Réflexionunique sur l'engagement des soignants, l'évolution du domaine de la santé, l'éthique médicale, le réel et la fiction, Le serment est aussi le récit d'un parcours initiatique passionnant. Par son humour, sa façon d'aller au plus juste de sa pensée, ses certitudes et ses doutes, son talent de conteur, Thomas Lilti invente une voix unique. Elle nous invite à découvrir

A propos du livre PrĂ©sentation de l'Ă©diteur Parce qu'ils sont chrĂ©tiens, Touitilla et ses amis risquent chaque jour leur vie et doivent se mĂ©fier des romains qui les rendent responsables des pires crimes. Touitilla peut-elle faire confiance Ă  son amoureux, le champion de course de char ? Un beau roman d'aventure au cƓur de l'Empire Romain du IIe siĂšcle aprĂšs JĂ©sus-Christ. Biographie de l'auteur NĂ©e Ă  Neuilly-sur-Seine en 1938, elle est Ă  vingt ans diplĂŽmĂ©e de l'Institut des sciences politiques, puis agrĂ©gĂ©e de philosophie en 1969. Elle a longtemps enseignĂ© l'art du scĂ©nario aux Ă©tudiants de la Sorbonne. Ecrire des romans historiques pour les enfants est pour elle une vĂ©ritable passion. Les informations fournies dans la section A propos du livre » peuvent faire rĂ©fĂ©rence Ă  une autre Ă©dition de ce titre. Autres Ă©ditions populaires du mĂȘme titre Meilleurs rĂ©sultats de recherche sur AbeBooks Image fournie par le vendeur Le Serment Des Catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Livre De Poche Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Etat Bon. Merci, votre achat aide Ă  financer des programmes de lutte contre l'illettrisme. N° de rĂ©f. du vendeur 1046202010213NAE12013218842 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le Serment Des Catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Livre De Poche Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Etat Assez bon. Merci, votre achat aide Ă  financer des programmes de lutte contre l'illettrisme. N° de rĂ©f. du vendeur 7926202008274STW12013218842 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le Serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette Jeunesse 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Couverture souple QuantitĂ© disponible 6 Description du livre Befriedigend/Good Durchschnittlich erhaltenes Buch bzw. Schutzumschlag mit Gebrauchsspuren, aber vollstĂ€ndigen Seiten. / Describes the average WORN book or dust jacket that has all the pages present. N° de rĂ©f. du vendeur M02013218842-G Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette 00/g /29 A 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Paperback QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Paperback. Etat Very Good. Shipped within 24 hours from our UK warehouse. Clean, undamaged book with no damage to pages and minimal wear to the cover. Spine still tight, in very good condition. Remember if you are not happy, you are covered by our 100% money back guarantee. N° de rĂ©f. du vendeur 6545-9782013218849 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image d'archives Le serment des catacombes Odile Weulersse EditĂ© par Hachette 29 A 2001 ISBN 10 2013218842 ISBN 13 9782013218849 Ancien ou d'occasion Paperback QuantitĂ© disponible 1 Description du livre Paperback. Etat Very Good. Le serment des catacombes This book is in very good condition and will be shipped within 24 hours of ordering. The cover may have some limited signs of wear but the pages are clean, intact and the spine remains undamaged. This book has clearly been well maintained and looked after thus far. Money back guarantee if you are not satisfied. See all our books here, order more than 1 book and get discounted shipping. . N° de rĂ©f. du vendeur 7719-9782013218849 Plus d'informations sur ce vendeur Contacter le vendeur Image fournie par le vendeur Image d'archives Image fournie par le vendeur Image d'archives Image d'archives autres exemplaires de ce livre sont disponibles Afficher tous les rĂ©sultats pour ce livre

Leserment des catacombes n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais. J'avais envie de lire une fiction historique et comme j'avais vu passer la couverture à plusieurs reprises je me suis dit que c'était l'occasion, pourtant j'en ressors plutÎt déçu. Cela reste une bonne histoire, j'ai apprécié les descriptions de l'Empire et le fait que l'autrice ne cache pas la violence que les
Agrandir l'image Une Église pauvre pour les pauvres» Pierre Sauvage auteur Luis Martinez auteur Collection La part-Dieu > FEUILLETAGE À la suite du texte du Pacte, publiĂ© pour la premiĂšre fois en version originale, les auteurs relatent l’histoire de son Ă©laboration. Puis ils analysent les rĂ©fĂ©rences Ă©vangĂ©liques auxquelles s’adosse chaque engagement de ce Pacte dont le retentissement, au sein de l’Église latino-amĂ©ricaine, fut immĂ©diat. Plus de dĂ©tails EAN 9782872993574 Date de parution 20-09-2019 ISBN 978-2-87299-357-4 Nombre de pages 300 Dimensions 230 × 155 mm Imprimer RĂ©sumĂ© Fiche technique Avis En 1965, en marge du concile Vatican II, environ 500 Ă©vĂȘques du monde entier ont adhĂ©rĂ© Ă  un document qui fut appelĂ© Le Pacte des catacombes ». Ce texte en 13 points engageait ses signataires Ă  renoncer Ă  leurs privilĂšges, Ă  servir les pauvres, Ă  lutter pour la justice, Ă  secourir les ĂȘtres en souffrance, Ă  coopĂ©rer plus qu’à diriger
 Bref, Ă  fonder une Église pauvre pour les pauvres », dont le pape François assume Ă  prĂ©sent l’hĂ©ritage. L’histoire de ces engagements, signĂ©s d’abord par 40 Ă©vĂȘques dans la discrĂ©tion des catacombes romaines de Sainte-Domitille, reste mĂ©connue. Ce fut pourtant un Ă©vĂ©nement considĂ©rable, comme en tĂ©moigne le nombre d’évĂȘques qui en tirĂšrent les consĂ©quences dans leur propre vie et dans la marche de leurs diocĂšses. AprĂšs le texte du Pacte dont nous donnons Ă  lire pour la premiĂšre fois la version originale, l’histoire de son Ă©laboration est relatĂ©e semaine aprĂšs semaine, en s’appuyant sur de nombreux inĂ©dits. Puis sont analysĂ©es les rĂ©fĂ©rences Ă©vangĂ©liques auxquelles s’adosse chaque engagement de ce Pacte dont le retentissement, au sein de l’Église latino-amĂ©ricaine, fut quasi immĂ©diat, comme le montre la derniĂšre partie de cet ouvrage. ISBN 978-2-87299-357-4 Couverture souple Nombre de pages 300 Reliure dos carrĂ© collĂ© Sous-titre Une Église pauvre pour les pauvres» DĂ©pĂŽt lĂ©gal 4255-14 Hauteur 230 Largeur 155
LeSerment des catacombesA quinze ans, Touitilla risque chaque jour sa vie pour ses amis car, comme elle, ils sont . Le confinement ne nous arrĂȘtera pas ! Sur Label EmmaĂŒs, la solidaritĂ© continue !
RĂ©sumĂ© DĂ©tails CompatibilitĂ© Autres formats En 177, pendant le rĂšgne de Marc AurĂšle, une jeune fille de quinze ans arrive Ă  Lyon. C'est le dĂ©but de la persĂ©cution contre les chrĂ©tiens les Romains ont en horreur ces impies » qui refusent leurs divinitĂ©s et vĂ©nĂšrent un dieu unique. Toutilla est une de ces croyants persĂ©cutĂ©s. Son seul soutien est son amoureux, gladiateur et champion de course de chars ! Mais peut-elle lui faire confiance ? Lire plusexpand_more Titre Le serment des catacombes EAN 9782013231701 Éditeur Livre de Poche Jeunesse Date de parution 13/08/2007 Format ePub Poids du fichier kb Protection CARE L'ebook Le serment des catacombes est au format ePub protĂ©gĂ© par CARE check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur application iOs et Android Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur My Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur le lecteur Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur liseuse. Je crĂ©e ma liste d’envies Vous devez ĂȘtre connectĂ©e pour pouvoir crĂ©er et sauvegarder votre liste d’envies cancel DĂ©jĂ  cliente ?Se connecter Pas encore inscrite ?Mon compte Un compte vous permettra en un clin d’oeil de commander sur notre boutique consulter et suivre vos commandes gĂ©rer vos informations personnelles accĂ©der Ă  tous les e-books que vous avez achetĂ©s avoir des suggestions de lectures personnalisĂ©es Livre non trouvĂ© Oups ! Ce livre n'est malheureusement pas disponible... Il est possible qu’il ne soit pas disponible Ă  la vente dans votre pays, mais exclusivement rĂ©servĂ© Ă  la vente depuis un compte domiciliĂ© en France. L’abonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketL’abonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt j’en profite ! check_circle Chaque mois, bĂ©nĂ©ficiez d’un crĂ©dit valable sur tout le catalogue check_circle Offre sans engagement, rĂ©siliez Ă  tout moment ! L’abonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketL’abonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt j’en profite ! Vous allez ĂȘtre redirigĂ© vers notre prestataire de paiement Payzen pour renseigner vos coordonnĂ©es bancaire Si la redirection ne se fait pas automatiquement, cliquez sur ce lien. Bienvenue parmi nos abonnĂ©s ! shopping_basketL’abonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt j’en profite !
Leserment est avant tout une parole, aura-t-on souvent rappelĂ© au cours de ce colloque. Pour les artistes qui, dans le dernier tiers du XIe siĂšcle, brodĂšrent la fameuse Tapisserie de Bayeux et eurent Ă  reprĂ©senter le comte anglo-saxon Harold jurant fidĂ©litĂ© au duc de Normandie Guillaume, futur vainqueur de Hastings, le serment n’était nĂ©cessairement qu’un ensemble de gestes.
CHAPITRE XIX JOIES ET TRAVAUX DE LA DERNIÈRE HEURE 18701874 La nouvelle de la dĂ©finition de l’infaillibilitĂ© parvint Ă  Solesmes le soir du 19 juillet pendant la confĂ©rence spirituelle. Le Te Deum fut chantĂ© solennellement avant complies ; les cloches de l’abbaye se firent entendre durant une heure portant au loin le tĂ©moignage de la foi des religieux Ă  une vĂ©ritĂ© dogmatique mise en si vive lumiĂšre par les travaux de leur abbĂ©. Autour de l’abbaye rĂ©gnait la tristesse provoquĂ©e par la levĂ©e des troupes et les apprĂ©hensions de la guerre qui allait commencer. Il n’y eut pas d’illumination ; l’opinion populaire l’eĂ»t interprĂ©tĂ©e sans doute comme une preuve nouvelle que le pape et les prĂȘtres avaient dĂ©sirĂ© la guerre et qu’ils s’en rĂ©jouissaient. Pourtant, aprĂšs s’ĂȘtre rendu au Mans pour accueillir Mgr Fillion dĂšs son retour de Rome, l’abbĂ© de Solesmes ne crut pas que l’inquiĂ©tude publique s’opposĂąt Ă  une manifestation religieuse discrĂšte la statue de saint Pierre, exĂ©cutĂ©e autrefois pour Guillaume Cheminart, fut retirĂ©e de la chapelle de droite, dite de Notre- Seigneur, et Ă©rigĂ©e au bas de l’église, Ă  droite, sur un socle de marbre. A l’issue des vĂȘpres le dimanche 25 juillet, l’abbĂ© de Solesmes bĂ©nit solennellement la statue, prononça une courte allocution et donna lecture de la constitution Pastor oeternus. Une indulgence de cinquante jours avait Ă©tĂ© accordĂ©e par Pie IX Ă  tous les fidĂšles qui viendraient vĂ©nĂ©rer la statue de saint Pierre selon la coutume romaine. Le contre -coup trop attendu de la guerre se fit sentir Ă  Rome les troupes françaises furent rappelĂ©es. C’eĂ»t Ă©tĂ© une amĂšre dĂ©rision de confier Ă  l’Italie la garde des frontiĂšres pontificales ; on y pensa pourtant. De son cĂŽtĂ© l’ambassadeur prussien se porta au Vatican pour dĂ©clarer que la puissance qu’il reprĂ©sentait prenait sous sa haute protection la neutralitĂ© de l’État pontifical et considĂ©rerait comme un casus belli la violation de la frontiĂšre par un soldat Ă©tranger, italien ou français. Les deux garanties se valaient. Le souverain pontife n’eut grand souci ni de l’une ni de l’autre. Ensemble la fortune de la France et celle de la Rome pontificale s’inclinaient durement atteintes. DĂšs le commencement d’aoĂ»t, Mgr Fillion voulut revoir les deux abbayes et visiter Ă  Solesmes l’évĂȘque Ă©lu de Nantes, Mgr Fournier, qui avait dĂ©sirĂ© se prĂ©parer Ă  sa consĂ©cration Ă©piscopale auprĂšs de dom GuĂ©ranger. L’évĂȘque du Mans avait trouvĂ© le loisir Ă  Rome de s’intĂ©resser trĂšs efficacement au monastĂšre de Sainte -CĂ©cile. Une audience sollicitĂ©e dĂšs le 20 juin lui avait Ă©tĂ© enfin accordĂ©e Ă  une heure inespĂ©rĂ©e, le 14 juillet, alors que le souverain pontife Ă©tait obligĂ© par les travaux du concile de refuser toutes autres conversations que celles rĂ©clamĂ©es par les affaires gĂ©nĂ©rales de l’Église. Il avait trouvĂ© Pie IX en bonne santĂ©, en belle humeur et nullement affectĂ© des quatre-vingt-huit non placet de la veille. AprĂšs avoir rappelĂ© les travaux de dom GuĂ©ranger, l’évĂȘque du Mans avait offert au souverain pontife une supplique assez Ă©tendue oĂč il sollicitait la crĂ©ation d’une abbesse de Sainte -CĂ©cile. Mais, rĂ©pliqua le pape, sarebbe mettere il carro avanti i bovi ; il faut d’abord faire Ă©riger le monastĂšre en abbaye. Peu importe, trĂšs saint pĂšre, rĂ©pondit l’évĂȘque ; pourvu que le char marche ! Si par la grĂące de Votre SaintetĂ© nous obtenons une abbesse, la congrĂ©gation des Ă©vĂȘques et rĂ©guliers ne tardera guĂšre Ă  nous accorder une abbaye. Pie IX prit alors la supplique, en retourna les feuillets Mais c’est tout un sermon ; laissez-moi cela, je le lirai Ă  tĂȘte reposĂ©e. Si Votre SaintetĂ© veut le permettre, je vais lire, ce ne sera pas long. Quand l’évĂȘque eut fini, Pie IX prit la plume et, tĂ©moignant que cette condescendance apostolique voulait rĂ©compenser par une faveur tout exceptionnelle les travaux de dom GuĂ©ranger, il Ă©crivit Pro gratia speciali in exemplum non adducenda, petitam facultatem concedimus. De cette faveur apostolique qui couronnait son Ɠuvre, l’abbĂ© de Solesmes avait Ă©tĂ© averti aussitĂŽt ; mais il n’en avait livrĂ© Ă  personne le secret le 8 aoĂ»t lorsque l’évĂȘque vint Ă  Solesmes, nul ne savait encore qu’un rescrit pontifical accordait Ă  Sainte -CĂ©cile la bĂ©nĂ©diction abbatiale pour la prieure et l’union Ă  la congrĂ©gation bĂ©nĂ©dictine de France. Dom GuĂ©ranger avait rĂ©servĂ© Ă  l’évĂȘque la joie de le dire lui-mĂȘme Ă  des moniales qu’il honorait de son affection ; pour lui en laisser le loisir, il avait retardĂ© son entrĂ©e dans la salle oĂč les religieuses Ă©taient rĂ©unies, de tout le temps qu’il avait cru requis pour cette joyeuse promulgation. Un mĂȘme calcul de dĂ©licatesse avait dĂ©terminĂ© l’évĂȘque Ă  surseoir ; et lorsque l’abbĂ© de Solesmes entra, demandant l’accueil fait par la communautĂ© Ă  la bonne nouvelle, l’évĂȘque rĂ©pondit Elles n’en savent rien, mon rĂ©vĂ©rendissime pĂšre ; nous vous attendions pour leur apprendre comment le souverain pontife, ayant cherchĂ© quelle rĂ©compense pouvait vous toucher davantage pour vos admirables travaux, n’avait rien trouvĂ© de mieux que de combler vos filles. » Et avec la joie d’un nĂ©gociateur qui a pleinement rĂ©ussi, il raconta l’audience du 14 juillet. Ensemble il fut convenu que l’église de Sainte -CĂ©cile alors presque terminĂ©e serait consacrĂ©e le 12 octobre suivant, que l’évĂȘque prendrait son quartier Ă  Solesmes et que la bĂ©nĂ©diction de l’abbesse aurait lieu le 15 octobre, fĂȘte de sainte ThĂ©rĂšse. On ne doutait pas que la guerre ne dĂ»t ĂȘtre alors finie. Quelques jours plus tard, l’abbĂ© de Solesmes se rendit Ă  Angers pour y saluer le nouvel Ă©vĂȘque, Mgr Freppel, et de lĂ  Ă  Nantes pour assister au sacre de Mgr Fournier. Les moines de Saint-Pierre continuaient Ă  ignorer la bĂ©nĂ©diction apostolique descendue sur le monastĂšre voisin. Il y avait discrĂ©tion et prudence Ă  taire des nouvelles joyeuses, tandis que des meneurs sinistres, sortis on ne sait de quels repaires, se rĂ©pandaient dans les. campagnes, exploitant l’inintelligence du bas peuple, mĂȘlant la guerre, le concile, les prĂȘtres, les Prussiens, et s’en allaient semant partout le bruit que le pape soutenait la Prusse, que c’était Ă  lui que remontait tout le mal, puisqu’il avait armĂ© lui-mĂȘme les soldats qui envahissaient le sol de la France et massacraient ses enfants. Au milieu de l’anxiĂ©tĂ© et de la tristesse des Ăąmes on devine l’effet produit par de telles excitations, prĂ©ludes ordinaires des discordes civiles. Il fallait en conjurer l’effet. Dom GuĂ©ranger n’avait d’ailleurs besoin que des inspirations de son cƓur pour offrir Ă  la prĂ©fecture du Mans de crĂ©er dans l’abbaye une ambulance, oĂč blessĂ©s et malades furent accueillis durant tout le cours de la guerre. Les communautĂ©s religieuses refluaient devant l’invasion et cherchaient un refuge dans des rĂ©gions moins menacĂ©es. Un instant l’abbaye de Jouarre sollicita auprĂšs de la jeune communautĂ© de Sainte -CĂ©cile une hospitalitĂ© qui fut accordĂ©e avec joie, car il y eĂ»t eu bienfait de part et d’autre ; mais ni Jouarre ni Sainte -CĂ©cile n’eurent Ă  en bĂ©nĂ©ficier. La dĂ©tresse qui n’avait cessĂ© de rĂ©gner Ă  l’abbaye s’augmenta de toutes les difficultĂ©s nouvelles créées par la guerre, qui atteignaient mĂȘme l’aisance publique et crĂ©aient pour un monastĂšre obĂ©rĂ© dĂ©jĂ  une rĂ©elle anxiĂ©tĂ©. C’est alors que la pensĂ©e de dom GuĂ©ranger se porta vers le nord de la France, rĂ©gion industrieuse, riche, gĂ©nĂ©reuse, oĂč maintes fois ses fils avaient reçu un accueil trĂšs sympathique. Terre autrefois semĂ©e de grands et florissants monastĂšres, peuplĂ©e de familles nombreuses et patriarcales, habitĂ©e par une race saine, calme, rĂ©solue, merveilleusement propre Ă  la vie surnaturelle, la rĂšgle de saint BenoĂźt y avait Ă©tĂ© pratiquĂ©e dĂšs l’époque mĂ©rovingienne, durant ces siĂšcles que Mabillon a regardĂ©s comme l’ñge d’or de la vie bĂ©nĂ©dictine. Dom GuĂ©ranger se demandait pourquoi elle ne pourrait pas y refleurir encore. TĂŽt ou tard, disait-il, nous nous Ă©tablirons par lĂ  ; les saints y ont abondĂ© nous y retrouverons leurs traces. » Et la Providence semblait sourire Ă  ces rĂȘves ; depuis deux ans dĂ©jĂ , de ce pays créé par les moines mais oĂč la vie bĂ©nĂ©dictine Ă©tait ignorĂ©e, des vocations monastiques s’étaient levĂ©es, sans causes extĂ©rieures apprĂ©ciables, sans influences prĂ©cises, et d’elles mĂȘmes elles s’étaient orientĂ©es vers Solesmes comme vers un centre de solitude et de paix, de vie surnaturelle et de doctrine. Le diocĂšse d’Arras, terre de saint Waast et de saint Bertin, s’était Ă©veillĂ© le premier et avait devancĂ© sa mĂ©tropole, Cambrai, qui se recueillait encore. Une fraternitĂ© de dĂ©sirs et de combats communs avait rĂ©uni autrefois l’abbĂ© de Solesmes et l’ancien Ă©vĂȘque de Langres, Mgr Parisis, qui avait illustrĂ© ensuite le siĂšge d’Arras. Son successeur, le grand et bon gĂ©ant, Mgr Lequette, avait hĂ©ritĂ© de toute l’affection de Mgr Parisis pour les maisons religieuses. Il se trouva une famille chrĂ©tienne originaire de Saint-Venant que le patriarche saint BenoĂźt sembla ambitionner tout entiĂšre *Trois fils Ă©taient prĂȘtres dĂ©jĂ  et appartenaient Ă  la sociĂ©tĂ© diocĂ©saine de Saint- Bertin. L’un fut appelĂ© ; l’autre le suivit. Lorsque la vocation atteignit le troisiĂšme, l’évĂȘque d’Arras effrayĂ© par la contagion contesta et se refusa Ă  livrer son vicaire gĂ©nĂ©ral. Celui-ci ne reste, dans le siĂšcle que pour soutenir de son pouvoir, de son ministĂšre et de toute sa fortune les maisons religieuses du diocĂšse ; puis, l’heure venue. pour aider efficacement Ă  une double fondation monastique qui s’honore de son amitiĂ©. Restait un quatriĂšme frĂšre, mariĂ©, et partant dĂ©fendu contre la vocation. Il rivalisait de piĂ©tĂ© avec ses aĂźnĂ©s. Dieu lui donna un fils qui Ă  son tour entra dans la famille bĂ©nĂ©dictine l’appel surnaturel ne s’arrĂȘta qu’aprĂšs avoir tout exigĂ© tout obtenu. Un tel exemple provoqua des imitations et, le branle une fois donnĂ© d’autres vocations suivirent. Il en fĂ»t venu bien plus encore si dom GuĂ©ranger eĂ»t Ă©tĂ© capable de prendre sur l’heure possession d’un ancien monastĂšre de cisterciens auprĂšs de Saint-Omer ; mais il fut reconnu bientĂŽt que le dessein Ă©tait prĂ©maturĂ© il ne devait ĂȘtre repris que vingt ans plus tard. C’est dans cette rĂ©gion du Nord, et afin de pourvoir aux besoins prĂ©sents et Ă  ceux de l’avenir, que dom GuĂ©ranger envoya un de ses plus aimĂ©s fils, le R. P. dom Athanase Logerot. L’heure Ă©tait bien peu favorable. L’industrie souffrait cruellement ; la cessation du travail contraignait chacun Ă  songer Ă  soi. Pourtant, mĂȘme au milieu de sa dĂ©tresse, la province de Cambrai vint au secours d’une dĂ©tresse plus grande et le quĂȘteur rentra Ă  Solesmes Ă  la hĂąte dĂšs le 30 aoĂ»t, Ă©chappant Ă  l’investissement dont Paris se sentait menacĂ©. AprĂšs Sedan et le 4 septembre, les heures devinrent plus sombres encore J’ai traversĂ© bien pĂ©niblement le cauchemar de 1848, disait l’abbĂ© de Solesmes, mais celui-ci est bien plus terrible » Les rĂ©gions habituellement les plus paisibles, et le Maine est de celleslĂ , Ă©taient en pleine fermentation. On eĂ»t dit que la proclamation de la rĂ©publique avait dĂ©chaĂźnĂ© les pires instincts. Lorsque le nouveau prĂ©fet rĂ©publicain, M. Le Chevallier, avait pris possession de sa charge, un groupe de partisans s’était prĂ©sentĂ© Ă  lui et comme don de joyeux avĂšnement, comme aubaine naturelle, lui avait demandĂ© la libertĂ© de deux heures de pillage dans la bonne ville du Mans. M. Le Chevallier Ă©tait intelligent et rĂ©solu ; il rĂ©pondit aux Ă©meutiers en leur dĂ©clarant qu’il les ferait fusiller, s’ils ne se dispersaient aussitĂŽt. Ils obĂ©irent. Mais lĂ  oĂč elles n’étaient pas comprimĂ©es par une main ferme, l’anarchie et l’impiĂ©tĂ© donnĂšrent l’idĂ©e de ce qu’elles se permettraient, le jour oĂč elles seraient maĂźtresses, dans le Paris de la Commune. Septembre 1870 eut des jours terribles et que n’oublieront jamais ceux qui les ont connus. La France envahie, Rome livrĂ©e Ă  la rĂ©volution italienne, Paris investi et comme prisonnier, les, haines civiles ne s’imposant nulle trĂȘve mĂȘme en face de l’invasion ennemie ; et cependant, l’Europe politique regardant, indiffĂ©rente jusqu’au sarcasme, ce qu’elle croyait ĂȘtre l’agonie de la nation française, lorsqu’elle n’applaudissait pas Ă  la leçon si mĂ©ritĂ©e que notre orgueil venait de recevoir ; un gouvernement effarĂ© et incapable, ne songeant qu’à se gorger lui-mĂȘme, Ă  assouvir ses vengeances et oubliant les malheurs de la patrie au milieu des basses jouissances de son pouvoir usurpĂ©. Combien de temps la main du Seigneur devait-elle s’appesantir sur notre pays, si coupable, si aveugle aussi ? La tourmente s’arrĂȘterait-elle au pied de ces deux abbayes encore paisibles ? Il ne semblait pas que LigugĂ© eĂ»t rien Ă  craindre ; mais Ă  Marseille les dĂ©sordres furent tels que le prieur crut devoir par prudence licencier les moines du prieurĂ© de Sainte- Madeleine et les semer çà et lĂ  jusqu’au retour de jours meilleurs. Puis lorsqu’ils rentrĂšrent, ce fut pour ĂȘtre tĂ©moins de scĂšnes aujourd’hui presque oubliĂ©es, soit parce que les malheurs de la France les voilaient quand elles se produisirent, soit parce qu’elles s’effacĂšrent dans la suite devant un drame plus terrible dont elles ne furent que l’ébauche la rĂ©volution s’emparant du prĂ©fet de Marseille et le gardant Ă  vue dans sa demeure, la Commune Ă©tablie Ă  l’hĂŽtel de ville, l’émeute dans la rue, la guerre civile ajoutant ses horreurs aux tristesses de l’invasion. MalgrĂ© les angoisses dont il Ă©tait assiĂ©gĂ©, dom GuĂ©ranger ne consentit pas Ă  interrompre les travaux de Sainte -CĂ©cile. Dans son dessein, l’église devait ĂȘtre bĂ©nite et livrĂ©e au culte le 11 octobre ; la cĂ©rĂ©monie de la consĂ©cration serait ajournĂ©e. Lorsqu’on le blĂąmait discrĂštement de son imprudence Ă  bĂątir, le lendemain Ă©tant si peu assurĂ©, il rĂ©pondait avec tranquillitĂ© que les moines d’autrefois n’eussent rien fait, s’ils avaient attendu pour agir un jour de pleine sĂ©curitĂ©. Et sans se dĂ©courager, il s’en allait en Bretagne, Ă  Lorient auprĂšs de l’abbĂ© Schliebusch, demander les ressources dont il avait besoin pour faire vivre sa maison. Comme le Nord, la Bretagne lui fut accueillante et amie. A son insu, dans ces Ă©tapes diverses, le restaurateur de la vie bĂ©nĂ©dictine marquait d’avance les rĂ©gions de la France oĂč elle devait refleurir. La marche des Prussiens les avait conduits jusqu’à OrlĂ©ans. On ne pouvait plus dĂ©sormais songer Ă  de longs voyages. Dieu sait quand nous nous verrons, Ă©crivait dom GuĂ©ranger Ă  Mgr Pie Ă  cette heure je ne quitte que de force. Il fait bon rester Ă  la maison au milieu de ces troubles. J’ai quatre moines dans la mobile, huit dans la garde nationale et plus d’un souci avec tant de monastĂšres qui apportent chacun leur sollicitude. Ma santĂ© est passable ; mais je m’appesantis pour la marche. Je trompe mes ennuis en Ă©crivant une histoire de l’Église primitive de Rome d’aprĂšs les travaux de M. de Rossi. C’est le seul travail qui puisse m’intĂ©resser au milieu des incertitudes du prĂ©sent 1 BientĂŽt la ville du Mans fut menacĂ©e Ă  son tour. La tactique prussienne consistait Ă  dĂ©courager, dans le Nord et l’Ouest, tout effort tentĂ© par la province pour attaquer Ă  revers l’armĂ©e qui investissait Paris. L’hiver Ă©tait d’une rigueur extrĂȘme ; les fuyards semaient partout la terreur dont eux-mĂȘmes Ă©taient saisis ; les paysans affolĂ©s abandonnaient leurs maisons, se rĂ©fugiaient en Anjou, s’entassaient dans les. bourgs sou le coup d’une panique qui n’entendait plus aucun conseil. L’armĂ©e française Ă©tait complĂštement dĂ©moralisĂ©e, et il advint en certaines rĂ©gions de la Beauce qu’elle eut fort peu Ă  se louer d’une population qui lui refusait tout secours, afin d’avoir Ă  offrir davantage aux Prussiens le jour oĂč il ; se prĂ©senteraient. Les Prussiens ont pillĂ© Ă  fond les maisons de Saint-Calais, Ă©crivait Mgr Fillion ; maintenant ils dĂ©vastent les campagnes environnantes. Dieu semble les promener sur les paroisses les plus irrĂ©ligieuses du diocĂšse, comme le mĂ©decin la pierre infernale sur les parties gangrenĂ©es d’une blessure. Domine, veni ad liberandum nos 2 La marche des ennemis n’avait rien de rĂ©gulier ni de continu au lendemain d’une pointe plus audacieuse, ils se repliaient afin de dissiper par une concentration de forces supĂ©rieures les troupes improvisĂ©es qui manƓuvraient sur leurs flancs. A la fin de novembre l’ennemi fut signalĂ© en grandes masses Ă  six kilomĂštres du Mans. Il Ă©tait presque aux portes de la ville et avait ouvertement tĂ©moignĂ© le dessein de s’en emparer ; il se promettait d’y entrer le vendredi 25 novembre et de cĂ©lĂ©brer son office Ă  Saint -Julien le surlendemain, lorsque soudain l’armĂ©e prussienne fut ramenĂ©e en arriĂšre. Le danger d’invasion s’éloigna et dom GuĂ©ranger put se proposer un voyage rapide Ă  Poitiers pour y prĂ©senter un de ses fils Ă  l’ordination voyage pĂ©nible, alors que les communications Ă©taient difficiles et que les chemins de fer suffisaient Ă  peine Ă  transporter les troupes et le matĂ©riel de guerre. Il ne put accomplir son dessein qu’aux premiers jours de janvier 1871. Au palais Ă©piscopal de Poitiers, il trouva M. de Charette, rĂ©cemment Ă©chappĂ© des lignes prussiennes et souffrant encore de sa blessure. L’abbĂ© de Solesmes partageait sa vie entre LigugĂ© et Poitiers, lorsque les nouvelles les plus alarmantes lui parvinrent de nouveau le Mans Ă©tait menacĂ© par un retour offensif de l’ennemi. Le 13 janvier, dom GuĂ©ranger quittait Poitiers Ă  la hĂąte, arrivait Ă  Angers Ă  dix heures du soir ; puis le lendemain matin, en dĂ©pit de l’effroyable tempĂȘte de neige qui sĂ©vit toute la journĂ©e, repartait en voiture pour rencontrer en chemin des centaines de fuyards Ă©chappĂ©s Ă  l’armĂ©e de Chanzy et, brisĂ© de douleur, de fatigue et d’inquiĂ©tude, arrivait Ă  l’abbaye Ă  huit heures du soir. On devine avec quelle anxiĂ©tĂ© il Ă©tait attendu. Toutes communications avec le reste de la France Ă©taient rompues ; le canon se faisait entendre depuis trois jours Ă©tait-ce un succĂšs ? Etait-ce une nouvelle dĂ©faite ? Lorsqu’on apprit que le gĂ©nie faisait sauter les ponts et dĂ©truisait les lignes ferrĂ©es, lorsqu’on vit affluer les blessĂ©s Ă  SablĂ©, il ne resta plus de doute Chanzy avait Ă©tĂ© forcĂ© de se replier. Il voulait opĂ©rer sa retraite sur Alençon ; le gouvernement de la dĂ©fense nationale prescrivit Laval. Le corps du gĂ©nĂ©ral de Curten, dix mille hommes environ, dans son mouvement de retraite, vint camper Ă  SablĂ©. Mal dirigĂ©s, les soldats mirent quinze heures Ă  franchir une distance d’environ dix lieues ; ils se traĂźnaient Ă  grand’peine et n’avaient nul billet de logement ; ils s’entassĂšrent pĂȘle-mĂȘle sur la place, dans la neige, par un froid intense. Les plus humbles foyers les accueillirent de leur mieux ; mais la ville est petite, et Ă  la nuit tombante une centaine d’hommes n’avaient pu encore trouver d’abri. Un officier, qui dĂźnait au chĂąteau en compagnie de plusieurs autres, en fut averti et avec une rondeur toute militaire Je n’y puis rien rĂ©pondit-il, qu’ils se dĂ©brouillent ! » Heureusement il en fut qui comprirent mieux leur devoir. La charitĂ© publique aidant, les derniers venus eux-mĂȘmes eurent un gĂźte pour la nuit. Le petit village de Solesmes reçut quinze cents mobiles de la Haute-Vienne ; cent trente logĂšrent en l’abbaye, tremblants de fiĂšvre, secouĂ©s par la toux, mal vĂȘtus, mal chaussĂ©s, rompus de fatigue, mourant de faim, accusant par leurs souffrances plus encore que par leurs plaintes l’effroyable incurie dont ils Ă©taient les victimes. Dom GuĂ©ranger entrait Ă  Solesmes peu de temps aprĂšs eux. Son abbaye avait l’aspect d’une caserne les armes Ă©taient en faisceaux sous le cloĂźtre, des sentinelles faisaient la ronde Ă  toutes les issues du monastĂšre. Salles du noviciat, salles de confĂ©rences, dĂ©pendances de l’abbaye, tout Ă©tait occupĂ©. Personne n’avait prĂ©vu ce surcroĂźt de bouches Ă  nourrir ; il n’eĂ»t servi de rien d’aller Ă  la quĂȘte de provisions dans les maisons du village en proie Ă  la mĂȘme surprise et Ă  la mĂȘme dĂ©tresse, et le frĂšre cuisinier n’avait environ que douze livres de viande. Il vint se plaindre auprĂšs de l’abbĂ©, renouvelant la question de l’Evangile Qu’estce que cela pour tant de monde ? Mon petit frĂšre Augustin, lui rĂ©pondit l’abbĂ©, c’est au bon Dieu Ă  nous tirer d’affaire ; cuisinez toujours, on verra bien. Les cent trente hommes et leurs officiers mangĂšrent, on ne mĂ©nagea pas les portions il en resta pour le dĂ©jeuner du lendemain. Autant j’en donnais, autant il y en avait », disait naĂŻvement le cuisinier qui n’y comprit rien. Le fait nous a Ă©tĂ© attestĂ© par des tĂ©moins survivants ; dom GuĂ©ranger l’a conservĂ© dans sa chronique J’ai trouvĂ© casernĂ©s Ă  l’abbaye cent trente mobiles de la Haute-Vienne avec un chapelain excellent. Ils sont partis le lendemain, enchantĂ©s de leur sĂ©jour. Pour leur souper et leur dĂ©jeuner, douze livres de viande ont suffi. Explique qui pourra ! » Lorsque soldats et officiers eurent repris leur chemin, l’abbĂ© de Solesmes bĂ©nit deux de ses fils qui partaient pour rejoindre l’armĂ©e de l’Ouest, l’un comme aumĂŽnier, l’autre comme infirmier.* Quelques jours aprĂšs, nouvelle alerte cette fois, c’étaient les Prussiens. Leur occupation de SablĂ© et des environs se fit dans un ordre parfait. Ce fut pour les Français la matiĂšre d’une amĂšre comparaison. Les soldats Ă©taient largement pourvus, trĂšs fermement commandĂ©s. Il fut portĂ© Ă  la connaissance de tous par un tambour et un crieur public que toute rĂ©quisition devait ĂȘtre refusĂ©e, si elle n’était pas faite par l’autoritĂ© militaire elle-mĂȘme. La discipline fut parfaite et les rares infractions punies avec une extrĂȘme sĂ©vĂ©ritĂ©. Nous savons trop qu’il n’en fut pas de mĂȘme partout, mais l’équitĂ© nous fait une loi de dire ce qui s’est passĂ© sous nos yeux. Dix-huit cents Prussiens entrĂšrent Ă  Solesmes le 22 janvier. L’abbaye, qui continuait d’ĂȘtre ambulance, fut mĂ©nagĂ©e et n’eut Ă  hĂ©berger que six officiers et une vingtaine de soldats ; une cinquantaine de chevaux furent aussi logĂ©s dans les dĂ©pendances. Le lendemain, tout disparut dans la direction de Laval. Il y eut quelques alertes encore, quelques rĂ©quisitions. Le son des cloches semblait inquiĂ©ter les ennemis qui parfois se demandaient si la voix sonore qui annonce les offices monastiques n’était pas quelque signal convenu avec des dĂ©tachements de l’armĂ©e française. Un jour mĂȘme, quelques uhlans ayant Ă©tĂ© tuĂ©s dans une rencontre avec les francs-tireurs, les Prussiens menacĂšrent de mettre le feu aux quatre coins du village qui n’en pouvait mais. L’armistice du 31 janvier mit fin Ă  la guerre. Une zone neutre de seize kilomĂštres fut tracĂ©e entre les deux armĂ©es Solesmes y Ă©tait compris. Durant tout le cours de l’occupation militaire, le seul mot Kloster Ă©crit sur la porte d’entrĂ©e dĂ©fendit le monastĂšre de Sainte- CĂ©cile contre toute rĂ©quisition et mĂȘme contre toute curiositĂ©. La ville du Mans s’en tira moins bien. Il est vrai que le 12 janvier, aprĂšs la retraite de Chanzy, l’armĂ©e prussienne ayant Ă  l’improviste occupĂ© la ville encombrĂ©e encore de mobiles et de francs-tireurs attardĂ©s, depuis trois heures de l’aprĂšs-midi jusqu’à la nuit, sur tous les points oĂč se rencontraient Français et Prussiens, il y avait eu Ă©change de coups de fusil. Le prince FrĂ©dĂ©ric-Charles voulut faire expier Ă  la ville ce qu’il considĂ©rait comme un guet-apens et lui imposa une contribution de guerre de quatre millions ; elle fut dans la suite rĂ©duite de moitiĂ© sur les instances de l’évĂȘque. L’armĂ©e victorieuse prit quartier dans la ville. Soldats et officiers allumĂšrent dans les maisons particuliĂšres de tels brasiers que çà et lĂ  des incendies Ă©clatĂšrent. Ă©vĂȘchĂ© fut tout entier la proie des flammes ; il n’en demeura que les murailles Ă©branlĂ©es le feu dĂ©vora, avec la bibliothĂšque de l’évĂȘchĂ© qui Ă©tait considĂ©rable, la bibliothĂšque particuliĂšre de Mgr Fillion, les archives de sa vie entiĂšre, ses travaux manuscrits, sa correspondance. Il fut jetĂ© hors de son palais, a dit l’évĂȘque de Poitiers, avec sa seule soutane, une partie de brĂ©viaire et un volume de la patrologie
 On ne l’entendit pas murmurer ; son Ă©galitĂ© d’ñme ne l’abandonna pas un instant. On put voir alors Ă  quel point le sentiment de la volontĂ© de Dieu le rĂ©gissait et combien il Ă©tait supĂ©rieur aux Ă©vĂ©nements de la vie prĂ©sente Mon peuple avait tant souffert, s’écria-t-il ; il fallait que le pasteur partageĂąt le sort du troupeau 3 » AprĂšs l’armistice vint la paix, paix onĂ©reuse, consentie Ă  regret, presque aussitĂŽt ensanglantĂ©e par les partisans de la guerre Ă  outrance et par cette orgie rĂ©volutionnaire que l’on a nommĂ©e la Commune, Ă  qui les hĂ©sitations du gouvernement laissĂšrent tout le loisir de s’étendre. Les horreurs de la guerre, selon un mot cĂ©lĂšbre, firent place aux horreurs de la paix. Lyon, Saint- Etienne, Marseille se donnĂšrent le luxe d’imiter Paris. A Marseille, les Ă©glises furent forcĂ©es, l’émeute un instant maĂźtresse ne fut rĂ©primĂ©e que par l’énergique rĂ©solution du gĂ©nĂ©ral Espivent qui, des hauteurs de Notre-Dame de la Garde, mitrailla la prĂ©fecture oĂč le prĂ©fet, ses secrĂ©taires, le gĂ©nĂ©ral de brigade, le procureur de la rĂ©publique et son substitut Ă©taient prisonniers et dĂ©tenus comme otages. L’anxiĂ©tĂ© de l’abbĂ© de Solesmes Ă©tait grande de voir de loin les siens dans cette fournaise ; il gĂ©missait des entraves sans nombre qu’une situation si Ă©trangement troublĂ©e apportait Ă  l’établissement du petit monastĂšre. Les santĂ©s Ă©taient pĂ©niblement affectĂ©es de l’exiguĂŻtĂ© de la maison, du peu d’espace et du peu d’air qu’il est possible de trouver au centre d’une ville populeuse, des charges aussi qui pesaient plus lourdement sur une communautĂ© rĂ©duite. On, se souvient qu’en plus des travaux ordinaires de la vie monastique, les moines du prieurĂ© Ă©taient tenus encore au surcroĂźt apportĂ© par l’Ɠuvre du grand catĂ©chisme que le vĂ©nĂ©rable fondateur, M. Coulin, laissait de plus en plus glisser entre leurs mains. La fĂȘte de PĂąques de 1871 amena Ă  Solesmes le gĂ©nĂ©ral Bourbaki, l’ancien commandant en chef de l’armĂ©e de l’Est. On le sait, dans une heure de douleur et d’égarement, il n’avait pu se rĂ©signer Ă  voir son armĂ©e perdue ne consentant pas Ă  survivre Ă  sa dĂ©faite, il avait attentĂ© Ă  ses jours. Dieu voulut que la balle de pistolet s’écrasĂąt sur l’os frontal comme sur une plaque de fonte, n’y laissant qu’une lĂ©gĂšre trace noire. Avec une franchise toute militaire, le gĂ©nĂ©ral remercia les moines, qui, sur la demande du docteur Rondelou son parent ; avaient priĂ© pour lui lors de sa bataille perdue et de son suicide manquĂ©. Sa parole brĂšve et rapide respirait la droiture et la bravoure. Il Ă©tait accompagnĂ© de son aide de camp, le colonel Leperche, que l’abbĂ© de Solesmes prit en grande estime et affection. A la mĂȘme Ă©poque et d’une autre rĂ©gion de la sociĂ©tĂ©, arriva Ă  Solesmes un plus pacifique visiteur qui devait, lui, finir ses jours prĂšs de l’abbaye. M Etienne Cartier avait Ă©tĂ© l’ami intime du P. Lacordaire et du P. Besson. Au commencement de la restauration dominicaine, une fĂȘte de saint Dominique avait rĂ©uni chez lui Ă  Paris, rue HonorĂ©- Chevalier, le P. Lacordaire, le P. de Ravignan et dom GuĂ©ranger. M. Cartier gardait tout entiĂšre son affection pour l’ordre de Saint -Dominique mais il venait de perdre sa mĂšre, se croyait trop ĂągĂ© pour ĂȘtre religieux et, aprĂšs avoir passĂ© Ă  Solesmes la semaine sainte et les fĂȘtes de PĂąques, demandait Ă  dom GuĂ©ranger, tout prĂšs de l’abbaye ou mieux encore dans l’abbaye mĂȘme, un abri oĂč il eĂ»t le loisir de poursuivre ses Ă©tudes et de mourir. Divers devoirs le retinrent encore quelques mois dans le monde et ne lui permirent d’accomplir qu’un peu plus tard un dessein auquel l’abbĂ© de Solesmes s’était prĂȘtĂ© volontiers. Mieux que personne, M. Cartier Ă©tait apte Ă  comprendre et Ă  goĂ»ter intelligemment les joies de la vie monastique. En la personne de cet hĂŽte de l’abbaye, Ă  l’heure oĂč dom GuĂ©ranger mĂ©ditait une refonte totale de son Histoire de sainte CĂ©cile, la Providence lui offrait de façon inespĂ©rĂ©e le concours artistique qui lui permettrait d’illustrer de tant de motifs pieux et variĂ©s ce qu’il aimait Ă  appeler son catĂ©chisme des catacombes. Pendant ce temps, Paris supportait un second siĂšge. L’armĂ©e rĂ©guliĂšre reprenait pĂ©niblement et au prix du sang sur l’insurrection les positions et les forts que le gouvernement avait si imprudemment abandonnĂ©s. Devant sa marche trop lente mais mĂ©thodique et sĂ»re, appuyĂ©e par une puissante artillerie, les rĂ©sistances tombaient l’une aprĂšs l’autre ; et dans les conseils de l’émeute de sinistres projets Ă©taient agitĂ©s. N’espĂ©rant plus vaincre, les insurgĂ©s voulurent du moins se venger. Si la Commune devait pĂ©rir, Paris incendiĂ©, les otages massacrĂ©s seraient le funĂ©railles de la Commune. On y prĂ©luda par une bataille de jour et de nuit, qui dura sans discontinuer du lundi 22 mai au dimanche suivant, 28 mai, fĂȘte de la PentecĂŽte. Les Tuileries, le ministĂšre des finances, la Cour des comptes, le palais de justice, l’hĂŽtel de ville, des rues entiĂšres furent la proie des flammes. Notre-Dame et la Sainte-Chapelle n’échappĂšrent Ă  l’incendie que par la promptitude des secours. Prisonnier depuis le 6 avril, l’archevĂȘque de Paris, Mgr Darboy, avait vainement essayĂ© d’échapper aux mains du gouvernement de l’émeute, en nĂ©gociant un Ă©change de sa personne contre Blanqui. Le 24 mai Ă  huit heures du soir, dans la compagnie du sĂ©nateur Bonjean, de l’abbĂ© Deguerry curĂ© de la Madeleine et d’autres prĂȘtres et religieux, il sortit de la Roquette pour aller Ă  la mort. Le lendemain vit le martyre des dominicains de l’école Albert le Grand. Le surlendemain, ce fut le massacre de la rue Haxo oĂč tombĂšrent avec le P. Ollivaint, le P. Caubert et le P. de Bengy, des religieux, des prĂȘtres et des soldats auxquels se joignit l’ancien postulant de Solesmes, Paul Seigneret. La Commune n’eut pas le temps, mais le temps seul lui manqua pour achever son Ɠuvre sanglante il restait encore Ă  la grande et Ă  la petite Roquette treize cents otages Ă  massacrer. La leçon Ă©tait effrayante, venant au lendemain d’une guerre dĂ©jĂ  dĂ©sastreuse ; mais en France tout s’oublie, tout s’efface. Nous avons des trĂ©sors d’indulgence pour les plus sinistres personnages et, non contents de les rĂ©habiliter, s’ils savent attendre, nous les mettons Ă  la tĂȘte des affaires publiques et les supplions de nous gouverner. La leçon ne devait pas suffire les chĂątiments, les ruines, le dĂ©membrement, le sang versĂ© ne furent bientĂŽt plus que des Ă©vĂ©nements comme les autres ; les meilleurs se bornĂšrent Ă  les maudire, sans songer aux fautes nationales qui avaient armĂ© la main de l’émeute. Un instant sous le coup d’une terreur suprĂȘme, la nation avait semblĂ© se tourner vers Dieu et l’AssemblĂ©e nationale avait demandĂ© la bĂ©nĂ©diction de Dieu sur ses travaux. Mais le chef du pouvoir exĂ©cutif n’avait qu’un souci combattre le clĂ©ricalisme qu’il trouvait prĂ©pondĂ©rant dans l’AssemblĂ©e, nĂ©e des Ă©lections de 1871 et suspecte Ă  ses yeux de n’ĂȘtre pas la vraie reprĂ©sentation du pays. Aussi nourrissait-il le projet d’amener la dissolution de cette nouvelle AssemblĂ©e introuvable, afin de placer dĂ©finitivement la France sous le rĂ©gime qui nous divise le moins, la rĂ©publique, une rĂ©publique sage, honnĂȘte, conservatrice, confiĂ©e Ă  la prĂ©sidence de M. Thiers. GrĂące Ă  de patients efforts, M. Thiers devait rĂ©ussir ; aujourd’hui encore nous jouissons de son succĂšs. Je me suis remis au travail dĂšs le commencement d’aoĂ»t, Ă©crivait dom GuĂ©ranger Ă  M. de Rossi, au moment oĂč les Prussiens envahissaient la France. Ce labeur a Ă©tĂ© pour moi une utile distraction au milieu de nos malheurs. J’ai mis en train une vaste monographie de sainte CĂ©cile dont la premiĂšre partie contiendra les origines de l’Église romaine jusqu’à la paix de Constantin. CĂ©cile y occupe la place d’honneur comme rĂ©sumant en elle les deux Rome. Je suis arrivĂ© au pontificat de Victor oĂč je commence Ă  parler de Calixte d’aprĂšs votre beau travail. ZĂ©phyrin viendra bientĂŽt avec la crypte cĂ©cilienne devenue la crypte des pontifes. Il va de soi que je ne marche qu’avec vous et par vous. Ma seconde partie renfermera presque exclusivement l’épisode cĂ©cilien depuis le quatriĂšme siĂšcle jusqu’à la dĂ©couverte du tombeau par vous en 1853. MalgrĂ© ma mauvaise santĂ©, je pousse mon travail avec autant de vigueur qu’il m’est possible. Il me faudra du temps pour achever, et c’est pourquoi, dĂšs que notre pays sera pacifiĂ© et que l’on pourra reprendre les Ɠuvres littĂ©raires, je donnerai la troisiĂšme Ă©dition de Sainte CĂ©cile, extraite de mon grand ouvrage qui ne paraĂźtra que plus tard. Daigne le ciel nous rendre les temps oĂč la science peut ĂȘtre cultivĂ©e ! Vous avez su comment la France a failli sombrer dans la barbarie 4 . Ainsi au dĂ©clin de sa vie l’abbĂ© de Solesmes revenait Ă  ces origines romaines qui avaient Ă©tĂ© l’objet privilĂ©giĂ© de ses premiĂšres Ă©tudes. Le cercle s’achevait lĂ  oĂč il avait commencĂ©. Dieu, par de menues trouvailles, encourageait son ouvrier avant de venir occuper sa place Ă  l’abbaye, M. Cartier avait visitĂ© Rome ; des indications fournies par M. et Mme Ratel lui avaient signalĂ© chez un brocanteur une copie de la sainte CĂ©cile de Maderno, exĂ©cutĂ©e une quarantaine d’annĂ©es auparavant. L’adresse du brocanteur avait Ă©tĂ© heureusement conservĂ©e M. Cartier se rendit via de due Macelli, 86 . O bonheur ! la statue n’avait pas encore trouvĂ© d’acquĂ©reur. Elle fut sur-le-champ obtenue, rĂ©parĂ©e, emballĂ©e, expĂ©diĂ©e de Civita-Vecchia Ă  Marseille, de Marseille en gare de SablĂ©. J’arriverai Ă  Solesmes avant elle », Ă©crivait M. Cartier 5 . Les nouvelles de Rome Ă©taient sombres ; les travaux de M. de Rossi Ă©taient dĂ©concertĂ©s par l’insouciance absolue de l’administration italienne, trop occupĂ©e ailleurs pour veiller Ă  la tutelle des catacombes ; une grande solitude s’était faite autour du cardinal Pitra qui en souffrait cruellement. Vous n’avez pas oubliĂ©, Ă©crivait-il, combien j’aimais la vie commune et comment, dĂšs le lendemain de ma profession, il m’a fallu me trouver seul, souvent en pays Ă©tranger et aux prises avec d’inextricables difficultĂ©s. Je demandai ce matin Ă  saint Jean-Baptiste la lettre est datĂ©e du 24 juin de m’expliquer cet isolement ou de me dire au moins oĂč cela doit aboutir. Lui aussi aimait la vie de famille et il va au dĂ©sert. Il aimait JĂ©sus et sa sociĂ©tĂ© Ă  peine il l’entrevoit et meurt. Faudra-t-il le suivre en sa prison et n’y suis-je pas dĂ©jĂ  6 ? On le voit, la plaie saignait toujours, Ni Rome, ni les honneurs n’avaient rĂ©ussi Ă  compenser auprĂšs du cardinal la douceur de cette vie de Solesmes, Ă  qui il avait dit adieu avant mĂȘme de l’avoir bien connue. C’est la loi ordinaire et le triste privilĂšge de l’ñge d’avoir Ă  saluer ainsi le bonheur seulement entrevu. Sans doute, Dieu nous achemine par les inclĂ©mences de la vie vers les joies Ă©ternelles. Dom GuĂ©ranger n’échappait pas plus qu’un autre Ă  ces tristesses ; mais il connaissait des jours absolument radieux que la chĂšre Eminence apercevait de trop loin pour en recueillir tout le charme et la beautĂ©. Il avait Ă©tĂ© rĂ©solu entre l’évĂȘque du Mans et l’abbĂ© de Solesmes que la bĂ©nĂ©diction abbatiale serait donnĂ©e Ă  la rĂ©vĂ©rende mĂšre CĂ©cile BruyĂšre, prieure de Sainte -CĂ©cile, le 14 juillet, en l’anniversaire du jour oĂč Mgr Fillion avait obtenu du souverain pontife le rescrit gracieux dont nous avons parlĂ©. Le secret en avait Ă©tĂ© bardĂ© de concert, dom GuĂ©ranger Ă©vitait avec une prudence attentive tout ce qui aurait pu Ă©mouvoir l’opinion publique ; mais, l’heure venue, il prĂ©para avec un soin paternel tous les dĂ©tails de la cĂ©rĂ©monie, en mĂȘme temps qu’il sollicitait pour l’élue du Seigneur la priĂšre de tous les amis de Solesmes. Il a rĂ©sumĂ© toute la cĂ©rĂ©monie en quelques mots dans son journal privĂ© La fonction a Ă©tĂ© trĂšs solennelle. L’évĂȘque a parlĂ© Ă  l’évangile avec beaucoup de doctrine, d’à-propos et de dĂ©licatesse. » Ce serait peu pour ceux qui n’ont pas Ă©tĂ© tĂ©moins de ces fĂȘtes, si une plume trĂšs alerte n’avait pris le soin de transmettre Ă  l’abbĂ© de LigugĂ© et Ă  sa maison un rĂ©cit dans lequel nous puiserons Ă  pleines mains et que la postĂ©ritĂ© monastique relira souvent. Cette chĂšre petite Ă©glise de Sainte -CĂ©cile a une grĂące toute virginale avec son autel de marbre blanc, ces lis et ces roses semĂ©s Ă  profusion sur ses murailles, ces inscriptions Ă©tincelantes d’or et de pourpre qui redisent les derniĂšres paroles de sa patronne. L’assistance Ă©tait nombreuse et surtout choisie pas de bruit, pas de regards indiscrets, pas de foule Ă©touffante ; mais tous les amis, toutes les bonnes Ăąmes, tous les pauvres qui nous aiment et que nous aimons. Notre messe conventuelle Ă  Saint-Pierre avait Ă©tĂ© anticipĂ©e d’une demi-heure, en sorte que toute la communautĂ© a pu arriver au commencement de la bĂ©nĂ©diction. Le graduel chantĂ©, l’élue s’est levĂ©e et les plus anciennes religieuses l’ont conduite Ă  la porte de clĂŽture oĂč sa mĂšre, sa sueur, deux domestiques, comme l’exige le pontifical, et quelques amis l’attendaient. Mme l’abbesse est entrĂ©e clans l’église, voile baissĂ©, avec son escorte, et a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  l’évĂȘque assis au milieu de l’autel. La formule du serment, par ordre de Mgr l’évĂȘque, avait Ă©tĂ© modifiĂ©e de maniĂšre Ă  insĂ©rer une clause empruntĂ©e au serment des abbesses exemptes et supposant le lien qui, selon l’intention des fondateurs, unit la monastĂšre de Sainte -CĂ©cile Ă  notre congrĂ©gation bĂ©nĂ©dictine de France. Suit le rĂ©cit de la bĂ©nĂ©diction d’aprĂšs les rites du pontifical. La plus touchante partie de cette belle fonction, poursuit le tĂ©moin oculaire, a Ă©tĂ© l’intronisation de l’abbesse. AprĂšs l’Ite missa est, on a apportĂ© la crossa de l’abbesse. Elle est d’argent, d’une blancheur toute virginale sept pierres, choisies d’aprĂšs les traditions du symbolisme chrĂ©tien, sont disposĂ©es autour du nƓud et forment tout un enseignement sur les principales vertus d’une vierge chrĂ©tienne. La volute est dessinĂ©e par une branche de lis gracieusement recourbĂ©e sur laquelle une petite colombe, symbole de l’ñme pure, Ă©tend les ailes pour prendre son vol vers les cieux. L’évĂȘque est descendu de l’autel et, prenant Mme l’abbesse par la main, il l’a fait monter avec lui les degrĂ©s de son propre trĂŽne pour l’y faire asseoir. A ce moment, il y a eu comme une lutte suprĂȘme entre l’humilitĂ© et l’obĂ©issance dans l’ñme de la mĂšre CĂ©cile. Elle a pĂąli subitement ; mais l’obĂ©issance a pris aussitĂŽt le dessus. La jeune abbesse s’est assise dans ce trĂŽne que le pontife de JĂ©sus-Christ venait de quitter pour lui faire place, et elle y est demeurĂ©e un instant, parĂ©e d’une beautĂ© indĂ©finissable. L’évĂȘque l’a considĂ©rĂ©e un moment d’un regard oĂč l’admiration se mĂȘlait Ă  la tendresse paternelle, puis, debout prĂšs d’elle, il a entonnĂ© le Te Deum que les moniales ont continuĂ© avec un admirable entrain. Nous abrĂ©geons Ă  regret. Son pĂšre, M. BruyĂšre, qui remplissait l’univers il y a cinq ans de ses menaces contre l’évĂȘque du Mans, contre le pĂšre abbĂ©, contre sa fille, Ă©touffait de joie et un peu d’orgueil aussi. Il a voulu se faire prĂ©senter Ă  l’évĂȘque. Monseigneur, lui a-t-il dit, je vous dois en ce jour des excuses et des remerciements je tenais Ă  vous les faire sans retard. Des excuses, reprit gracieusement l’évĂȘque, il n’y a pas lieu ; mais j’accepte volontiers les remerciements. Je ne vous dis rien, ajoute le narrateur, de notre pĂšre abbĂ© ; mais vous savez d’avance que le plus heureux, c’était lui. En effet, cette abbesse de vingt-cinq ans Ă©tait vraiment son Ɠuvre. Elle Ă©tait ĂągĂ©e de dix ans seulement lorsque la Providence l’avait conduite Ă  l’abbĂ© de Solesmes, qui l’avait disposĂ©e Ă  sa premiĂšre communion et n’avait cessĂ© durant de longues annĂ©es de dĂ©penser Ă  sa formation surnaturelle les trĂ©sors de son expĂ©rience et de sa doctrine. On pouvait pressentir dĂšs lors que ce n’était pas pour elle seule ni mĂȘme pour le seul monastĂšre de Sainte -CĂ©cile que ce nouveau JĂ©rĂŽme prĂ©parait sa fille Eustochium. Ce fut une joie sans mĂ©lange, un vrai jour d’éternitĂ©. Trois ans ne s’étaient pas Ă©coulĂ©s encore depuis la profession du 15 aoĂ»t 1868 ; l’édifice matĂ©riel et l’édifice surnaturel avaient crĂ» ensemble en toute hĂąte. Le temps dĂ©sormais Ă©tait mesurĂ© on sentait paraĂźtre dĂ©jĂ  l’aube de l’éternitĂ©. La joie donne des forces. Rajeuni par les fĂȘtes de cette bĂ©nĂ©diction, dom GuĂ©ranger se crut assez valide pour se rendre Ă  la consĂ©cration de l’église de la Pierre- qui -vire, que les enfants du P. Muard venaient d’achever. La cĂ©rĂ©monie Ă©tait fixĂ©e au 25 juillet. Il avait le loisir nĂ©cessaire pour voir auparavant le carmel de Meaux dirigĂ© alors par la rĂ©vĂ©rende mĂšre Elisabeth de la Croix, et l’abbaye de Notre-Dame de Jouarre que les Ă©preuves de la guerre avaient failli amener Ă  Sainte -CĂ©cile. Il se rendit par Auxerre et Avallon Ă  la Pierre -qui -vire. On lui avait rĂ©servĂ© la consĂ©cration de l’autel de saint BenoĂźt. Je ne saurais vous dĂ©peindre, Ă©crivait-il ; l’accueil que m’ont fait ces bons pĂšres, leur respect affectueux pour Solesmes et pour son pauvre abbĂ©. Je me sentais en famille. Il y a lĂ  une piĂ©tĂ© si vraie et si profonde, une simplicitĂ©, une humilitĂ© si touchantes que j’en ai Ă©tĂ© ravi. » Le voyage mĂȘme lui rĂ©ussit si bien que sans dĂ©semparer il en fit un second. Au lieu de repartir vers Solesmes, il prit de Paris la route vers le Nord dans le dessein d’étudier de plus prĂšs le projet de fondation qu’avaient provoquĂ© dans le diocĂšse d’Arras les vocations bĂ©nĂ©dictines qui y venaient d’éclore. Si l’on s’en Ă©tait rapportĂ© Ă  un prĂȘtre de Saint-Omer, aumĂŽnier des dames de Sion et ensuite du Bon- Pasteur, l’abbĂ© Limoisin, l’emplacement de la fondation s’imposait c’était, dans les environs de Saint-Omer, une parcelle de terrain qui avait appartenu autrefois Ă  l’abbaye cistercienne de Clairmarais. DĂ©jĂ  nous en avons dit un mot. Mais le brave abbĂ© ne connaissait qu’imparfaitement les exigences d’un monastĂšre bĂ©nĂ©dictin ; il le concevait comme un centre d’Ɠuvres actives et hospitaliĂšres dont la demeure monastique eĂ»t Ă©tĂ© l’annexe et comme l’accident. Ces propositions, venant Ă  l’abbĂ© de Solesmes Ă  l’heure mĂȘme oĂč le prieurĂ© de Marseille s’accommodait assez mal de l’union trop Ă©troite qui l’enchaĂźnait Ă  des Ɠuvres extĂ©rieures, le rendaient inquiet, hĂ©sitant. Il voulut en avoir le cƓur net. L’évĂȘque d’Arras Ă©tait gagnĂ© au projet. Les bĂ©nĂ©dictines du Saint-Sacrement, que dirigeait dĂšs lors M. l’abbĂ© Hervin, firent Ă  l’abbĂ© de Solesmes un trĂšs fraternel accueil. Dom GuĂ©ranger vit le collĂšge de Saint -Bertin Ă  Saint-Omer et les ruines si imposantes de la grande abbaye voisine du mĂȘme nom. Il ne tarda pas Ă  reconnaĂźtre que le projet de Clairmarais n’avait aucune chance de rĂ©ussir et n’éprouva nul regret d’avoir Ă  y renoncer. Le supĂ©rieur de la maison de Saint- Bertin, M. Henri Graux, l’entraĂźna dans une promenade Ă  Hallines oĂč il visita et bĂ©nit la famille de M. Alexandre Dambricourt. Si Dieu lui eĂ»t rĂ©vĂ©lĂ© l’avenir, il aurait vu sous sa bĂ©nĂ©diction, dans cette mĂȘme famille qu’il ne fit qu’apercevoir, germer nombre de vocations monastiques ; puis, en revenant vers Saint-Omer par la vallĂ©e de l’Aa, Ă  travers les grands arbres, il aurait pu saluer la colline oĂč s’élĂšverait l’abbaye de Notre-Dame, et, un peu plus loin, sur une terre qu’a illustrĂ©e le nom de sainte Aldegonde, apercevoir le chĂąteau avec donjon crĂ©nelĂ© oĂč s’abriterait vingt ans plus tard le monastĂšre de Saint-Paul. Il s’arrĂȘta Ă  Lille puis Ă  Tournai. Une sainte curiositĂ© le porta Ă  visiter la stigmatisĂ©e de Bois- d’Haine, Louise Lateau. MalgrĂ© la discrĂ©tion prudente qu’il apportait Ă  juger ces causes d’ordre mystique, dom GuĂ©ranger inclinait Ă  reconnaĂźtre en ce cas particulier l’intervention divine. Le voyage fut rapide et brĂšve l’absence ; elle eut pourtant son anxiĂ©tĂ©. Le nom de Mgr Fillion fut prononcĂ© pour le siĂšge vacant de Tours. M. Thiers, alors trĂšs flottant dans sa politique, rachetait l’indĂ©cision de son gouvernement par de hautaines exigences dans les matiĂšres ecclĂ©siastiques ; il avait la prĂ©tention, reprise dans la suite, de faire les Ă©vĂȘques. A la vĂ©ritĂ©, Mgr Fillion fut pressenti ; mais ce ne fut qu’une alerte sa santĂ© mĂȘme lui Ă©tait un motif de demeurer fidĂšle au siĂšge de saint Julien. Les craintes d’une translation s’évanouirent et l’évĂȘque mit un affectueux empressement Ă  rassurer sur-le-champ l’abbĂ© de Solesmes que cette menace avait inquiĂ©tĂ©. Les grandes luttes sont finies dĂ©sormais. La vie de dom GuĂ©ranger rentre dans la paix et dans le silence avant-coureur de l’éternitĂ©. Les rares loisirs de ses jours se partagent entre les deux abbayes de Saint-Pierre et de Sainte -CĂ©cile et la prĂ©paration de la grande histoire de la vierge romaine. De la vie mĂȘme de saint BenoĂźt et de l’AnnĂ©e liturgique dont pourtant des lecteurs sans nombre sollicitent la continuation, il n’est plus question que rarement. Ce n’est pas qu’il demeurĂąt sourd aux pressantes invitations qui l’exhortaient Ă  achever son Ɠuvre ; mais en face de travaux plus urgents, il remettait au lendemain. Mon trĂšs cher et trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, lui Ă©crivait alors Mgr de SĂ©gur, je viens de lire votre semaine de la PentecĂŽte et vos pages incomparables sur le Saint-Esprit. Je crois devoir vous dĂ©clarer trĂšs sĂ©rieusement que vous n’entrerez pas en paradis si, persistant dans vos habitudes abominables de paresse, vous ne terminez pas d’arrache-pied et sans perdre un jour l’AnnĂ©e liturgique. Vous aviez promis pour cette annĂ©e le dixiĂšme volume. Nous voici Ă  la TrinitĂ©, Ă©poque fatale ; la TrinitĂ© se passe le livre ne vient pas. Et non content de ce crime de lĂšse- piĂ©tĂ©, vous y ajoutez pĂ©chĂ© d’omission en ne laissant pas rééditer la moitiĂ© des volumes parus. C’est impardonnable. Saint BenoĂźt finira par se fĂącher tout de bon ; Notre- Seigneur encore plus et la bonne Vierge elle-mĂȘme vous fera mauvaise mine. Rappelez-vous la menace de Baronius Ă  son auguste pĂ©nitent ClĂ©ment VIII aprĂšs le choix d’un Ă©vĂȘque douteux. Timeo valde ne forte propter hoc Sanctitas Vestra oeternam incurrat damnationem ! Entendez-vous, mon cher pĂšre, propter hoc. MĂ©ditez cela en l’appliquant aux mĂ©faits du trĂšs catholique et trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre dom GuĂ©ranger, de qui je suis et serai toujours le serviteur, l’ami et l’admirateur quand mĂȘme 7 . Dom GuĂ©ranger souriait Ă  ces anathĂšmes l’AnnĂ©e liturgique, dessinĂ©e par lui dans le dĂ©veloppement des mystĂšres, serait pour la seconde partie, aprĂšs sa mort, poursuivie par l’un de ses fils ; l’histoire de saint BenoĂźt s’écrivait d’une façon meilleure, en lettres vivantes, dans l’esprit et le cƓur de ses enfants », et, au tĂ©moignage de Mgr Pie que nous citons ici, en caractĂšres d’or dans des Ăąmes virginales, fruit de sa seconde paternitĂ© et douce joie de sa vieillesse 8 9 ». A Saint-Pierre, une gĂ©nĂ©ration plus jeune s’était levĂ©e qui recueillait avec un filial empressement le trĂ©sor d’une doctrine que des moines plus anciens, peut-ĂȘtre distraits par leurs propres Ă©tudes, peut-ĂȘtre aussi devenus moins soucieux d’une richesse qui se donnait chaque jour, avaient cessĂ© non de goĂ»ter mais d’apercevoir. Aucune parole ne tombait de ses lĂšvres, dans les confĂ©rences et mĂȘme dans la libertĂ© des conversations particuliĂšres et des rĂ©crĂ©ations, qui ne fĂ»t reçue aussitĂŽt comme l’expression d’une pensĂ©e dont on ne voulait rien perdre. En les recueillant, on les dĂ©formait parfois, c’est chose habituelle on transformait en un principe ce qui n’était qu’une saillie, un prime- saut de l’idĂ©e, une exagĂ©ration voulue et intentionnelle. Il n’est pas rare que mĂȘme de leur vivant une lĂ©gende anticipĂ©e se crĂ©e comme une mousse lĂ©gĂšre autour des hommes de grande rĂ©putation. Chacun leur impute ce qu’il pense et le place sur leurs lĂšvres, afin de s’abriter de leur autoritĂ©. Dom GuĂ©ranger en souriait volontiers et, lĂ  oĂč la dĂ©viation Ă©tait pĂ©rilleuse, en matiĂšre de principes monastiques, il en appelait de ces dĂ©formations aux vrais dĂ©positaires de sa pensĂ©e. Vous me dĂ©fendrez, s’il y a lieu », disait-il avec tranquillitĂ©. Il Ă©tait assurĂ© et paisible, se sentant revivre dans les deux abbayes qui se partageaient son labeur. Les austĂšres compagnes de toute sa vie, la pauvretĂ© et la souffrance, ne l’avaient pas abandonnĂ© elles le suivirent jusqu’à la derniĂšre heure, sans jamais l’irriter ni le surprendre. Une expĂ©rience de quarante ans lui avait montrĂ© Dieu se jouant de tous les problĂšmes et n’attendant pour les rĂ©soudre Ă  son heure que la confiance des siens. Il faisait face de son mieux aux difficultĂ©s du jour prĂ©sent et s’endormait tranquille. Rien ne lui fit perdre ni la soumission Ă  Dieu ni la confiance aisĂ©e, vaillante, pleine de gaĂźtĂ©. On eĂ»t dit une Ăąme intĂ©rieurement prĂ©parĂ©e Ă  tout et Ă  ce point attachĂ©e Ă  son centre que nul Ă©vĂ©nement ne la pouvait Ă©branler. Ni la dĂ©tresse de sa maison, ni les persĂ©vĂ©rantes difficultĂ©s contre lesquelles avait Ă  lutter le prieurĂ© de Sainte- Madeleine, ni la basse et odieuse calomnie qui, aprĂšs avoir voulu le traduire au concile du Vatican, semait aujourd’hui de libelles toute la rĂ©gion du Maine et de l’Anjou, ni les menaces des sociĂ©tĂ©s secrĂštes, et bien moins encore l’animositĂ© soulevĂ©e contre lui par ses derniers travaux, rien ne rĂ©ussit Ă  altĂ©rer son invincible sĂ©rĂ©nitĂ©. Son Ăąme Ă©tait vraiment appuyĂ©e sur Dieu. Dieu avait bĂ©ni sa vie ; Ă  son tour, son Ăąme ne savait que bĂ©nir Dieu de toute chose. Les paroles du psaume cent deuxiĂšme se plaçaient d’elles-mĂȘmes sur ses lĂšvres Benedic anima mea Domino et omnia quoo intra me sunt nomini sancto ejus. Ce lui fut une joie de voir l’abbaye de Sainte -CĂ©cile, l’Ɠuvre chĂ©rie de ses derniers jours, prospĂ©rer sous sa main, adulte dĂšs sa naissance, et fournir dĂšs sa premiĂšre heure Ă  des monastĂšres anciens de France et d’Angleterre le type et l’exemplaire de leur observance. Sainte -CĂ©cile avait une abbesse depuis le 14 juillet. Mais son Ă©glise n’était pas consacrĂ©e encore ; il avait Ă©tĂ© rĂ©solu que la cĂ©rĂ©monie aurait lieu le 12 octobre, date choisie de concert avec l’évĂȘque du Mans. Le 12 octobre Ă©tait l’anniversaire de la consĂ©cration de l’église de Saint-Pierre en 1010, huit siĂšcles et demi auparavant. A une date plus rapprochĂ©e, c’était le 12 octobre 1845 qu’était nĂ©e Mme l’abbesse et que l’abbaye de Saint-Pierre, sur le point de sombrer, avait Ă©tĂ© par la main de Dieu retenue sur la pente de l’abĂźme. Millle souvenirs se pressaient en foule dans la pensĂ©e du pĂšre abbĂ© avec des actions de grĂąces. Que le Seigneur avait Ă©tĂ© riche en misĂ©ricordes et en tendresses ! Tout ce qu’on avait cru mort Ă  jamais Ă©tait sorti vivant de l’épreuve, rajeuni par elle. En maintenant autour de la fĂȘte la discrĂ©tion et la part de silence qui convient aux joies monastiques et dont peut-ĂȘtre il n’eĂ»t pas Ă©tĂ© prudent encore de se dĂ©partir, l’abbĂ© de Solesmes y avait convoquĂ© les amis de cƓur, ceux sans qui il ne connaissait pas de joie parfaite et dont la place ne pouvait ĂȘtre vacante ce jour-lĂ . Il y avait deux ans que dom Laurent Shepherd n’avait accompli son pĂšlerinage Ă  Solesmes il vint cette annĂ©e. Deux religieuses de l’abbaye de Stanbrook vinrent avec lui la prieure et maĂźtresse des novices, une Française, mĂšre Gertrude Dubois d’Aurillac, que Dieu avait prĂ©destinĂ©e Ă  rĂ©gir un jour comme abbesse l’abbaye de Notre-Dame de Consolation et Ă  en faire une merveille de piĂ©tĂ© et de vie monastique ; et mĂšre Mechtilde Knight, une de ses sueurs, professe depuis un mois seulement. Toutes deux furent accueillies Ă  Sainte -CĂ©cile et y restĂšrent prĂšs d’un an. Leur sĂ©jour, plus encore que la sainte affection qui unissait l’abbĂ© de Solesmes Ă  dom Laurent Shepherd, crĂ©a entre la maison de Sainte -CĂ©cile et l’abbaye de Stanbrook une fraternitĂ© surnaturelle trĂšs Ă©troite oĂč peines et joies n’ont cessĂ© d’ĂȘtre communes. Stanbrook prit ainsi sa place dans la cĂ©rĂ©monie. Elle fut accomplie selon les rites du pontifical. Mgr Fillion voulut que la premiĂšre messe dans l’église qu’il venait de consacrer fĂ»t cĂ©lĂ©brĂ© pontificalement par l’abbĂ© de Solesmes et que la fĂȘte fut partagĂ©e entre les deux fondateurs. Ce fut encore une journĂ©e de pleine joie et le complĂ©ment de celle du 14 juillet de cette mĂȘme annĂ©e. D’autres joies Ă©taient trempĂ©es de larmes. Il y avait alors au prieurĂ© de Sainte- Madeleine un moine d’une saintetĂ© Ă©prouvĂ©e qui se mourait. Le R. P. dom EugĂšne Viaud avait attendu jusque vers la quarantaine, avant de se donner Ă  Dieu dans la vie monastique. Il avait fait d’excellentes Ă©tudes et Ă©tait entrĂ© le premier Ă  l’Ecole forestiĂšre. Comme maĂźtre gĂ©nĂ©ral des eaux et forĂȘts de l’IsĂšre, il avait fait exĂ©cuter la belle route qui de Saint-Laurent-du-Pont conduit Ă  la Grande- Chartreuse. Depuis longtemps dĂ©jĂ  il Ă©tait inspecteur des eaux et forĂȘts Ă  Lorient, lorsque le Seigneur le rappela Ă  la foi et l’amena Ă  Solesmes. ProfĂšs depuis 1860, prĂȘtre depuis 1864, il avait regagnĂ© par une ferveur et une exactitude singuliĂšres les trop longues annĂ©es qu’il se reprochait d’avoir donnĂ©es au monde. La confiance de son abbĂ© l’avait appelĂ© Ă  gouverner en second une maison monastique dont le fardeau souvent ne reposait que sur lui. La douceur, l’humilitĂ©, la saintetĂ© intĂ©rieure de sa vie se reflĂ©taient dans son regard d’une extraordinaire beautĂ©. Dieu voulut couronner de bonne heure une maturitĂ© surnaturelle trĂšs rapide une longue maladie, oĂč sa patience ne se dĂ©mentit pas un instant, fut pour lui une derniĂšre Ă©preuve, pour ses frĂšres une grande Ă©dification. Lorsqu’il eut reçu les derniers sacrements, il voulut dicter Ă  son frĂšre qui Ă©tait son infirmier une lettre d’adieu pour dom GuĂ©ranger. Il lui semblait que l’accueil du PĂšre cĂ©leste lui serait plus tendre aprĂšs ce dernier entretien. L’abbĂ© de Solesmes avait pour le P. EugĂšne Viaud une profonde estime et une prĂ©dilection que justifiait la saintetĂ© du moine mourant. On devine quelle fut son Ă©motion lorsqu’il lut ces lignes RĂ©vĂ©rendissime pĂšre, voici que j’entre dans la voie de toute chair ; dĂ©jĂ  j’ai reçu l’extrĂȘme-onction, la vie se retire peu Ă  peu et le bon Dieu veut me laisser la consolation de vous dire, avant que je m’en aille, une partie de mes sentiments pour vous. En vous disant mon pĂšre », je ne reconnais pas seulement mon entiĂšre et absolue dĂ©pendance de votre autoritĂ©, mais je reconnais aussi que vous ĂȘtes mon maĂźtre dans la doctrine parce que vous-mĂȘme n’avez d’autre maĂźtre que le Christ. Partout et Ă  toute heure vous avez Ă©tĂ© vu soutenant l’autoritĂ© de l’Église et de ses pontifes, dĂ©fendant ses dogmes traditionnels ; je mets donc mes mains entre vos mains dans l’union parfaite de la sainte foi catholique. Et maintenant, ĂŽ mon doux pĂšre, ce n’est plus que sous ce titre que je vous parlerai ; je ne vois plus en vous que le pĂšre. PlĂ»t Ă  Dieu que vous puissiez me donner le secours de votre parole et Ă©tendre encore votre main sur mon front pour me bĂ©nir ! Faites-le du moins par la pensĂ©e, trĂšs cher pĂšre ; le Seigneur ne laissera pas se perdre la bĂ©nĂ©diction de votre cƓur et de votre main 10 Et l’admirable moine continuait, rappelant les bienfaits qu’il avait reçus, soucieux du monastĂšre oĂč il mourait, demandant que la priĂšre redoublĂąt autour de lui, implorant le pardon de tous les dĂ©plaisirs qu’il avait pu causer. Dieu lui laissa le loisir de recevoir une derniĂšre fois la bĂ©nĂ©diction de dom GuĂ©ranger. Ne semble-t-il pas qu’il ait puisĂ© aux sources mĂȘmes de ce Dieu, vers qui il s’acheminait dans la paix de son Ăąme, le jugement qu’il portait sur la doctrine de son abbĂ© ? Le plus bel Ă©loge qu’on en pĂ»t faire avait Ă©tĂ© recueilli sur ces lĂšvres mourantes Mon maĂźtre dans la doctrine parce que vous-mĂȘme n’avez d’autre maĂźtre que JĂ©sus Christ. » Nous ne pouvons croire que, pour enseigner comme l’Église, l’abbĂ© de Solesmes ait eu jamais Ă  faire le sacrifice d’une opinion personnelle il avait cette foi naĂŻve, sans effort et sans remĂšde, dont saint Hilaire a parlĂ© ; mais le sacrifice, s’il en avait eu Ă  consentir, n’eĂ»t-il pas Ă©tĂ© payĂ© et au delĂ  par cette dĂ©fĂ©rence absolue d’une Ăąme qui allait paraĂźtre devant Dieu et se rĂ©vĂ©lait tout entiĂšre ? Les passions soulevĂ©es par le concile du Vatican n’étaient point apaisĂ©es. Distraites un instant par la diversion de la guerre, elles n’avaient pas dĂ©sarmĂ© encore et grondaient en plus d’une Ăąme insoumise. On eĂ»t dit que dans le groupe de l’opposition conciliaire certains Ă©vĂȘques se fussent laissĂ©s emporter si loin qu’ils ne retrouvaient plus leur chemin pour revenir en arriĂšre et s’incliner devant la vĂ©ritĂ© reconnue. Leur diocĂšse attendait en vain sinon le dĂ©saveu d’une campagne violente, au moins la promulgation de la constitution Pastor oeternus et l’acte de foi surnaturelle, impĂ©rieusement sollicitĂ© par leur attitude trop connue d’opposants. Enfin l’urgence Ă©tait peut-ĂȘtre rendue plus pressante par l’étonnement du peuple fidĂšle et les apostasies alors retentissantes, aujourd’hui complĂštement oubliĂ©es, de plusieurs prĂȘtres qui avaient jurĂ© sur la foi des docteurs gallicans. Est-il besoin de rappeler les noms des abbĂ©s Michaud, Mouls, Junqua, qui, avec l’ex-pĂšre Hyacinthe, furent en possession quelques mois durant d’une si inquiĂ©tante cĂ©lĂ©britĂ© ? Michon et DĂ©pillier leur vinrent en aide. MM. Mouls et Junqua se trouvaient malheureusement impliquĂ©s dans un procĂšs scandaleux comme auteurs d’écrits contraires Ă  la morale publique. Le procĂšs se plaidait Ă  Bordeaux et de hauts personnages, trĂšs malmenĂ©s par les deux Ă©crivains apostats, s’y rendirent mandĂ©s ou non. Mgr Dupanloup fut du nombre. D’OrlĂ©ans Ă  Bordeaux, la route passe par Poitiers ; mais l’évĂȘque d’OrlĂ©ans ne vit pas son collĂšgue. Il voulait l’incognito, n’était accompagnĂ© que de M. LĂ©on Lavedan et avait renoncĂ© Ă  tout insigne Ă©piscopal ; il passait pour un simple prĂȘtre, prĂ©cepteur dans une famille noble. La curiositĂ© le porta cependant Ă  voir ce que pouvait ĂȘtre une abbaye bĂ©nĂ©dictine de Poitiers, il se fit accompagner avec M. Lavedan par un personnage poitevin assez connu de dom Bastide pour que toutes les portes s’ouvrissent devant lui. Dom Bastide Ă©tait myope autant qu’on peut l’ĂȘtre ; son attention allait naturellement au poitevin ; il ne soupçonna rien. Le prĂȘtre d’ailleurs se dĂ©robait modestement derriĂšre ses deux compagnons, regardait curieusement mais sans dire un mot. Le nom de dom Chamard alors moine de LigugĂ© fut prononcĂ© et dom Bastide, voulant faite verser la mesure de la bonne grĂące, le fit aussitĂŽt prĂ©venir. Il vint, reconnut d’un coup d’Ɠil l’évĂȘque d’OrlĂ©ans et Ă  la grande surprise de son abbĂ© se jeta aux pieds du prĂȘtre, lui baisant la main et lui demandant sa bĂ©nĂ©diction. L’évĂȘque accueillit avec une froideur extrĂȘme l’honneur importun qui lui Ă©tait rendu ; ses deux compagnons parurent fort dĂ©contenancĂ©s ; le moine de son cĂŽtĂ© ne savait Ă  quoi attribuer le peu de faveur qui rĂ©pondait Ă  ses dĂ©monstrations ; la visite une fois terminĂ©e, dom Bastide comprit enfin le mot de l’énigme et les politesses obstinĂ©es qui poursuivirent le prĂȘtre jusqu’à la portiĂšre de la voiture inclusivement.* Ce n’était qu’une mĂ©saventure lĂ©gĂšre et la France eĂ»t Ă©tĂ© heureuse si tout se fĂ»t bornĂ© lĂ . HĂ©las ! il est aujourd’hui trop dĂ©montrĂ© qu’aprĂšs avoir v u Ă©chouer au concile du Vatican les thĂ©ories libĂ©rales auxquelles il semblait avoir vouĂ© sa vie, l’évĂȘque d’OrlĂ©ans ne consentit pas encore Ă  en dĂ©sespĂ©rer. Il n’avait pu rĂ©ussir Ă  les appliquer Ă  l’Église ; il en fit l’expĂ©rience sur la France. Il ne voulut pas que le droit chrĂ©tien reparĂ»t dans son pays et, Ă  dĂ©faut des libertĂ©s gallicanes dont le concile avait fait justice, maintenir en France les libertĂ©s et principes de 1789 lui parut une compensation. Ce n’est pas Ă  nous qu’il appartient de rappeler ni la trop fameuse question du drapeau blanc, ni l’abandon par l’évĂȘque dĂ©putĂ© des pĂ©titions des catholiques en faveur du pouvoir temporel. Ces questions ont Ă©tĂ© trop agitĂ©es et elles se rattachent Ă  notre rĂ©cit par un lien trop lĂąche pour que nous ayons Ă  les traiter de nouveau. Les documents sont aujourd’hui connus ; on n’a mĂȘme pas essayĂ© de les contester. Aussi bien Dieu a jugĂ© maintenant ; il y aurait tĂ©mĂ©ritĂ© Ă  prononcer aprĂšs lui sur les intentions. Quant aux rĂ©sultats d’ordre social et politique, c’est Ă  la France Ă  dĂ©cider si le divorce avec ce qui restait encore du droit chrĂ©tien et la dĂ©viation qui remonte Ă  cette Ă©poque lui ont apportĂ© l’ordre, la dignitĂ© et la paix. Jamais depuis l’époque troublĂ©e de 1870 l’abbĂ© de Solesmes n’avait cessĂ© de revoir son Histoire de sainte CĂ©cile. Les mille soins de l’administration et d’autres travaux urgents, Ă©crivait-il Ă  M de Rossi, me laissent peu de temps pour cette Ă©popĂ©e des origines de l’Église romaine que je ne veux pas poursuivre au delĂ  de 312, mais peu Ă  peu j’avance. Je vais achever le pontificat de Calixte. ZĂ©phyrin est terminĂ©. L’épisode cĂ©cilien a Ă©tĂ© placĂ© sous Marc- AurĂšle en 178. La premiĂšre translation a eu lieu sous ZĂ©phyrin par les soins de Calixte l’hypogĂ©e des pontifes a reçu le corps de ZĂ©phyrin lui-mĂȘme. Tout marche harmonieusement grĂące Ă  vous, et je me distrais des soucis du prĂ©sent en vivant avec les chrĂ©tiens des temps antiques. Tertullien est rentrĂ© en Afrique, mĂ©content et sectaire. OrigĂšne est venu et reparti. Calixte vient de rendre au concile son dĂ©cret contre Sabellius. Tertullien que vous avez tant Ă©lucidĂ© poursuit de ses sarcasmes africains le nouveau pape. Tout renaĂźt, tout revit, il semble que l’on rĂȘve en voyant sortir du pamphlet du Mont- Athos les Philosophumena une foule de traits historiques qui vous doivent la vie et l’agencement 11 Dom GuĂ©ranger appelait de ses vƓux le second et le troisiĂšme volume des Inscriptions ; mais son ami Ă©tait alors dĂ©couragĂ© de tous les obstacles que la continuation de son Ɠuvre rencontrait dans l’insouciance du. gouvernement nouveau. Il nous Ă©tait difficile dĂ©jĂ  de nous tirer d’affaire sous la domination papale, disait-il avec tristesse ; imaginez dans quelles conditions nous vivons aujourd’hui. Les martyrs devront prendre soin eux-mĂȘmes de leurs monuments 12 » M. de Rossi souffrait de se voir entravĂ© ; pourtant son Ɠuvre se poursuivait avec lenteur ; et, au cours mĂȘme de la prĂ©paration du troisiĂšme volume de la Roma sotterranea, il trouvait le loisir d’aider de ses remarques et d’enrichir de dessins recueillis aux catacombes l’Histoire de sainte CĂ©cile, qu’il regardait un peu comme son Ɠuvre. C’était auprĂšs de l’amitiĂ© si sĂ»re et si dĂ©vouĂ©e de l’abbĂ© de Solesmes que le bon chevalier se rĂ©fugiait sans cesse pour Ă©chapper Ă  des souffrances qu’il ressentait, nous le savons, avec une vivacitĂ© extrĂȘme. Il se sentait guettĂ© sans cesse par une implacable jalousie. TrĂšs adulĂ© aussi longtemps qu’on avait autour de lui cru Ă  son entrĂ©e dans l’état ecclĂ©siastique et spĂ©culĂ© sur la situation que lui eĂ»t créée la faveur de Pie IX, les clients l’avaient subitement dĂ©laissĂ© dĂšs que son mariage lui eut fermĂ© l’accĂšs des dignitĂ©s ecclĂ©siastiques 13 . Il avait eu la faiblesse d’en souffrir. De plus, l’affection persĂ©vĂ©rante de Pie IX, une cĂ©lĂ©britĂ© croissante qui faisait d’un laĂŻc le prince de l’archĂ©ologie chrĂ©tienne et le rĂ©vĂ©lateur de la Rome souterraine, n’avaient cessĂ© d’exaspĂ©rer certains amours-propres. En vain de Rossi s’était-il appliquĂ© Ă  rendre pleine justice aux mĂ©rites de ses adversaires il n’avait pas rĂ©ussi Ă  dĂ©sarmer l’envie. Ne pouvant l’aborder sur le terrain de la science, ses adversaires s’étaient efforcĂ©s, pendant une campagne qui avait durĂ© dix ans, comme la guerre de Troie, de contester son orthodoxie et de le compromettre avec l’autoritĂ© ecclĂ©siastique. Son amour de l’antiquitĂ©, le croirait-on ? voilait un attachement exclusif Ă  l’Église d’autrefois au dĂ©triment de l’Église contemporaine, et inversement ses dĂ©couvertes et rectifications archĂ©ologiques heurtaient chez quelques-uns un sens traditionnel excessif 14 De ces plaintes mesquines, habiles, murmurĂ©es avec persĂ©vĂ©rance, il se crĂ©e Ă  la longue une impression fĂącheuse, alors surtout et c’était le cas que l’adversaire a accĂšs chaque semaine ex officio auprĂšs du souverain pontife. Pie IX s’en Ă©mut et encouragea vivement le chevalier de Rossi Ă  poursuivre le catalogue des manuscrits Ă  la Vaticane, au lieu qu’il tĂ©moignait d’une rĂ©serve voisine de la dĂ©fiance, toutes les fois qu’il Ă©tait parlĂ© d’un nouveau volume des Inscriptions ou de la Roma sotterranea. Dans cette guerre sourde et mesquine, l’amitiĂ© de dom GuĂ©ranger Ă©tait un appui pour de Rossi. L’orthodoxie de l’un plaidait pour l’autre. Non, disait le cardinal vicaire, dom GuĂ©ranger n’est ni jansĂ©niste ni ami des jansĂ©nistes 15 . » Pourtant une revue de Naples, la Scienza e fede, avait commencĂ© une sĂ©rie d’articles, anonymes d’ailleurs, contre M. de Rossi ; mais le moment parut si mal choisi et l’attaque si dĂ©nuĂ©e de thĂ©ologie et de critique que la revue se tut aprĂšs le second article. MĂȘme l’escarmouche fut si rapide que l’abbĂ© de Solesmes n’eut pas le temps d’intervenir. Je rencontrerai ces hommes-lĂ ., disait-il, sur mon chemin, l’annĂ©e prochaine, lorsque je commencerai la publication de Sainte CĂ©cile. Je ne les manquerai pas. Vive Dieu et la science chrĂ©tienne 16 ! » Mais c’était un long travail que l’abbĂ© de Solesmes avait abordĂ© dans sa vieillesse. Ce sujet des origines romaines qui avait Ă©tĂ© son Ă©tude premiĂšre s’était vu depuis 1840 renouvelĂ© de fond en comble par les dĂ©couvertes de son ami et les progrĂšs de l’érudition gĂ©nĂ©rale. Faire entrer dans la trame d’un rĂ©cit historique continu les accroissements dont l’histoire des trois premiers siĂšcles s’était si rapidement enrichie, et restituer d’aprĂšs des fragments Ă©pars la rĂ©alitĂ© vivante et le mouvement de l’Église Ă  son origine, dĂ©passait dans son Ă©tendue au moins les ressources d’une santĂ© trĂšs Ă©branlĂ©e. Dom GuĂ©ranger s’en aperçut Ă  temps. Bien des considĂ©rations d’ailleurs concouraient Ă  lui faire abrĂ©ger son travail. Le manuscrit devait ĂȘtre terminĂ© au cours de l’annĂ©e suivante et le livre donnĂ© au public en novembre 1873. Paraissant en Ă©dition de luxe, avec gravures, dessins, reproductions chromolithographiques, l’introduction et l’histoire de sainte CĂ©cile ne formeraient dĂ©finitivement qu’un seul volume qui, au lieu de conduire le rĂ©cit jusqu’à la veille du concile de NicĂ©e, s’arrĂȘterait Ă  la fin du deuxiĂšme siĂšcle, nĂ©gligeant Tertullien, OrigĂšne, les Philosophumena et saint Cyprien. Suppression pĂ©nible, sacrifice douloureux auquel l’auteur ne se rĂ©signa due contraint par le temps, limitĂ© par des exigences typographiques impĂ©rieuses ; suppression heureuse Ă  tout prendre, car elle laissait Ă  l’histoire ,de sainte CĂ©cile, malgrĂ© le dĂ©veloppement donnĂ© Ă  l’introduction, toute sa valeur culminante. La vie de la vierge romaine n’eĂ»t semblĂ© qu’un Ă©pisode et un incident au milieu d’un vaste rĂ©cit historique qui se fĂ»t prolongĂ© au delĂ  de son martyre. MĂȘme rĂ©duite, l’Ɠuvre demeurait encore immense, si l’on songe au peu de loisir que laissait Ă  l’auteur une vie dont la souffrance et la dĂ©tresse, la correspondance et le gouvernement de deux abbayes, les moines et les visiteurs se disputaient les lambeaux. Autant peut-ĂȘtre que les Ɠuvres de combat qui s’étaient rapidement succĂ©dĂ© durant le concile, la crĂ©ation toute pacifique de Sainte -CĂ©cile avait appelĂ© sur Solesmes l’attention du public chrĂ©tien carmels et monastĂšres aimaient Ă  prendre le mot d’ordre auprĂšs de dom GuĂ©ranger. De concert avec Mgr Pie et l’abbĂ© de LigugĂ©, il donnait au monastĂšre de Sainte-Croix de Poitiers ses soins qui furent bĂ©nis de Dieu l’observance parfaite refleurit dans la maison de sainte Radegonde. En 1855, sur l’invitation de l’évĂȘque de SĂ©ez, il avait posĂ© et bĂ©ni la premiĂšre pierre de la chapelle de l’ImmaculĂ©e Conception au petit sĂ©minaire. La chapelle avait grandi Mgr Rousselet voulut consacrer solennellement ce sanctuaire, le premier Ă©levĂ© dans notre France pour honorer le privilĂšge de Marie et insista pour obtenir la prĂ©sence et la parole de dom GuĂ©ranger. Il s’y rendit et passa par Saint-Nicolas de Verneuil, une abbaye bĂ©nĂ©dictine ancienne qui se tournait, elle aussi, vers Solesmes et son observance. L’évĂȘque d’Angers Ă©tait alors Mgr Freppel. Homme d’initiative puissante et Ă©tendue, soucieux comme Ă©vĂȘque et comme patriote de relever en France une haute Ă©ducation intellectuelle, il n’avait pas attendu la concession lĂ©gale de la libertĂ© de l’enseignement supĂ©rieur pour en prĂ©parer l’organe. Il le voulait Ă©tablir en sa ville Ă©piscopale. Plusieurs fois il s’était ouvert Ă  l’abbĂ© de Solesmes de ses grands projets. Dom GuĂ©ranger avait trop gĂ©mi de l’abaissement intellectuel oĂč la RĂ©volution avait laissĂ© l’église de France pour n’ĂȘtre pas gagnĂ© au dessein de l’évĂȘque d’Angers. Pour lui les universitĂ©s catholiques Ă©taient mieux encore que les hĂ©ritiĂšres des Ă©coles monastiques du premier moyen Ăąge, qui avaient sauvĂ© de la barbarie les lettres sacrĂ©es et profanes elles Ă©taient la grande voix de l’Église, maĂźtresse et Ă©ducatrice des peuples chrĂ©tiens ; et, avant le morcellement matĂ©riel de la France, elles avaient rĂ©sumĂ© la vie provinciale, en mĂȘme temps qu’elles Ă©taient des centres de travail, de vraie libertĂ©, de cohĂ©sion et de chrĂ©tienne fraternitĂ©. Tout le rĂ©seau qui autrefois maintenait la sociĂ©tĂ© dans les provinces se composait d’intelligences ayant reçu une mĂȘme culture et participĂ© Ă  une commune formation. C’est lorsqu’elles ont disparu, ces grandes institutions nĂ©es de la vie mĂȘme de l’Église et alimentĂ©es de sa sĂšve, que l’on peut reconnaĂźtre, Ă  l’émiettement des peuples et Ă  l’abaissement des doctrines, la grande place qu’elles occupaient et la fonction qui leur Ă©tait dĂ©volue. Elles Ă©taient gĂ©nĂ©ratrices de doctrine, d’unitĂ© forte et fiĂšre ; Ă  voir ce qu’elles ont fait, or. s’explique les privilĂšges des papes et les tendresses des rois et l’on oublie, on serait presque tentĂ© de regretter leurs joyeuses ou turbulentes audaces. Aussi dom GuĂ©ranger applaudissait-il aux desseins de Mgr Freppel, lorsque, escomptant le bĂ©nĂ©fice d’une loi qui n’était pas votĂ©e encore, au lieu de cette Sorbonne oĂč il avait si glorieusement enseignĂ©, l’évĂȘque songeait Ă  la crĂ©ation d’une universitĂ© angevine d’existence canonique, en faveur de qui il suffisait de faire revivre les dispositions des bulles apostoliques qui l’avaient autrefois instituĂ©e. Malheureusement, de l’Ɠuvre qu’avaient autrefois bĂ©nie les souverains pontifes EugĂšne IV et ClĂ©ment V, il ne restait rien. Tout Ă©tait Ă  relever et l’évĂȘque d’Angers savait trop l’évangile pour n’avoir pas supputĂ© d’avance la somme d’efforts, les dĂ©vouements personnels et les dĂ©penses que nĂ©cessiterait la rĂ©surrection de son antique universitĂ©. Il avait trĂšs sagement compris que, dans l’état actuel de la France et avec l’obligation de trouver sur l’heure tout un personnel enseignant, des professeurs de droit, de mĂ©decine, de sciences, de lettres, de thĂ©ologie, Ă  la fois religieux et instruits, il Ă©tait impossible, sous peine de se vouer Ă  un Ă©chec certain, de constituer en France plus de deux ou trois universitĂ©s libres ; et il estimait non moins sagement que ce ne serait pas trop d’un grand effort rĂ©gional accompli ensemble pour rĂ©aliser dans l’ouest de la France l’Ɠuvre conçue par lui. Tours, Le Mans, Laval avaient promis leurs concours ; mais Mgr Freppel redoutait non sans raison que Nantes et la Bretagne ne voulussent crĂ©er une Ɠuvre rivale. L’établissement de deux universitĂ©s libres, Ă  trois heures de chemin l’une de l’autre, lui semblait devoir ĂȘtre nĂ©faste et prĂ©parer Ă  bref dĂ© la chute de l’une ou de l’autre ou peut-ĂȘtre de toutes deux. Une telle rivalitĂ©, pensait-il, eĂ»t Ă©tĂ© dĂ©plorable ; elle ne pouvait que rĂ©jouir les ennemis de l’Église, et alors que Nantes n’avait eu d’universitĂ© que depuis le pape Pie II, une possession de huit siĂšcles semblait crĂ©er Ă  Angers un titre Ă  n’ĂȘtre pas dĂ©possĂ©dĂ©. Rome d’ailleurs encourageait vivement son entreprise. L’évĂȘque d’Angers n’ignorait pas la part qu’avait eue l’abbĂ© de Solesmes dans l’élĂ©vation de Mgr Fournier Ă  l’épiscopat. Il savait aussi l’estime que l’évĂȘque de Nantes professait hautement pour la personne de dom GuĂ©ranger ; il rĂ©clama le concours de son influence afin d’assurer Ă  l’universitĂ© d’Angers un appui sans lequel il croyait presque compromise la cause de l’enseignement supĂ©rieur. En mĂȘme temps il sollicitait directement, par un plaidoyer trĂšs habile, auprĂšs de Mgr Fournier, que la Bretagne reprit ses traditions anciennes et, pour ne pas Ă©parpiller des ressources qu’il importait au plus haut point de concentrer, consentĂźt Ă  fermer une des nations de la nouvelle universitĂ©. Il y avait un prĂ©cĂ©dent puisqu’en 1849 les Ă©vĂȘques de la province de Tours rĂ©unis Ă  Rennes en concile avaient dĂ©crĂ©tĂ© la crĂ©ation Ă  Angers pour toute la province d’une Ă©cole de hautes Ă©tudes. Nous ne savons pas ni n’avons Ă rechercher quels furent ou les motifs ou les influences qui semblĂšrent prĂ©valoir un instant auprĂšs de Mgr Fournier. Ni l’habiletĂ© de Mgr Freppel ni l’intervention de l’abbĂ© de Solesmes n’eurent tout d’abord grand succĂšs. Le chagrin qu’il en ressentit ne dĂ©couragea point l’évĂȘque d’Angers et le temps qui use tout finit par lui donner raison au moins Ă  Nantes et Ă  Rennes ; le reste de la Bretagne se joignit Ă  l’universitĂ© de Paris. A cet Ă©chec momentanĂ© vint bientĂŽt s’ajouter un plus grave ennui. Les querelles soulevĂ©es par le concile du Vatican, nous l’avons dit, n’étaient pas apaisĂ©es encore ; nulle passion ne se range en un instant. Louis Veuillot n’avait pas posĂ© les armes et, en mĂȘme temps que sa rude verve s’exerçait contre la rĂ©volution et les complaisances qu’affectait pour elle le gouvernement, sa polĂ©mique n’avait pas consenti Ă  se dĂ©tourner des hommes qui pour lui reprĂ©sentaient toujours l’ancien parti gallican et dont la molle politique lui semblait trahir Ă  la fois l’Église et la patrie. Lorsque l’évĂȘque d’OrlĂ©ans en coquetterie avec M. Thiers s’associa par son vote et un tĂ©moignage formel de confiance Ă  l’ajournement indĂ©fini des pĂ©titions catholiques en faveur du pouvoir temporel du souverain pontife, la France catholique eut un sursaut de surprise et d’indignation de se voir trahie par ses chefs. L’Univers, le moniteur du catholicisme » l’expression est de M. de Belcastel, s’étonna de ce scandaleux abandon. On pouvait penser que Univers ne gĂ©missait que de l’insuccĂšs d’une campagne qui avait Ă©tĂ© menĂ©e par lui ; mais il Ă©tait impossible de prĂȘter un souci personnel Ă  la protestation de l’évĂȘque de Versailles, lorsqu’il Ă©crivait Ă  un dĂ©putĂ© de l’AssemblĂ©e nationale Ce qui vient de se passer Ă  Versailles est une nouvelle douleur ajoutĂ©e Ă  toutes nos poignantes douleurs. Pourquoi les rĂ©clamations de plus de cent mille catholiques sont-elles Ă©cartĂ©es d’une maniĂšre si leste et si peu digne ? Il y a des hommes qui par leur position et leur caractĂšre devraient ĂȘtre les premiers Ă  la brĂšche et y entraĂźner tous les bons. Ils ont du talent et de la cĂ©lĂ©britĂ©. Ils pourraient faire beaucoup pour le triomphe des principes, mais on ne sait quelle crainte les arrĂȘte tout Ă  coup. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est pour nous un mystĂšre. Auraient-ils quelque vue surhumaine que nous n’avons pas ou bien se seraient-ils mis par leurs antĂ©cĂ©dents dans l’impossibilitĂ© de servir utilement l’Église 17 ? Ces paroles dĂ©signaient presque nommĂ©ment Mgr Dupanloup. Aux fĂ©licitations nombreuses qui accueillirent sa protestation, Mgr Mabilo put comprendre qu’il avait dit la pensĂ©e de la France catholique. L’Univers donna de la publicitĂ© et des commentaires Ă  cette lettre. Un peu plus tard survint une conversation avec le R. P. Petetot, supĂ©rieur de l’Oratoire, au sujet d’éloges sans rĂ©serve que le P. Perraud avait dĂ©cernĂ©e en So, bonne Ă  la mĂ©moire du P. Gratry. Le P. Petetot n’était pas un ennemi ; il enveloppait la leçon dans l’éloge en disant Ă  Louis Veuillot Me sera-t-il permis d’exprimer un vƓu qui me tient fort au cƓur ? Combien je serais heureux et d’autres avec moi de voir la noble cause de l’Église qui nous est si chĂšre, dĂ©fendue avec des armes toujours parfaitement dignes d’elle ! Elles n’en deviendraient selon moi, dans des mains comme les vĂŽtres, que plus redoutables et plus puissantes 18 » A la fin de cette conversation demeurĂ©e toute courtoise, Louis Veuillot Ă©cartait les compliments Si j’ai quelque crĂ©dit parmi les catholiques, disait-il, je ne le dois pas Ă  la facilitĂ© de tourner des phrases mais Ă  la volontĂ© de rester dans le bon chemin 19 » Cette bonne volontĂ© allait ĂȘtre mise Ă  une dure Ă©preuve. Le 13 avril, en rĂ©ponse Ă  une adresse de plus de quatre cents pĂšlerins venus de tous les pays de l’Europe, Pie IX s’était plu Ă  jeter un regard sur les nations reprĂ©sentĂ©es devant lui. Lorsqu’il vint Ă  la France Je bĂ©nis cette nation gĂ©nĂ©reuse, dit-il. Il y a chez elle un parti qui redoute trop l’influence du pape ce parti devrait reconnaĂźtre que sans humilitĂ© on ne peut gouverner selon la justice. Il y a un autre parti opposĂ© Ă  celui-ci, lequel oublie totalement les lois de la charitĂ©, et, sans la charitĂ© on ne peut pas ĂȘtre vraiment catholique. A celui-lĂ  donc je conseille l’humilitĂ©, et Ă  celui-ci la charitĂ© 20 . L’Univers n’était que dĂ©signĂ©. Il eut la rare et grande sagesse de s’avouer touchĂ© Nous sommes des enfants d’obĂ©issance, disait-il non sans Ă©motion notre principale et unique affaire est d’obĂ©ir. Si donc le juge estime que notre Ɠuvre ne peut plus recevoir de nous le caractĂšre que rĂ©clame l’intĂ©rĂȘt de l’Église, elle sera terminĂ©e et nous disparaĂźtrons 21 AttaquĂ© de tous et publiquement dĂ©savouĂ© par son chef, Louis Veuillot Ă©tait atteint au cƓur. Du Lac demeura plus calme. Dans une lettre Ă  dom GuĂ©ranger, il laisse voir que le dur avertissement tombĂ© des lĂšvres du pape Ă©tait attĂ©nuĂ© par les indices trĂšs visibles d’une’ entente avec le gouvernement comme par l’annonce de la lettre pastorale d’OrlĂ©ans portant enfin publication des constitutions dogmatiques du concile du Vatican 22 . L’abbĂ© de Solesmes se fit un devoir d’amitiĂ© de consoler et d’encourager Louis Veuillot. Nous devons ajouter que Rome s’efforça d’adoucir dans la suite et de cicatriser la blessure qu’elle avait faite ; l’évĂȘque d’OrlĂ©ans publia sa lettre pastorale le 29 juin 1872. Une autre douleur atteignit un peu plus tard et la rĂ©daction de l’ Univers et l’abbĂ© de Solesmes. Notre pauvre du Lac est bien malade, Ă©crivait Louis Veuillot, et nous craignons. Vous savez, mon pĂšre, tout ce que nous perdrions. Dans vos priĂšres pour du Lac, ne nous oubliez pas. Il n’y a rien de nouveau de Rome, et je pense que notre triste affaire est terminĂ©e le mieux qu’elle pouvait l’ĂȘtre, par le silence. Je reste en prĂ©sence d’un second bref qui approuve la conduite, confirme le reproche et me dit de continuer avec la mĂȘme Ă©nergie 23 . On put croire un instant que les priĂšres de Solesmes unies Ă  celles de ses nombreux amis obtiendraient Ă  du Lac un retour de santĂ© ; mais il fut bientĂŽt visible que l’amĂ©lioration Ă©tait prĂ©caire. Il vit venir la mort avec la ferme sĂ©rĂ©nitĂ© du chrĂ©tien. Parfois sa raison est comme traversĂ©e d’éclairs de dĂ©lire qui font voir la constante prĂ©occupation de son esprit, disait Louis Veuillot. II donne des idĂ©es d’articles pour les choses du moment ; il croit lire des journaux et demande que l’on prenne note des arguments qu’il en tire, il insiste pour que l’on fasse passer un article imaginaire qu’il vient, dit-il, de corriger
 Je voudrais espĂ©rer que Dieu nous le gardera. Je me fais pourtant conscience de chercher Ă  le retenir il est bon et opportun que les justes s’en aillent au bon Dieu 24 Un moine de Solesmes veilla Ă  son chevet, comme pour reprĂ©senter l’abbaye absente auprĂšs de celui qui de cƓur et d’esprit n’avait cessĂ© de lui appartenir et qui vĂ©cut et mourut pauvre. Il rendit son Ăąme Ă  Dieu le 7 du mois d’aoĂ»t dans sa soixantiĂšme annĂ©e. Louis Veuillot lui rendit un hommage Ă©mu le 10 du mĂȘme mois. Son article, une oraison funĂšbre, vraie, Ă©loquente, chrĂ©tienne, commençait ainsi Nous sollicitons les priĂšres de l’Église pour l’ñme immortelle de Jean -Melchior du Lac et d’Aures, comte de Montvert, notre collaborateur, notre maĂźtre et notre ami. Il a travaillĂ© quarante-six ans pour la sainte Église, et de tout ce long travail il n’a recueilli en ce monde que l’austĂšre joie de s’en acquitter et de remplir d’autres devoirs. Et nous qui l’avons pratiquĂ© pendant trente-cinq ans, heureux d’une amitiĂ© qui fut vieille dĂšs le premier jour, pleins de respect et d’admiration, nous ensevelissons avec larmes ce grand serviteur, ce grand humble, ce grand pauvre de JĂ©sus-Christ. On lut partout avec Ă©motion cette page de l’écrivain catholique. On avait peu parlĂ© de du Lac durant sa vie, tant le monde s’était prĂȘtĂ© au parti pris d’humilitĂ© dont il s’enveloppait ; Ă  sa mort, il fut louĂ© de tous, et nulle voix discordante ne s’éleva contre lui. Dom GuĂ©ranger n’avait cessĂ© de l’aimer comme un fils ; il l’estimait comme un saint. Ce lui fut une consolation que la disposition divine qui avait ravi du Lac Ă  sa cellule pour en faire le modĂšle du journaliste chrĂ©tien. Vous ai-je dit, Ă©crivait Louis Veuillot Ă  dom GuĂ©ranger, avec quelle joie il avait reçu une lettre de vous dans le commencement de sa maladie ? Il se la fit lire et recommanda de la lui garder. Je crois qu’il n’a aimĂ© personne autant que vous, avec autant de cƓur et de confiance. Il a eu de belles funĂ©railles. La presse s’est su mauvais grĂ© de ne l’avoir pas connu et se sent maintenant fiĂšre de lui. Il a prĂȘchĂ© une bonne fois de sa personne et il s’en va dans une vĂ©ritable aurĂ©ole. Pauvre ami ! Il a fallu que cette parole de Rome vĂźnt l’atteindre Ă  cause de moi, lorsqu’il allait mourir. Je me rappelle qu’un jour, sur un trait analogue, je lui disais Vous conviendrez que c’est vexant ! » Il me rĂ©pondit Eh bien ! on est vexĂ© » J’ai lu bien des gros livres d’ñmes pieuses qui m’ont Ă©tĂ© moins secourables que ce seul mot. C’est lui qui m’a appris pour jamais l’art si nĂ©cessaire de savoir ĂȘtre vexĂ©. Et je l’ai pratiquĂ©. J’avais fait copier pour la publier la lettre que vous m’avez Ă©crite aprĂšs sa mort. Je me suis aperçu que votre bontĂ© s’était davantage occupĂ©e de moi et j’ai mis la lettre de cĂŽtĂ© ; elle servira pour ma mort Ă  moi
 Adieu, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, vous savez avec quels sentiments tendres et respectueux je vous suis dĂ©vouĂ©, encore ici Ă©lĂšve de du Lac. Regardez-moi comme un reste de lui 25 Quelques jours plus tard, Louis Veuillot venait Ă  Solesmes se reposer un instant de son travail et de ses Ă©motions. De ses conversations avec l’abbĂ© de Solesmes, il recueillait de prĂ©cieuses corrections historiques. Il est tel article du journal sur la Saint-BarthĂ©lemy oĂč, Ă  dĂ©faut mĂȘme de toute preuve directe, il nous serait aisĂ© de reconnaĂźtre l’inspiration de dom GuĂ©ranger 26 La France connut Ă  cette Ă©poque une sorte de renouveau de l’esprit religieux. On Ă©tait sorti de terribles Ă©preuves ; la nation avait Ă©tĂ© remuĂ©e jusque dans ses plus secrĂštes profondeurs. Tout n’était point fait encore, on le sentait, mais bien des Ăąmes se tournaient vers Dieu, pleines Ă  la fois de reconnaissance et d’anxiĂ©tĂ©, et sollicitaient de lui dans un admirable mouvement de supplication le surcroĂźt de misĂ©ricorde requis pour ramener la nation Ă  la plĂ©nitude de l’esprit chrĂ©tien. On avait dit que les moines n’étaient plus de notre temps et que les pĂšlerinages avaient cessĂ© d’ĂȘtre dans nos mƓurs. Axiomes de politiques Ă  courte vue qui limitent hautainement la vĂ©ritĂ© Ă  ce qu’ils aiment et la rĂ©alitĂ© Ă  ce qu’ils peuvent en apercevoir ; formules dogmatiques rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  l’aventure et toujours si prĂšs d’ĂȘtre dĂ©menties par les faits. Les pĂšlerinages avaient cessĂ© d’ĂȘtre dans nos mƓurs ; mais d’un bout de la France Ă  l’autre, un courant inconnu portait les flots des pĂšlerins aux sanctuaires de Lourdes et de Paray -le -Monial. Les institutions religieuses avaient fait leur temps ; c’étaient Ɠuvres surannĂ©es et sans adaptation avec les mƓurs d’aujourd’hui ; et cependant l’abbĂ© de Solesmes Ă©tait obligĂ© de se dĂ©fendre contre les instances de l’évĂȘque de Rodez qui voulait remettre en ses mains l’église et le trĂ©sor de l’ancienne abbaye de Conques dans le Rouergue 27 , et contre les pressantes invitations de l’évĂȘque d’Angers qui l’appelait Ă  faire revivre le monastĂšre de Saint-Maur de Glanfeuil 28 Les hĂ©ritages dispersĂ©s venaient vers lui ; les vieilles abbayes qui depuis trois quarts de siĂšcle dormaient dans leur tombeau semblaient se rĂ©veiller de leur poussiĂšre, invoquer son appui et redemander Ă  ce rejeton de la vie bĂ©nĂ©dictine un peu de sĂšve pour se relever et revivre. Quelque douleur qu’il en Ă©prouvĂąt, dom GuĂ©ranger ne pouvait que se dĂ©rober Ă  toutes ces offres, non que l’ñge le dĂ©courageĂąt d’aborder des couvres dont il ne verrait pas la maturitĂ©, mais faute d’hommes et faute de ressources. La dĂ©tresse pesait du mĂȘme poids sur l’abbaye mĂšre et sur ses deux fondations, LigugĂ© et Marseille. Au lieu de crĂ©er des monastĂšres nouveaux, dans la pĂ©nurie oĂč il vĂ©cut jusqu’à la derniĂšre heure, l’abbĂ© de Solesmes avait fort Ă  faire de dĂ©fendre et de maintenir des monastĂšres qui se dĂ©veloppaient Ă  grand’peine, heureux nĂ©anmoins au sein de sa pauvretĂ© de saluer, et la personne de dom Bernard Moreau, l’abbĂ© que Rome donnait Ă  l’abbaye de la Pierre -qui -vire ; heureux de voir la jeune congrĂ©gation allemande dont il avait aidĂ© les premiers pas s’établir aux portes de la France, dans la riche province de Namur, Ă  Maredsous ; heureux aussi, lorsque la Providence lui donnait d’aider l’évĂȘque de Nantes dans la fondation de l’église collĂ©giale de Saint- Donatien. Mais il regarda comme une bĂ©nĂ©diction plus personnelle encore la nouvelle qui lui vint d’Angleterre, apportĂ©e par une lettre du P. Laurent Shepherd. AprĂšs un sĂ©jour de prĂšs d’un an Ă  Sainte -CĂ©cile, la prieure du monastĂšre de Stanbrook, la R. M. Gertrude Dubois d’Aurillac, s’en Ă©tait retournĂ©e avec sa compagne, la R. M. Mechtilde Knight. MĂšre Gertrude Ă©tait française de naissance, jeune encore de profession ; tout semblait donc la dĂ©fendre contre le pĂ©ril d’une Ă©lection pourtant son Ă©minente vertu, sa haute intelligence, le bon esprit de ses sueurs, le dĂ©sir de l’observance bĂ©nĂ©dictine l’emportĂšrent elle fut Ă©lue abbesse le 16 septembre 1872. Pendant un quart de siĂšcle elle devait ĂȘtre l’édification et la vie de son monastĂšre et maintenir, avec la jeune abbaye de Sainte -CĂ©cile oĂč elle avait puisĂ©, les plus. douces et les plus fraternelles relations. L’abbĂ© de Solesmes apprit la nouvelle de l’élection avec une joie extrĂȘme. L’avenir se dessinait Ă  ses yeux. En aperçut-il quelque chose encore, Ă  la fin de cette mĂȘme annĂ©e, lorsque la profession du P. Augustin Graux, suivant celle du P. AimĂ©, amena Ă  Solesmes avec M. Henri Graux Mme Anna Dambricourt et sa niĂšce, une orpheline de seize ans, Mlle ThĂ©rĂšse Bernard ? Mgr Fillion avait autorisĂ© pour cette derniĂšre l’entrĂ©e dans la clĂŽture de Sainte -CĂ©cile Ce ne fut pas l’entrĂ©e dĂ©finitive. Mlle ThĂ©rĂšse Bernard venait pour observer seulement ; des considĂ©rations impĂ©rieuses la maintenaient dans sa famille. Viendraient la majoritĂ© et la profession, et Dieu montrerait Ă  loisir ce qui Ă©tait contenu en germe dans cette premiĂšre visite du 9 dĂ©cembre 1872. Il n’avait pas Ă©tĂ© possible Ă  dom GuĂ©ranger de satisfaire aux dĂ©sirs de l’évĂȘque de Rodez ; mais Mgr Bourret n’était pas de ceux qui se dĂ©couragent d’un premier refus ; il revenait Ă  la charge. Je m’attendais bien un peu, mon trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, Ă  la rĂ©ponse que vous avez faite Ă  ma proposition d’établissement dans le diocĂšse de Rodez. Permettez -moi cependant de ne pas renoncer Ă  mon idĂ©e premiĂšre avant de vous avoir priĂ© de l’examiner Ă  nouveau. Vous me faites quatre ou cinq objections dont aucune ne me parait insoluble. Vous n’avez pas de monde, me dites-vous, et c’est lĂ  la principale, et vous ne pouvez pas fonder une nouvelle communautĂ©. Permettez-moi de vous dire que l’argument n’est pas des plus convaincants. Vous avez du monde pour trois maisons, parce que vous n’avez que trois maisons si vous en aviez davantage, la proportion du nombre augmenterait tout de suite. Il est reconnu qu’au bout de dix ans une maison a restituĂ© le nombre de sujets qu’on lui a donnĂ©s pour la fonder, et dans le Rouergue, soyez convaincu qu’au bout de dix ans vous auriez doublĂ© et triplĂ© les sujets que vous m’auriez d’abord envoyĂ©s. Et le bon prĂ©lat poursuivait Ă©cartant l’une aprĂšs l’autre les difficultĂ©s Ă©levĂ©es par dom GuĂ©ranger, pour conclure ainsi Pourquoi, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, ne feriez-vous pas le voyage de Rodez ? Pourquoi ne voudriez-vous pas voir ce pays et son Ă©vĂȘque qui vous accueilleraient l’un et l’autre avec empressement ? Nous irions Ă  Conques ensemble, vous verriez, nous examinerions ce qu’il est possible de faire et vous vous prononceriez avec plus de connaissance de cause 29 Et voici que l’évĂȘque insiste quelques jours plus tard. Mon trĂšs rĂ©vĂ©rend pĂšre, notre curĂ© de Conques vient de mourir. L’église de Sainte- Foi vous attend. Je vous assure que vous manquez lĂ  une occasion de relever le culte dans votre ordre et de le recruter, que vous ne rencontrerez jamais plus belle 30 L’évĂȘque de Rodez avait raison ; mais l’abbĂ© de Solesmes se heurtait Ă  l’impossibilitĂ©, et il fallut que, pour Ă©carter de telles offres, l’impossibilitĂ© fĂ»t rĂ©elle. Son embarras s’accroissait de tout ce qu’il ne pouvait dire par une sorte de pudeur secrĂšte qui interdit de livrer Ă  l’extĂ©rieur la confidence d’une grande dĂ©tresse. Souffrir et travailler sans relĂąche, telle fut la devise de sa vie Ă  cette heure mĂȘme de la vieillesse oĂč les plus vaillants consentent Ă  se reposer. Le travail m’accable et ne me laisse pas de relĂąche, Ă©crivait-il. J’ai eu le malheur de consentir Ă  un grand travail qui doit me tenir jusqu’à la fin de novembre. Avec tout cela, ma santĂ© ne marche pas, l’hiver a Ă©tĂ© sans gelĂ©e et chaque annĂ©e la gelĂ©e Ă©tait pour moi un renouvellement de force. Ajoutez soixante-dix moines environ, deux monastĂšres au loin, Sainte -CĂ©cile qui compte trente personnes, les hĂŽtes, les retraitants, les pĂ©nitents dans un pays que j’habite depuis quarante annĂ©es, et vous comprendrez combien toute correspondance rĂ©guliĂšre m’est difficile. Il y avait parfois un jour de dĂ©lassement, par exemple lorsque Louis Veuillot poussait jusqu’à l’abbaye ; alors on causait de politique chrĂ©tienne. NapolĂ©on III venait de mourir ; le parti monarchiste demeurait divisĂ© par cette question du drapeau blanc ou du drapeau tricolore, soulevĂ©e dĂ©jĂ  quinze ans auparavant par les soins de Mgr Dupanloup et qui venait de renaĂźtre grĂące Ă  lui. AprĂšs entente avec les princes d’OrlĂ©ans et le comte de Falloux, il avait, le 25 janvier 1873, adressĂ© au comte de Chambord une lettre oĂč il prenait avec le chef de la maison de France l’accent dĂ©libĂ©rĂ© et les airs de sommation qu’il n’avait pas oubliĂ©s encore depuis le concile. Si jamais un pays aux abois a demandĂ© dans celui que la Providence, lui a rĂ©servĂ© comme sa suprĂȘme ressource des mĂ©nagements, de la clairvoyance, tous les sacrifices possibles, c’est bien la France malade et mourante. Se tromper sur cette question si grave, se faire, mĂȘme par un trĂšs noble sentiment, des impossibilitĂ©s qui n’en seraient pas devant Dieu, serait le plus grand des malheurs 31 Il Ă©tait surprenant de voir la France malade et mourante, au jugement de Mgr Dupanloup, faire des conditions Ă  celui qui demeurait d’aprĂšs lui sa suprĂȘme ressource. La rĂ©ponse du prince fut d’une souveraine dignitĂ©. Il m’est permis de supposer par vos allusions, monsieur l’évĂȘque, qu’au premier rang des sacrifices regardĂ©s par vous comme indispensables pour correspondre aux vƓux du pays, vous placez celui du drapeau. C’est lĂ  un prĂ©texte inventĂ© par ceux qui, tout en reconnaissant la nĂ©cessitĂ© du retour Ă  la monarchie traditionnelle, veulent au moins conserver le symbole de la RĂ©volution
 Je n’ai ni sacrifice Ă  faire, ni conditions Ă  recevoir. J’attends peu de l’HabiletĂ© des hommes et beaucoup de la justice de Dieu. Lorsque l’épreuve devient trop amĂšre, un regard sur le Vatican ranime le courage et fortifie l’espĂ©rance. C’est Ă  l’école de l’auguste captif qu’on acquiert l’esprit de fermetĂ©, de rĂ©signation et de paix, de cette paix assurĂ©e Ă  quiconque prend sa conscience comme guide et Pie IX pour modĂšle 32 Ces derniĂšres paroles portaient d’autant plus sĂ»rement que Mgr Dupanloup avait invitĂ© le comte de Chambord Ă  solliciter l’avis du souverain pontife ; et l’évĂȘque d’OrlĂ©ans attachait un prix extrĂȘme Ă  la solution, puisque pour l’obtenir conforme Ă  ses vues il avait Ă©crit au cardinal Antonelli et au souverain pontife. Pie IX avait lu la lettre et Ă©crit en marge Non responsione sed commiseratione digna 33 Par un concours heureux, l’évĂȘque de Poitiers Ă©tait Ă  Rome en mĂȘme temps que M de Vanssay ; l’historien de Mgr Pie nous a appris comment l’évĂȘque devenu pour un instant le conseiller du trĂŽne rĂ©digea sur la priĂšre de M. de Vanssay le programme gĂ©nĂ©ral d’une royautĂ© et d’une politique chrĂ©tiennes 34 ; mais c’était trĂšs prĂ©cisĂ©ment la royautĂ© et la politique que les chefs de l’école libĂ©rale prĂ©tendaient Ă©carter au moyen de l’incident du drapeau. Ne serait-ce pas un souvenir de cette excursion d’un instant sur le terrain de la politique, un Ă©cho Ă  l’invitation de gouverner hardiment qu’il avait donnĂ©e Ă  l’exemple de Bossuet et aussi un douloureux pressentiment que nous trouvons dans les paroles do l’évĂȘque de Poitiers Ă  son peuple L’expĂ©rience dira, si elle ne l’a pas assez dit encore, ce que les nations auront dĂ» de stabilitĂ©, de prospĂ©ritĂ©, de libertĂ© Ă  ces monarchistes Ă©prouvĂ©s, dont le systĂšme exclut simplement toute volontĂ© sĂ©rieuse du monarque et par suite tient assez volontiers sa personne Ă  l’écart, quand elle ne se montre pas suffisamment disposĂ©e Ă  se laisser annuler 35 Mon bien cher pĂšre, Ă©crivait Mgr Pie, je dĂ©sire aller vous voir en me rendant Ă  Laval, au sacre de Mgr Sebaux. Serez-vous chez vous vendredi soir, 2 mai 36 ? » C’était la premiĂšre fois depuis la fondation de Sainte -CĂ©cile. que l’évĂȘque de Poitiers revoyait Solesmes, et on se souvient peut-ĂȘtre qu’il avait conçu quelque inquiĂ©tude que cette fondation nouvelle ne nuisĂźt Ă  l’AnnĂ©e liturgique et Ă  la Vie de saint BenoĂźt. II vint comme il s’était annoncĂ© ; il regarda attentivement et aprĂšs examen dĂ©clara prĂ©fĂ©rer Ă  toutes les fondations de dom GuĂ©ranger cette derniĂšre fondation, comme lui ressemblant plus que les autres. Peu de temps aprĂšs, il fit parvenir Ă  Mme l’abbesse de Sainte -CĂ©cile un exemplaire de ses Ɠuvres, avec ces mots Souvenir d’une visite Ă  l’abbaye de Sainte -CĂ©cile en stipulation d’un souvenir au nĂ©crologe de l’abbaye aprĂšs ma mort. Louis- EDOUARD, Ă©vĂȘque de Poitiers, 3 mai 1873. » Pendez-vous, Ă©crivait de son cĂŽtĂ© l’abbĂ© de Solesmes Ă  dom Gardereau alors absent nous avons eu Mgr de Poitiers deux jours et vous n’y Ă©tiez pas 37 » Et Ă  Louis Veuillot Mon trĂšs cher ami, Mgr de Poitiers, que nous avons eu ici quelques jours, serait heureux de voir insĂ©rer dans l’Univers son homĂ©lie du jour de PĂąques. L’exemplaire que je vous adresse de sa part est corrigĂ© de sa main ; d’oĂč vous conclurez qu’il dĂ©sire beaucoup l’insertion. Je ne la dĂ©sire pas moins que lui 38 » Sans doute l’Univers estima que l’homĂ©lie Ă©tait trop ancienne dĂ©jĂ  et d’ailleurs trop connue pour avoir besoin d’ĂȘtre reproduite. Le mois de mai de cette annĂ©e 1873 fut d’ailleurs plus que tout autre riche en incidents politiques considĂ©rables. A la mĂȘme heure des Ă©lections partielles montraient nettement le progrĂšs du radicalisme, tandis que M. Thiers, aprĂšs avoir prononcĂ© son intimation fameuse Ă  la rĂ©publique d’ĂȘtre conservatrice ou de n’ĂȘtre pas, devenu par ses habiletĂ©s mĂȘmes le prisonnier de la gauche, entrait ouvertement en conflit avec la portion conservatrice de l’AssemblĂ©e nationale, donnait sa dĂ©mission au sortir de la sĂ©ance du 24 mai et laissait la prĂ©sidence au marĂ©chal de Mac- Mahon. Un nouveau ministĂšre Ă©tait constituĂ© dont le chef Ă©tait le duc de Broglie. Quelques jours aprĂšs, un pĂšlerinage national rĂ©unissait aux pieds de Notre-Dame de Chartres plus de quarante mille pĂšlerins, cent quarante dĂ©putĂ©s de l’AssemblĂ©e nationale, des officiers en grand nombre, quatorze Ă©vĂȘques. A dĂ©faut de l’homĂ©lie de PĂąques, l’Univers insĂ©ra le discours prononcĂ© Ă  Chartres par Mgr Pie. Jamais le politique chrĂ©tien, l’évĂȘque pieux et fort, le fils et le client de Notre-Dame de Chartres ne fut mieux inspirĂ©. Les affaires publiques obĂ©issaient Ă  des pensĂ©es moins hautes. Avec le duc de Broglie, le libĂ©ralisme Ă©tait montĂ© au pouvoir. Le message prĂ©sidentiel, signĂ© Mac- Mahon mais Ă©crit par le prĂ©sident du nouveau conseil des ministres, ne contenait que la plus pure doctrine parlementaire. Oublieux de leur propre expĂ©rience, les hommes qui prĂ©tendaient gouverner et sauver le pays mettaient une sorte d’obstination Ă  se diminuer eux-mĂȘmes, Ă  s’incliner devant des fĂ©tiches et Ă  se priver en une heure dĂ©cisive de la vigueur que leur eĂ»t donnĂ©e cette vĂ©ritĂ© chrĂ©tienne qu’ils n’osaient proclamer tout entiĂšre. Il n’était pas question de l’Église ; le nom de Dieu n’était prononcĂ© qu’à la faveur d’une interjection ; le magistrat chargĂ© du pouvoir exĂ©cutif » se regardait comme le dĂ©lĂ©guĂ© de l’AssemblĂ©e, en qui rĂ©side l’autoritĂ© vĂ©ritable et qui est l’expression vivante de la loi. Ceci une fois entendu, il Ă©tait non seulement superflu, mais il Ă©tait provocant de dire que le gouvernement devait ĂȘtre et serait Ă©nergiquement et rĂ©solument conservateur, puisqu’il Ă©tait au pouvoir de l’AssemblĂ©e, par le simple jeu d’un dĂ©placement de majoritĂ©, de signifier au gouvernement le devoir de se soumettre ou de se dĂ©mettre. Une fois de plus la France Ă©tait le sujet, l’ñme Ă©lue sur qui on expĂ©rimenterait la doctrine libĂ©rale ; l’effort de la priĂšre nationale devait finalement Ă©chouer contre cette prĂ©tention. Les constitutions de la congrĂ©gation de Beuron avaient Ă©tĂ© soumises Ă  Rome Ă  un examen prolongĂ©. Au bout de quinze mois d’études et de lenteurs, elles obtinrent enfin l’approbation pontificale. L’abbĂ© de Solesmes apprit la nouvelle avec joie, encore qu’il s’y mĂȘlĂąt pour lui personnellement une part de mortification ; mais il avait l’ñme prĂ©parĂ©e et si bien faite. La congrĂ©gation des Ă©vĂȘques et rĂ©guliers, apprenait-il, en laissant intact l’ensemble des constitutions, avait jugĂ© Ă  propos de supprimer la dĂ©claration d’union fraternelle et sans dĂ©pendance qui eĂ»t créé un lien officiel avec la congrĂ©gation de France, pour rattacher la famille bĂ©nĂ©dictine nouvelle Ă  la congrĂ©gation du Mont- Cassin. Ce changement, lui Ă©crivait-on d’Allemagne, nous a affligĂ©s d’une maniĂšre d’autant plus vive que nos rapports avec la congrĂ©gation de France avaient Ă©tĂ© si intimes que nous lui devions une bonne part de nos institutions monastiques. Qu’il me soit permis de vous dire, au nom du rĂ©vĂ©rendissime pĂšre abbĂ© et de tous les membres de notre congrĂ©gation, que si un trait de plume a suffi Ă  nous refuser extĂ©rieurement, pour des motifs graves sans doute, le bĂ©nĂ©fice d’une union qui existait dĂ©jĂ  tout entiĂšre, rien ne pourra jamais diminuer la reconnaissance ni refroidir l’affection qui nous unit aux moines de Solesmes et avant tout Ă  Votre PaternitĂ© rĂ©vĂ©rendissime. C’est avec joie que nous avons appris que Votre PaternitĂ© travaille avec une ardeur infatigable Ă  la Vie de sainte CĂ©cile, et nous attendons avec un vif dĂ©sir l’Ɠuvre nouvelle qui, nous assure-t-on, sera parfaite sous tous les rapports. Mais notre rĂ©vĂ©rendissime pĂšre abbĂ© me charge de demander bien humblement si notre grand patriarche saint BenoĂźt n’a pas un peu Ă  se plaindre de la vierge martyre ou s’il n’a rien Ă  lui envier. Il ose m’inspirer une telle demande parce qu’il se souvient que l’un de vos fils, le cardinal Pitra, assurait que le but de votre vie Ă©tait d’écrire celle du patriarche des moines d’Occident 39 Aux yeux de l’abbĂ© de Solesmes qui n’avait jamais demandĂ© pour lui que d’ĂȘtre agréé de Dieu en esprit d’humilitĂ©, c’était fort peu de chose que le nom de Solesmes effacĂ© des dĂ©clarations de la jeune congrĂ©gation allemande. On ne pouvait aussi facilement effacer l’histoire des premiers temps de cette congrĂ©gation, et, en tout ordre, les liens de fraternitĂ© rĂ©elle n’ont pas besoin de textes. On ne pouvait davantage ravir Ă  la filiation solesmienne la communautĂ© d’oblates rĂ©guliĂšres de saint BenoĂźt, dites les Servantes des Pauvres, que le P. Camille Leduc venait de fonder Ă  Angers. Le berceau de l’Ɠuvre fut d’abord, aprĂšs un essai Ă  Cholet, la maison paternelle du fondateur lui-mĂȘme, Ă  Angers. Un quart de siĂšcle a suffi Ă  cette famille religieuse pour s’établir non pas seulement Ă  Angers, Ă  Paris, dans l’ouest et le nord de la France, mais pour porter en Belgique et en Angleterre, avec le spectacle de son hĂ©roĂŻque confiance en Dieu et de sa charitĂ©, la preuve que l’esprit de saint BenoĂźt, aprĂšs avoir inspirĂ© la vie contemplative, est apte aussi Ă  prĂ©parer aux hĂ©roĂŻsmes de l’action. Aussi bien une simple mention ne suffit pas c’est Ă  une histoire complĂšte qu’aurait droit cette glorieuse manifestation de la charitĂ© que la sĂšve bĂ©nĂ©dictine a produite en ces derniers temps. Mais les annales du bien s’écrivent trop lentement. S’il ne lui Ă©tait pas toujours possible de fonder, du moins la congrĂ©gation de France pouvait recueillir dans son sein une petite institution religieuse dont l’accession l’eĂ»t fortifiĂ©e en nombre. Trente ans auparavant un jeune acolyte de Saint-Sulpice Ă©tait venu Ă  Paris entretenir dom GuĂ©ranger de son dĂ©sir de vie religieuse, sans pourtant consentir Ă  le suivre Ă  Solesmes pour se soumettre Ă  l’essai d’un noviciat. L’acolyte Ă©tait devenu prĂȘtre et, de retour au diocĂšse de Troyes, avait Ă©tĂ© mis par son Ă©vĂȘque Ă  la tĂȘte de la paroisse de Mesnil Saint- Loup. Tout y Ă©tait Ă  relever. L’abbĂ© AndrĂ© mit sa paroisse sous la protection de la sainte Vierge, avec le vocable de Notre-Dame de la Sainte- EspĂ©rance, y organisa un pĂšlerinage et obtint des rĂ©sultats merveilleux. Les oppositions ne dĂ©couragĂšrent pas son zĂšle ; le mouvement des conversions devint tel qu’il crut pouvoir solliciter de Pie IX l’érection en archiconfrĂ©rie de la fraternitĂ© de Notre-Dame d’EspĂ©rance il l’obtint. Il alla plus loin encore, et, sentant se rĂ©veiller en lui le dĂ©sir de vie religieuse qui l’avait autrefois portĂ© vers dom GuĂ©ranger, il s’appliqua Ă  convertir en une sorte de monastĂšre le presbytĂšre de Mesnil Saint- Loup. Mgr Ravinet, Ă©vĂȘque de Troyes, avait consenti Ă  donner l’habit religieux Ă  M. AndrĂ© et Ă  un autre prĂȘtre. La congrĂ©gation nouvelle Ă©tait celle des bĂ©nĂ©dictins de Notre-Dame de la Sainte- EspĂ©rance, et M. l’abbĂ© AndrĂ© prenait le nom de P. Emmanuel.* L’Ɠuvre ne se rattachait jusque-lĂ  Ă  aucune famille bĂ©nĂ©dictine existante et n’avait de bĂ©nĂ©dictin que lĂ© nom. AprĂšs quelques dĂ©marches demeurĂ©es infructueuses, le P. Emmanuel pour en assurer la durĂ©e et la vie vint Ă  Solesmes en juillet 1873 et remit entre les mains de dom GuĂ©ranger les Ă©lĂ©ments qu’il avait rĂ©unis autour de lui. Mgr l’évĂȘque de Troyes devrait faire le reste et demander Ă  Rome pour le petit monastĂšre commencĂ© Ă  Mesnil Saint- Loup l’adoption bĂ©nĂ©dictine. AprĂšs un court noviciat, le P. Emmanuel et ses prĂȘtres feraient profession entre les mains de l’abbĂ© de Solesmes ; ils retourneraient Ă  leur diocĂšse d’origine, et la famille bĂ©nĂ©dictine de France acquerrait ainsi un monastĂšre de plus. Mgr Ravinet voyait le projet avec une grande bienveillance et y aidait de son mieux. L’accord entre les volontĂ©s intĂ©ressĂ©es Ă©tait si complet et l’appui Ă  Rome du cardinal Pitra Ă©tait si assurĂ© que l’agrĂ©gation semblait ne devoir subir aucun retard. Au grand Ă©tonnement de dom GuĂ©ranger, l’affaire traĂźna en longueur. Des nĂ©gociations entamĂ©es en juillet 1873 n’obtinrent pas de solution avant le mois de mars de l’annĂ©e suivante. Un rescrit pontifical autorisa alors le P. Emmanuel et l’un de ses compagnons Ă  venir Ă  Solesmes pour y faire un mois de retraite ou de noviciat et Ă©mettre ensuite la profession des vƓux simples. Les quatre autres compagnons du P. Emmanuel Ă©taient astreints Ă  l’annĂ©e complĂšte de noviciat. Le rescrit terminait enfin la question demeurĂ©e si longtemps pendante ; rien ne paraissait plus devoir faire obstacle Ă  l’adoption obtenue en principe. Pourtant c’est Ă  dater de cette heure-lĂ  mĂȘme que l’agrĂ©gation si patiemment prĂ©parĂ©e Ă©choua finalement dans un incident inattendu qui appartient aux derniers mois de la vie de dom GuĂ©ranger, mais dont nous croyons devoir anticiper le rĂ©cit. Le P. Emmanuel arriva Ă  Solesmes le 2 juin 1874. Il Ă©tait porteur d’un exemplaire du missel de Troyes, rĂ©digĂ© par le neveu de Bossuet, et que dom GuĂ©ranger dĂ©sirait depuis longtemps. Le mois de noviciat commença aussitĂŽt ; il se terminait au commencement de juillet, et dĂ©jĂ  on Ă©tait Ă  la veille de la profession simple, lorsque dom GuĂ©ranger fut avisĂ©, dans la libertĂ© de la conversation, de certaines opinions thĂ©ologiques auxquelles le P. Emmanuel tĂ©moignait ĂȘtre rĂ©solument attachĂ©. L’abbĂ© de Solesmes, qui sentait sa fin prochaine et qui Ă©tait soucieux avant toute chose d’épargner Ă  sa congrĂ©gation le pĂ©ril des dissensions doctrinales, prit Ă  part le P. Emmanuel et s’efforça vainement dans une longue discussion de le faire renoncer Ă  des thĂšses qu’il regardait comme pĂ©rilleuses ! La conviction du P. Emmanuel Ă©tait rĂ©elle, sa tĂ©nacitĂ© extrĂȘme. Alors mĂȘme que dom GuĂ©ranger lui laissait apercevoir que le renoncement Ă  ses opinions si chĂšres Ă©tait une condition de l’appartenance Ă  la famille bĂ©nĂ©dictine de Solesmes, il ne crut pas devoir passer outre ni acheter, par ce qui Ă©tait pour lui une dĂ©sertion doctrinale, le bĂ©nĂ©fice de l’affiliation. Il fallut se sĂ©parer. Le P. Emmanuel partit navrĂ©, le 4 juillet, au moment oĂč il croyait toucher son rĂȘve de vingt annĂ©es. L’abbĂ© de Solesmes l’accompagna attristĂ© jusqu’à la porte du monastĂšre. Le P. Emmanuel avait conquis l’affection de tous les moines. Il demeura attachĂ© quand mĂȘme Ă  cette maison religieuse qui l’avait Ă©cartĂ©, et nous croyons savoir qu’à plusieurs reprises, dans la suite, il s’efforça de renouer avec les successeurs de dom GuĂ©ranger des relations si malencontreusement rompues. Revenons maintenant sur nos pas. C’est au cours de ces nĂ©gociations avec Rome que dom GuĂ©ranger poursuivait l’Histoire de sainte CĂ©cile commencĂ©e depuis trois ans dĂ©jĂ . Mon travail avance, Ă©crivait-il Ă  son ami le commandeur de Rossi, car il faut que le livre paraisse 1er dĂ©cembre. J’ai encore beaucoup Ă  faire. Ce sera un livre d’étrennes. J’ignore s’il sera goĂ»tĂ©, car il est bien sĂ©rieux. J’ai dĂ» laisser de cĂŽtĂ©, pour ĂȘtre accueilli de M. Didot, la moitiĂ© du travail que j’avais prĂ©parĂ©. Peut-ĂȘtre aprĂšs tout, avec l’attrait des gravures et son Ă©lĂ©gance, aura-t-il son genre de succĂšs. Le cĂŽtĂ© polĂ©mique est dissimulĂ© par la marche historique. Pas de discussion une trame de faits se soutenant les uns les autres. Il va sans dire que je suis plus affirmatif que vous qui poursuivez votre rĂŽle de critique. Je suis historien et je fais mon profit des vraisemblances, lorsque d’autres faits les appuient. Vous comprenez que je suis sans cesse avec vous ; mais combien je vous regrette et vous dĂ©sire ! De temps en temps je surajoute mes petites vues personnelles ; vous en jugerez. Je me suis bornĂ© aux deux premiers siĂšcles pour arriver Ă  temps. L’épisode cĂ©cilien que je place en 178 est compris dans ma narration qui commence Ă  l’an 42. Je m’arrĂȘte Ă  l’an 200 et dĂ©sormais, laissant de cĂŽtĂ© Tertullien et toutes ses colĂšres, je me borne Ă  suivre l’histoire posthume de sainte CĂ©cile jusqu’à la dĂ©couverte de son tombeau par mon ami le commandeur de Rossi 40 Louis Veuillot vint, dom Marie- Gabriel, l’abbĂ© d’Aiguebelle, vint, le P. Laurent Shepherd vint Ă  son tour, mais le travail ne fut pas interrompu. DĂšs le 9 octobre commença au rĂ©fectoire sur les bonnes feuilles la lecture du livre attendu. La primeur en devait ĂȘtre rĂ©servĂ©e Ă  sa famille monastique qui en tressaillit d’aise. De Poitiers, oĂč il surveillait l’impression de la Vie de saint Josaphat, l’un de ses fils houssait un cri de joie N’est-ce pas, mon rĂ©vĂ©rendissime pĂšre, que sainte CĂ©cile est pour nous l’avant-coureur de saint BenoĂźt ? Le devoir de la chĂšre sainte est de vous aider maintenant Ă  Ă©difier le monument de notre grand patriarche. Que faut-il faire, mon pĂšre, pour obtenir la reprise et le prompt achĂšvement de ce travail ? Si vous ne nous laissez pas vos derniers enseignements dans ce livre, comment vivrons-nous aprĂšs vous ? Sans doute, ceux qui auront connu Joseph ne perdront pas la trace, mais sauront-ils la montrer aux autres ? Notre Solesmes ne doit pas pĂ©rir, et cependant si vous ne nous laissez pas l’explication de la saints rĂšgle, nous tomberons comme les autres dans la routine moderne, et le flambeau s’éteindra 41 ! Peut-ĂȘtre au lieu de simples fragments que nous possĂ©dons encore la Vie de saint BenoĂźt eĂ»t-elle Ă©tĂ© Ă©crite tout entiĂšre, si, au sortir de ce long travail, l’abbĂ© de Solesmes, fatiguĂ© par l’ñge, n’eĂ»t pas Ă©tĂ© contraint de sortir de son monastĂšre, de se faire, au Mans puis Ă  Tours, pĂšlerin et quĂȘteur, pour rĂ©pondre aux dures Ă©chĂ©ances que lui crĂ©ait sans lui en donner avis l’humeur bĂątisseuse de son cellĂ©rier. Cette fois encore, avec plus de peine que jamais pourtant, il parvint Ă  franchir heureusement l’heure de l’épreuve ; mais il Ă©tait Ă©crit que la pauvretĂ© extrĂȘme serait le lot de toute sa vie. Parfois, comme par une Ă©vidente ironie des choses, une largesse royale, inespĂ©rĂ©e, s’offrait d’elle-mĂȘme et pour un instant rassurait l’ñme naturellement confiante de dom GuĂ©ranger. Puis l’offre se dĂ©robait ou s’ajournait Ă  une Ă©poque ultĂ©rieure ; et, soit originalitĂ© des donateurs soit plutĂŽt disposition providentielle, celui Ă  qui l’on faisait espĂ©rer un million, mais pour demain, Ă©tait hors d’état d’obtenir sur l’heure les quelques milliers de francs nĂ©cessaires Ă  sa dĂ©tresse d’aujourd’hui. Lorsqu’il rentra Ă  Solesmes, le premier exemplaire de la troisiĂšme Ă©dition de Sainte CĂ©cile y arriva avec lui, Ă  l’heure prĂ©cise oĂč il voulait en faire hommage, comme un vrai chevalier, Ă  sa chĂšre sainte. L’exemplaire demeura sous l’autel majeur aux pieds de la martyre romaine, durant toute l’octave de sa fĂȘte. Les dĂ©tails donnĂ©s jusqu’ici suffiraient dĂ©jĂ  pour dessiner tout le caractĂšre de cette Ɠuvre historique et le progrĂšs de cette troisiĂšme Ă©dition, qui Ă©tait en rĂ©alitĂ© une Ɠuvre nouvelle, sur l’édition de 1849 et celle de 1853. Cette troisiĂšme Ă©dition, intitulĂ©e Sainte CĂ©cile et la sociĂ©tĂ© romaine, se composait de trois parties fort distinctes entre elles. Les onze premiers chapitres Ă©taient consacrĂ©s Ă  l’histoire de l’Église romaine pendant les deux premiers siĂšcles ; les six chapitres suivants formaient le commentaire historique des actes de la vierge romaine ; les sept derniers contenaient l’histoire du culte de sainte CĂ©cile jusqu’à nos jours. Chromolithographies, planches en taille-douce, gravures, rinceaux, ornements empruntĂ©s aux catacombes, rien n’avait Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© pour faire de ce livre un rĂ©gal d’artiste. Comme les enfants, Ă©crivait Mgr Fillion, j’ai commencĂ© par les images, et je n’ai admirĂ© encore que les magnificences extĂ©rieures de ce beau livre. Les premiers loisirs dont. je pourrai disposer seront pour le texte que je lirai con amore 42 . » Les amis de Solesmes s’unirent dans un concert d’éloges avec une restriction toutefois les uns rĂ©clamaient Saint BenoĂźt comme Ă©trennes de l’annĂ©e 1875, d’autres sollicitaient la continuation de l’AnnĂ©e liturgique. Tout lecteur est Ă©goĂŻste et ne pense qu’à lui. MalgrĂ© le sĂ©rieux austĂšre du livre, la presse lui fit un accueil presque enthousiaste cinq Ă©ditions se succĂ©dĂšrent en peu de temps. A Rome le succĂšs fut complet. Le cardinal Pitra offrit un exemplaire Ă  Sa SaintetĂ©. Le bref de rĂ©ponse 43 tĂ©moignait, en termes fort explicites et plus prĂ©cis que ceux dont Rome use en des cas semblables, de son estime pour l’Ɠuvre et pour l’ouvrier. Le commandeur de Rossi exultait ; le succĂšs de dom GuĂ©ranger Ă©tait pour lui un triomphe personnel avec Sainte CĂ©cile et la sociĂ©tĂ© romaine, c’était une fois de plus ses propres dĂ©couvertes et les richesses de la Roma sotterranea qui reparaissaient devant le public français. Quelle reconnaissance je vous dois pour la maniĂšre dĂ©licate et gĂ©nĂ©reuse avec laquelle vous me nommez et faites honneur Ă  mes travaux ! Les adversaires n’en seront pas dĂ©sarmĂ©s. Je sais que dĂ©jĂ  on a lancĂ© devant le saint pĂšre quelques mots sur l’excessive dĂ©fĂ©rence de dom GuĂ©ranger aux opinions Ă©tranges de M. de Rossi. Le saint pĂšre a rĂ©pondu Il libro mi place, et s’est amusĂ© Ă . embarrasser l’interlocuteur Ă  qui il Ă©tait interdit de trop contredire sous peine de perdre le chapeau semi-promis 44 . L’exemplaire adressĂ© Ă  M. de Rossi portait en exergue A mon ami et maĂźtre » De Rossi se rĂ©criait Ami, soit, disait-il ; maĂźtre, non. » Et pourtant l’abbĂ© de Solesmes maintenait son dire. Il est vĂ©ritablement mon maĂźtre, disait-il Ă  ses religieux. Avant de le connaĂźtre, je ne jurais que par Bianchini pour les premiers siĂšcles de Rome chrĂ©tienne. J’aurais publiĂ© la suite des Origines de l’Église romaine avec des inexactitudes sans nombre. J’avais parcouru les catacombes en 1837 et en 1843 ; mais je n’y avais rien vu. Nul ne m’en avait donnĂ© la clef ; elle m’est venue de lui. » Et mĂȘme au milieu de son grand succĂšs, il portait au cƓur une souffrance de voir son ami exilĂ© de ces catacombes romaines qui Ă©taient sa conquĂȘte et son royaume. Que de fois, mon cher ami, lui Ă©crivait-il, ma pensĂ©e se porte vers vous et vers vos chĂšres catacombes devenues muettes et inabordables ! Je vieillis et il m’est bien dur de voir ainsi s’arrĂȘter des travaux dont l’intĂ©rĂȘt et l’importance Ă©taient pour moi au-dessus de tout ce qui se produit dans le monde de la science chrĂ©tienne 45 Aussi lui Ă©tait-ce une joie d’apprendre que si le troisiĂšme volume de la Roma sotterranea mettait de la lenteur Ă  paraĂźtre, si la libertĂ© des recherches dans les catacombes demeurait encore entravĂ©e par les conditions politiques de Rome, le titre de M. de Rossi Ă©tait nĂ©anmoins officiellement consacrĂ©. Il fut sur ces entrefaites nommĂ© secrĂ©taire de la commission d’archĂ©ologie sacrĂ©e cette nomination concentrait en ses mains tout le pouvoir exĂ©cutif de la commission. L’archĂ©ologie chrĂ©tienne y devait gagner. Lorsque la seconde Ă©dition de Sainte CĂ©cile lui parvint avec la mĂȘme flatteuse dĂ©dicace de la premiĂšre, il protesta de nouveau. C’est trop, Ă©crivait-il, et j’aurais aimĂ© avoir un exemplaire Ă  prĂ©senter et Ă  faire lire Ă  tant de personnes qui me le demandent, sans devoir leur mettre sous les yeux une expression que votre modestie et votre grande amitiĂ© pour moi vous ont suggĂ©rĂ©e, mais qu’en conscience je ne puis admettre. Vous ĂȘtes le maĂźtre de vous-mĂȘme et d’une grande Ă©cole qui vous suit, et vous puisez, comme les maĂźtres savent faire, aux meilleures sources parmi lesquelles mes dĂ©couvertes archĂ©ologiques et nos recherches communes peuvent prendre leur place sans rougir, mais seulement leur place. M. Guignard, le bibliothĂ©caire de Dijon, l’ami des anciens jours, nous semble avoir rĂ©sumĂ© la pensĂ©e de tous dans les fĂ©licitations qu’il adressait Ă  dom GuĂ©ranger. Votre PaternitĂ© a terminĂ© 1873 d’une maniĂšre brillante en Ă©levant Ă  sa chĂšre sainte un monument vĂ©ritablement oere perennius. Je ne crains pas de dire que cette splendide Ă©dition est un signe du temps. Il y a vingt ans seulement, quel Ă©diteur eĂ»t osĂ© lancer un tel livre et surtout la maison Didot eĂ»t-elle songĂ© Ă  l’accepter ? Quelle triomphale rĂ©ception sainte CĂ©cile va-t-elle vous prĂ©parer dans le ciel ! Mais nous demandons Ă  Dieu que cette bonne sainte y mette le plus long temps possible, afin que vous puissiez nous donner encore beaucoup de fruits de votre pleine maturitĂ©. Saint BenoĂźt sera jaloux si vous le traitez moins solennellement que sainte CĂ©cile. Noblesse oblige ; vous voici obligĂ© de nous donner Saint BenoĂźt illustrĂ© 46 Ceux qui conviaient l’abbĂ© de Solesmes Ă  un travail nouveau ne semblaient connaĂźtre assez ni son Ăąge, ni sa fatigue, ni les devoirs que lui imposait sa maison. Surtout ils feignaient d’ignorer que pour Ă©crire, il faut premiĂšrement du loisir ; du loisir, la vie de dom GuĂ©ranger n’en connut pas, si ce n’est au cours des heures disputĂ©es au repos de la nuit. le labeur de trois ans que lui avait coĂ»tĂ© sa derniĂšre Ɠuvre l’obligea Ă  quelques mĂ©nagements pour sa santĂ© trĂšs Ă©prouvĂ©e. Sans abandonner la pensĂ©e. de mener Ă  terme des Ɠuvres dont il sentait que les Ăąmes chrĂ©tiennes recueillaient avidement le bĂ©nĂ©fice, il laissa pourtant sa vie entrer dans le repos et le silence. A cĂŽtĂ© de lui plusieurs attendaient encore et prĂ©disaient avec assurance le retour du comte de Chambord. Avec l’évĂȘque de Poitiers, il avait souhaitĂ©, sans trop oser l’attendre, la restauration d’une monarchie chrĂ©tienne ; il ne s’étonna pas de voir s’évanouir peu Ă  peu, sous l’effort habile et tenace du triumvirat libĂ©ral formĂ© par M. de Falloux, M. de Broglie et l’évĂȘque d’OrlĂ©ans, toutes les chances de la royautĂ© traditionnelle et les espĂ©rances qui firent un instant tressaillir le cƓur de la France. Question du drapeau, fusion avec la branche cadette, abdication du comte de Chambord en faveur du comte de Paris, demandes d’explications, dĂ©putations multiples n’étaient qu’une sĂ©rie d’incidents provoquĂ©s par les hommes du centre droit, si enivrĂ©s de leurs prĂ©jugĂ©s qu’ils n’aperçurent pas l’abĂźme oĂč la dĂ©viation créée par eux entraĂźnerait la France. Les avertissements ne manquĂšrent pas. L’heure est solennelle et pleine de pĂ©rils, disait l’évĂȘque de Poitiers. Partout autour de nous, les cƓurs sont partagĂ©s entre le sentiment de la crainte et celui de l’espĂ©rance. La persuasion universelle est que nous touchons Ă  une solution qui peut dĂ©cider du sort de la France dans des sens trĂšs divers, et qui devra peser d’un grand poids sur les intĂ©rĂȘts gĂ©nĂ©raux de la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne. Or, ajoutait-il avec une nuance de dĂ©couragement, Ă  ne considĂ©rer que les pensĂ©es et les dispositions de ce qu’on nomme les classes dirigeantes, toutes les chances subsistent en faveur du mal. Comment seraient-ils des guides sĂ»rs, quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question premiĂšre et principale n’existe pas encore ? Gens avisĂ©s qui pensent Ă  tout, hormis Ă  Dieu
 et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prĂȘts Ă  recommencer les mĂȘmes expĂ©riences qu’attendent les mĂȘmes chĂątiments divins. Or, c’est se moquer de l’ĂȘtre nĂ©cessaire que de se poser socialement en dehors de lui. Depuis l’Incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l’ordre moral ne peut ĂȘtre que le gouvernement de l’ordre chrĂ©tien. Aussi longtemps que les droits de Dieu et de son Christ seront mĂ©connus ou passĂ©s sous silence, la confusion rĂ©gnera par rapport Ă  tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme ou de l’anarchie nous reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude ou de la terreur 47 Ainsi parlaient les sages ; mais leur voix ne fut pas Ă©coutĂ©e. Le duc de Broglie Ă©tait auprĂšs du marĂ©chal de Mac- Mahon le vrai chef du gouvernement de l’ordre moral. II transportait dans la politique ces conceptions naturalistes que dom GuĂ©ranger lui avait autrefois reprochĂ©es dans ses Ă©crits historiques. BientĂŽt, dans une dĂ©claration d’une royale fiertĂ©, le comte de Chambord dĂ©chira les voiles et renonça Ă  devenir le roi lĂ©gitime de la RĂ©volution. L’AssemblĂ©e fut alors invitĂ©e Ă  donner au marĂ©chal de Mac- Mahon la stabilitĂ© et l’autoritĂ©. Le septennat fut votĂ© Ă  la majoritĂ© de soixante-huit voix. Dans sept ans, pensait-on, le prince serait mort, la couronne irait d’elle-mĂȘme se poser sur une autre tĂȘte. Pendant que se constituait un pouvoir qui n’avait d’autre dessein que de lui laisser le loisir de disparaĂźtre, le comte de Chambord se rendit Ă  Versailles et, pas le duc de Blacas, fit demander Ă  Mac -Mahon la faveur d’un entretien confidentiel. Il fut facile Ă  M. de Broglie de montrer au marĂ©chal que ce seul entretien serait inconstitutionnel il refusa. Sept ans aprĂšs, Ă  l’échĂ©ance, les choses Ă©taient tout autres, et bien des espoirs déçus. Le pouvoir du prĂ©sident ayant changĂ© de caractĂšre. les lois du parlementarisme voulaient que le cabinet du duc de Broglie donnĂąt sa dĂ©mission ; cette exigence de forme permit au ministĂšre de se dĂ©lester de certains Ă©lĂ©ments en dĂ©saccord avec l’orientation politique nouvelle, de la Bouillerie, Batbie, BeulĂ©, Ernoul ; M. de Broglie demeura prĂ©sident du conseil et prit le portefeuille de l’intĂ©rieur. La France marcha dorĂ©navant vers d’autres destinĂ©es et Ă  d’autres expĂ©riences ; elles se poursuivent encore. On recueillit sans tarder les indices de la direction nouvelle. Le souverain pontife Pie IX avait adressĂ© Ă  tout l’épiscopat l’encyclique Etsi malta luctuosa du 21 novembre 1873, afin de dĂ©noncer la persĂ©cution qui sĂ©vissait alors en Suisse et en Allemagne. Les mandements Ă©piscopaux qui donnĂšrent au peuple fidĂšle communication de l’encyclique fournirent au nouveau ministre des cultes, M. de Fourtou, l’occasion d’une circulaire blĂąmant avec gravitĂ© des attaques dont pourraient s’alarmer des puissances voisines ». La rĂ©ponse de Mgr Freppel fut prompte et dĂ©cisive. Ministres de l’Église, nous n’avons pas l’honneur, disait-il, d’ĂȘtre fonctionnaires de l’État, par la raison bien simple mais toute pĂ©remptoire que nous ne sommes Ă  aucun degrĂ© ni Ă  aucun titre dĂ©positaires d’une parcelle quelconque de la puissance civile. Nous parlons et nous agissons au nom de l’Église dont les intĂ©rĂȘts sont confiĂ©s Ă  notre garde, et nullement au nom de l’État qui ne nous a pas chargĂ©s d’exprimer son sentiment 48 . A cette rĂ©cusation nettement motivĂ©e, il n’y avait rien Ă  rĂ©pliquer interrogĂ© par M. de Bismarck, le ministre français avait dĂ©sormais le droit de rĂ©pondre qu’il avait fait son effort, mais qu’il avait Ă©chouĂ© devant la rĂ©sistance de l’épiscopat ; l’heure n’était pas venue encore oĂč l’on pourrait traduire devant un tribunal civil les Ă©vĂȘques coupables d’avoir fait leur devoir. Un autre incident se produisit bientĂŽt qui accentua la signification du premier. Le 8 mars 1871, entre la guerre qui venait de finir et la Commune qui allait commencer, lorsque l’Univers de Bordeaux avait publiĂ© l’inscription de la Roche -en- Breny, l’attention publique fortement sollicitĂ©e ailleurs n’y avait trouvĂ© aucun intĂ©rĂȘt. Il en fut autrement lorsque Louis Veuillot, dans les premiers jours de 1874 49 , s’en vint altĂ©rer par un amer souvenir la joie du triomphe politique naguĂšre remportĂ© par M. le duc de Broglie. Rappeler un mince Ă©pisode qui remontait Ă  plus de dix ans en arriĂšre ne pouvait ĂȘtre attribuĂ© au plaisir, trĂšs explicable dans un journal d’opposition, de taquiner le pouvoir, moins encore Ă  un dessein de malignitĂ©. Les signataires de l’inscription de la Roche-en- Breny, lĂ©s tenants de I’Église libre dans l’État libre, dĂ©savouĂ©s par le Syllabus et par le concile, Ă©taient pour la plupart hors de cause Montalembert Ă©tait mort ; l’évĂȘque d’OrlĂ©ans avait enfin fait acte d’adhĂ©sion au concile ; Cochin et Foisset s’étaient soumis ; M. de Falloux s’était ostensiblement du moins retirĂ© de la vie politique. De tout le cĂ©nacle libĂ©ral rĂ©uni le 13 octobre 1862, un seul membre n’avait pas encore renoncĂ© au programme d’autrefois c’était celui-lĂ  mĂȘme qui absent de corps avait tenu Ă  faire constater lapidairement qu’il Ă©tait prĂ©sent d’esprit et en un certain sens plus engagĂ© que les autres dans la coalition. Aujourd’hui et Ă  la faveur des circonstances, le duc de Broglie se trouvait investi d’un pouvoir considĂ©rable. Il Ă©tait devenu sinon le premier au moins le second personnage de France de fait, il Ă©tait Ă  la tĂȘte du gouvernement ; avant de le maintenir au pouvoir et de s’engager avec lui, les catholiques avaient peut-ĂȘtre le droit de savoir ce qu’il serait pour l’Église et dans quels intĂ©rĂȘts il userait d’une influence presque souveraine. L’anxiĂ©tĂ© qu’inspirait aux catholiques le passĂ© de M. de Broglie s’augmentait encore Ă  la vue des ambassadeurs que le nouveau gouvernement avait choisis pour le reprĂ©senter dans deux pays qui appliquaient Ă  leur grĂ© la formule libĂ©rale l’Église captive dans l’État persĂ©cuteur. Quel appui l’Église pouvait-elle attendre de Lanfrey en Suisse, de Fournier en Italie ? Une premiĂšre question n’obtint nulle rĂ©ponse. Louis Veuillot n’était pas homme Ă  se dĂ©courager ; il posa de nouveau la question. Une fois de plus il mit hors de cause ceux qui Ă©taient morts et s’étaient soumis avant de mourir. Mais, ajoutait-il, M. le duc de Broglie est vivant ; mĂȘme il vient de renaĂźtre comme ministre. Nos plus chĂšres affaires lui sont confiĂ©es et nous n’avons de lui aucun acte constatant qu’il n’appartient plus au parti trĂšs actif de l’Église libre dans l’État libre selon Cavour. On conviendra que nous sommes intĂ©ressĂ©s Ă  marquer le point d’oĂč il est parti, pour savoir oĂč il va et oĂč il peut arriver 50 . Si justifiĂ©e qu’elle fĂ»t, l’insistance du journaliste dĂ©plut vivement. Le gouvernement y vit de l’indiscrĂ©tion et se promit de l’en faire repentit. Quelques jours plus tard, l’Univers 51 publia dans ses colonnes le mandement de Mgr l’évĂȘque de PĂ©rigueux portant publication de l’encyclique Etsi multa luctuosa. Le ministĂšre de M. de Broglie, impuissant contre les Ă©vĂȘques, se souvint qu’il Ă©tait du moins armĂ© contre le journal qui osait accueillir et rĂ©pandre leur parole. En vertu de l’état de siĂšge, un arrĂȘtĂ© du gĂ©nĂ©ral gouverneur de Paris supprima pour deux mois la publication et la vente du journal l’Univers. Sans doute la vengeance eĂ»t portĂ© plus loin et jusqu’à la suppression totale, si nombre de dĂ©putĂ©s n’étaient allĂ©s sur l’heure demander des explications et provoquer la levĂ©e de l’interdit. M. de Broglie donna des paroles et des assurances ; mais l’arrĂȘtĂ© ne fut pas retirĂ©. Il fut dĂ©montrĂ© que le prĂ©sident du conseil se souvenait trop ; peut-ĂȘtre aussi avait-il besoin du silence de l’Univers pour laisser s’accrĂ©diter le rĂ©cit de M. l’abbĂ© Lagrange fit alors dans le Correspondant de ce qu’il avait vu et entendu lors de la rĂ©union de la Roche-en- Breny. Ce rĂ©cit avait pour titre Une page de la vie de M. de Montalembert 52 . Deux mois s’écoulĂšrent ; l’Univers reparut 53 portant en premiĂšre page une lettre de Pie IX bĂ©nissant Louis Veuillot de sa constance et de sa fermetĂ©. La polĂ©mique allait-elle recommencer ? L’abbĂ© de Solesmes n’hĂ©sita pas Ă  le conseiller et, aprĂšs avoir fĂ©licitĂ© son ami de la vocation religieuse de sa fille, le rappela au combat. C’est une question d’honneur, disait-il, et si vous avez besoin de quelques notes, je suis Ă  vous 54 . »Louis Veuillot n’avait guĂšre besoin d’ĂȘtre sollicitĂ© ; il rĂ©pondit Ă  dom GuĂ©ranger courrier par courrier Oui, vraiment, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, je veux suivre l’affaire de la Roche-en- Breny et je serai heureux de vous avoir pour guide. J’allais justement vous Ă©crire Ă  ce sujet et j’ai dĂ©jĂ  trop tardĂ©. Mais depuis quelques jours, je n’ai plus guĂšre ma tĂȘte Ă  moi. Je me suis trouvĂ© tout Ă  coup dans l’état d’un parfait bourgeois qui ne veut pas que le bon Dieu se permette d’avoir des vues sur sa fille. Je me figure que mon enfant est Ă  moi ; j’ai des idĂ©es contre les moines, les religieuses et le rĂ©gime des couvents j’en blĂąme la nourriture, le rĂ©gime et tout
 L’animal est blessĂ© dans le cƓur. Le bon Dieu me prend ma fille, voilĂ  le fait ; et il faut bien que ce soit lui pour que je ne me fĂąche pas. Il est vrai qu’aux premiers bruits, il y a longtemps, je l’avais offerte de bon cƓur, mĂȘme av» une grande allĂ©gresse ; mais je croyais que cela n’arriverait pas. Oui, mon pĂšre, cela est admirable, surnaturel, divin ; mais que cela est dur dans les premiers moments ! A prĂ©sent, je sais que le vrai travail de l’homme est de creuser sa tombe et que jusque-lĂ  il n’a rien fait. Adieu, mon rĂ©vĂ©rend pĂšre. J’espĂšre aller vous voir dans une quinzaine de jours. Priez pour moi 55 Les notes ne venaient pas assez tĂŽt au grĂ© de Louis Veuillot ; il s’efforçait de hĂąter l’envoi. Mon rĂ©vĂ©rend pĂšre, je commence Ă  ĂȘtre trĂšs pressĂ©. L’évĂȘque d’OrlĂ©ans s’en va Ă  Rome avec l’abbĂ© Lagrange. C’est le moment. Je voudrais qu’il me fĂ»t possible de partir samedi 11 avril, mon article ait ; par consĂ©quent il me faudrait vos notes vendredi matin. Ayez la bontĂ© de me les adresser, rue de Varennes, 21. J’ai besoin de prendre l’air et de distraire un peu la fille qui me reste. J’irai Ă  Tours, au Mans, chez les petites sƓurs des pauvres et Ă  Solesmes Tout cela me prendra bien huit jours. Je ne peux remettre l’abbĂ© Lagrange si loin 56 Les notes vinrent comme elles Ă©taient promises et M. Lagrange out son tour de faveur le 15 avril. Louis Veuillot vint Ă  Solesmes et en repartit consolĂ©. Je suis bien enchantĂ©, Ă©crivait-il, d’avoir une occasion de vous remercier sitĂŽt en arrivant Ă  Paris. Que Solesmes est beau ! Que Solesmes est aimable ! Quand j’en reviens, je me demande toujours pourquoi je n’y passe pas. tout mon temps. C’est parce que je suis bĂȘte. HĂ©las ! je le sais bien
 Je suis tendrement, mon pĂšre, votre hĂŽte trĂšs dĂ©vouĂ© et votre serviteur trĂšs reconnaissant. Si mon nom vient sur vos lĂšvres Ă  la rĂ©crĂ©ation, laissez-le passer, et dites, s’il vous plaĂźt, combien j’aime tout ce qui est Ă  vous 57 Sur ces entrefaites M. de Broglie cessa d’ĂȘtre ministre ; et, comme Louis Veuillot l’écrivait Ă  dom GuĂ©ranger, l’abbĂ© Lagrange, non encore dĂ©goĂ»tĂ© de la polĂ©mique, adressait au rĂ©dacteur de l’Univers 58 une lettre trĂšs longue, trĂšs insolente, et trĂšs folle, roulant tout entiĂšre sur l’inscription et dans le dessein d’établir 1 qu’elle est orthodoxe ; 2° qu’elle est interpolĂ©e ; 3 qu’elle n’existe pas et que les catholiques libĂ©raux sont les sauveurs du monde. Tout cela est facile Ă  rĂ©futer, ajoute Louis Veuillot, mais l’occasion me paraĂźt bonne pour produire l’estampage 59 » Car M. l’abbĂ© Lagrange ayant fait cette judicieuse remarque que la disposition des lignes est trĂšs importante en typographie » , Louis Veuillot demandait Ă  l’abbĂ© de Solesmes de lui fournir le dessin linĂ©aire du texte, tel que nous l’avons donnĂ© ailleurs. Dom GuĂ©ranger possĂ©dait depuis juillet 1872 une copie faite sur le marbre lui-mĂȘme. L’estampage fut donnĂ©. Les rieurs n’étaient pas du cĂŽtĂ© de M. Lagrange ; l’évĂȘque d’OrlĂ©ans en fut excĂ©dĂ© Ă  ce point que le 8 juin il Ă©crivit ab irato une lettre de quelques lignes qui dans sa pensĂ©e devait clore toute la controverse. Monsieur, disait-il Ă  Louis Veuillot, on met sous mes yeux le numĂ©ro de l’Univers du 31 mai dans lequel je lis, Ă  propos de la Roche-en- Breny, ces paroles Les seuls tĂ©moins idoines sont les trois survivants du pacte ; et aussi longtemps qu’ils garderont le silence, aucune dĂ©position Ă  dĂ©charge ne peut mĂ©riter qu’on l’écoute. » Je suis, monsieur, un des trois survivants ; et puisque vous prĂ©tendez faire argument de mon silence, vous m’obligez Ă  dĂ©clarer que toute votre polĂ©mique Ă  ce sujet n’est qu’une sĂ©rie d’abominables calomnies. Votre trĂšs humble serviteur, FÉLIX, Ă©vĂȘque d’OrlĂ©ans 60 . L’abbĂ© de Solesmes se trouva plus directement mĂȘlĂ© Ă  un Ă©vĂ©nement qui survint alors. En cette Ă©poque de pĂšlerinages et de manifestations religieuses, un groupe de dames pieuses s’étaient proposĂ©, pour la fĂȘte de l’Annonciation, d’organiser Ă  Notre-Dame de Paris une procession trĂšs solennelle avec salut du trĂšs saint Sacrement. Le cardinal archevĂȘque, Mgr Guibert, s’y prĂȘta de fort bonne grĂące. Le lieu Ă©tait bien choisi ; la date du 25 mars, marquĂ©e pour une grande manifestation de piĂ©tĂ© envers la sainte Vierge. Afin de dĂ©terminer les catholiques par la considĂ©ration mĂȘme de leurs intĂ©rĂȘts spirituels, la prĂ©sidente de l’association, Mme la vicomtesse des Cars, adressa au souverain pontife une supplique sollicitant une indulgence plĂ©niĂšre. Rome rĂ©pondit. Au lieu de quelques lignes au bas de la supplique, c’était sous la forme plus solennelle d’un bref accompagnĂ© de fĂ©licitations que Pie IX accordait l’indulgence plĂ©niĂšre et autorisait dans toutes les Ă©glises de France une procession du trĂšs saint Sacrement.* Nantie de son bref, la prĂ©sidente s’en alla le porter avec joie au cardinal archevĂȘque de Paris. MĂ©content qu’on se fĂ»t adressĂ© Ă  Rome sans passer par la voie diocĂ©saine, Mgr Guibert refusa d’autoriser la procession et interdit l’impression du bref obtenu. Une telle dĂ©cision, qui Ă  premiĂšre vue ressemblait Ă  une boutade en ce qu’elle privait les Ăąmes des faveurs de l’Église, impliquait encore, avec le dessein de considĂ©rer comme non avenue la concession octroyĂ©e par le souverain pontife, la mĂ©connaissance du pouvoir immĂ©diat et ordinaire du pape sur toute l’Église. L’abbĂ© de Solesmes apprit le refus de Mgr Guibert et, tout en reconnaissant ce que la supplique adressĂ©e directement Ă  Rome pouvait avoir d’insolite, il pensa nĂ©anmoins que tout fidĂšle avait le droit d’aller directement au pĂšre commun de tous les fidĂšles, qu’une faveur accordĂ©e par le souverain pontife Ă©tait bien et dĂ»ment accordĂ©e et que nul pouvoir au monde ne pouvait s’opposer Ă  ce qu’elle sortĂźt son effet. MĂȘme aprĂšs le chapitre troisiĂšme de la quatriĂšme session du concile du Vatican, il restait donc encore des traces de gallicanisme pratique ; il y avait pĂ©ril rĂ©el Ă  laisser les faits prescrire contre la doctrine. Le 21 mars, fĂȘte de saint BenoĂźt, les hĂŽtes Ă©taient admis Ă  la rĂ©crĂ©ation des moines. Dom GuĂ©ranger raconta l’incident. L’abbĂ© Ausoure, ancien curĂ© de Paris, s’éleva contre l’imprudence des dames catholiques qui avaient sollicitĂ© du pape une procession, une procession dans Paris Mais c’était Ă  l’archevĂȘque qu’il appartenait de juger de l’opportunitĂ© ! Mais le peuple de Paris, provoquĂ© par cette procession, pouvait s’ameuter et piller Notre-Dame elle-mĂȘme ! Dom GuĂ©ranger Ă©coutait avec tranquillitĂ© non sans un sourire C’est fort triste en effet de voir piller une Ă©glise, dit-il ; mais c’est plus triste encore de voir piller les principes » Et il donna un autre tour Ă  la conversation. MĂȘme entravĂ©e, la manifestation Ă  Notre-Dame eut un caractĂšre splendide. L’immense mĂ©tropole fut beaucoup trop Ă©troite pour contenir la foule qui refluait sur le parvis. Les craintes de M. Ausoure ne furent pas justifiĂ©es, et ce fut au milieu de l’émotion religieuse la plus profonde que, se dĂ©roula l’auguste cĂ©rĂ©monie dans son cadre incomparable. Nous n’avons fait que raconter, disait l’Univers par la plume de M. Auguste Roussel ; mais il aurait fallu peindre. Ces spectacles sont de ceux que l’Ɠil tout seul peut faire comprendre Ă  l’ñme transportĂ©e. Parmi la foule qui se pressait au sortir et se fĂ©licitait, une parole que nous avons recueillie donnera l’idĂ©e de cette impression Moi, disait l’un des assistants, j’aurais voulu ĂȘtre protestant pour une minute afin de me convertir sur-le-champ 61 » Et pourtant, au lendemain de ces fĂȘtes glorieuses oĂč l’on avait senti battre le cƓur de la France, l’abbĂ© de Solesmes demeura mĂ©content. Il ne se rĂ©signait pas, il ne pouvait se rĂ©signer Ă  la suppression du bref pontifical. Il avait lu qu’il y a un temps pour se taire et un temps pour parler ; se taire, dans l’espĂšce, lui eĂ»t semblĂ© connivence ; il rĂ©solut de parler. Mon trĂšs cher ami, Ă©crivait-il Ă  Louis Veuillot, j’aurai Ă  vous offrir le Premier- Paris » pour vendredi prochain, 3 avril. Le voulez-vous ? J’ai par lĂ  un moyen de traiter Ă  fond le bref de l’Annonciation. Comme je signerai, et je m’en fais honneur et gloire, vous ne courez aucun risque. Mais il faut absolument que la France catholique soit mise au fait, et que le concile du Vatican soit vengĂ©. Notez que je sais la chose tout entiĂšre, comme si elle s’était passĂ©e dans ma chambre 62 Louis Veuillot accepta. Au jour dit, aprĂšs avoir rappelĂ© le double souvenir religieux attachĂ© Ă  la date du 25 mars, l’Annonciation et la mort du Christ, dom GuĂ©ranger fit l’historique du bref donnĂ© par pie IX, en donna le texte et la traduction, en montra l’opportunitĂ©. Il est Ă  regretter, poursuivait-il, que le bref apostolique du 13 mars, qui pouvait encore aisĂ©ment circuler dans la France entiĂšre et rĂ©unir en faisceau tant de supplications et d’espĂ©rances, se soit trouvĂ© interceptĂ© d’une maniĂšre douloureuse et qu’il ait Ă©tĂ© ainsi privĂ© de son cours libre et de son influence
 Plusieurs villes se sont distinguĂ©es par des hommages extraordinaires envers Marie, et l’aspect qu’a offert Notre-Dame de Paris a Ă©tĂ© celui d’un magnifique triomphe ; que n’eĂ»t pas produit l’élan donnĂ© par le vicaire du Christ Ă  notre pays, non dans les proportions d’un diocĂšse ou d’une province mais dans la France entiĂšre 63 ? L’archevĂȘque de Paris se montra mĂ©content de l’article pourtant si mesurĂ© et qui n’avait pas prononcĂ© son nom ; il le trouva plein d’inexactitudes et d’insinuations injurieuses. Je ne suis pas surpris, Ă©crivait-il Ă  Louis Veuillot, d’un tel procĂ©dĂ© de la part de dom GuĂ©ranger. Depuis longtemps, il a accoutumĂ© les Ă©vĂȘques Ă  l’inconvenance de ses attaques ; mais ce qui m’afflige et m’offense, c’est que vous, mon diocĂ©sain, qui Ă©crivez sous mes yeux, qui saviez ou pouviez savoir mieux que dom GuĂ©ranger la vĂ©ritĂ© des faits dans cette circonstance, vous vous soyez rendu complice d’une aussi indigne agression en l’admettant dans les colonnes de votre journal. NĂ©anmoins au milieu mĂȘme de son indignation, Mgr Guibert n’oublia pas les lois de la prudence ; il ajoutait aussitĂŽt Je ne vous demande pas de rectification ; il ne faut dans aucun temps, moins encore au temps prĂ©sent, donner au public le spectacle de discussions qui ne profitent qu’à nos ennemis. Je me rĂ©serve de faire Ă  ma convenance ce qui me paraĂźtra le plus utile Ă  l’intĂ©rĂȘt de l’Église et ce que pourra me commander le soin de ma dignitĂ© 64 . Dans la suite, il porta l’affaire devant le cardinal Antonelli. La plainte ne semble pas avoir obtenu de succĂšs ; et lorsque vers la fin du mĂȘme mois d’avril Louis Veuillot eut Ă  revoir l’archevĂȘque de Paris, son humeur Ă©tait trĂšs adoucie. Ce n’était plus le journaliste diocĂ©sain mais le seul abbĂ© de Solesmes qui Ă©tait le coupable. Tout au plus l’archevĂȘque gardait-il encore sur le cƓur ce reproche absolument immĂ©ritĂ© d’avoir interceptĂ© un bref pontifical, qui aprĂšs tout ne lui Ă©tait pas adressĂ©, disait-il, et qu’il n’avait eu entre les mains que durant un quart d’heure Ă  peine 65 AuprĂšs de dom GuĂ©ranger Mgr Guibert avait rachetĂ© d’avance cette erreur d’un instant et effacĂ© jusqu’aux traces de l’incident de suppression au premier dimanche de carĂȘme de cette mĂȘme annĂ©e, le diocĂšse de Paris Ă©tait revenu Ă  la liturgie romaine. Partager
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Lechapitre One Piece 1055 est publiĂ© dans le Weekly Shonen Jump N°35 (2022) le lundi 1er aoĂ»t 2022 au Japon. Le premier rĂ©sumĂ© du chapitre est disponible. Il sort officiellement en français le dimanche 31 juillet 2022. RECOMMANDÉ >>> One Piece : Eiichiro Oda affirme terminer le manga dans 3 223223. 66 Comments 9 Shares. Share. Grammaire en dialogues Niveau dĂ©butant A1-A2 pan Claire Miquel CaractĂ©ristiques Grammaire en dialogues Niveau dĂ©butant A1-A2 Claire Miquel Nb. de pages 143 Format Pdf, ePub, MOBI, FB2 ISBN 9782090380583 Editeur CLE International Date de parution 2018 TĂ©lĂ©charger eBook gratuit TĂ©lĂ©charger gratuitement le livre Ă©lectronique Grammaire en dialogues Niveau dĂ©butant A1-A2 PDF DJVU MOBI 9782090380583 French Edition par Claire Miquel Overview Grammaire en dialogues s'adresse Ă  des adultes et adolescents de niveau dĂ©butant. Cet ouvrage permet aux apprenants d'aborder des notions grammaticales, correspondant aux niveaux A1 et A2 du Cadre europĂ©en commun de rĂ©fĂ©rence pour les langues CECRL et intĂ©grĂ©es dans des dialogues empruntĂ©s Ă  la vie quotidienne. Grammaire en dialogues propose 32 chapitres portant sur un point de grammaire prĂ©cis verbes du 1er groupe au prĂ©sent, expression de la quantitĂ©, etc.. Chaque chapitre est constituĂ© de trois pages sur la premiĂšre page un ou deux dialogues dans lesquels on retrouve des scĂšnes de la vie de tous les jours ; sur la deuxiĂšme page un rappel des notions grammaticales Ă©tudiĂ©es dans la leçon ; sur la troisiĂšme page des exercices d'application dont les corrigĂ©s se trouvent Ă  la fin du livre. Les plus de cette 2e Ă©dition un usage souple pour la classe ou en auto-apprentissage ; des illustrations pĂ©dagogiques actuelles et colorĂ©es ; 7 nouveaux dialogues rĂ©capitulant les points Ă©valuĂ©s dans les bilans ; un test d'Ă©valuation ; des tableaux de conjugaison. Lire aussi This Life Secular Faith and Spiritual Freedom by Martin Hagglund on Ipad download link, PDF [Download] We Belong by Cookie Hiponia link, [PDF] Le serment des catacombes download pdf, [Pdf/ePub] The Roommate by Rosie Danan download ebook site, The Dangerous Truth About Today's Marijuana Johnny Stack's Life and Death Story by Laura Stack, Kevin A. Sabet on Audiobook New read pdf,
Leserment des catacombes | Odile Weulersse | | Yves Beaujard | | | Livre de poche jeunesse
Voici la liste des oeuvres que je lis, compulse, rĂ©sume. Pour les lycĂ©ens et les profs, j'ai dĂ©cidĂ© de partager mes rĂ©sumĂ©s et mes prĂ©sentations des grands classiques de la littĂ©rature principalement française. Voici aussi des listes destinĂ©es Ă  ceux qui ne savent pas quoi conseiller Ă  leurs enfants ou ados, pour qui la lecture est une tĂąche difficile... Partager cette page Pour ĂȘtre informĂ© des derniers articles, inscrivez vous À propos J'adore lire... Je dĂ©vore une soixantaine de livres par an, surtout des romans. Je lis des classiques français, des textes actuels et de la littĂ©rature anglo-saxonne. J'aimerais partager mes coups de coeur, mes lectures du moment, mes rĂ©sumĂ©s.. Voir le profil de Everina sur le portail Overblog
Sermentd'abstinence chapitre 5. Posté par Khady le 13/12/2021 à 05:48:11. Résumé du serment d'abstinence chapitre 5 Ajouter une réponse. Votre message :: Votre prénom: Votre email:: A voir aussi : Quel est le résumé du roman"le gong a bégayé"? Les personnages d' Aké, les années d'enfance. Pourquoi Hobbes dit que l'homme est un loup pour l'homme?
Comment rendre son histoire fluide ? RĂ©digĂ© le 24 janvier 2008 1 minute de lecture Chapitres La situation initiale SI L'Ă©lĂ©ment perturbateur EP Les pĂ©ripĂ©ties P L'Ă©lĂ©ment de rĂ©solution ER La situation finales SF La situation initiale SI DĂ©but du rĂ©cit rien ne s'est encore vĂ©ritablement passĂ©. Le temps employĂ© est gĂ©nĂ©ralement l'imparfait, qui exprime une action longue de second pland qui dure dans le passĂ©. C'est le temps de la description dans le passĂ©. Elle rĂ©pond plus ou moins prĂ©cisĂ©ment aux questions Qui ? Quoi ? Quand ? OĂč ? Pourquoi ? Comment ?. Elle nous renseigne donc sur le cadre spatio-temporel le lieu et le temps de l'histoire. Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !C'est partiL'Ă©lĂ©ment perturbateur EP Un Ă©vĂšnement vient modifier la situation initiale et va dĂ©clencher une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties. La perturbation est souvent signalĂ©e par un indice temporel tel que un jour, un matin, soudain, alors, tout Ă  coup... Changement de temps le tmps employĂ© devient le passĂ© simple qui marque un retournement de situation une rupture. Les pĂ©ripĂ©ties P SĂ©rie d'action ou d'aventures qui arrivent aux personnages. L'Ă©lĂ©ment de rĂ©solution ER Dernier Ă©vĂšnement qui rĂ©sout le problĂšme et met fin aux pĂ©ripĂ©ties. Il annonce la situation finale La situation finales SF C'est la fin du rĂ©cit, le retour du/des personnages Ă  une situation plus ou moins stable, siffĂ©rente en bien ou en mal de la situation initiale. La plateforme qui connecte profs particuliers et Ă©lĂšves Vous avez aimĂ© cet article ? Notez-le ! Agathe Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !
Samiliadoit épouser Kouame, le roi des Terres de sel. Le premier indice du malheur est annoncé : des hommes placés sur les collines du nord attendent, observent. En fin de journée, les collines s'embrasent puis un homme seul entre dans les rues de Massaba. C'est Sango Kerim, compagnon de jeu des enfants du roi, élevé avec eux. Il vient demander Samilia en mariage, rappelant une
En 177, pendant le rÚgne de Marc AurÚle, une jeune fille de quinze ans arrive à Lyon. C'est le début de la persécution contre les chrétiens. Les Romains ont horreur de ces impies qui refusent leurs divinités et vénÚrent un Dieu unique. Toutilla fait partie de ces croyants persécutés. Son seul soutien est son amoureux, gladiateur et champion de course en char. Mais peut-elle lui faire confiance ?
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LESERMENT DES CATACOMBES Odile Weulersse Illustrations de Yves Beaujard (Couverture de Isabelle Dethan) Ch. 1. Au IIĂšme siĂšcle ap. J.-C., la jeune orpheline Toutilla est recueillie Ă 

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