĂšres, leur respect affectueux pour Solesmes et pour son pauvre abbĂ©. Je me sentais en famille. Il y a lĂ une piĂ©tĂ© si vraie et si profonde, une simplicitĂ©, une humilitĂ© si touchantes que jâen ai Ă©tĂ© ravi. » Le voyage mĂȘme lui rĂ©ussit si bien que sans dĂ©semparer il en fit un second. Au lieu de repartir vers Solesmes, il prit de Paris la route vers le Nord dans le dessein dâĂ©tudier de plus prĂšs le projet de fondation quâavaient provoquĂ© dans le diocĂšse dâArras les vocations bĂ©nĂ©dictines qui y venaient dâĂ©clore. Si lâon sâen Ă©tait rapportĂ© Ă un prĂȘtre de Saint-Omer, aumĂŽnier des dames de Sion et ensuite du Bon- Pasteur, lâabbĂ© Limoisin, lâemplacement de la fondation sâimposait câĂ©tait, dans les environs de Saint-Omer, une parcelle de terrain qui avait appartenu autrefois Ă lâabbaye cistercienne de Clairmarais. DĂ©jĂ nous en avons dit un mot. Mais le brave abbĂ© ne connaissait quâimparfaitement les exigences dâun monastĂšre bĂ©nĂ©dictin ; il le concevait comme un centre dâĆuvres actives et hospitaliĂšres dont la demeure monastique eĂ»t Ă©tĂ© lâannexe et comme lâaccident. Ces propositions, venant Ă lâabbĂ© de Solesmes Ă lâheure mĂȘme oĂč le prieurĂ© de Marseille sâaccommodait assez mal de lâunion trop Ă©troite qui lâenchaĂźnait Ă des Ćuvres extĂ©rieures, le rendaient inquiet, hĂ©sitant. Il voulut en avoir le cĆur net. LâĂ©vĂȘque dâArras Ă©tait gagnĂ© au projet. Les bĂ©nĂ©dictines du Saint-Sacrement, que dirigeait dĂšs lors M. lâabbĂ© Hervin, firent Ă lâabbĂ© de Solesmes un trĂšs fraternel accueil. Dom GuĂ©ranger vit le collĂšge de Saint -Bertin Ă Saint-Omer et les ruines si imposantes de la grande abbaye voisine du mĂȘme nom. Il ne tarda pas Ă reconnaĂźtre que le projet de Clairmarais nâavait aucune chance de rĂ©ussir et nâĂ©prouva nul regret dâavoir Ă y renoncer. Le supĂ©rieur de la maison de Saint- Bertin, M. Henri Graux, lâentraĂźna dans une promenade Ă Hallines oĂč il visita et bĂ©nit la famille de M. Alexandre Dambricourt. Si Dieu lui eĂ»t rĂ©vĂ©lĂ© lâavenir, il aurait vu sous sa bĂ©nĂ©diction, dans cette mĂȘme famille quâil ne fit quâapercevoir, germer nombre de vocations monastiques ; puis, en revenant vers Saint-Omer par la vallĂ©e de lâAa, Ă travers les grands arbres, il aurait pu saluer la colline oĂč sâĂ©lĂšverait lâabbaye de Notre-Dame, et, un peu plus loin, sur une terre quâa illustrĂ©e le nom de sainte Aldegonde, apercevoir le chĂąteau avec donjon crĂ©nelĂ© oĂč sâabriterait vingt ans plus tard le monastĂšre de Saint-Paul. Il sâarrĂȘta Ă Lille puis Ă Tournai. Une sainte curiositĂ© le porta Ă visiter la stigmatisĂ©e de Bois- dâHaine, Louise Lateau. MalgrĂ© la discrĂ©tion prudente quâil apportait Ă juger ces causes dâordre mystique, dom GuĂ©ranger inclinait Ă reconnaĂźtre en ce cas particulier lâintervention divine. Le voyage fut rapide et brĂšve lâabsence ; elle eut pourtant son anxiĂ©tĂ©. Le nom de Mgr Fillion fut prononcĂ© pour le siĂšge vacant de Tours. M. Thiers, alors trĂšs flottant dans sa politique, rachetait lâindĂ©cision de son gouvernement par de hautaines exigences dans les matiĂšres ecclĂ©siastiques ; il avait la prĂ©tention, reprise dans la suite, de faire les Ă©vĂȘques. A la vĂ©ritĂ©, Mgr Fillion fut pressenti ; mais ce ne fut quâune alerte sa santĂ© mĂȘme lui Ă©tait un motif de demeurer fidĂšle au siĂšge de saint Julien. Les craintes dâune translation sâĂ©vanouirent et lâĂ©vĂȘque mit un affectueux empressement Ă rassurer sur-le-champ lâabbĂ© de Solesmes que cette menace avait inquiĂ©tĂ©. Les grandes luttes sont finies dĂ©sormais. La vie de dom GuĂ©ranger rentre dans la paix et dans le silence avant-coureur de lâĂ©ternitĂ©. Les rares loisirs de ses jours se partagent entre les deux abbayes de Saint-Pierre et de Sainte -CĂ©cile et la prĂ©paration de la grande histoire de la vierge romaine. De la vie mĂȘme de saint BenoĂźt et de lâAnnĂ©e liturgique dont pourtant des lecteurs sans nombre sollicitent la continuation, il nâest plus question que rarement. Ce nâest pas quâil demeurĂąt sourd aux pressantes invitations qui lâexhortaient Ă achever son Ćuvre ; mais en face de travaux plus urgents, il remettait au lendemain. Mon trĂšs cher et trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, lui Ă©crivait alors Mgr de SĂ©gur, je viens de lire votre semaine de la PentecĂŽte et vos pages incomparables sur le Saint-Esprit. Je crois devoir vous dĂ©clarer trĂšs sĂ©rieusement que vous nâentrerez pas en paradis si, persistant dans vos habitudes abominables de paresse, vous ne terminez pas dâarrache-pied et sans perdre un jour lâAnnĂ©e liturgique. Vous aviez promis pour cette annĂ©e le dixiĂšme volume. Nous voici Ă la TrinitĂ©, Ă©poque fatale ; la TrinitĂ© se passe le livre ne vient pas. Et non content de ce crime de lĂšse- piĂ©tĂ©, vous y ajoutez pĂ©chĂ© dâomission en ne laissant pas rééditer la moitiĂ© des volumes parus. Câest impardonnable. Saint BenoĂźt finira par se fĂącher tout de bon ; Notre- Seigneur encore plus et la bonne Vierge elle-mĂȘme vous fera mauvaise mine. Rappelez-vous la menace de Baronius Ă son auguste pĂ©nitent ClĂ©ment VIII aprĂšs le choix dâun Ă©vĂȘque douteux. Timeo valde ne forte propter hoc Sanctitas Vestra oeternam incurrat damnationem ! Entendez-vous, mon cher pĂšre, propter hoc. MĂ©ditez cela en lâappliquant aux mĂ©faits du trĂšs catholique et trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre dom GuĂ©ranger, de qui je suis et serai toujours le serviteur, lâami et lâadmirateur quand mĂȘme 7 . Dom GuĂ©ranger souriait Ă ces anathĂšmes lâAnnĂ©e liturgique, dessinĂ©e par lui dans le dĂ©veloppement des mystĂšres, serait pour la seconde partie, aprĂšs sa mort, poursuivie par lâun de ses fils ; lâhistoire de saint BenoĂźt sâĂ©crivait dâune façon meilleure, en lettres vivantes, dans lâesprit et le cĆur de ses enfants », et, au tĂ©moignage de Mgr Pie que nous citons ici, en caractĂšres dâor dans des Ăąmes virginales, fruit de sa seconde paternitĂ© et douce joie de sa vieillesse 8 9 ». A Saint-Pierre, une gĂ©nĂ©ration plus jeune sâĂ©tait levĂ©e qui recueillait avec un filial empressement le trĂ©sor dâune doctrine que des moines plus anciens, peut-ĂȘtre distraits par leurs propres Ă©tudes, peut-ĂȘtre aussi devenus moins soucieux dâune richesse qui se donnait chaque jour, avaient cessĂ© non de goĂ»ter mais dâapercevoir. Aucune parole ne tombait de ses lĂšvres, dans les confĂ©rences et mĂȘme dans la libertĂ© des conversations particuliĂšres et des rĂ©crĂ©ations, qui ne fĂ»t reçue aussitĂŽt comme lâexpression dâune pensĂ©e dont on ne voulait rien perdre. En les recueillant, on les dĂ©formait parfois, câest chose habituelle on transformait en un principe ce qui nâĂ©tait quâune saillie, un prime- saut de lâidĂ©e, une exagĂ©ration voulue et intentionnelle. Il nâest pas rare que mĂȘme de leur vivant une lĂ©gende anticipĂ©e se crĂ©e comme une mousse lĂ©gĂšre autour des hommes de grande rĂ©putation. Chacun leur impute ce quâil pense et le place sur leurs lĂšvres, afin de sâabriter de leur autoritĂ©. Dom GuĂ©ranger en souriait volontiers et, lĂ oĂč la dĂ©viation Ă©tait pĂ©rilleuse, en matiĂšre de principes monastiques, il en appelait de ces dĂ©formations aux vrais dĂ©positaires de sa pensĂ©e. Vous me dĂ©fendrez, sâil y a lieu », disait-il avec tranquillitĂ©. Il Ă©tait assurĂ© et paisible, se sentant revivre dans les deux abbayes qui se partageaient son labeur. Les austĂšres compagnes de toute sa vie, la pauvretĂ© et la souffrance, ne lâavaient pas abandonnĂ© elles le suivirent jusquâĂ la derniĂšre heure, sans jamais lâirriter ni le surprendre. Une expĂ©rience de quarante ans lui avait montrĂ© Dieu se jouant de tous les problĂšmes et nâattendant pour les rĂ©soudre Ă son heure que la confiance des siens. Il faisait face de son mieux aux difficultĂ©s du jour prĂ©sent et sâendormait tranquille. Rien ne lui fit perdre ni la soumission Ă Dieu ni la confiance aisĂ©e, vaillante, pleine de gaĂźtĂ©. On eĂ»t dit une Ăąme intĂ©rieurement prĂ©parĂ©e Ă tout et Ă ce point attachĂ©e Ă son centre que nul Ă©vĂ©nement ne la pouvait Ă©branler. Ni la dĂ©tresse de sa maison, ni les persĂ©vĂ©rantes difficultĂ©s contre lesquelles avait Ă lutter le prieurĂ© de Sainte- Madeleine, ni la basse et odieuse calomnie qui, aprĂšs avoir voulu le traduire au concile du Vatican, semait aujourdâhui de libelles toute la rĂ©gion du Maine et de lâAnjou, ni les menaces des sociĂ©tĂ©s secrĂštes, et bien moins encore lâanimositĂ© soulevĂ©e contre lui par ses derniers travaux, rien ne rĂ©ussit Ă altĂ©rer son invincible sĂ©rĂ©nitĂ©. Son Ăąme Ă©tait vraiment appuyĂ©e sur Dieu. Dieu avait bĂ©ni sa vie ; Ă son tour, son Ăąme ne savait que bĂ©nir Dieu de toute chose. Les paroles du psaume cent deuxiĂšme se plaçaient dâelles-mĂȘmes sur ses lĂšvres Benedic anima mea Domino et omnia quoo intra me sunt nomini sancto ejus. Ce lui fut une joie de voir lâabbaye de Sainte -CĂ©cile, lâĆuvre chĂ©rie de ses derniers jours, prospĂ©rer sous sa main, adulte dĂšs sa naissance, et fournir dĂšs sa premiĂšre heure Ă des monastĂšres anciens de France et dâAngleterre le type et lâexemplaire de leur observance. Sainte -CĂ©cile avait une abbesse depuis le 14 juillet. Mais son Ă©glise nâĂ©tait pas consacrĂ©e encore ; il avait Ă©tĂ© rĂ©solu que la cĂ©rĂ©monie aurait lieu le 12 octobre, date choisie de concert avec lâĂ©vĂȘque du Mans. Le 12 octobre Ă©tait lâanniversaire de la consĂ©cration de lâĂ©glise de Saint-Pierre en 1010, huit siĂšcles et demi auparavant. A une date plus rapprochĂ©e, câĂ©tait le 12 octobre 1845 quâĂ©tait nĂ©e Mme lâabbesse et que lâabbaye de Saint-Pierre, sur le point de sombrer, avait Ă©tĂ© par la main de Dieu retenue sur la pente de lâabĂźme. Millle souvenirs se pressaient en foule dans la pensĂ©e du pĂšre abbĂ© avec des actions de grĂąces. Que le Seigneur avait Ă©tĂ© riche en misĂ©ricordes et en tendresses ! Tout ce quâon avait cru mort Ă jamais Ă©tait sorti vivant de lâĂ©preuve, rajeuni par elle. En maintenant autour de la fĂȘte la discrĂ©tion et la part de silence qui convient aux joies monastiques et dont peut-ĂȘtre il nâeĂ»t pas Ă©tĂ© prudent encore de se dĂ©partir, lâabbĂ© de Solesmes y avait convoquĂ© les amis de cĆur, ceux sans qui il ne connaissait pas de joie parfaite et dont la place ne pouvait ĂȘtre vacante ce jour-lĂ . Il y avait deux ans que dom Laurent Shepherd nâavait accompli son pĂšlerinage Ă Solesmes il vint cette annĂ©e. Deux religieuses de lâabbaye de Stanbrook vinrent avec lui la prieure et maĂźtresse des novices, une Française, mĂšre Gertrude Dubois dâAurillac, que Dieu avait prĂ©destinĂ©e Ă rĂ©gir un jour comme abbesse lâabbaye de Notre-Dame de Consolation et Ă en faire une merveille de piĂ©tĂ© et de vie monastique ; et mĂšre Mechtilde Knight, une de ses sueurs, professe depuis un mois seulement. Toutes deux furent accueillies Ă Sainte -CĂ©cile et y restĂšrent prĂšs dâun an. Leur sĂ©jour, plus encore que la sainte affection qui unissait lâabbĂ© de Solesmes Ă dom Laurent Shepherd, crĂ©a entre la maison de Sainte -CĂ©cile et lâabbaye de Stanbrook une fraternitĂ© surnaturelle trĂšs Ă©troite oĂč peines et joies nâont cessĂ© dâĂȘtre communes. Stanbrook prit ainsi sa place dans la cĂ©rĂ©monie. Elle fut accomplie selon les rites du pontifical. Mgr Fillion voulut que la premiĂšre messe dans lâĂ©glise quâil venait de consacrer fĂ»t cĂ©lĂ©brĂ© pontificalement par lâabbĂ© de Solesmes et que la fĂȘte fut partagĂ©e entre les deux fondateurs. Ce fut encore une journĂ©e de pleine joie et le complĂ©ment de celle du 14 juillet de cette mĂȘme annĂ©e. Dâautres joies Ă©taient trempĂ©es de larmes. Il y avait alors au prieurĂ© de Sainte- Madeleine un moine dâune saintetĂ© Ă©prouvĂ©e qui se mourait. Le R. P. dom EugĂšne Viaud avait attendu jusque vers la quarantaine, avant de se donner Ă Dieu dans la vie monastique. Il avait fait dâexcellentes Ă©tudes et Ă©tait entrĂ© le premier Ă lâEcole forestiĂšre. Comme maĂźtre gĂ©nĂ©ral des eaux et forĂȘts de lâIsĂšre, il avait fait exĂ©cuter la belle route qui de Saint-Laurent-du-Pont conduit Ă la Grande- Chartreuse. Depuis longtemps dĂ©jĂ il Ă©tait inspecteur des eaux et forĂȘts Ă Lorient, lorsque le Seigneur le rappela Ă la foi et lâamena Ă Solesmes. ProfĂšs depuis 1860, prĂȘtre depuis 1864, il avait regagnĂ© par une ferveur et une exactitude singuliĂšres les trop longues annĂ©es quâil se reprochait dâavoir donnĂ©es au monde. La confiance de son abbĂ© lâavait appelĂ© Ă gouverner en second une maison monastique dont le fardeau souvent ne reposait que sur lui. La douceur, lâhumilitĂ©, la saintetĂ© intĂ©rieure de sa vie se reflĂ©taient dans son regard dâune extraordinaire beautĂ©. Dieu voulut couronner de bonne heure une maturitĂ© surnaturelle trĂšs rapide une longue maladie, oĂč sa patience ne se dĂ©mentit pas un instant, fut pour lui une derniĂšre Ă©preuve, pour ses frĂšres une grande Ă©dification. Lorsquâil eut reçu les derniers sacrements, il voulut dicter Ă son frĂšre qui Ă©tait son infirmier une lettre dâadieu pour dom GuĂ©ranger. Il lui semblait que lâaccueil du PĂšre cĂ©leste lui serait plus tendre aprĂšs ce dernier entretien. LâabbĂ© de Solesmes avait pour le P. EugĂšne Viaud une profonde estime et une prĂ©dilection que justifiait la saintetĂ© du moine mourant. On devine quelle fut son Ă©motion lorsquâil lut ces lignes RĂ©vĂ©rendissime pĂšre, voici que jâentre dans la voie de toute chair ; dĂ©jĂ jâai reçu lâextrĂȘme-onction, la vie se retire peu Ă peu et le bon Dieu veut me laisser la consolation de vous dire, avant que je mâen aille, une partie de mes sentiments pour vous. En vous disant mon pĂšre », je ne reconnais pas seulement mon entiĂšre et absolue dĂ©pendance de votre autoritĂ©, mais je reconnais aussi que vous ĂȘtes mon maĂźtre dans la doctrine parce que vous-mĂȘme nâavez dâautre maĂźtre que le Christ. Partout et Ă toute heure vous avez Ă©tĂ© vu soutenant lâautoritĂ© de lâĂglise et de ses pontifes, dĂ©fendant ses dogmes traditionnels ; je mets donc mes mains entre vos mains dans lâunion parfaite de la sainte foi catholique. Et maintenant, ĂŽ mon doux pĂšre, ce nâest plus que sous ce titre que je vous parlerai ; je ne vois plus en vous que le pĂšre. PlĂ»t Ă Dieu que vous puissiez me donner le secours de votre parole et Ă©tendre encore votre main sur mon front pour me bĂ©nir ! Faites-le du moins par la pensĂ©e, trĂšs cher pĂšre ; le Seigneur ne laissera pas se perdre la bĂ©nĂ©diction de votre cĆur et de votre main 10 Et lâadmirable moine continuait, rappelant les bienfaits quâil avait reçus, soucieux du monastĂšre oĂč il mourait, demandant que la priĂšre redoublĂąt autour de lui, implorant le pardon de tous les dĂ©plaisirs quâil avait pu causer. Dieu lui laissa le loisir de recevoir une derniĂšre fois la bĂ©nĂ©diction de dom GuĂ©ranger. Ne semble-t-il pas quâil ait puisĂ© aux sources mĂȘmes de ce Dieu, vers qui il sâacheminait dans la paix de son Ăąme, le jugement quâil portait sur la doctrine de son abbĂ© ? Le plus bel Ă©loge quâon en pĂ»t faire avait Ă©tĂ© recueilli sur ces lĂšvres mourantes Mon maĂźtre dans la doctrine parce que vous-mĂȘme nâavez dâautre maĂźtre que JĂ©sus Christ. » Nous ne pouvons croire que, pour enseigner comme lâĂglise, lâabbĂ© de Solesmes ait eu jamais Ă faire le sacrifice dâune opinion personnelle il avait cette foi naĂŻve, sans effort et sans remĂšde, dont saint Hilaire a parlĂ© ; mais le sacrifice, sâil en avait eu Ă consentir, nâeĂ»t-il pas Ă©tĂ© payĂ© et au delĂ par cette dĂ©fĂ©rence absolue dâune Ăąme qui allait paraĂźtre devant Dieu et se rĂ©vĂ©lait tout entiĂšre ? Les passions soulevĂ©es par le concile du Vatican nâĂ©taient point apaisĂ©es. Distraites un instant par la diversion de la guerre, elles nâavaient pas dĂ©sarmĂ© encore et grondaient en plus dâune Ăąme insoumise. On eĂ»t dit que dans le groupe de lâopposition conciliaire certains Ă©vĂȘques se fussent laissĂ©s emporter si loin quâils ne retrouvaient plus leur chemin pour revenir en arriĂšre et sâincliner devant la vĂ©ritĂ© reconnue. Leur diocĂšse attendait en vain sinon le dĂ©saveu dâune campagne violente, au moins la promulgation de la constitution Pastor oeternus et lâacte de foi surnaturelle, impĂ©rieusement sollicitĂ© par leur attitude trop connue dâopposants. Enfin lâurgence Ă©tait peut-ĂȘtre rendue plus pressante par lâĂ©tonnement du peuple fidĂšle et les apostasies alors retentissantes, aujourdâhui complĂštement oubliĂ©es, de plusieurs prĂȘtres qui avaient jurĂ© sur la foi des docteurs gallicans. Est-il besoin de rappeler les noms des abbĂ©s Michaud, Mouls, Junqua, qui, avec lâex-pĂšre Hyacinthe, furent en possession quelques mois durant dâune si inquiĂ©tante cĂ©lĂ©britĂ© ? Michon et DĂ©pillier leur vinrent en aide. MM. Mouls et Junqua se trouvaient malheureusement impliquĂ©s dans un procĂšs scandaleux comme auteurs dâĂ©crits contraires Ă la morale publique. Le procĂšs se plaidait Ă Bordeaux et de hauts personnages, trĂšs malmenĂ©s par les deux Ă©crivains apostats, sây rendirent mandĂ©s ou non. Mgr Dupanloup fut du nombre. DâOrlĂ©ans Ă Bordeaux, la route passe par Poitiers ; mais lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans ne vit pas son collĂšgue. Il voulait lâincognito, nâĂ©tait accompagnĂ© que de M. LĂ©on Lavedan et avait renoncĂ© Ă tout insigne Ă©piscopal ; il passait pour un simple prĂȘtre, prĂ©cepteur dans une famille noble. La curiositĂ© le porta cependant Ă voir ce que pouvait ĂȘtre une abbaye bĂ©nĂ©dictine de Poitiers, il se fit accompagner avec M. Lavedan par un personnage poitevin assez connu de dom Bastide pour que toutes les portes sâouvrissent devant lui. Dom Bastide Ă©tait myope autant quâon peut lâĂȘtre ; son attention allait naturellement au poitevin ; il ne soupçonna rien. Le prĂȘtre dâailleurs se dĂ©robait modestement derriĂšre ses deux compagnons, regardait curieusement mais sans dire un mot. Le nom de dom Chamard alors moine de LigugĂ© fut prononcĂ© et dom Bastide, voulant faite verser la mesure de la bonne grĂące, le fit aussitĂŽt prĂ©venir. Il vint, reconnut dâun coup dâĆil lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans et Ă la grande surprise de son abbĂ© se jeta aux pieds du prĂȘtre, lui baisant la main et lui demandant sa bĂ©nĂ©diction. LâĂ©vĂȘque accueillit avec une froideur extrĂȘme lâhonneur importun qui lui Ă©tait rendu ; ses deux compagnons parurent fort dĂ©contenancĂ©s ; le moine de son cĂŽtĂ© ne savait Ă quoi attribuer le peu de faveur qui rĂ©pondait Ă ses dĂ©monstrations ; la visite une fois terminĂ©e, dom Bastide comprit enfin le mot de lâĂ©nigme et les politesses obstinĂ©es qui poursuivirent le prĂȘtre jusquâĂ la portiĂšre de la voiture inclusivement.* Ce nâĂ©tait quâune mĂ©saventure lĂ©gĂšre et la France eĂ»t Ă©tĂ© heureuse si tout se fĂ»t bornĂ© lĂ . HĂ©las ! il est aujourdâhui trop dĂ©montrĂ© quâaprĂšs avoir v u Ă©chouer au concile du Vatican les thĂ©ories libĂ©rales auxquelles il semblait avoir vouĂ© sa vie, lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans ne consentit pas encore Ă en dĂ©sespĂ©rer. Il nâavait pu rĂ©ussir Ă les appliquer Ă lâĂglise ; il en fit lâexpĂ©rience sur la France. Il ne voulut pas que le droit chrĂ©tien reparĂ»t dans son pays et, Ă dĂ©faut des libertĂ©s gallicanes dont le concile avait fait justice, maintenir en France les libertĂ©s et principes de 1789 lui parut une compensation. Ce nâest pas Ă nous quâil appartient de rappeler ni la trop fameuse question du drapeau blanc, ni lâabandon par lâĂ©vĂȘque dĂ©putĂ© des pĂ©titions des catholiques en faveur du pouvoir temporel. Ces questions ont Ă©tĂ© trop agitĂ©es et elles se rattachent Ă notre rĂ©cit par un lien trop lĂąche pour que nous ayons Ă les traiter de nouveau. Les documents sont aujourdâhui connus ; on nâa mĂȘme pas essayĂ© de les contester. Aussi bien Dieu a jugĂ© maintenant ; il y aurait tĂ©mĂ©ritĂ© Ă prononcer aprĂšs lui sur les intentions. Quant aux rĂ©sultats dâordre social et politique, câest Ă la France Ă dĂ©cider si le divorce avec ce qui restait encore du droit chrĂ©tien et la dĂ©viation qui remonte Ă cette Ă©poque lui ont apportĂ© lâordre, la dignitĂ© et la paix. Jamais depuis lâĂ©poque troublĂ©e de 1870 lâabbĂ© de Solesmes nâavait cessĂ© de revoir son Histoire de sainte CĂ©cile. Les mille soins de lâadministration et dâautres travaux urgents, Ă©crivait-il Ă M de Rossi, me laissent peu de temps pour cette Ă©popĂ©e des origines de lâĂglise romaine que je ne veux pas poursuivre au delĂ de 312, mais peu Ă peu jâavance. Je vais achever le pontificat de Calixte. ZĂ©phyrin est terminĂ©. LâĂ©pisode cĂ©cilien a Ă©tĂ© placĂ© sous Marc- AurĂšle en 178. La premiĂšre translation a eu lieu sous ZĂ©phyrin par les soins de Calixte lâhypogĂ©e des pontifes a reçu le corps de ZĂ©phyrin lui-mĂȘme. Tout marche harmonieusement grĂące Ă vous, et je me distrais des soucis du prĂ©sent en vivant avec les chrĂ©tiens des temps antiques. Tertullien est rentrĂ© en Afrique, mĂ©content et sectaire. OrigĂšne est venu et reparti. Calixte vient de rendre au concile son dĂ©cret contre Sabellius. Tertullien que vous avez tant Ă©lucidĂ© poursuit de ses sarcasmes africains le nouveau pape. Tout renaĂźt, tout revit, il semble que lâon rĂȘve en voyant sortir du pamphlet du Mont- Athos les Philosophumena une foule de traits historiques qui vous doivent la vie et lâagencement 11 Dom GuĂ©ranger appelait de ses vĆux le second et le troisiĂšme volume des Inscriptions ; mais son ami Ă©tait alors dĂ©couragĂ© de tous les obstacles que la continuation de son Ćuvre rencontrait dans lâinsouciance du. gouvernement nouveau. Il nous Ă©tait difficile dĂ©jĂ de nous tirer dâaffaire sous la domination papale, disait-il avec tristesse ; imaginez dans quelles conditions nous vivons aujourdâhui. Les martyrs devront prendre soin eux-mĂȘmes de leurs monuments 12 » M. de Rossi souffrait de se voir entravĂ© ; pourtant son Ćuvre se poursuivait avec lenteur ; et, au cours mĂȘme de la prĂ©paration du troisiĂšme volume de la Roma sotterranea, il trouvait le loisir dâaider de ses remarques et dâenrichir de dessins recueillis aux catacombes lâHistoire de sainte CĂ©cile, quâil regardait un peu comme son Ćuvre. CâĂ©tait auprĂšs de lâamitiĂ© si sĂ»re et si dĂ©vouĂ©e de lâabbĂ© de Solesmes que le bon chevalier se rĂ©fugiait sans cesse pour Ă©chapper Ă des souffrances quâil ressentait, nous le savons, avec une vivacitĂ© extrĂȘme. Il se sentait guettĂ© sans cesse par une implacable jalousie. TrĂšs adulĂ© aussi longtemps quâon avait autour de lui cru Ă son entrĂ©e dans lâĂ©tat ecclĂ©siastique et spĂ©culĂ© sur la situation que lui eĂ»t créée la faveur de Pie IX, les clients lâavaient subitement dĂ©laissĂ© dĂšs que son mariage lui eut fermĂ© lâaccĂšs des dignitĂ©s ecclĂ©siastiques 13 . Il avait eu la faiblesse dâen souffrir. De plus, lâaffection persĂ©vĂ©rante de Pie IX, une cĂ©lĂ©britĂ© croissante qui faisait dâun laĂŻc le prince de lâarchĂ©ologie chrĂ©tienne et le rĂ©vĂ©lateur de la Rome souterraine, nâavaient cessĂ© dâexaspĂ©rer certains amours-propres. En vain de Rossi sâĂ©tait-il appliquĂ© Ă rendre pleine justice aux mĂ©rites de ses adversaires il nâavait pas rĂ©ussi Ă dĂ©sarmer lâenvie. Ne pouvant lâaborder sur le terrain de la science, ses adversaires sâĂ©taient efforcĂ©s, pendant une campagne qui avait durĂ© dix ans, comme la guerre de Troie, de contester son orthodoxie et de le compromettre avec lâautoritĂ© ecclĂ©siastique. Son amour de lâantiquitĂ©, le croirait-on ? voilait un attachement exclusif Ă lâĂglise dâautrefois au dĂ©triment de lâĂglise contemporaine, et inversement ses dĂ©couvertes et rectifications archĂ©ologiques heurtaient chez quelques-uns un sens traditionnel excessif 14 De ces plaintes mesquines, habiles, murmurĂ©es avec persĂ©vĂ©rance, il se crĂ©e Ă la longue une impression fĂącheuse, alors surtout et câĂ©tait le cas que lâadversaire a accĂšs chaque semaine ex officio auprĂšs du souverain pontife. Pie IX sâen Ă©mut et encouragea vivement le chevalier de Rossi Ă poursuivre le catalogue des manuscrits Ă la Vaticane, au lieu quâil tĂ©moignait dâune rĂ©serve voisine de la dĂ©fiance, toutes les fois quâil Ă©tait parlĂ© dâun nouveau volume des Inscriptions ou de la Roma sotterranea. Dans cette guerre sourde et mesquine, lâamitiĂ© de dom GuĂ©ranger Ă©tait un appui pour de Rossi. Lâorthodoxie de lâun plaidait pour lâautre. Non, disait le cardinal vicaire, dom GuĂ©ranger nâest ni jansĂ©niste ni ami des jansĂ©nistes 15 . » Pourtant une revue de Naples, la Scienza e fede, avait commencĂ© une sĂ©rie dâarticles, anonymes dâailleurs, contre M. de Rossi ; mais le moment parut si mal choisi et lâattaque si dĂ©nuĂ©e de thĂ©ologie et de critique que la revue se tut aprĂšs le second article. MĂȘme lâescarmouche fut si rapide que lâabbĂ© de Solesmes nâeut pas le temps dâintervenir. Je rencontrerai ces hommes-lĂ ., disait-il, sur mon chemin, lâannĂ©e prochaine, lorsque je commencerai la publication de Sainte CĂ©cile. Je ne les manquerai pas. Vive Dieu et la science chrĂ©tienne 16 ! » Mais câĂ©tait un long travail que lâabbĂ© de Solesmes avait abordĂ© dans sa vieillesse. Ce sujet des origines romaines qui avait Ă©tĂ© son Ă©tude premiĂšre sâĂ©tait vu depuis 1840 renouvelĂ© de fond en comble par les dĂ©couvertes de son ami et les progrĂšs de lâĂ©rudition gĂ©nĂ©rale. Faire entrer dans la trame dâun rĂ©cit historique continu les accroissements dont lâhistoire des trois premiers siĂšcles sâĂ©tait si rapidement enrichie, et restituer dâaprĂšs des fragments Ă©pars la rĂ©alitĂ© vivante et le mouvement de lâĂglise Ă son origine, dĂ©passait dans son Ă©tendue au moins les ressources dâune santĂ© trĂšs Ă©branlĂ©e. Dom GuĂ©ranger sâen aperçut Ă temps. Bien des considĂ©rations dâailleurs concouraient Ă lui faire abrĂ©ger son travail. Le manuscrit devait ĂȘtre terminĂ© au cours de lâannĂ©e suivante et le livre donnĂ© au public en novembre 1873. Paraissant en Ă©dition de luxe, avec gravures, dessins, reproductions chromolithographiques, lâintroduction et lâhistoire de sainte CĂ©cile ne formeraient dĂ©finitivement quâun seul volume qui, au lieu de conduire le rĂ©cit jusquâĂ la veille du concile de NicĂ©e, sâarrĂȘterait Ă la fin du deuxiĂšme siĂšcle, nĂ©gligeant Tertullien, OrigĂšne, les Philosophumena et saint Cyprien. Suppression pĂ©nible, sacrifice douloureux auquel lâauteur ne se rĂ©signa due contraint par le temps, limitĂ© par des exigences typographiques impĂ©rieuses ; suppression heureuse Ă tout prendre, car elle laissait Ă lâhistoire ,de sainte CĂ©cile, malgrĂ© le dĂ©veloppement donnĂ© Ă lâintroduction, toute sa valeur culminante. La vie de la vierge romaine nâeĂ»t semblĂ© quâun Ă©pisode et un incident au milieu dâun vaste rĂ©cit historique qui se fĂ»t prolongĂ© au delĂ de son martyre. MĂȘme rĂ©duite, lâĆuvre demeurait encore immense, si lâon songe au peu de loisir que laissait Ă lâauteur une vie dont la souffrance et la dĂ©tresse, la correspondance et le gouvernement de deux abbayes, les moines et les visiteurs se disputaient les lambeaux. Autant peut-ĂȘtre que les Ćuvres de combat qui sâĂ©taient rapidement succĂ©dĂ© durant le concile, la crĂ©ation toute pacifique de Sainte -CĂ©cile avait appelĂ© sur Solesmes lâattention du public chrĂ©tien carmels et monastĂšres aimaient Ă prendre le mot dâordre auprĂšs de dom GuĂ©ranger. De concert avec Mgr Pie et lâabbĂ© de LigugĂ©, il donnait au monastĂšre de Sainte-Croix de Poitiers ses soins qui furent bĂ©nis de Dieu lâobservance parfaite refleurit dans la maison de sainte Radegonde. En 1855, sur lâinvitation de lâĂ©vĂȘque de SĂ©ez, il avait posĂ© et bĂ©ni la premiĂšre pierre de la chapelle de lâImmaculĂ©e Conception au petit sĂ©minaire. La chapelle avait grandi Mgr Rousselet voulut consacrer solennellement ce sanctuaire, le premier Ă©levĂ© dans notre France pour honorer le privilĂšge de Marie et insista pour obtenir la prĂ©sence et la parole de dom GuĂ©ranger. Il sây rendit et passa par Saint-Nicolas de Verneuil, une abbaye bĂ©nĂ©dictine ancienne qui se tournait, elle aussi, vers Solesmes et son observance. LâĂ©vĂȘque dâAngers Ă©tait alors Mgr Freppel. Homme dâinitiative puissante et Ă©tendue, soucieux comme Ă©vĂȘque et comme patriote de relever en France une haute Ă©ducation intellectuelle, il nâavait pas attendu la concession lĂ©gale de la libertĂ© de lâenseignement supĂ©rieur pour en prĂ©parer lâorgane. Il le voulait Ă©tablir en sa ville Ă©piscopale. Plusieurs fois il sâĂ©tait ouvert Ă lâabbĂ© de Solesmes de ses grands projets. Dom GuĂ©ranger avait trop gĂ©mi de lâabaissement intellectuel oĂč la RĂ©volution avait laissĂ© lâĂ©glise de France pour nâĂȘtre pas gagnĂ© au dessein de lâĂ©vĂȘque dâAngers. Pour lui les universitĂ©s catholiques Ă©taient mieux encore que les hĂ©ritiĂšres des Ă©coles monastiques du premier moyen Ăąge, qui avaient sauvĂ© de la barbarie les lettres sacrĂ©es et profanes elles Ă©taient la grande voix de lâĂglise, maĂźtresse et Ă©ducatrice des peuples chrĂ©tiens ; et, avant le morcellement matĂ©riel de la France, elles avaient rĂ©sumĂ© la vie provinciale, en mĂȘme temps quâelles Ă©taient des centres de travail, de vraie libertĂ©, de cohĂ©sion et de chrĂ©tienne fraternitĂ©. Tout le rĂ©seau qui autrefois maintenait la sociĂ©tĂ© dans les provinces se composait dâintelligences ayant reçu une mĂȘme culture et participĂ© Ă une commune formation. Câest lorsquâelles ont disparu, ces grandes institutions nĂ©es de la vie mĂȘme de lâĂglise et alimentĂ©es de sa sĂšve, que lâon peut reconnaĂźtre, Ă lâĂ©miettement des peuples et Ă lâabaissement des doctrines, la grande place quâelles occupaient et la fonction qui leur Ă©tait dĂ©volue. Elles Ă©taient gĂ©nĂ©ratrices de doctrine, dâunitĂ© forte et fiĂšre ; Ă voir ce quâelles ont fait, or. sâexplique les privilĂšges des papes et les tendresses des rois et lâon oublie, on serait presque tentĂ© de regretter leurs joyeuses ou turbulentes audaces. Aussi dom GuĂ©ranger applaudissait-il aux desseins de Mgr Freppel, lorsque, escomptant le bĂ©nĂ©fice dâune loi qui nâĂ©tait pas votĂ©e encore, au lieu de cette Sorbonne oĂč il avait si glorieusement enseignĂ©, lâĂ©vĂȘque songeait Ă la crĂ©ation dâune universitĂ© angevine dâexistence canonique, en faveur de qui il suffisait de faire revivre les dispositions des bulles apostoliques qui lâavaient autrefois instituĂ©e. Malheureusement, de lâĆuvre quâavaient autrefois bĂ©nie les souverains pontifes EugĂšne IV et ClĂ©ment V, il ne restait rien. Tout Ă©tait Ă relever et lâĂ©vĂȘque dâAngers savait trop lâĂ©vangile pour nâavoir pas supputĂ© dâavance la somme dâefforts, les dĂ©vouements personnels et les dĂ©penses que nĂ©cessiterait la rĂ©surrection de son antique universitĂ©. Il avait trĂšs sagement compris que, dans lâĂ©tat actuel de la France et avec lâobligation de trouver sur lâheure tout un personnel enseignant, des professeurs de droit, de mĂ©decine, de sciences, de lettres, de thĂ©ologie, Ă la fois religieux et instruits, il Ă©tait impossible, sous peine de se vouer Ă un Ă©chec certain, de constituer en France plus de deux ou trois universitĂ©s libres ; et il estimait non moins sagement que ce ne serait pas trop dâun grand effort rĂ©gional accompli ensemble pour rĂ©aliser dans lâouest de la France lâĆuvre conçue par lui. Tours, Le Mans, Laval avaient promis leurs concours ; mais Mgr Freppel redoutait non sans raison que Nantes et la Bretagne ne voulussent crĂ©er une Ćuvre rivale. LâĂ©tablissement de deux universitĂ©s libres, Ă trois heures de chemin lâune de lâautre, lui semblait devoir ĂȘtre nĂ©faste et prĂ©parer Ă bref dĂ© la chute de lâune ou de lâautre ou peut-ĂȘtre de toutes deux. Une telle rivalitĂ©, pensait-il, eĂ»t Ă©tĂ© dĂ©plorable ; elle ne pouvait que rĂ©jouir les ennemis de lâĂglise, et alors que Nantes nâavait eu dâuniversitĂ© que depuis le pape Pie II, une possession de huit siĂšcles semblait crĂ©er Ă Angers un titre Ă nâĂȘtre pas dĂ©possĂ©dĂ©. Rome dâailleurs encourageait vivement son entreprise. LâĂ©vĂȘque dâAngers nâignorait pas la part quâavait eue lâabbĂ© de Solesmes dans lâĂ©lĂ©vation de Mgr Fournier Ă lâĂ©piscopat. Il savait aussi lâestime que lâĂ©vĂȘque de Nantes professait hautement pour la personne de dom GuĂ©ranger ; il rĂ©clama le concours de son influence afin dâassurer Ă lâuniversitĂ© dâAngers un appui sans lequel il croyait presque compromise la cause de lâenseignement supĂ©rieur. En mĂȘme temps il sollicitait directement, par un plaidoyer trĂšs habile, auprĂšs de Mgr Fournier, que la Bretagne reprit ses traditions anciennes et, pour ne pas Ă©parpiller des ressources quâil importait au plus haut point de concentrer, consentĂźt Ă fermer une des nations de la nouvelle universitĂ©. Il y avait un prĂ©cĂ©dent puisquâen 1849 les Ă©vĂȘques de la province de Tours rĂ©unis Ă Rennes en concile avaient dĂ©crĂ©tĂ© la crĂ©ation Ă Angers pour toute la province dâune Ă©cole de hautes Ă©tudes. Nous ne savons pas ni nâavons Ă rechercher quels furent ou les motifs ou les influences qui semblĂšrent prĂ©valoir un instant auprĂšs de Mgr Fournier. Ni lâhabiletĂ© de Mgr Freppel ni lâintervention de lâabbĂ© de Solesmes nâeurent tout dâabord grand succĂšs. Le chagrin quâil en ressentit ne dĂ©couragea point lâĂ©vĂȘque dâAngers et le temps qui use tout finit par lui donner raison au moins Ă Nantes et Ă Rennes ; le reste de la Bretagne se joignit Ă lâuniversitĂ© de Paris. A cet Ă©chec momentanĂ© vint bientĂŽt sâajouter un plus grave ennui. Les querelles soulevĂ©es par le concile du Vatican, nous lâavons dit, nâĂ©taient pas apaisĂ©es encore ; nulle passion ne se range en un instant. Louis Veuillot nâavait pas posĂ© les armes et, en mĂȘme temps que sa rude verve sâexerçait contre la rĂ©volution et les complaisances quâaffectait pour elle le gouvernement, sa polĂ©mique nâavait pas consenti Ă se dĂ©tourner des hommes qui pour lui reprĂ©sentaient toujours lâancien parti gallican et dont la molle politique lui semblait trahir Ă la fois lâĂglise et la patrie. Lorsque lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans en coquetterie avec M. Thiers sâassocia par son vote et un tĂ©moignage formel de confiance Ă lâajournement indĂ©fini des pĂ©titions catholiques en faveur du pouvoir temporel du souverain pontife, la France catholique eut un sursaut de surprise et dâindignation de se voir trahie par ses chefs. LâUnivers, le moniteur du catholicisme » lâexpression est de M. de Belcastel, sâĂ©tonna de ce scandaleux abandon. On pouvait penser que Univers ne gĂ©missait que de lâinsuccĂšs dâune campagne qui avait Ă©tĂ© menĂ©e par lui ; mais il Ă©tait impossible de prĂȘter un souci personnel Ă la protestation de lâĂ©vĂȘque de Versailles, lorsquâil Ă©crivait Ă un dĂ©putĂ© de lâAssemblĂ©e nationale Ce qui vient de se passer Ă Versailles est une nouvelle douleur ajoutĂ©e Ă toutes nos poignantes douleurs. Pourquoi les rĂ©clamations de plus de cent mille catholiques sont-elles Ă©cartĂ©es dâune maniĂšre si leste et si peu digne ? Il y a des hommes qui par leur position et leur caractĂšre devraient ĂȘtre les premiers Ă la brĂšche et y entraĂźner tous les bons. Ils ont du talent et de la cĂ©lĂ©britĂ©. Ils pourraient faire beaucoup pour le triomphe des principes, mais on ne sait quelle crainte les arrĂȘte tout Ă coup. Quâest-ce que cela signifie ? Câest pour nous un mystĂšre. Auraient-ils quelque vue surhumaine que nous nâavons pas ou bien se seraient-ils mis par leurs antĂ©cĂ©dents dans lâimpossibilitĂ© de servir utilement lâĂglise 17 ? Ces paroles dĂ©signaient presque nommĂ©ment Mgr Dupanloup. Aux fĂ©licitations nombreuses qui accueillirent sa protestation, Mgr Mabilo put comprendre quâil avait dit la pensĂ©e de la France catholique. LâUnivers donna de la publicitĂ© et des commentaires Ă cette lettre. Un peu plus tard survint une conversation avec le R. P. Petetot, supĂ©rieur de lâOratoire, au sujet dâĂ©loges sans rĂ©serve que le P. Perraud avait dĂ©cernĂ©e en So, bonne Ă la mĂ©moire du P. Gratry. Le P. Petetot nâĂ©tait pas un ennemi ; il enveloppait la leçon dans lâĂ©loge en disant Ă Louis Veuillot Me sera-t-il permis dâexprimer un vĆu qui me tient fort au cĆur ? Combien je serais heureux et dâautres avec moi de voir la noble cause de lâĂglise qui nous est si chĂšre, dĂ©fendue avec des armes toujours parfaitement dignes dâelle ! Elles nâen deviendraient selon moi, dans des mains comme les vĂŽtres, que plus redoutables et plus puissantes 18 » A la fin de cette conversation demeurĂ©e toute courtoise, Louis Veuillot Ă©cartait les compliments Si jâai quelque crĂ©dit parmi les catholiques, disait-il, je ne le dois pas Ă la facilitĂ© de tourner des phrases mais Ă la volontĂ© de rester dans le bon chemin 19 » Cette bonne volontĂ© allait ĂȘtre mise Ă une dure Ă©preuve. Le 13 avril, en rĂ©ponse Ă une adresse de plus de quatre cents pĂšlerins venus de tous les pays de lâEurope, Pie IX sâĂ©tait plu Ă jeter un regard sur les nations reprĂ©sentĂ©es devant lui. Lorsquâil vint Ă la France Je bĂ©nis cette nation gĂ©nĂ©reuse, dit-il. Il y a chez elle un parti qui redoute trop lâinfluence du pape ce parti devrait reconnaĂźtre que sans humilitĂ© on ne peut gouverner selon la justice. Il y a un autre parti opposĂ© Ă celui-ci, lequel oublie totalement les lois de la charitĂ©, et, sans la charitĂ© on ne peut pas ĂȘtre vraiment catholique. A celui-lĂ donc je conseille lâhumilitĂ©, et Ă celui-ci la charitĂ© 20 . LâUnivers nâĂ©tait que dĂ©signĂ©. Il eut la rare et grande sagesse de sâavouer touchĂ© Nous sommes des enfants dâobĂ©issance, disait-il non sans Ă©motion notre principale et unique affaire est dâobĂ©ir. Si donc le juge estime que notre Ćuvre ne peut plus recevoir de nous le caractĂšre que rĂ©clame lâintĂ©rĂȘt de lâĂglise, elle sera terminĂ©e et nous disparaĂźtrons 21 AttaquĂ© de tous et publiquement dĂ©savouĂ© par son chef, Louis Veuillot Ă©tait atteint au cĆur. Du Lac demeura plus calme. Dans une lettre Ă dom GuĂ©ranger, il laisse voir que le dur avertissement tombĂ© des lĂšvres du pape Ă©tait attĂ©nuĂ© par les indices trĂšs visibles dâuneâ entente avec le gouvernement comme par lâannonce de la lettre pastorale dâOrlĂ©ans portant enfin publication des constitutions dogmatiques du concile du Vatican 22 . LâabbĂ© de Solesmes se fit un devoir dâamitiĂ© de consoler et dâencourager Louis Veuillot. Nous devons ajouter que Rome sâefforça dâadoucir dans la suite et de cicatriser la blessure quâelle avait faite ; lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans publia sa lettre pastorale le 29 juin 1872. Une autre douleur atteignit un peu plus tard et la rĂ©daction de lâ Univers et lâabbĂ© de Solesmes. Notre pauvre du Lac est bien malade, Ă©crivait Louis Veuillot, et nous craignons. Vous savez, mon pĂšre, tout ce que nous perdrions. Dans vos priĂšres pour du Lac, ne nous oubliez pas. Il nây a rien de nouveau de Rome, et je pense que notre triste affaire est terminĂ©e le mieux quâelle pouvait lâĂȘtre, par le silence. Je reste en prĂ©sence dâun second bref qui approuve la conduite, confirme le reproche et me dit de continuer avec la mĂȘme Ă©nergie 23 . On put croire un instant que les priĂšres de Solesmes unies Ă celles de ses nombreux amis obtiendraient Ă du Lac un retour de santĂ© ; mais il fut bientĂŽt visible que lâamĂ©lioration Ă©tait prĂ©caire. Il vit venir la mort avec la ferme sĂ©rĂ©nitĂ© du chrĂ©tien. Parfois sa raison est comme traversĂ©e dâĂ©clairs de dĂ©lire qui font voir la constante prĂ©occupation de son esprit, disait Louis Veuillot. II donne des idĂ©es dâarticles pour les choses du moment ; il croit lire des journaux et demande que lâon prenne note des arguments quâil en tire, il insiste pour que lâon fasse passer un article imaginaire quâil vient, dit-il, de corriger⊠Je voudrais espĂ©rer que Dieu nous le gardera. Je me fais pourtant conscience de chercher Ă le retenir il est bon et opportun que les justes sâen aillent au bon Dieu 24 Un moine de Solesmes veilla Ă son chevet, comme pour reprĂ©senter lâabbaye absente auprĂšs de celui qui de cĆur et dâesprit nâavait cessĂ© de lui appartenir et qui vĂ©cut et mourut pauvre. Il rendit son Ăąme Ă Dieu le 7 du mois dâaoĂ»t dans sa soixantiĂšme annĂ©e. Louis Veuillot lui rendit un hommage Ă©mu le 10 du mĂȘme mois. Son article, une oraison funĂšbre, vraie, Ă©loquente, chrĂ©tienne, commençait ainsi Nous sollicitons les priĂšres de lâĂglise pour lâĂąme immortelle de Jean -Melchior du Lac et dâAures, comte de Montvert, notre collaborateur, notre maĂźtre et notre ami. Il a travaillĂ© quarante-six ans pour la sainte Ăglise, et de tout ce long travail il nâa recueilli en ce monde que lâaustĂšre joie de sâen acquitter et de remplir dâautres devoirs. Et nous qui lâavons pratiquĂ© pendant trente-cinq ans, heureux dâune amitiĂ© qui fut vieille dĂšs le premier jour, pleins de respect et dâadmiration, nous ensevelissons avec larmes ce grand serviteur, ce grand humble, ce grand pauvre de JĂ©sus-Christ. On lut partout avec Ă©motion cette page de lâĂ©crivain catholique. On avait peu parlĂ© de du Lac durant sa vie, tant le monde sâĂ©tait prĂȘtĂ© au parti pris dâhumilitĂ© dont il sâenveloppait ; Ă sa mort, il fut louĂ© de tous, et nulle voix discordante ne sâĂ©leva contre lui. Dom GuĂ©ranger nâavait cessĂ© de lâaimer comme un fils ; il lâestimait comme un saint. Ce lui fut une consolation que la disposition divine qui avait ravi du Lac Ă sa cellule pour en faire le modĂšle du journaliste chrĂ©tien. Vous ai-je dit, Ă©crivait Louis Veuillot Ă dom GuĂ©ranger, avec quelle joie il avait reçu une lettre de vous dans le commencement de sa maladie ? Il se la fit lire et recommanda de la lui garder. Je crois quâil nâa aimĂ© personne autant que vous, avec autant de cĆur et de confiance. Il a eu de belles funĂ©railles. La presse sâest su mauvais grĂ© de ne lâavoir pas connu et se sent maintenant fiĂšre de lui. Il a prĂȘchĂ© une bonne fois de sa personne et il sâen va dans une vĂ©ritable aurĂ©ole. Pauvre ami ! Il a fallu que cette parole de Rome vĂźnt lâatteindre Ă cause de moi, lorsquâil allait mourir. Je me rappelle quâun jour, sur un trait analogue, je lui disais Vous conviendrez que câest vexant ! » Il me rĂ©pondit Eh bien ! on est vexĂ© » Jâai lu bien des gros livres dâĂąmes pieuses qui mâont Ă©tĂ© moins secourables que ce seul mot. Câest lui qui mâa appris pour jamais lâart si nĂ©cessaire de savoir ĂȘtre vexĂ©. Et je lâai pratiquĂ©. Jâavais fait copier pour la publier la lettre que vous mâavez Ă©crite aprĂšs sa mort. Je me suis aperçu que votre bontĂ© sâĂ©tait davantage occupĂ©e de moi et jâai mis la lettre de cĂŽtĂ© ; elle servira pour ma mort Ă moi⊠Adieu, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, vous savez avec quels sentiments tendres et respectueux je vous suis dĂ©vouĂ©, encore ici Ă©lĂšve de du Lac. Regardez-moi comme un reste de lui 25 Quelques jours plus tard, Louis Veuillot venait Ă Solesmes se reposer un instant de son travail et de ses Ă©motions. De ses conversations avec lâabbĂ© de Solesmes, il recueillait de prĂ©cieuses corrections historiques. Il est tel article du journal sur la Saint-BarthĂ©lemy oĂč, Ă dĂ©faut mĂȘme de toute preuve directe, il nous serait aisĂ© de reconnaĂźtre lâinspiration de dom GuĂ©ranger 26 La France connut Ă cette Ă©poque une sorte de renouveau de lâesprit religieux. On Ă©tait sorti de terribles Ă©preuves ; la nation avait Ă©tĂ© remuĂ©e jusque dans ses plus secrĂštes profondeurs. Tout nâĂ©tait point fait encore, on le sentait, mais bien des Ăąmes se tournaient vers Dieu, pleines Ă la fois de reconnaissance et dâanxiĂ©tĂ©, et sollicitaient de lui dans un admirable mouvement de supplication le surcroĂźt de misĂ©ricorde requis pour ramener la nation Ă la plĂ©nitude de lâesprit chrĂ©tien. On avait dit que les moines nâĂ©taient plus de notre temps et que les pĂšlerinages avaient cessĂ© dâĂȘtre dans nos mĆurs. Axiomes de politiques Ă courte vue qui limitent hautainement la vĂ©ritĂ© Ă ce quâils aiment et la rĂ©alitĂ© Ă ce quâils peuvent en apercevoir ; formules dogmatiques rĂ©pĂ©tĂ©es Ă lâaventure et toujours si prĂšs dâĂȘtre dĂ©menties par les faits. Les pĂšlerinages avaient cessĂ© dâĂȘtre dans nos mĆurs ; mais dâun bout de la France Ă lâautre, un courant inconnu portait les flots des pĂšlerins aux sanctuaires de Lourdes et de Paray -le -Monial. Les institutions religieuses avaient fait leur temps ; câĂ©taient Ćuvres surannĂ©es et sans adaptation avec les mĆurs dâaujourdâhui ; et cependant lâabbĂ© de Solesmes Ă©tait obligĂ© de se dĂ©fendre contre les instances de lâĂ©vĂȘque de Rodez qui voulait remettre en ses mains lâĂ©glise et le trĂ©sor de lâancienne abbaye de Conques dans le Rouergue 27 , et contre les pressantes invitations de lâĂ©vĂȘque dâAngers qui lâappelait Ă faire revivre le monastĂšre de Saint-Maur de Glanfeuil 28 Les hĂ©ritages dispersĂ©s venaient vers lui ; les vieilles abbayes qui depuis trois quarts de siĂšcle dormaient dans leur tombeau semblaient se rĂ©veiller de leur poussiĂšre, invoquer son appui et redemander Ă ce rejeton de la vie bĂ©nĂ©dictine un peu de sĂšve pour se relever et revivre. Quelque douleur quâil en Ă©prouvĂąt, dom GuĂ©ranger ne pouvait que se dĂ©rober Ă toutes ces offres, non que lâĂąge le dĂ©courageĂąt dâaborder des couvres dont il ne verrait pas la maturitĂ©, mais faute dâhommes et faute de ressources. La dĂ©tresse pesait du mĂȘme poids sur lâabbaye mĂšre et sur ses deux fondations, LigugĂ© et Marseille. Au lieu de crĂ©er des monastĂšres nouveaux, dans la pĂ©nurie oĂč il vĂ©cut jusquâĂ la derniĂšre heure, lâabbĂ© de Solesmes avait fort Ă faire de dĂ©fendre et de maintenir des monastĂšres qui se dĂ©veloppaient Ă grandâpeine, heureux nĂ©anmoins au sein de sa pauvretĂ© de saluer, et la personne de dom Bernard Moreau, lâabbĂ© que Rome donnait Ă lâabbaye de la Pierre -qui -vire ; heureux de voir la jeune congrĂ©gation allemande dont il avait aidĂ© les premiers pas sâĂ©tablir aux portes de la France, dans la riche province de Namur, Ă Maredsous ; heureux aussi, lorsque la Providence lui donnait dâaider lâĂ©vĂȘque de Nantes dans la fondation de lâĂ©glise collĂ©giale de Saint- Donatien. Mais il regarda comme une bĂ©nĂ©diction plus personnelle encore la nouvelle qui lui vint dâAngleterre, apportĂ©e par une lettre du P. Laurent Shepherd. AprĂšs un sĂ©jour de prĂšs dâun an Ă Sainte -CĂ©cile, la prieure du monastĂšre de Stanbrook, la R. M. Gertrude Dubois dâAurillac, sâen Ă©tait retournĂ©e avec sa compagne, la R. M. Mechtilde Knight. MĂšre Gertrude Ă©tait française de naissance, jeune encore de profession ; tout semblait donc la dĂ©fendre contre le pĂ©ril dâune Ă©lection pourtant son Ă©minente vertu, sa haute intelligence, le bon esprit de ses sueurs, le dĂ©sir de lâobservance bĂ©nĂ©dictine lâemportĂšrent elle fut Ă©lue abbesse le 16 septembre 1872. Pendant un quart de siĂšcle elle devait ĂȘtre lâĂ©dification et la vie de son monastĂšre et maintenir, avec la jeune abbaye de Sainte -CĂ©cile oĂč elle avait puisĂ©, les plus. douces et les plus fraternelles relations. LâabbĂ© de Solesmes apprit la nouvelle de lâĂ©lection avec une joie extrĂȘme. Lâavenir se dessinait Ă ses yeux. En aperçut-il quelque chose encore, Ă la fin de cette mĂȘme annĂ©e, lorsque la profession du P. Augustin Graux, suivant celle du P. AimĂ©, amena Ă Solesmes avec M. Henri Graux Mme Anna Dambricourt et sa niĂšce, une orpheline de seize ans, Mlle ThĂ©rĂšse Bernard ? Mgr Fillion avait autorisĂ© pour cette derniĂšre lâentrĂ©e dans la clĂŽture de Sainte -CĂ©cile Ce ne fut pas lâentrĂ©e dĂ©finitive. Mlle ThĂ©rĂšse Bernard venait pour observer seulement ; des considĂ©rations impĂ©rieuses la maintenaient dans sa famille. Viendraient la majoritĂ© et la profession, et Dieu montrerait Ă loisir ce qui Ă©tait contenu en germe dans cette premiĂšre visite du 9 dĂ©cembre 1872. Il nâavait pas Ă©tĂ© possible Ă dom GuĂ©ranger de satisfaire aux dĂ©sirs de lâĂ©vĂȘque de Rodez ; mais Mgr Bourret nâĂ©tait pas de ceux qui se dĂ©couragent dâun premier refus ; il revenait Ă la charge. Je mâattendais bien un peu, mon trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, Ă la rĂ©ponse que vous avez faite Ă ma proposition dâĂ©tablissement dans le diocĂšse de Rodez. Permettez -moi cependant de ne pas renoncer Ă mon idĂ©e premiĂšre avant de vous avoir priĂ© de lâexaminer Ă nouveau. Vous me faites quatre ou cinq objections dont aucune ne me parait insoluble. Vous nâavez pas de monde, me dites-vous, et câest lĂ la principale, et vous ne pouvez pas fonder une nouvelle communautĂ©. Permettez-moi de vous dire que lâargument nâest pas des plus convaincants. Vous avez du monde pour trois maisons, parce que vous nâavez que trois maisons si vous en aviez davantage, la proportion du nombre augmenterait tout de suite. Il est reconnu quâau bout de dix ans une maison a restituĂ© le nombre de sujets quâon lui a donnĂ©s pour la fonder, et dans le Rouergue, soyez convaincu quâau bout de dix ans vous auriez doublĂ© et triplĂ© les sujets que vous mâauriez dâabord envoyĂ©s. Et le bon prĂ©lat poursuivait Ă©cartant lâune aprĂšs lâautre les difficultĂ©s Ă©levĂ©es par dom GuĂ©ranger, pour conclure ainsi Pourquoi, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, ne feriez-vous pas le voyage de Rodez ? Pourquoi ne voudriez-vous pas voir ce pays et son Ă©vĂȘque qui vous accueilleraient lâun et lâautre avec empressement ? Nous irions Ă Conques ensemble, vous verriez, nous examinerions ce quâil est possible de faire et vous vous prononceriez avec plus de connaissance de cause 29 Et voici que lâĂ©vĂȘque insiste quelques jours plus tard. Mon trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, notre curĂ© de Conques vient de mourir. LâĂ©glise de Sainte- Foi vous attend. Je vous assure que vous manquez lĂ une occasion de relever le culte dans votre ordre et de le recruter, que vous ne rencontrerez jamais plus belle 30 LâĂ©vĂȘque de Rodez avait raison ; mais lâabbĂ© de Solesmes se heurtait Ă lâimpossibilitĂ©, et il fallut que, pour Ă©carter de telles offres, lâimpossibilitĂ© fĂ»t rĂ©elle. Son embarras sâaccroissait de tout ce quâil ne pouvait dire par une sorte de pudeur secrĂšte qui interdit de livrer Ă lâextĂ©rieur la confidence dâune grande dĂ©tresse. Souffrir et travailler sans relĂąche, telle fut la devise de sa vie Ă cette heure mĂȘme de la vieillesse oĂč les plus vaillants consentent Ă se reposer. Le travail mâaccable et ne me laisse pas de relĂąche, Ă©crivait-il. Jâai eu le malheur de consentir Ă un grand travail qui doit me tenir jusquâĂ la fin de novembre. Avec tout cela, ma santĂ© ne marche pas, lâhiver a Ă©tĂ© sans gelĂ©e et chaque annĂ©e la gelĂ©e Ă©tait pour moi un renouvellement de force. Ajoutez soixante-dix moines environ, deux monastĂšres au loin, Sainte -CĂ©cile qui compte trente personnes, les hĂŽtes, les retraitants, les pĂ©nitents dans un pays que jâhabite depuis quarante annĂ©es, et vous comprendrez combien toute correspondance rĂ©guliĂšre mâest difficile. Il y avait parfois un jour de dĂ©lassement, par exemple lorsque Louis Veuillot poussait jusquâĂ lâabbaye ; alors on causait de politique chrĂ©tienne. NapolĂ©on III venait de mourir ; le parti monarchiste demeurait divisĂ© par cette question du drapeau blanc ou du drapeau tricolore, soulevĂ©e dĂ©jĂ quinze ans auparavant par les soins de Mgr Dupanloup et qui venait de renaĂźtre grĂące Ă lui. AprĂšs entente avec les princes dâOrlĂ©ans et le comte de Falloux, il avait, le 25 janvier 1873, adressĂ© au comte de Chambord une lettre oĂč il prenait avec le chef de la maison de France lâaccent dĂ©libĂ©rĂ© et les airs de sommation quâil nâavait pas oubliĂ©s encore depuis le concile. Si jamais un pays aux abois a demandĂ© dans celui que la Providence, lui a rĂ©servĂ© comme sa suprĂȘme ressource des mĂ©nagements, de la clairvoyance, tous les sacrifices possibles, câest bien la France malade et mourante. Se tromper sur cette question si grave, se faire, mĂȘme par un trĂšs noble sentiment, des impossibilitĂ©s qui nâen seraient pas devant Dieu, serait le plus grand des malheurs 31 Il Ă©tait surprenant de voir la France malade et mourante, au jugement de Mgr Dupanloup, faire des conditions Ă celui qui demeurait dâaprĂšs lui sa suprĂȘme ressource. La rĂ©ponse du prince fut dâune souveraine dignitĂ©. Il mâest permis de supposer par vos allusions, monsieur lâĂ©vĂȘque, quâau premier rang des sacrifices regardĂ©s par vous comme indispensables pour correspondre aux vĆux du pays, vous placez celui du drapeau. Câest lĂ un prĂ©texte inventĂ© par ceux qui, tout en reconnaissant la nĂ©cessitĂ© du retour Ă la monarchie traditionnelle, veulent au moins conserver le symbole de la RĂ©volution⊠Je nâai ni sacrifice Ă faire, ni conditions Ă recevoir. Jâattends peu de lâHabiletĂ© des hommes et beaucoup de la justice de Dieu. Lorsque lâĂ©preuve devient trop amĂšre, un regard sur le Vatican ranime le courage et fortifie lâespĂ©rance. Câest Ă lâĂ©cole de lâauguste captif quâon acquiert lâesprit de fermetĂ©, de rĂ©signation et de paix, de cette paix assurĂ©e Ă quiconque prend sa conscience comme guide et Pie IX pour modĂšle 32 Ces derniĂšres paroles portaient dâautant plus sĂ»rement que Mgr Dupanloup avait invitĂ© le comte de Chambord Ă solliciter lâavis du souverain pontife ; et lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans attachait un prix extrĂȘme Ă la solution, puisque pour lâobtenir conforme Ă ses vues il avait Ă©crit au cardinal Antonelli et au souverain pontife. Pie IX avait lu la lettre et Ă©crit en marge Non responsione sed commiseratione digna 33 Par un concours heureux, lâĂ©vĂȘque de Poitiers Ă©tait Ă Rome en mĂȘme temps que M de Vanssay ; lâhistorien de Mgr Pie nous a appris comment lâĂ©vĂȘque devenu pour un instant le conseiller du trĂŽne rĂ©digea sur la priĂšre de M. de Vanssay le programme gĂ©nĂ©ral dâune royautĂ© et dâune politique chrĂ©tiennes 34 ; mais câĂ©tait trĂšs prĂ©cisĂ©ment la royautĂ© et la politique que les chefs de lâĂ©cole libĂ©rale prĂ©tendaient Ă©carter au moyen de lâincident du drapeau. Ne serait-ce pas un souvenir de cette excursion dâun instant sur le terrain de la politique, un Ă©cho Ă lâinvitation de gouverner hardiment quâil avait donnĂ©e Ă lâexemple de Bossuet et aussi un douloureux pressentiment que nous trouvons dans les paroles do lâĂ©vĂȘque de Poitiers Ă son peuple LâexpĂ©rience dira, si elle ne lâa pas assez dit encore, ce que les nations auront dĂ» de stabilitĂ©, de prospĂ©ritĂ©, de libertĂ© Ă ces monarchistes Ă©prouvĂ©s, dont le systĂšme exclut simplement toute volontĂ© sĂ©rieuse du monarque et par suite tient assez volontiers sa personne Ă lâĂ©cart, quand elle ne se montre pas suffisamment disposĂ©e Ă se laisser annuler 35 Mon bien cher pĂšre, Ă©crivait Mgr Pie, je dĂ©sire aller vous voir en me rendant Ă Laval, au sacre de Mgr Sebaux. Serez-vous chez vous vendredi soir, 2 mai 36 ? » CâĂ©tait la premiĂšre fois depuis la fondation de Sainte -CĂ©cile. que lâĂ©vĂȘque de Poitiers revoyait Solesmes, et on se souvient peut-ĂȘtre quâil avait conçu quelque inquiĂ©tude que cette fondation nouvelle ne nuisĂźt Ă lâAnnĂ©e liturgique et Ă la Vie de saint BenoĂźt. II vint comme il sâĂ©tait annoncĂ© ; il regarda attentivement et aprĂšs examen dĂ©clara prĂ©fĂ©rer Ă toutes les fondations de dom GuĂ©ranger cette derniĂšre fondation, comme lui ressemblant plus que les autres. Peu de temps aprĂšs, il fit parvenir Ă Mme lâabbesse de Sainte -CĂ©cile un exemplaire de ses Ćuvres, avec ces mots Souvenir dâune visite Ă lâabbaye de Sainte -CĂ©cile en stipulation dâun souvenir au nĂ©crologe de lâabbaye aprĂšs ma mort. Louis- EDOUARD, Ă©vĂȘque de Poitiers, 3 mai 1873. » Pendez-vous, Ă©crivait de son cĂŽtĂ© lâabbĂ© de Solesmes Ă dom Gardereau alors absent nous avons eu Mgr de Poitiers deux jours et vous nây Ă©tiez pas 37 » Et Ă Louis Veuillot Mon trĂšs cher ami, Mgr de Poitiers, que nous avons eu ici quelques jours, serait heureux de voir insĂ©rer dans lâUnivers son homĂ©lie du jour de PĂąques. Lâexemplaire que je vous adresse de sa part est corrigĂ© de sa main ; dâoĂč vous conclurez quâil dĂ©sire beaucoup lâinsertion. Je ne la dĂ©sire pas moins que lui 38 » Sans doute lâUnivers estima que lâhomĂ©lie Ă©tait trop ancienne dĂ©jĂ et dâailleurs trop connue pour avoir besoin dâĂȘtre reproduite. Le mois de mai de cette annĂ©e 1873 fut dâailleurs plus que tout autre riche en incidents politiques considĂ©rables. A la mĂȘme heure des Ă©lections partielles montraient nettement le progrĂšs du radicalisme, tandis que M. Thiers, aprĂšs avoir prononcĂ© son intimation fameuse Ă la rĂ©publique dâĂȘtre conservatrice ou de nâĂȘtre pas, devenu par ses habiletĂ©s mĂȘmes le prisonnier de la gauche, entrait ouvertement en conflit avec la portion conservatrice de lâAssemblĂ©e nationale, donnait sa dĂ©mission au sortir de la sĂ©ance du 24 mai et laissait la prĂ©sidence au marĂ©chal de Mac- Mahon. Un nouveau ministĂšre Ă©tait constituĂ© dont le chef Ă©tait le duc de Broglie. Quelques jours aprĂšs, un pĂšlerinage national rĂ©unissait aux pieds de Notre-Dame de Chartres plus de quarante mille pĂšlerins, cent quarante dĂ©putĂ©s de lâAssemblĂ©e nationale, des officiers en grand nombre, quatorze Ă©vĂȘques. A dĂ©faut de lâhomĂ©lie de PĂąques, lâUnivers insĂ©ra le discours prononcĂ© Ă Chartres par Mgr Pie. Jamais le politique chrĂ©tien, lâĂ©vĂȘque pieux et fort, le fils et le client de Notre-Dame de Chartres ne fut mieux inspirĂ©. Les affaires publiques obĂ©issaient Ă des pensĂ©es moins hautes. Avec le duc de Broglie, le libĂ©ralisme Ă©tait montĂ© au pouvoir. Le message prĂ©sidentiel, signĂ© Mac- Mahon mais Ă©crit par le prĂ©sident du nouveau conseil des ministres, ne contenait que la plus pure doctrine parlementaire. Oublieux de leur propre expĂ©rience, les hommes qui prĂ©tendaient gouverner et sauver le pays mettaient une sorte dâobstination Ă se diminuer eux-mĂȘmes, Ă sâincliner devant des fĂ©tiches et Ă se priver en une heure dĂ©cisive de la vigueur que leur eĂ»t donnĂ©e cette vĂ©ritĂ© chrĂ©tienne quâils nâosaient proclamer tout entiĂšre. Il nâĂ©tait pas question de lâĂglise ; le nom de Dieu nâĂ©tait prononcĂ© quâĂ la faveur dâune interjection ; le magistrat chargĂ© du pouvoir exĂ©cutif » se regardait comme le dĂ©lĂ©guĂ© de lâAssemblĂ©e, en qui rĂ©side lâautoritĂ© vĂ©ritable et qui est lâexpression vivante de la loi. Ceci une fois entendu, il Ă©tait non seulement superflu, mais il Ă©tait provocant de dire que le gouvernement devait ĂȘtre et serait Ă©nergiquement et rĂ©solument conservateur, puisquâil Ă©tait au pouvoir de lâAssemblĂ©e, par le simple jeu dâun dĂ©placement de majoritĂ©, de signifier au gouvernement le devoir de se soumettre ou de se dĂ©mettre. Une fois de plus la France Ă©tait le sujet, lâĂąme Ă©lue sur qui on expĂ©rimenterait la doctrine libĂ©rale ; lâeffort de la priĂšre nationale devait finalement Ă©chouer contre cette prĂ©tention. Les constitutions de la congrĂ©gation de Beuron avaient Ă©tĂ© soumises Ă Rome Ă un examen prolongĂ©. Au bout de quinze mois dâĂ©tudes et de lenteurs, elles obtinrent enfin lâapprobation pontificale. LâabbĂ© de Solesmes apprit la nouvelle avec joie, encore quâil sây mĂȘlĂąt pour lui personnellement une part de mortification ; mais il avait lâĂąme prĂ©parĂ©e et si bien faite. La congrĂ©gation des Ă©vĂȘques et rĂ©guliers, apprenait-il, en laissant intact lâensemble des constitutions, avait jugĂ© Ă propos de supprimer la dĂ©claration dâunion fraternelle et sans dĂ©pendance qui eĂ»t créé un lien officiel avec la congrĂ©gation de France, pour rattacher la famille bĂ©nĂ©dictine nouvelle Ă la congrĂ©gation du Mont- Cassin. Ce changement, lui Ă©crivait-on dâAllemagne, nous a affligĂ©s dâune maniĂšre dâautant plus vive que nos rapports avec la congrĂ©gation de France avaient Ă©tĂ© si intimes que nous lui devions une bonne part de nos institutions monastiques. Quâil me soit permis de vous dire, au nom du rĂ©vĂ©rendissime pĂšre abbĂ© et de tous les membres de notre congrĂ©gation, que si un trait de plume a suffi Ă nous refuser extĂ©rieurement, pour des motifs graves sans doute, le bĂ©nĂ©fice dâune union qui existait dĂ©jĂ tout entiĂšre, rien ne pourra jamais diminuer la reconnaissance ni refroidir lâaffection qui nous unit aux moines de Solesmes et avant tout Ă Votre PaternitĂ© rĂ©vĂ©rendissime. Câest avec joie que nous avons appris que Votre PaternitĂ© travaille avec une ardeur infatigable Ă la Vie de sainte CĂ©cile, et nous attendons avec un vif dĂ©sir lâĆuvre nouvelle qui, nous assure-t-on, sera parfaite sous tous les rapports. Mais notre rĂ©vĂ©rendissime pĂšre abbĂ© me charge de demander bien humblement si notre grand patriarche saint BenoĂźt nâa pas un peu Ă se plaindre de la vierge martyre ou sâil nâa rien Ă lui envier. Il ose mâinspirer une telle demande parce quâil se souvient que lâun de vos fils, le cardinal Pitra, assurait que le but de votre vie Ă©tait dâĂ©crire celle du patriarche des moines dâOccident 39 Aux yeux de lâabbĂ© de Solesmes qui nâavait jamais demandĂ© pour lui que dâĂȘtre agréé de Dieu en esprit dâhumilitĂ©, câĂ©tait fort peu de chose que le nom de Solesmes effacĂ© des dĂ©clarations de la jeune congrĂ©gation allemande. On ne pouvait aussi facilement effacer lâhistoire des premiers temps de cette congrĂ©gation, et, en tout ordre, les liens de fraternitĂ© rĂ©elle nâont pas besoin de textes. On ne pouvait davantage ravir Ă la filiation solesmienne la communautĂ© dâoblates rĂ©guliĂšres de saint BenoĂźt, dites les Servantes des Pauvres, que le P. Camille Leduc venait de fonder Ă Angers. Le berceau de lâĆuvre fut dâabord, aprĂšs un essai Ă Cholet, la maison paternelle du fondateur lui-mĂȘme, Ă Angers. Un quart de siĂšcle a suffi Ă cette famille religieuse pour sâĂ©tablir non pas seulement Ă Angers, Ă Paris, dans lâouest et le nord de la France, mais pour porter en Belgique et en Angleterre, avec le spectacle de son hĂ©roĂŻque confiance en Dieu et de sa charitĂ©, la preuve que lâesprit de saint BenoĂźt, aprĂšs avoir inspirĂ© la vie contemplative, est apte aussi Ă prĂ©parer aux hĂ©roĂŻsmes de lâaction. Aussi bien une simple mention ne suffit pas câest Ă une histoire complĂšte quâaurait droit cette glorieuse manifestation de la charitĂ© que la sĂšve bĂ©nĂ©dictine a produite en ces derniers temps. Mais les annales du bien sâĂ©crivent trop lentement. Sâil ne lui Ă©tait pas toujours possible de fonder, du moins la congrĂ©gation de France pouvait recueillir dans son sein une petite institution religieuse dont lâaccession lâeĂ»t fortifiĂ©e en nombre. Trente ans auparavant un jeune acolyte de Saint-Sulpice Ă©tait venu Ă Paris entretenir dom GuĂ©ranger de son dĂ©sir de vie religieuse, sans pourtant consentir Ă le suivre Ă Solesmes pour se soumettre Ă lâessai dâun noviciat. Lâacolyte Ă©tait devenu prĂȘtre et, de retour au diocĂšse de Troyes, avait Ă©tĂ© mis par son Ă©vĂȘque Ă la tĂȘte de la paroisse de Mesnil Saint- Loup. Tout y Ă©tait Ă relever. LâabbĂ© AndrĂ© mit sa paroisse sous la protection de la sainte Vierge, avec le vocable de Notre-Dame de la Sainte- EspĂ©rance, y organisa un pĂšlerinage et obtint des rĂ©sultats merveilleux. Les oppositions ne dĂ©couragĂšrent pas son zĂšle ; le mouvement des conversions devint tel quâil crut pouvoir solliciter de Pie IX lâĂ©rection en archiconfrĂ©rie de la fraternitĂ© de Notre-Dame dâEspĂ©rance il lâobtint. Il alla plus loin encore, et, sentant se rĂ©veiller en lui le dĂ©sir de vie religieuse qui lâavait autrefois portĂ© vers dom GuĂ©ranger, il sâappliqua Ă convertir en une sorte de monastĂšre le presbytĂšre de Mesnil Saint- Loup. Mgr Ravinet, Ă©vĂȘque de Troyes, avait consenti Ă donner lâhabit religieux Ă M. AndrĂ© et Ă un autre prĂȘtre. La congrĂ©gation nouvelle Ă©tait celle des bĂ©nĂ©dictins de Notre-Dame de la Sainte- EspĂ©rance, et M. lâabbĂ© AndrĂ© prenait le nom de P. Emmanuel.* LâĆuvre ne se rattachait jusque-lĂ Ă aucune famille bĂ©nĂ©dictine existante et nâavait de bĂ©nĂ©dictin que lĂ© nom. AprĂšs quelques dĂ©marches demeurĂ©es infructueuses, le P. Emmanuel pour en assurer la durĂ©e et la vie vint Ă Solesmes en juillet 1873 et remit entre les mains de dom GuĂ©ranger les Ă©lĂ©ments quâil avait rĂ©unis autour de lui. Mgr lâĂ©vĂȘque de Troyes devrait faire le reste et demander Ă Rome pour le petit monastĂšre commencĂ© Ă Mesnil Saint- Loup lâadoption bĂ©nĂ©dictine. AprĂšs un court noviciat, le P. Emmanuel et ses prĂȘtres feraient profession entre les mains de lâabbĂ© de Solesmes ; ils retourneraient Ă leur diocĂšse dâorigine, et la famille bĂ©nĂ©dictine de France acquerrait ainsi un monastĂšre de plus. Mgr Ravinet voyait le projet avec une grande bienveillance et y aidait de son mieux. Lâaccord entre les volontĂ©s intĂ©ressĂ©es Ă©tait si complet et lâappui Ă Rome du cardinal Pitra Ă©tait si assurĂ© que lâagrĂ©gation semblait ne devoir subir aucun retard. Au grand Ă©tonnement de dom GuĂ©ranger, lâaffaire traĂźna en longueur. Des nĂ©gociations entamĂ©es en juillet 1873 nâobtinrent pas de solution avant le mois de mars de lâannĂ©e suivante. Un rescrit pontifical autorisa alors le P. Emmanuel et lâun de ses compagnons Ă venir Ă Solesmes pour y faire un mois de retraite ou de noviciat et Ă©mettre ensuite la profession des vĆux simples. Les quatre autres compagnons du P. Emmanuel Ă©taient astreints Ă lâannĂ©e complĂšte de noviciat. Le rescrit terminait enfin la question demeurĂ©e si longtemps pendante ; rien ne paraissait plus devoir faire obstacle Ă lâadoption obtenue en principe. Pourtant câest Ă dater de cette heure-lĂ mĂȘme que lâagrĂ©gation si patiemment prĂ©parĂ©e Ă©choua finalement dans un incident inattendu qui appartient aux derniers mois de la vie de dom GuĂ©ranger, mais dont nous croyons devoir anticiper le rĂ©cit. Le P. Emmanuel arriva Ă Solesmes le 2 juin 1874. Il Ă©tait porteur dâun exemplaire du missel de Troyes, rĂ©digĂ© par le neveu de Bossuet, et que dom GuĂ©ranger dĂ©sirait depuis longtemps. Le mois de noviciat commença aussitĂŽt ; il se terminait au commencement de juillet, et dĂ©jĂ on Ă©tait Ă la veille de la profession simple, lorsque dom GuĂ©ranger fut avisĂ©, dans la libertĂ© de la conversation, de certaines opinions thĂ©ologiques auxquelles le P. Emmanuel tĂ©moignait ĂȘtre rĂ©solument attachĂ©. LâabbĂ© de Solesmes, qui sentait sa fin prochaine et qui Ă©tait soucieux avant toute chose dâĂ©pargner Ă sa congrĂ©gation le pĂ©ril des dissensions doctrinales, prit Ă part le P. Emmanuel et sâefforça vainement dans une longue discussion de le faire renoncer Ă des thĂšses quâil regardait comme pĂ©rilleuses ! La conviction du P. Emmanuel Ă©tait rĂ©elle, sa tĂ©nacitĂ© extrĂȘme. Alors mĂȘme que dom GuĂ©ranger lui laissait apercevoir que le renoncement Ă ses opinions si chĂšres Ă©tait une condition de lâappartenance Ă la famille bĂ©nĂ©dictine de Solesmes, il ne crut pas devoir passer outre ni acheter, par ce qui Ă©tait pour lui une dĂ©sertion doctrinale, le bĂ©nĂ©fice de lâaffiliation. Il fallut se sĂ©parer. Le P. Emmanuel partit navrĂ©, le 4 juillet, au moment oĂč il croyait toucher son rĂȘve de vingt annĂ©es. LâabbĂ© de Solesmes lâaccompagna attristĂ© jusquâĂ la porte du monastĂšre. Le P. Emmanuel avait conquis lâaffection de tous les moines. Il demeura attachĂ© quand mĂȘme Ă cette maison religieuse qui lâavait Ă©cartĂ©, et nous croyons savoir quâĂ plusieurs reprises, dans la suite, il sâefforça de renouer avec les successeurs de dom GuĂ©ranger des relations si malencontreusement rompues. Revenons maintenant sur nos pas. Câest au cours de ces nĂ©gociations avec Rome que dom GuĂ©ranger poursuivait lâHistoire de sainte CĂ©cile commencĂ©e depuis trois ans dĂ©jĂ . Mon travail avance, Ă©crivait-il Ă son ami le commandeur de Rossi, car il faut que le livre paraisse 1er dĂ©cembre. Jâai encore beaucoup Ă faire. Ce sera un livre dâĂ©trennes. Jâignore sâil sera goĂ»tĂ©, car il est bien sĂ©rieux. Jâai dĂ» laisser de cĂŽtĂ©, pour ĂȘtre accueilli de M. Didot, la moitiĂ© du travail que jâavais prĂ©parĂ©. Peut-ĂȘtre aprĂšs tout, avec lâattrait des gravures et son Ă©lĂ©gance, aura-t-il son genre de succĂšs. Le cĂŽtĂ© polĂ©mique est dissimulĂ© par la marche historique. Pas de discussion une trame de faits se soutenant les uns les autres. Il va sans dire que je suis plus affirmatif que vous qui poursuivez votre rĂŽle de critique. Je suis historien et je fais mon profit des vraisemblances, lorsque dâautres faits les appuient. Vous comprenez que je suis sans cesse avec vous ; mais combien je vous regrette et vous dĂ©sire ! De temps en temps je surajoute mes petites vues personnelles ; vous en jugerez. Je me suis bornĂ© aux deux premiers siĂšcles pour arriver Ă temps. LâĂ©pisode cĂ©cilien que je place en 178 est compris dans ma narration qui commence Ă lâan 42. Je mâarrĂȘte Ă lâan 200 et dĂ©sormais, laissant de cĂŽtĂ© Tertullien et toutes ses colĂšres, je me borne Ă suivre lâhistoire posthume de sainte CĂ©cile jusquâĂ la dĂ©couverte de son tombeau par mon ami le commandeur de Rossi 40 Louis Veuillot vint, dom Marie- Gabriel, lâabbĂ© dâAiguebelle, vint, le P. Laurent Shepherd vint Ă son tour, mais le travail ne fut pas interrompu. DĂšs le 9 octobre commença au rĂ©fectoire sur les bonnes feuilles la lecture du livre attendu. La primeur en devait ĂȘtre rĂ©servĂ©e Ă sa famille monastique qui en tressaillit dâaise. De Poitiers, oĂč il surveillait lâimpression de la Vie de saint Josaphat, lâun de ses fils houssait un cri de joie Nâest-ce pas, mon rĂ©vĂ©rendissime pĂšre, que sainte CĂ©cile est pour nous lâavant-coureur de saint BenoĂźt ? Le devoir de la chĂšre sainte est de vous aider maintenant Ă Ă©difier le monument de notre grand patriarche. Que faut-il faire, mon pĂšre, pour obtenir la reprise et le prompt achĂšvement de ce travail ? Si vous ne nous laissez pas vos derniers enseignements dans ce livre, comment vivrons-nous aprĂšs vous ? Sans doute, ceux qui auront connu Joseph ne perdront pas la trace, mais sauront-ils la montrer aux autres ? Notre Solesmes ne doit pas pĂ©rir, et cependant si vous ne nous laissez pas lâexplication de la saints rĂšgle, nous tomberons comme les autres dans la routine moderne, et le flambeau sâĂ©teindra 41 ! Peut-ĂȘtre au lieu de simples fragments que nous possĂ©dons encore la Vie de saint BenoĂźt eĂ»t-elle Ă©tĂ© Ă©crite tout entiĂšre, si, au sortir de ce long travail, lâabbĂ© de Solesmes, fatiguĂ© par lâĂąge, nâeĂ»t pas Ă©tĂ© contraint de sortir de son monastĂšre, de se faire, au Mans puis Ă Tours, pĂšlerin et quĂȘteur, pour rĂ©pondre aux dures Ă©chĂ©ances que lui crĂ©ait sans lui en donner avis lâhumeur bĂątisseuse de son cellĂ©rier. Cette fois encore, avec plus de peine que jamais pourtant, il parvint Ă franchir heureusement lâheure de lâĂ©preuve ; mais il Ă©tait Ă©crit que la pauvretĂ© extrĂȘme serait le lot de toute sa vie. Parfois, comme par une Ă©vidente ironie des choses, une largesse royale, inespĂ©rĂ©e, sâoffrait dâelle-mĂȘme et pour un instant rassurait lâĂąme naturellement confiante de dom GuĂ©ranger. Puis lâoffre se dĂ©robait ou sâajournait Ă une Ă©poque ultĂ©rieure ; et, soit originalitĂ© des donateurs soit plutĂŽt disposition providentielle, celui Ă qui lâon faisait espĂ©rer un million, mais pour demain, Ă©tait hors dâĂ©tat dâobtenir sur lâheure les quelques milliers de francs nĂ©cessaires Ă sa dĂ©tresse dâaujourdâhui. Lorsquâil rentra Ă Solesmes, le premier exemplaire de la troisiĂšme Ă©dition de Sainte CĂ©cile y arriva avec lui, Ă lâheure prĂ©cise oĂč il voulait en faire hommage, comme un vrai chevalier, Ă sa chĂšre sainte. Lâexemplaire demeura sous lâautel majeur aux pieds de la martyre romaine, durant toute lâoctave de sa fĂȘte. Les dĂ©tails donnĂ©s jusquâici suffiraient dĂ©jĂ pour dessiner tout le caractĂšre de cette Ćuvre historique et le progrĂšs de cette troisiĂšme Ă©dition, qui Ă©tait en rĂ©alitĂ© une Ćuvre nouvelle, sur lâĂ©dition de 1849 et celle de 1853. Cette troisiĂšme Ă©dition, intitulĂ©e Sainte CĂ©cile et la sociĂ©tĂ© romaine, se composait de trois parties fort distinctes entre elles. Les onze premiers chapitres Ă©taient consacrĂ©s Ă lâhistoire de lâĂglise romaine pendant les deux premiers siĂšcles ; les six chapitres suivants formaient le commentaire historique des actes de la vierge romaine ; les sept derniers contenaient lâhistoire du culte de sainte CĂ©cile jusquâĂ nos jours. Chromolithographies, planches en taille-douce, gravures, rinceaux, ornements empruntĂ©s aux catacombes, rien nâavait Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© pour faire de ce livre un rĂ©gal dâartiste. Comme les enfants, Ă©crivait Mgr Fillion, jâai commencĂ© par les images, et je nâai admirĂ© encore que les magnificences extĂ©rieures de ce beau livre. Les premiers loisirs dont. je pourrai disposer seront pour le texte que je lirai con amore 42 . » Les amis de Solesmes sâunirent dans un concert dâĂ©loges avec une restriction toutefois les uns rĂ©clamaient Saint BenoĂźt comme Ă©trennes de lâannĂ©e 1875, dâautres sollicitaient la continuation de lâAnnĂ©e liturgique. Tout lecteur est Ă©goĂŻste et ne pense quâĂ lui. MalgrĂ© le sĂ©rieux austĂšre du livre, la presse lui fit un accueil presque enthousiaste cinq Ă©ditions se succĂ©dĂšrent en peu de temps. A Rome le succĂšs fut complet. Le cardinal Pitra offrit un exemplaire Ă Sa SaintetĂ©. Le bref de rĂ©ponse 43 tĂ©moignait, en termes fort explicites et plus prĂ©cis que ceux dont Rome use en des cas semblables, de son estime pour lâĆuvre et pour lâouvrier. Le commandeur de Rossi exultait ; le succĂšs de dom GuĂ©ranger Ă©tait pour lui un triomphe personnel avec Sainte CĂ©cile et la sociĂ©tĂ© romaine, câĂ©tait une fois de plus ses propres dĂ©couvertes et les richesses de la Roma sotterranea qui reparaissaient devant le public français. Quelle reconnaissance je vous dois pour la maniĂšre dĂ©licate et gĂ©nĂ©reuse avec laquelle vous me nommez et faites honneur Ă mes travaux ! Les adversaires nâen seront pas dĂ©sarmĂ©s. Je sais que dĂ©jĂ on a lancĂ© devant le saint pĂšre quelques mots sur lâexcessive dĂ©fĂ©rence de dom GuĂ©ranger aux opinions Ă©tranges de M. de Rossi. Le saint pĂšre a rĂ©pondu Il libro mi place, et sâest amusĂ© Ă . embarrasser lâinterlocuteur Ă qui il Ă©tait interdit de trop contredire sous peine de perdre le chapeau semi-promis 44 . Lâexemplaire adressĂ© Ă M. de Rossi portait en exergue A mon ami et maĂźtre » De Rossi se rĂ©criait Ami, soit, disait-il ; maĂźtre, non. » Et pourtant lâabbĂ© de Solesmes maintenait son dire. Il est vĂ©ritablement mon maĂźtre, disait-il Ă ses religieux. Avant de le connaĂźtre, je ne jurais que par Bianchini pour les premiers siĂšcles de Rome chrĂ©tienne. Jâaurais publiĂ© la suite des Origines de lâĂglise romaine avec des inexactitudes sans nombre. Jâavais parcouru les catacombes en 1837 et en 1843 ; mais je nây avais rien vu. Nul ne mâen avait donnĂ© la clef ; elle mâest venue de lui. » Et mĂȘme au milieu de son grand succĂšs, il portait au cĆur une souffrance de voir son ami exilĂ© de ces catacombes romaines qui Ă©taient sa conquĂȘte et son royaume. Que de fois, mon cher ami, lui Ă©crivait-il, ma pensĂ©e se porte vers vous et vers vos chĂšres catacombes devenues muettes et inabordables ! Je vieillis et il mâest bien dur de voir ainsi sâarrĂȘter des travaux dont lâintĂ©rĂȘt et lâimportance Ă©taient pour moi au-dessus de tout ce qui se produit dans le monde de la science chrĂ©tienne 45 Aussi lui Ă©tait-ce une joie dâapprendre que si le troisiĂšme volume de la Roma sotterranea mettait de la lenteur Ă paraĂźtre, si la libertĂ© des recherches dans les catacombes demeurait encore entravĂ©e par les conditions politiques de Rome, le titre de M. de Rossi Ă©tait nĂ©anmoins officiellement consacrĂ©. Il fut sur ces entrefaites nommĂ© secrĂ©taire de la commission dâarchĂ©ologie sacrĂ©e cette nomination concentrait en ses mains tout le pouvoir exĂ©cutif de la commission. LâarchĂ©ologie chrĂ©tienne y devait gagner. Lorsque la seconde Ă©dition de Sainte CĂ©cile lui parvint avec la mĂȘme flatteuse dĂ©dicace de la premiĂšre, il protesta de nouveau. Câest trop, Ă©crivait-il, et jâaurais aimĂ© avoir un exemplaire Ă prĂ©senter et Ă faire lire Ă tant de personnes qui me le demandent, sans devoir leur mettre sous les yeux une expression que votre modestie et votre grande amitiĂ© pour moi vous ont suggĂ©rĂ©e, mais quâen conscience je ne puis admettre. Vous ĂȘtes le maĂźtre de vous-mĂȘme et dâune grande Ă©cole qui vous suit, et vous puisez, comme les maĂźtres savent faire, aux meilleures sources parmi lesquelles mes dĂ©couvertes archĂ©ologiques et nos recherches communes peuvent prendre leur place sans rougir, mais seulement leur place. M. Guignard, le bibliothĂ©caire de Dijon, lâami des anciens jours, nous semble avoir rĂ©sumĂ© la pensĂ©e de tous dans les fĂ©licitations quâil adressait Ă dom GuĂ©ranger. Votre PaternitĂ© a terminĂ© 1873 dâune maniĂšre brillante en Ă©levant Ă sa chĂšre sainte un monument vĂ©ritablement oere perennius. Je ne crains pas de dire que cette splendide Ă©dition est un signe du temps. Il y a vingt ans seulement, quel Ă©diteur eĂ»t osĂ© lancer un tel livre et surtout la maison Didot eĂ»t-elle songĂ© Ă lâaccepter ? Quelle triomphale rĂ©ception sainte CĂ©cile va-t-elle vous prĂ©parer dans le ciel ! Mais nous demandons Ă Dieu que cette bonne sainte y mette le plus long temps possible, afin que vous puissiez nous donner encore beaucoup de fruits de votre pleine maturitĂ©. Saint BenoĂźt sera jaloux si vous le traitez moins solennellement que sainte CĂ©cile. Noblesse oblige ; vous voici obligĂ© de nous donner Saint BenoĂźt illustrĂ© 46 Ceux qui conviaient lâabbĂ© de Solesmes Ă un travail nouveau ne semblaient connaĂźtre assez ni son Ăąge, ni sa fatigue, ni les devoirs que lui imposait sa maison. Surtout ils feignaient dâignorer que pour Ă©crire, il faut premiĂšrement du loisir ; du loisir, la vie de dom GuĂ©ranger nâen connut pas, si ce nâest au cours des heures disputĂ©es au repos de la nuit. le labeur de trois ans que lui avait coĂ»tĂ© sa derniĂšre Ćuvre lâobligea Ă quelques mĂ©nagements pour sa santĂ© trĂšs Ă©prouvĂ©e. Sans abandonner la pensĂ©e. de mener Ă terme des Ćuvres dont il sentait que les Ăąmes chrĂ©tiennes recueillaient avidement le bĂ©nĂ©fice, il laissa pourtant sa vie entrer dans le repos et le silence. A cĂŽtĂ© de lui plusieurs attendaient encore et prĂ©disaient avec assurance le retour du comte de Chambord. Avec lâĂ©vĂȘque de Poitiers, il avait souhaitĂ©, sans trop oser lâattendre, la restauration dâune monarchie chrĂ©tienne ; il ne sâĂ©tonna pas de voir sâĂ©vanouir peu Ă peu, sous lâeffort habile et tenace du triumvirat libĂ©ral formĂ© par M. de Falloux, M. de Broglie et lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans, toutes les chances de la royautĂ© traditionnelle et les espĂ©rances qui firent un instant tressaillir le cĆur de la France. Question du drapeau, fusion avec la branche cadette, abdication du comte de Chambord en faveur du comte de Paris, demandes dâexplications, dĂ©putations multiples nâĂ©taient quâune sĂ©rie dâincidents provoquĂ©s par les hommes du centre droit, si enivrĂ©s de leurs prĂ©jugĂ©s quâils nâaperçurent pas lâabĂźme oĂč la dĂ©viation créée par eux entraĂźnerait la France. Les avertissements ne manquĂšrent pas. Lâheure est solennelle et pleine de pĂ©rils, disait lâĂ©vĂȘque de Poitiers. Partout autour de nous, les cĆurs sont partagĂ©s entre le sentiment de la crainte et celui de lâespĂ©rance. La persuasion universelle est que nous touchons Ă une solution qui peut dĂ©cider du sort de la France dans des sens trĂšs divers, et qui devra peser dâun grand poids sur les intĂ©rĂȘts gĂ©nĂ©raux de la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne. Or, ajoutait-il avec une nuance de dĂ©couragement, Ă ne considĂ©rer que les pensĂ©es et les dispositions de ce quâon nomme les classes dirigeantes, toutes les chances subsistent en faveur du mal. Comment seraient-ils des guides sĂ»rs, quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question premiĂšre et principale nâexiste pas encore ? Gens avisĂ©s qui pensent Ă tout, hormis Ă Dieu⊠et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prĂȘts Ă recommencer les mĂȘmes expĂ©riences quâattendent les mĂȘmes chĂątiments divins. Or, câest se moquer de lâĂȘtre nĂ©cessaire que de se poser socialement en dehors de lui. Depuis lâIncarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de lâordre moral ne peut ĂȘtre que le gouvernement de lâordre chrĂ©tien. Aussi longtemps que les droits de Dieu et de son Christ seront mĂ©connus ou passĂ©s sous silence, la confusion rĂ©gnera par rapport Ă tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme ou de lâanarchie nous reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude ou de la terreur 47 Ainsi parlaient les sages ; mais leur voix ne fut pas Ă©coutĂ©e. Le duc de Broglie Ă©tait auprĂšs du marĂ©chal de Mac- Mahon le vrai chef du gouvernement de lâordre moral. II transportait dans la politique ces conceptions naturalistes que dom GuĂ©ranger lui avait autrefois reprochĂ©es dans ses Ă©crits historiques. BientĂŽt, dans une dĂ©claration dâune royale fiertĂ©, le comte de Chambord dĂ©chira les voiles et renonça Ă devenir le roi lĂ©gitime de la RĂ©volution. LâAssemblĂ©e fut alors invitĂ©e Ă donner au marĂ©chal de Mac- Mahon la stabilitĂ© et lâautoritĂ©. Le septennat fut votĂ© Ă la majoritĂ© de soixante-huit voix. Dans sept ans, pensait-on, le prince serait mort, la couronne irait dâelle-mĂȘme se poser sur une autre tĂȘte. Pendant que se constituait un pouvoir qui nâavait dâautre dessein que de lui laisser le loisir de disparaĂźtre, le comte de Chambord se rendit Ă Versailles et, pas le duc de Blacas, fit demander Ă Mac -Mahon la faveur dâun entretien confidentiel. Il fut facile Ă M. de Broglie de montrer au marĂ©chal que ce seul entretien serait inconstitutionnel il refusa. Sept ans aprĂšs, Ă lâĂ©chĂ©ance, les choses Ă©taient tout autres, et bien des espoirs déçus. Le pouvoir du prĂ©sident ayant changĂ© de caractĂšre. les lois du parlementarisme voulaient que le cabinet du duc de Broglie donnĂąt sa dĂ©mission ; cette exigence de forme permit au ministĂšre de se dĂ©lester de certains Ă©lĂ©ments en dĂ©saccord avec lâorientation politique nouvelle, de la Bouillerie, Batbie, BeulĂ©, Ernoul ; M. de Broglie demeura prĂ©sident du conseil et prit le portefeuille de lâintĂ©rieur. La France marcha dorĂ©navant vers dâautres destinĂ©es et Ă dâautres expĂ©riences ; elles se poursuivent encore. On recueillit sans tarder les indices de la direction nouvelle. Le souverain pontife Pie IX avait adressĂ© Ă tout lâĂ©piscopat lâencyclique Etsi malta luctuosa du 21 novembre 1873, afin de dĂ©noncer la persĂ©cution qui sĂ©vissait alors en Suisse et en Allemagne. Les mandements Ă©piscopaux qui donnĂšrent au peuple fidĂšle communication de lâencyclique fournirent au nouveau ministre des cultes, M. de Fourtou, lâoccasion dâune circulaire blĂąmant avec gravitĂ© des attaques dont pourraient sâalarmer des puissances voisines ». La rĂ©ponse de Mgr Freppel fut prompte et dĂ©cisive. Ministres de lâĂglise, nous nâavons pas lâhonneur, disait-il, dâĂȘtre fonctionnaires de lâĂtat, par la raison bien simple mais toute pĂ©remptoire que nous ne sommes Ă aucun degrĂ© ni Ă aucun titre dĂ©positaires dâune parcelle quelconque de la puissance civile. Nous parlons et nous agissons au nom de lâĂglise dont les intĂ©rĂȘts sont confiĂ©s Ă notre garde, et nullement au nom de lâĂtat qui ne nous a pas chargĂ©s dâexprimer son sentiment 48 . A cette rĂ©cusation nettement motivĂ©e, il nây avait rien Ă rĂ©pliquer interrogĂ© par M. de Bismarck, le ministre français avait dĂ©sormais le droit de rĂ©pondre quâil avait fait son effort, mais quâil avait Ă©chouĂ© devant la rĂ©sistance de lâĂ©piscopat ; lâheure nâĂ©tait pas venue encore oĂč lâon pourrait traduire devant un tribunal civil les Ă©vĂȘques coupables dâavoir fait leur devoir. Un autre incident se produisit bientĂŽt qui accentua la signification du premier. Le 8 mars 1871, entre la guerre qui venait de finir et la Commune qui allait commencer, lorsque lâUnivers de Bordeaux avait publiĂ© lâinscription de la Roche -en- Breny, lâattention publique fortement sollicitĂ©e ailleurs nây avait trouvĂ© aucun intĂ©rĂȘt. Il en fut autrement lorsque Louis Veuillot, dans les premiers jours de 1874 49 , sâen vint altĂ©rer par un amer souvenir la joie du triomphe politique naguĂšre remportĂ© par M. le duc de Broglie. Rappeler un mince Ă©pisode qui remontait Ă plus de dix ans en arriĂšre ne pouvait ĂȘtre attribuĂ© au plaisir, trĂšs explicable dans un journal dâopposition, de taquiner le pouvoir, moins encore Ă un dessein de malignitĂ©. Les signataires de lâinscription de la Roche-en- Breny, lĂ©s tenants de IâĂglise libre dans lâĂtat libre, dĂ©savouĂ©s par le Syllabus et par le concile, Ă©taient pour la plupart hors de cause Montalembert Ă©tait mort ; lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans avait enfin fait acte dâadhĂ©sion au concile ; Cochin et Foisset sâĂ©taient soumis ; M. de Falloux sâĂ©tait ostensiblement du moins retirĂ© de la vie politique. De tout le cĂ©nacle libĂ©ral rĂ©uni le 13 octobre 1862, un seul membre nâavait pas encore renoncĂ© au programme dâautrefois câĂ©tait celui-lĂ mĂȘme qui absent de corps avait tenu Ă faire constater lapidairement quâil Ă©tait prĂ©sent dâesprit et en un certain sens plus engagĂ© que les autres dans la coalition. Aujourdâhui et Ă la faveur des circonstances, le duc de Broglie se trouvait investi dâun pouvoir considĂ©rable. Il Ă©tait devenu sinon le premier au moins le second personnage de France de fait, il Ă©tait Ă la tĂȘte du gouvernement ; avant de le maintenir au pouvoir et de sâengager avec lui, les catholiques avaient peut-ĂȘtre le droit de savoir ce quâil serait pour lâĂglise et dans quels intĂ©rĂȘts il userait dâune influence presque souveraine. LâanxiĂ©tĂ© quâinspirait aux catholiques le passĂ© de M. de Broglie sâaugmentait encore Ă la vue des ambassadeurs que le nouveau gouvernement avait choisis pour le reprĂ©senter dans deux pays qui appliquaient Ă leur grĂ© la formule libĂ©rale lâĂglise captive dans lâĂtat persĂ©cuteur. Quel appui lâĂglise pouvait-elle attendre de Lanfrey en Suisse, de Fournier en Italie ? Une premiĂšre question nâobtint nulle rĂ©ponse. Louis Veuillot nâĂ©tait pas homme Ă se dĂ©courager ; il posa de nouveau la question. Une fois de plus il mit hors de cause ceux qui Ă©taient morts et sâĂ©taient soumis avant de mourir. Mais, ajoutait-il, M. le duc de Broglie est vivant ; mĂȘme il vient de renaĂźtre comme ministre. Nos plus chĂšres affaires lui sont confiĂ©es et nous nâavons de lui aucun acte constatant quâil nâappartient plus au parti trĂšs actif de lâĂglise libre dans lâĂtat libre selon Cavour. On conviendra que nous sommes intĂ©ressĂ©s Ă marquer le point dâoĂč il est parti, pour savoir oĂč il va et oĂč il peut arriver 50 . Si justifiĂ©e quâelle fĂ»t, lâinsistance du journaliste dĂ©plut vivement. Le gouvernement y vit de lâindiscrĂ©tion et se promit de lâen faire repentit. Quelques jours plus tard, lâUnivers 51 publia dans ses colonnes le mandement de Mgr lâĂ©vĂȘque de PĂ©rigueux portant publication de lâencyclique Etsi multa luctuosa. Le ministĂšre de M. de Broglie, impuissant contre les Ă©vĂȘques, se souvint quâil Ă©tait du moins armĂ© contre le journal qui osait accueillir et rĂ©pandre leur parole. En vertu de lâĂ©tat de siĂšge, un arrĂȘtĂ© du gĂ©nĂ©ral gouverneur de Paris supprima pour deux mois la publication et la vente du journal lâUnivers. Sans doute la vengeance eĂ»t portĂ© plus loin et jusquâĂ la suppression totale, si nombre de dĂ©putĂ©s nâĂ©taient allĂ©s sur lâheure demander des explications et provoquer la levĂ©e de lâinterdit. M. de Broglie donna des paroles et des assurances ; mais lâarrĂȘtĂ© ne fut pas retirĂ©. Il fut dĂ©montrĂ© que le prĂ©sident du conseil se souvenait trop ; peut-ĂȘtre aussi avait-il besoin du silence de lâUnivers pour laisser sâaccrĂ©diter le rĂ©cit de M. lâabbĂ© Lagrange fit alors dans le Correspondant de ce quâil avait vu et entendu lors de la rĂ©union de la Roche-en- Breny. Ce rĂ©cit avait pour titre Une page de la vie de M. de Montalembert 52 . Deux mois sâĂ©coulĂšrent ; lâUnivers reparut 53 portant en premiĂšre page une lettre de Pie IX bĂ©nissant Louis Veuillot de sa constance et de sa fermetĂ©. La polĂ©mique allait-elle recommencer ? LâabbĂ© de Solesmes nâhĂ©sita pas Ă le conseiller et, aprĂšs avoir fĂ©licitĂ© son ami de la vocation religieuse de sa fille, le rappela au combat. Câest une question dâhonneur, disait-il, et si vous avez besoin de quelques notes, je suis Ă vous 54 . »Louis Veuillot nâavait guĂšre besoin dâĂȘtre sollicitĂ© ; il rĂ©pondit Ă dom GuĂ©ranger courrier par courrier Oui, vraiment, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, je veux suivre lâaffaire de la Roche-en- Breny et je serai heureux de vous avoir pour guide. Jâallais justement vous Ă©crire Ă ce sujet et jâai dĂ©jĂ trop tardĂ©. Mais depuis quelques jours, je nâai plus guĂšre ma tĂȘte Ă moi. Je me suis trouvĂ© tout Ă coup dans lâĂ©tat dâun parfait bourgeois qui ne veut pas que le bon Dieu se permette dâavoir des vues sur sa fille. Je me figure que mon enfant est Ă moi ; jâai des idĂ©es contre les moines, les religieuses et le rĂ©gime des couvents jâen blĂąme la nourriture, le rĂ©gime et tout⊠Lâanimal est blessĂ© dans le cĆur. Le bon Dieu me prend ma fille, voilĂ le fait ; et il faut bien que ce soit lui pour que je ne me fĂąche pas. Il est vrai quâaux premiers bruits, il y a longtemps, je lâavais offerte de bon cĆur, mĂȘme av» une grande allĂ©gresse ; mais je croyais que cela nâarriverait pas. Oui, mon pĂšre, cela est admirable, surnaturel, divin ; mais que cela est dur dans les premiers moments ! A prĂ©sent, je sais que le vrai travail de lâhomme est de creuser sa tombe et que jusque-lĂ il nâa rien fait. Adieu, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre. JâespĂšre aller vous voir dans une quinzaine de jours. Priez pour moi 55 Les notes ne venaient pas assez tĂŽt au grĂ© de Louis Veuillot ; il sâefforçait de hĂąter lâenvoi. Mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, je commence Ă ĂȘtre trĂšs pressĂ©. LâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans sâen va Ă Rome avec lâabbĂ© Lagrange. Câest le moment. Je voudrais quâil me fĂ»t possible de partir samedi 11 avril, mon article ait ; par consĂ©quent il me faudrait vos notes vendredi matin. Ayez la bontĂ© de me les adresser, rue de Varennes, 21. Jâai besoin de prendre lâair et de distraire un peu la fille qui me reste. Jâirai Ă Tours, au Mans, chez les petites sĆurs des pauvres et Ă Solesmes Tout cela me prendra bien huit jours. Je ne peux remettre lâabbĂ© Lagrange si loin 56 Les notes vinrent comme elles Ă©taient promises et M. Lagrange out son tour de faveur le 15 avril. Louis Veuillot vint Ă Solesmes et en repartit consolĂ©. Je suis bien enchantĂ©, Ă©crivait-il, dâavoir une occasion de vous remercier sitĂŽt en arrivant Ă Paris. Que Solesmes est beau ! Que Solesmes est aimable ! Quand jâen reviens, je me demande toujours pourquoi je nây passe pas. tout mon temps. Câest parce que je suis bĂȘte. HĂ©las ! je le sais bien⊠Je suis tendrement, mon pĂšre, votre hĂŽte trĂšs dĂ©vouĂ© et votre serviteur trĂšs reconnaissant. Si mon nom vient sur vos lĂšvres Ă la rĂ©crĂ©ation, laissez-le passer, et dites, sâil vous plaĂźt, combien jâaime tout ce qui est Ă vous 57 Sur ces entrefaites M. de Broglie cessa dâĂȘtre ministre ; et, comme Louis Veuillot lâĂ©crivait Ă dom GuĂ©ranger, lâabbĂ© Lagrange, non encore dĂ©goĂ»tĂ© de la polĂ©mique, adressait au rĂ©dacteur de lâUnivers 58 une lettre trĂšs longue, trĂšs insolente, et trĂšs folle, roulant tout entiĂšre sur lâinscription et dans le dessein dâĂ©tablir 1 quâelle est orthodoxe ; 2° quâelle est interpolĂ©e ; 3 quâelle nâexiste pas et que les catholiques libĂ©raux sont les sauveurs du monde. Tout cela est facile Ă rĂ©futer, ajoute Louis Veuillot, mais lâoccasion me paraĂźt bonne pour produire lâestampage 59 » Car M. lâabbĂ© Lagrange ayant fait cette judicieuse remarque que la disposition des lignes est trĂšs importante en typographie » , Louis Veuillot demandait Ă lâabbĂ© de Solesmes de lui fournir le dessin linĂ©aire du texte, tel que nous lâavons donnĂ© ailleurs. Dom GuĂ©ranger possĂ©dait depuis juillet 1872 une copie faite sur le marbre lui-mĂȘme. Lâestampage fut donnĂ©. Les rieurs nâĂ©taient pas du cĂŽtĂ© de M. Lagrange ; lâĂ©vĂȘque dâOrlĂ©ans en fut excĂ©dĂ© Ă ce point que le 8 juin il Ă©crivit ab irato une lettre de quelques lignes qui dans sa pensĂ©e devait clore toute la controverse. Monsieur, disait-il Ă Louis Veuillot, on met sous mes yeux le numĂ©ro de lâUnivers du 31 mai dans lequel je lis, Ă propos de la Roche-en- Breny, ces paroles Les seuls tĂ©moins idoines sont les trois survivants du pacte ; et aussi longtemps quâils garderont le silence, aucune dĂ©position Ă dĂ©charge ne peut mĂ©riter quâon lâĂ©coute. » Je suis, monsieur, un des trois survivants ; et puisque vous prĂ©tendez faire argument de mon silence, vous mâobligez Ă dĂ©clarer que toute votre polĂ©mique Ă ce sujet nâest quâune sĂ©rie dâabominables calomnies. Votre trĂšs humble serviteur, FĂLIX, Ă©vĂȘque dâOrlĂ©ans 60 . LâabbĂ© de Solesmes se trouva plus directement mĂȘlĂ© Ă un Ă©vĂ©nement qui survint alors. En cette Ă©poque de pĂšlerinages et de manifestations religieuses, un groupe de dames pieuses sâĂ©taient proposĂ©, pour la fĂȘte de lâAnnonciation, dâorganiser Ă Notre-Dame de Paris une procession trĂšs solennelle avec salut du trĂšs saint Sacrement. Le cardinal archevĂȘque, Mgr Guibert, sây prĂȘta de fort bonne grĂące. Le lieu Ă©tait bien choisi ; la date du 25 mars, marquĂ©e pour une grande manifestation de piĂ©tĂ© envers la sainte Vierge. Afin de dĂ©terminer les catholiques par la considĂ©ration mĂȘme de leurs intĂ©rĂȘts spirituels, la prĂ©sidente de lâassociation, Mme la vicomtesse des Cars, adressa au souverain pontife une supplique sollicitant une indulgence plĂ©niĂšre. Rome rĂ©pondit. Au lieu de quelques lignes au bas de la supplique, câĂ©tait sous la forme plus solennelle dâun bref accompagnĂ© de fĂ©licitations que Pie IX accordait lâindulgence plĂ©niĂšre et autorisait dans toutes les Ă©glises de France une procession du trĂšs saint Sacrement.* Nantie de son bref, la prĂ©sidente sâen alla le porter avec joie au cardinal archevĂȘque de Paris. MĂ©content quâon se fĂ»t adressĂ© Ă Rome sans passer par la voie diocĂ©saine, Mgr Guibert refusa dâautoriser la procession et interdit lâimpression du bref obtenu. Une telle dĂ©cision, qui Ă premiĂšre vue ressemblait Ă une boutade en ce quâelle privait les Ăąmes des faveurs de lâĂglise, impliquait encore, avec le dessein de considĂ©rer comme non avenue la concession octroyĂ©e par le souverain pontife, la mĂ©connaissance du pouvoir immĂ©diat et ordinaire du pape sur toute lâĂglise. LâabbĂ© de Solesmes apprit le refus de Mgr Guibert et, tout en reconnaissant ce que la supplique adressĂ©e directement Ă Rome pouvait avoir dâinsolite, il pensa nĂ©anmoins que tout fidĂšle avait le droit dâaller directement au pĂšre commun de tous les fidĂšles, quâune faveur accordĂ©e par le souverain pontife Ă©tait bien et dĂ»ment accordĂ©e et que nul pouvoir au monde ne pouvait sâopposer Ă ce quâelle sortĂźt son effet. MĂȘme aprĂšs le chapitre troisiĂšme de la quatriĂšme session du concile du Vatican, il restait donc encore des traces de gallicanisme pratique ; il y avait pĂ©ril rĂ©el Ă laisser les faits prescrire contre la doctrine. Le 21 mars, fĂȘte de saint BenoĂźt, les hĂŽtes Ă©taient admis Ă la rĂ©crĂ©ation des moines. Dom GuĂ©ranger raconta lâincident. LâabbĂ© Ausoure, ancien curĂ© de Paris, sâĂ©leva contre lâimprudence des dames catholiques qui avaient sollicitĂ© du pape une procession, une procession dans Paris Mais câĂ©tait Ă lâarchevĂȘque quâil appartenait de juger de lâopportunitĂ© ! Mais le peuple de Paris, provoquĂ© par cette procession, pouvait sâameuter et piller Notre-Dame elle-mĂȘme ! Dom GuĂ©ranger Ă©coutait avec tranquillitĂ© non sans un sourire Câest fort triste en effet de voir piller une Ă©glise, dit-il ; mais câest plus triste encore de voir piller les principes » Et il donna un autre tour Ă la conversation. MĂȘme entravĂ©e, la manifestation Ă Notre-Dame eut un caractĂšre splendide. Lâimmense mĂ©tropole fut beaucoup trop Ă©troite pour contenir la foule qui refluait sur le parvis. Les craintes de M. Ausoure ne furent pas justifiĂ©es, et ce fut au milieu de lâĂ©motion religieuse la plus profonde que, se dĂ©roula lâauguste cĂ©rĂ©monie dans son cadre incomparable. Nous nâavons fait que raconter, disait lâUnivers par la plume de M. Auguste Roussel ; mais il aurait fallu peindre. Ces spectacles sont de ceux que lâĆil tout seul peut faire comprendre Ă lâĂąme transportĂ©e. Parmi la foule qui se pressait au sortir et se fĂ©licitait, une parole que nous avons recueillie donnera lâidĂ©e de cette impression Moi, disait lâun des assistants, jâaurais voulu ĂȘtre protestant pour une minute afin de me convertir sur-le-champ 61 » Et pourtant, au lendemain de ces fĂȘtes glorieuses oĂč lâon avait senti battre le cĆur de la France, lâabbĂ© de Solesmes demeura mĂ©content. Il ne se rĂ©signait pas, il ne pouvait se rĂ©signer Ă la suppression du bref pontifical. Il avait lu quâil y a un temps pour se taire et un temps pour parler ; se taire, dans lâespĂšce, lui eĂ»t semblĂ© connivence ; il rĂ©solut de parler. Mon trĂšs cher ami, Ă©crivait-il Ă Louis Veuillot, jâaurai Ă vous offrir le Premier- Paris » pour vendredi prochain, 3 avril. Le voulez-vous ? Jâai par lĂ un moyen de traiter Ă fond le bref de lâAnnonciation. Comme je signerai, et je mâen fais honneur et gloire, vous ne courez aucun risque. Mais il faut absolument que la France catholique soit mise au fait, et que le concile du Vatican soit vengĂ©. Notez que je sais la chose tout entiĂšre, comme si elle sâĂ©tait passĂ©e dans ma chambre 62 Louis Veuillot accepta. Au jour dit, aprĂšs avoir rappelĂ© le double souvenir religieux attachĂ© Ă la date du 25 mars, lâAnnonciation et la mort du Christ, dom GuĂ©ranger fit lâhistorique du bref donnĂ© par pie IX, en donna le texte et la traduction, en montra lâopportunitĂ©. Il est Ă regretter, poursuivait-il, que le bref apostolique du 13 mars, qui pouvait encore aisĂ©ment circuler dans la France entiĂšre et rĂ©unir en faisceau tant de supplications et dâespĂ©rances, se soit trouvĂ© interceptĂ© dâune maniĂšre douloureuse et quâil ait Ă©tĂ© ainsi privĂ© de son cours libre et de son influence⊠Plusieurs villes se sont distinguĂ©es par des hommages extraordinaires envers Marie, et lâaspect quâa offert Notre-Dame de Paris a Ă©tĂ© celui dâun magnifique triomphe ; que nâeĂ»t pas produit lâĂ©lan donnĂ© par le vicaire du Christ Ă notre pays, non dans les proportions dâun diocĂšse ou dâune province mais dans la France entiĂšre 63 ? LâarchevĂȘque de Paris se montra mĂ©content de lâarticle pourtant si mesurĂ© et qui nâavait pas prononcĂ© son nom ; il le trouva plein dâinexactitudes et dâinsinuations injurieuses. Je ne suis pas surpris, Ă©crivait-il Ă Louis Veuillot, dâun tel procĂ©dĂ© de la part de dom GuĂ©ranger. Depuis longtemps, il a accoutumĂ© les Ă©vĂȘques Ă lâinconvenance de ses attaques ; mais ce qui mâafflige et mâoffense, câest que vous, mon diocĂ©sain, qui Ă©crivez sous mes yeux, qui saviez ou pouviez savoir mieux que dom GuĂ©ranger la vĂ©ritĂ© des faits dans cette circonstance, vous vous soyez rendu complice dâune aussi indigne agression en lâadmettant dans les colonnes de votre journal. NĂ©anmoins au milieu mĂȘme de son indignation, Mgr Guibert nâoublia pas les lois de la prudence ; il ajoutait aussitĂŽt Je ne vous demande pas de rectification ; il ne faut dans aucun temps, moins encore au temps prĂ©sent, donner au public le spectacle de discussions qui ne profitent quâĂ nos ennemis. Je me rĂ©serve de faire Ă ma convenance ce qui me paraĂźtra le plus utile Ă lâintĂ©rĂȘt de lâĂglise et ce que pourra me commander le soin de ma dignitĂ© 64 . Dans la suite, il porta lâaffaire devant le cardinal Antonelli. La plainte ne semble pas avoir obtenu de succĂšs ; et lorsque vers la fin du mĂȘme mois dâavril Louis Veuillot eut Ă revoir lâarchevĂȘque de Paris, son humeur Ă©tait trĂšs adoucie. Ce nâĂ©tait plus le journaliste diocĂ©sain mais le seul abbĂ© de Solesmes qui Ă©tait le coupable. Tout au plus lâarchevĂȘque gardait-il encore sur le cĆur ce reproche absolument immĂ©ritĂ© dâavoir interceptĂ© un bref pontifical, qui aprĂšs tout ne lui Ă©tait pas adressĂ©, disait-il, et quâil nâavait eu entre les mains que durant un quart dâheure Ă peine 65 AuprĂšs de dom GuĂ©ranger Mgr Guibert avait rachetĂ© dâavance cette erreur dâun instant et effacĂ© jusquâaux traces de lâincident de suppression au premier dimanche de carĂȘme de cette mĂȘme annĂ©e, le diocĂšse de Paris Ă©tait revenu Ă la liturgie romaine. Partager
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Lechapitre One Piece 1055 est publié dans le Weekly Shonen Jump N°35 (2022) le lundi 1er août 2022 au Japon. Le premier résumé du chapitre est disponible. Il sort officiellement en français le dimanche 31 juillet 2022. RECOMMANDà >>> One Piece : Eiichiro Oda affirme terminer le manga dans 3 223223. 66 Comments 9 Shares. Share.
Grammaire en dialogues Niveau débutant A1-A2 pan Claire Miquel Caractéristiques Grammaire en dialogues Niveau débutant A1-A2 Claire Miquel Nb. de pages 143 Format Pdf, ePub, MOBI, FB2 ISBN 9782090380583 Editeur CLE International Date de parution 2018 Télécharger eBook gratuit Télécharger gratuitement le livre électronique Grammaire en dialogues Niveau débutant A1-A2 PDF DJVU MOBI 9782090380583 French Edition par Claire Miquel Overview Grammaire en dialogues s'adresse à des adultes et adolescents de niveau débutant. Cet ouvrage permet aux apprenants d'aborder des notions grammaticales, correspondant aux niveaux A1 et A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues CECRL et intégrées dans des dialogues empruntés à la vie quotidienne. Grammaire en dialogues propose 32 chapitres portant sur un point de grammaire précis verbes du 1er groupe au présent, expression de la quantité, etc.. Chaque chapitre est constitué de trois pages sur la premiÚre page un ou deux dialogues dans lesquels on retrouve des scÚnes de la vie de tous les jours ; sur la deuxiÚme page un rappel des notions grammaticales étudiées dans la leçon ; sur la troisiÚme page des exercices d'application dont les corrigés se trouvent à la fin du livre. Les plus de cette 2e édition un usage souple pour la classe ou en auto-apprentissage ; des illustrations pédagogiques actuelles et colorées ; 7 nouveaux dialogues récapitulant les points évalués dans les bilans ; un test d'évaluation ; des tableaux de conjugaison. Lire aussi This Life Secular Faith and Spiritual Freedom by Martin Hagglund on Ipad download link, PDF [Download] We Belong by Cookie Hiponia link, [PDF] Le serment des catacombes download pdf, [Pdf/ePub] The Roommate by Rosie Danan download ebook site, The Dangerous Truth About Today's Marijuana Johnny Stack's Life and Death Story by Laura Stack, Kevin A. Sabet on Audiobook New read pdf,
Leserment des catacombes | Odile Weulersse | | Yves Beaujard | | | Livre de poche jeunesse
Voici la liste des oeuvres que je lis, compulse, rĂ©sume. Pour les lycĂ©ens et les profs, j'ai dĂ©cidĂ© de partager mes rĂ©sumĂ©s et mes prĂ©sentations des grands classiques de la littĂ©rature principalement française. Voici aussi des listes destinĂ©es Ă ceux qui ne savent pas quoi conseiller Ă leurs enfants ou ados, pour qui la lecture est une tĂąche difficile... Partager cette page Pour ĂȘtre informĂ© des derniers articles, inscrivez vous Ă propos J'adore lire... Je dĂ©vore une soixantaine de livres par an, surtout des romans. Je lis des classiques français, des textes actuels et de la littĂ©rature anglo-saxonne. J'aimerais partager mes coups de coeur, mes lectures du moment, mes rĂ©sumĂ©s.. Voir le profil de Everina sur le portail Overblog
Sermentd'abstinence chapitre 5. Posté par Khady le 13/12/2021 à 05:48:11. Résumé du serment d'abstinence chapitre 5 Ajouter une réponse. Votre message :: Votre prénom: Votre email:: A voir aussi : Quel est le résumé du roman"le gong a bégayé"? Les personnages d' Aké, les années d'enfance. Pourquoi Hobbes dit que l'homme est un loup pour l'homme?
Comment rendre son histoire fluide ? RĂ©digĂ© le 24 janvier 2008 1 minute de lecture Chapitres La situation initiale SI L'Ă©lĂ©ment perturbateur EP Les pĂ©ripĂ©ties P L'Ă©lĂ©ment de rĂ©solution ER La situation finales SF La situation initiale SI DĂ©but du rĂ©cit rien ne s'est encore vĂ©ritablement passĂ©. Le temps employĂ© est gĂ©nĂ©ralement l'imparfait, qui exprime une action longue de second pland qui dure dans le passĂ©. C'est le temps de la description dans le passĂ©. Elle rĂ©pond plus ou moins prĂ©cisĂ©ment aux questions Qui ? Quoi ? Quand ? OĂč ? Pourquoi ? Comment ?. Elle nous renseigne donc sur le cadre spatio-temporel le lieu et le temps de l'histoire. Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !C'est partiL'Ă©lĂ©ment perturbateur EP Un Ă©vĂšnement vient modifier la situation initiale et va dĂ©clencher une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties. La perturbation est souvent signalĂ©e par un indice temporel tel que un jour, un matin, soudain, alors, tout Ă coup... Changement de temps le tmps employĂ© devient le passĂ© simple qui marque un retournement de situation une rupture. Les pĂ©ripĂ©ties P SĂ©rie d'action ou d'aventures qui arrivent aux personnages. L'Ă©lĂ©ment de rĂ©solution ER Dernier Ă©vĂšnement qui rĂ©sout le problĂšme et met fin aux pĂ©ripĂ©ties. Il annonce la situation finale La situation finales SF C'est la fin du rĂ©cit, le retour du/des personnages Ă une situation plus ou moins stable, siffĂ©rente en bien ou en mal de la situation initiale. La plateforme qui connecte profs particuliers et Ă©lĂšves Vous avez aimĂ© cet article ? Notez-le ! Agathe Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !
Samiliadoit épouser Kouame, le roi des Terres de sel. Le premier indice du malheur est annoncé : des hommes placés sur les collines du nord attendent, observent. En fin de journée, les collines s'embrasent puis un homme seul entre dans les rues de Massaba. C'est Sango Kerim, compagnon de jeu des enfants du roi, élevé avec eux. Il vient demander Samilia en mariage, rappelant une
En 177, pendant le rÚgne de Marc AurÚle, une jeune fille de quinze ans arrive à Lyon. C'est le début de la persécution contre les chrétiens. Les Romains ont horreur de ces impies qui refusent leurs divinités et vénÚrent un Dieu unique. Toutilla fait partie de ces croyants persécutés. Son seul soutien est son amoureux, gladiateur et champion de course en char. Mais peut-elle lui faire confiance ?
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LESERMENT DES CATACOMBES Odile Weulersse Illustrations de Yves Beaujard (Couverture de Isabelle Dethan) Ch. 1. Au IIĂšme siĂšcle ap. J.-C., la jeune orpheline Toutilla est recueillie Ă
Flickr Creative Commons ImagesSome images used in this set are licensed under the Creative Commons through to see the original works with their full merle
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