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ETERNITE Les Hommes Rouges PROLOGUE A cette Ă©poque la terre Ă©tait encore totalement vierge. Des minĂ©raux Ă  perte de vue, des volcans crachant leur lave et des mĂ©tĂ©orites se crashant rĂ©guliĂšrement sur ce dĂ©sert, c’était tout ce que l’on aurait pu voir si on se trouvait lĂ , dans ces premiers temps. Mais si l’on s’était retrouvĂ© Ă  regarder ce paysage grandiose par son unicitĂ© minĂ©rale, encore aurait-il fallut un bon scaphandre. Et oui ! Il n’y avait pas la moindre trace d’oxygĂšne Ă  la surface de cette planĂšte que nul n’aurait osĂ© appeler Terre. Boule brĂ»lante, oui ! La lune commençait Ă  ĂȘtre assez loin de la Terre pour que son influence sur les Ă©lĂ©ments ne soit plus aussi prĂ©pondĂ©rante. Notre satellite tournait maintenant rĂ©guliĂšrement autour de son astre mĂšre et attirait sur lui de plus en plus d’astĂ©roĂŻdes et autres corps cĂ©lestes voyageant dans notre galaxie Ă©pargnant d’autant notre petite planĂšte. Le contraste Ă©tait saisissant entre ces Ă©tendues rocailleuses et le foisonnement de vies qui Ă©voluaient sous l’ocĂ©an unique qui s'Ă©tait formĂ© recouvrant la plus grande surface de notre globe. LĂ  dessous, des organismes unicellulaires s’étaient dĂ©veloppĂ©s pour donner naissance Ă  des formes de vies plus complexes. Amibes, Ă©ponges, algues et autres incongruitĂ©s vĂ©gĂ©tales se multipliaient sous la surface de cette eau protectrice. Leur aspect pour le moins Ă©tranges se justifiaient. Il fallait bien expĂ©rimenter toutes les possibilitĂ©s, bien souvent saupoudrĂ© de n'importe quoi pour rĂ©ussir Ă  s'adapter aux conditions de vie qui nous Ă©taient proposĂ©es ! Sur les terres Ă©mergĂ©es rĂ©gnaient les minĂ©raux. Sous la mer la colonisation des vĂ©gĂ©taux Ă©tait totale. Mais il n’y avait encore aucune trace de vie animale que ce soit hors ou sous l’eau. Et cela ne manquait aucunement aux deux ordres qui dominait cette planĂšte. L’atmosphĂšre de cette de terre aride Ă©tait irrespirable. Des gaz, tous plus toxiques les uns que les autres empĂȘchait la vie de s’inviter au-dessus du niveau de la mer. Les algues cyanobactĂ©ries et autres vĂ©gĂ©taux marins, curieux comme pas deux, ne pouvaient, pourtant s’empĂȘcher de lorgner sur ces nouveaux territoires. AprĂšs une concertation toute vĂ©gĂ©tale, les algues bleues, les as de la chimie sous-marine, se mirent au boulot Ă  grands coups de mutations. Elles fourmillaient maintenant en mer et Ă  force de pugnacitĂ©, arrivĂšrent Ă  transformer l’atmosphĂšre terrestre. Ces algues bleues inventĂšrent la photosynthĂšse. Elles relĂąchaient sans cesse de l’oxygĂšne et créÚrent ainsi une mince couche d’ozone indispensable pour filtrer les rayons de notre soleil. A leur grand plaisir, ces algues purent admirer le rĂ©sultat de leur travail. En se rapprochant au plus prĂšs de la surface, elles admirĂšrent le magnifique ciel bleu qu’elles venaient d’inventer. La vie sur terre Ă©tait devenue possible et bien vite, pour nous tout du moins, les vĂ©gĂ©taux marins s'apprĂȘtĂšrent Ă  s'essayer Ă  relever ce nouveau dĂ©fi. Subsister hors de l’eau. L’heure de la colonisation terrestre avait sonnĂ©. Et vite ! Nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, n’avions que peu de temps devant nous ! HĂ©las, mille fois hĂ©las, la rapiditĂ© n'est pas notre fort ! Il faut dire Ă  notre dĂ©charge que les minĂ©raux, ces pauvres tas de cailloux, se vengeaient de nos railleries sur leur immobilisme. Ne voilĂ  pas que ces amas de pierres destinĂ©s Ă  redevenir poussiĂšre prenaient un malin plaisir Ă  bouger, Ă  Ă©merger du fond des mers puis Ă  y retourner au grĂ© de cataclysmes dont ils ont seuls le secret. Il Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard ! Le mal Ă©tait fait. Dans notre prĂ©cipitation Ă  trouver le meilleur moyen pour sortir de l’eau et d’évoluer en gardant nos inestimables caractĂ©ristiques, nous avions commis l'irrĂ©mĂ©diable ! La crĂ©ation de l’ordre animal ! Eux aussi faits de chair et de sang, enfin, faits de leur chair et de leur sang ! Rien Ă  voir avec nos spĂ©cificitĂ©s uniques destinĂ©es Ă  rĂ©gner sans partage sur cette boule que vous nommerez bien plus tard la Terre ! Nous le reconnaissons volontiers, tout ce patacaisse est entiĂšrement de notre faute Un peu trop de fer dans notre systĂšme circulatoire et le sang Ă©tait nĂ©. Au dĂ©part fort proche de nous, en terme de composition, ce systĂšme sanguin permit l’apparition de ces ĂȘtres fourbes, imprĂ©visibles et gesticulateurs. Vous les nommerez "Animaux". Tu parles ! De sacrĂ©s empĂȘcheurs de tourner en rond, oui ! Et comme si ça ne suffisait pas, ils se sont permis de se multiplier et de se diffĂ©rencier Ă  vitesse grand "V". En tous les cas, beaucoup trop rapidement pour nous, nom d'un chrysanthĂšme ! Nous n'avons rien pu faire. La facultĂ© d'adaptation de ces olibrius sur pattes, ou pas, dĂ©passait de loin nos maigres facultĂ©s de rĂ©action. Des animaux apparaissaient maintenant chaque jour ! Et oui ; nous, vĂ©gĂ©taux de toutes espĂšces, Ă©tions maintenant menacĂ©s par de nouveaux rivaux. Pourtant, jusqu’alors, nous Ă©tions les plus rapides. C’est vrai que les minĂ©raux n’étaient guĂšre rĂ©putĂ©s pour leur cĂ©lĂ©ritĂ©. Si nous en plaisantions depuis le fond des Ăąges, nous comptions quand mĂȘme sur eux pour ne pas trop se dĂ©placer. Sinon ou aurions-nous pu nous accrocher pour vivre et nous dĂ©velopper ? Alors quelques-uns parmi-nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, dĂ©cidĂšrent de partir la haut, Ă  la hĂąte, sur la terre, pour Ă©chapper Ă  ces monstres grouillants que nous avions engendrĂ©s par mĂ©garde. C’est sous la forme de petites mousses et de lichens que nous nous sommes arrimĂ©s la haut, sur le sol. Exactement comme nos frĂšres de l'ordre vĂ©gĂ©tal qui s'Ă©taient sacrifiĂ©s en stoppant leur Ă©volution pour permettre la notre lĂ -haut, hors de l'eau. Une fois conquise, la terre nous offrait un espace rĂ©servĂ© rĂȘvĂ© pour nous Ă©panouir. Nous nous sommes diversifiĂ©s, tant et si bien, que rapidement plus un centimĂštre carrĂ© ne pouvait Ă©chappe Ă  notre conquĂȘte. Nous avions un nouvel espace oĂč Ă©voluer sereinement ! Une partie d’entre nous s’est de nouveau sacrifiĂ©e pour fabriquer l’oxygĂšne nĂ©cessaire Ă  la survie de l’organisme nos tĂȘtes pensantes, de nos espĂšces dirigeantes. Magnifique don de soit qui vous permet d’admirer chaque week-end lors de vos promenades nos vaillants ouvriers, les arbres. Mais elles ne restaient pour nous que le moyen d’arranger ce pauvre amas de rocaille qu’était au dĂ©part notre petite terre. LĂ  bonne marche de notre plan de conquĂȘte Ă©tait Ă  ce prix puisque ces satanĂ©es bestioles s’étaient invitĂ©es, elles aussi, sur nos terres Ă©mergĂ©es, mettant en danger notre existence. C'est que ça n'arrĂȘte pas de respirer ces animaux, et sans aucune contre partie pour le bien ĂȘtre des autres habitants de la planĂšte. Nous avions pourtant bien rĂ©flĂ©chi, tout planifiĂ© avec soin. Mais la capacitĂ© d’évolution des animaux nous a pris de vitesse. Nous ne pouvions aller plus vite. Il faut que vous compreniez que notre raisonnement n’est pas individuel mais collectif. Nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, sommes tous reliĂ©s et la moindre dĂ©cision prend Ă©normĂ©ment de temps. C’est la clĂ© de notre supĂ©rioritĂ© sur ces bestioles volatiles et superficielles, rampantes, courantes et volantes en tous sens, engagĂ©es dans une lutte chaotique pour ĂȘtre Ă  la pointe de leur misĂ©rable Ă©volution. Nous, c’est l’inverse ! Nous partageons tout. Des systĂšmes nerveux et sanguins qui sont communes Ă  toutes nos espĂšces, courent en rĂ©seaux infinis pour aboutir Ă  une stratĂ©gie de dĂ©veloppement mĂ»rement rĂ©flĂ©chie commune Ă  nous tous. A peine avions nous mis au point un systĂšme de reproduction impliquant nos chĂšres bĂȘbĂȘtes» et l’ingestion par elles de notre nouvelle invention, la graine que
 Vlan ! Il Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard ! Le temps que les tapis de mousses qui nous relie les uns aux autres nous fassent parvenir les diffĂ©rentes informations et voilĂ  que ces maudits animaux ne nous trouvent plus Ă  leur goĂ»t ! Ils ne veulent plus de nos graines, trop pauvres en apports nutritifs et trop proche de leur propre systĂšme corporel, nerveux et circulatoire. Ils se refusent Ă  manger notre semence et donc Ă  les dissĂ©miner. Ils se contentent de nos cousins, simples vĂ©gĂ©taux. Plus de descendance, plus d’avenir ! Et en moins de temps qu’il ne faut pour qu’une de mes branches ne pousse assez pour caresser ma bien-aimĂ©e et voilĂ  que notre territoire s’est rĂ©duit comme une peau de chagrin. Quelques larges vallĂ©es Ă  l’image de celle du rift africain, c’est tout ce qui nous reste. Bien pire encore ! Les alĂ©as climatiques de notre planĂšte, avec ses pĂ©riodes chaudes puis glacĂ©es, nous font disparaĂźtre de nos derniers sanctuaires et nous obligent Ă  nous rĂ©fugier sous le sol, sous forme de graines, attendant l’arrivĂ©e d’un hypothĂ©tique sauveur
 Mais mĂȘme les animaux commettent des erreurs. Ils ont engendrĂ© ceux qui s’appellent les hommes ! Mais personne Ă  cette Ă©poque ne pouvait imaginer leur pouvoir de nuisance qui alliait inventivitĂ© et manque de rĂ©flexion Ă  long terme, le tout, mĂątinĂ©s d’égoĂŻsme forcenĂ© et d’une et de soif de pouvoir soif de pouvoir sans Ă©gal. C’était maintenant Ă  nous de dresser ces drĂŽles de nouveaux bestiaux Ă  deux pattes. Agiles comme ils sont, il est certain qu’ils vont pouvoir nous rendre ce que leurs ancĂȘtres nous ont enlevĂ©. CETTE PLANETE EST NOTRE ! I ENFANCE Chapitre 1 FUITE -Je suis un meurtrier, je le savais mais non je l’ai laissĂ© mourir ! J'ai tuĂ© ma mĂšre. Mais pourquoi n'ai-je rien fait pour la sauver ! C’était pas sorcier non d’un chien ! Il repensait Ă  sa mĂšre, sa chĂšre maman qu’il ne reverrait plus, tout comme aux jumeaux, deux adorables bĂ©bĂ©s sans dĂ©fense qu’il avait laissĂ©s derriĂšre lui sans se retourner. Il s’en voulait Ă  mort pour cela. Il savait cependant au fond de son Ăąme qu’il n’avait pas d’autre choix. A l’inverse, il ne se sentait pas du tout triste pour le ravagĂ© du cerveau qui l’avait poussĂ© Ă  suivre son instinct, par la vie cataclysmique que leur avait imposĂ©e cette brute avinĂ©e. - Un assassin, un pauvre minable de lĂąche d’assassin. VoilĂ  ce que je suis ! Ces phrases et quelques autres du mĂȘme acabit lui trottaient dans la tĂȘte depuis maintenant plus de deux heures. Deux heures Ă  marcher sur cette vacherie de bas cĂŽtĂ© d’autoroute et avec deux gamins qui ne se rendaient compte de rien ! Il aurait aimĂ© avoir en ce moment leur Ăąge, Ă  les regarder jouer comme si la vie se dĂ©roulait Ă  l’instant prĂ©sent. Mais le moment Ă©tait, il le sentait, plus Ă  l’urgence qu’à la rĂȘverie. Il lui fallait s’éloigner le plus vite possible plutĂŽt que de penser Ă  des Ăąneries comme disait maman ou de revenir sur le carnage » qui les avait mis tous les trois dans cette situation. -Allez, les frangins ! Venez prĂšs de moi ! Si vous voulez qu'on ait une chance de rester ensemble, faites exactement comme je vous l’ai dit, non d'un chien ! Leur intima-t’il autant pour eux que pour se donner du courage et ne plus penser Ă  ce qui s’était passĂ© tout Ă  l’heure. Dehors, alors que l’orage se terminait, l’air se remplissait de l’odeur des herbes en train de sĂ©cher aprĂšs un long Ă©tĂ© ensoleillĂ©. Quand l’orage avait Ă©clatĂ©, ils avaient trouvĂ© refuge sous la pile d’un pont qui enjambait de l’autoroute. MalgrĂ© le vacarme du trafic automobile, le garçon commençaient Ă  s’assoupir, accroupi, le dos appuyĂ© contre le bĂ©ton encore chaud de l’énorme pilier. Son blouson roulĂ© en boule lui servait d’oreiller. Seuls ses cheveux longs et bouclĂ©s, son jean et son T-shirt noir qui lui collait Ă  la peau, encore trempĂ©s l’empĂȘchaient de plonger dans un profond sommeil. Les paupiĂšres lourdes, Il laissait son esprit vagabonder encore un peu sur les Ă©vĂšnements qui s’étaient enchaĂźnĂ©s depuis le dĂ©but de la journĂ©e. Il gardait nĂ©anmoins toujours un oeil toujours sur les petits. AprĂšs une bonne minute d’étirement, il dĂ©cida qu’il Ă©tait temps de songer Ă  se remettre en route, de fuir le plus loin possible. Vers oĂč et comment, ça n’était pas d’actualitĂ© pour le moment. **** Alors qu’ils s’étaient remis en marche, l’adolescent, longiligne Ă  qui l’on aurait volontiers donnĂ© treize ou quatorze ans avec son mĂštre soixante-dix et ses grands yeux au regard triste, essayait de remettre de l’ordre dans ses pensĂ©es. Il ne voulait pas se laisser dĂ©border par ses sentiments, le chagrin et la peur de l’avenir. -D’abord eux et puis moi, D’abord eux et puis moi, ouais Ă  moi plus tard ! Faire comme maman a dit! Les mettre en sĂ©curitĂ©, c’est facile Ă  dire mais qu’est ce que je vais faire d’eux
Bon sang ! Marmonna-t’il Ă  voix haute sachant parfaitement que les petits ne l’entendraient pas pris qu’ils Ă©taient par leurs jeux faits de courses et de cris. Il ne voulait pas se l’avouer mais il sentait qu’il perdait de sa concentration Ă  mesure que la fatigue, la faim et l’angoisse le gagnaient. En regardant les deux bambins qui se trouvaient dix mĂšres devant lui, il songea - En voilĂ  deux pour qui la vie n’était pas devenue un problĂšme ! InstantanĂ©ment, un sourire apparut sur ses lĂšvres sans qu’il ne rende compte. -Eh, les frangins ! Revenez un peu par-lĂ , lança t’il. Qui veut terminer les chips ? Les deux gamins se regardĂšrent un instant avant de partir au pas de course vers le paquet bleu et rouge qu’il venait de sortir de sa poche de pantalon et qu’il agitait aussi haut que ses bras lui permettait. Pendant que les deux enfants dĂ©voraient ce qu’il restait du paquet, l’attention du jeune adolescent fut attirĂ©e vers la sirĂšne dont le son s’amplifiait Ă  mesure que la voiture se rapprochait. - Stop ! intima t’il aux bambins. Les deux paires d’yeux se fixĂšrent immĂ©diatement sur lui. Il continua prenant soin d’adoucir le son de sa voix comme pour jouer au secret qu’il faut garder si on se fait attraper ». -Vous vous souvenez des consignes, hein ! Vous entendez la sirĂšne, pas vrai ? Les deux petits hochĂšrent de la tĂȘte en mĂȘme temps. -Qui est capable de me les redire ? Et les deux bambins de rĂ©pondre Ă  l’unisson on a perdu la voiture de maman et papa quant ils se sont arrĂȘtĂ©s parce qu’ils se disputaient pour la route. Alors on est descendu pour voir dehors et la voiture est repartie
 » C’est ça, hein ? Et pour moi ? ajouta le garçon -Si t’es avec nous, on vient juste de te rencontrer et si tu te caches bien et que personne te voit, on dit rien sur toi jamais-jamais c’est jurĂ©-crachĂ©, expliqua tout fiĂšre le plus grand des deux enfants. Le garçon rĂ©ussit Ă  sourire, acquiesça avec un air complice destinĂ© aux frangins », et ajouta -vous entendez la sirĂšne qui se rapproche ? VoilĂ  ce dont il faut se mĂ©fier. Alors on fait comme pour les autres, hein ? DĂšs qu’elle se toute proche, vous irez vous cacher dans l’herbe, lĂ , Ă  cĂŽtĂ© du pont et moi, je serai plus haut, derriĂšre le gros-poteau-gris » pour vous surveiller. Si la voiture s’arrĂȘte, vous courrez vers elle et dites au policier ce que vous venez de me dire
.. Et n’oubliez pas de pleurer, ok ? C’était la quatriĂšme fois qu’une sirĂšne se faisait entendre puis passait sans mĂȘme ralentir. A chaque fois le jeune garçon retenait son souffle puis criait qu’il fallait se cacher et que les deux »frangins et lui-mĂȘme ne plongent dans les hautes herbes du bas cĂŽtĂ© de l’autoroute. Il espĂ©rait tant que la nuit arrive et qu’il trouve une Ă©chappatoire facile d’accĂšs pour les petits Ă  cette maudite autoroute. Leur sĂ©curitĂ© Ă©tait l’avenir » rĂ©pĂ©tait souvent sa mĂšre. Il repensa Ă  la dĂ©cision de fuir qu’il avait pris pour la premiĂšre fois sans lui en parler. Il repris ses esprits, la sirĂšne retentissant beaucoup trop fort. Il cria -Allez, tout le monde se cache. Vite la sirĂšne est forte. Un, deux, trois, courrez, courrez vite ! *** Les deux petits gamins prirent leurs jambes Ă  leurs cous et plongĂšrent dans l’herbe en s’esclaffant. L’adolescent, l’air grave, les regarda faire avant de remonter sans perdre une seconde la pente en ciment de la pile du pont pour se mettre derriĂšre, bien Ă  l’abris, de maniĂšre Ă  pouvoir observer les gamins. C’est Ă  ce moment qu’un frisson le parcouru. Comme lors de l’accident ». Ne se fiant plus qu’a son instinct, il dĂ©cida de remonter plus haut, passant mĂȘme par-dessus la barriĂšre pour se retrouver sur la route enjambant Ă  cet endroit l’autoroute sur laquelle ils marchaient jusqu’à lĂ . Dommage que les gamins ne puisse escalader cette barriĂšre, regretta t’il en regardant les piques en haut des barreaux de la grille. Mais lĂ , il devait se protĂ©ger, il le sentait. De cette maniĂšre, il Ă©tait sur de pouvoir se sauver si les frangins se faisaient attraper. Et il Ă©tait prĂȘt Ă  en mettre sa main Ă  couper que cela allait arriver. La sueur qui lui coulait le long de la nuque ne l’avait jamais trompĂ©e jusqu’à ce jour. Cela aussi loin que sa mĂ©moire lui permette de remonter. La voiture de police passa devant eux et sembla disparaĂźtre lorsqu’elle se rangea vivement sur la bande d’arrĂȘt d’urgence et stoppa nette, coupant sirĂšne et moteur. Alors qu’un silence Ă©trange rĂ©gnait quelques instant, le garçon couchĂ© sur le trottoir du pont, vit presque simultanĂ©ment les deux bambins se redresser, se figer avant de replonger lorsque la voiture de police entama une marche arriĂšre. Quatre autres vĂ©hicules de police apparaissaient Ă  quelques centaines de mĂštre de lĂ , cĂŽte Ă  cĂŽte, barrant l’autoroute et avançant sans se soucier des limitations de vitesse, gyrophares allumĂ©s et sirĂšnes hurlantes. - Mais quel crĂ©tin ! Pourquoi j’ai pas pensĂ© Ă  changer de route avant ! Y’avait qu’à monter sur un pont comme je suis maintenant, on y serait arrivĂ© si j’avais vraiment voulu et s’en aller par les petites routes, bon dieu ! Y’en a tous les cinq cents mĂštres, quel abrutit je fais, c’est pas possible. C’était simple d’y penser, quand mĂȘme ! S’auto-flagella t’il. L’adolescent n’attendit pas de voir ses frangins » se faire embarquer dans les vĂ©hicules pour commencer Ă  se mettre en marche sans se presser. SĂ»r des rĂ©ponses que feraient les enfants, tout du moins jusqu’à ce qu’on les conduise Ă  un poste de police pour les entendre. Il ressentit mĂȘme un soulagement mĂȘlĂ© de honte Ă  se voir ainsi libĂ©rĂ© d’une telle responsabilitĂ©. - C’est certain que je m’en sortirai mieux tout seul pour le moment. Mais quand tout le bazar se sera calmĂ©, je les rĂ©cupĂ©rerais et je m’occuperais d’eux. On continuera Ă  vivre ensemble jusqu’à ce qu’ils soient grands. Ouais, je l’jure ! En mĂȘme temps, sachant parfaitement que ce ne serait pas aussi simple, il se fit le serment de les revoir un jour, et de leur rĂ©vĂ©ler la vĂ©ritĂ©. Enfin de la toute petite partie de vĂ©ritĂ© qu’il avait pu glaner depuis qu’il Ă©tait petit. Il s’éloigna vers l’Est, il sentait le soleil lui rĂ©chauffer le dos. Il fredonnait sans s’en rendre compte tout va bien, je vais bien, tout va beau, il fait beau

 » Une comptine que sa mĂšre fredonnait quand il n’était encore qu’un enfant comme un autre. II UN JOUR COMME LES AUTRES Le garçon marchait sur le bas cĂŽtĂ© de la route depuis plus de deux heures. Le paysage fait d’une succession de champs de maĂŻs aux plants maigrelets et autres cultures dessĂ©chĂ©es par ce long Ă©tĂ© torride se transformait en ombres mouvantes au fur et Ă  mesure que la nuit tombait. Les montagnes posĂ©es sur la barre d’horizon finissaient de donner le ton Ă  ce panorama infini et un tantinet angoissant pour celui qui prenait le temps de le regarder. Il ne voyait rien de tout cela. Il Ă©tait totalement absorbĂ© par ses pensĂ©es. Il se replongeait dans les Ă©vĂšnements qui l’avait amenĂ© jusqu’à cette route. Son esprit avait cette facultĂ© de faire remonter Ă  la surface des souvenirs incroyablement prĂ©cis. En contre partie, sa conscience du prĂ©sent disparaissait totalement. Une soucoupe volante aurait pu se poser devant son nez qu’il ne s’en serait pas aperçu. Ah, cette merveilleuse pĂ©riode de sa vie ! Il boudait, rĂąlait, pestait, pour ça oui ! Et pour la milliĂšme fois ! Et oui, il se refusait Ă  pardonner encore une fois Ă  cet abruti l’alcool, les insultes, les humiliations et surtout les coups. S’il voulait la guerre, il allait l’avoir
 ce vieux chnoque, cette bourrique mal embouchĂ©e ! Cela ne pouvait plus durer, ni pour sa mĂšre ni pour lui pas plus que pour les frangins » ou les jumeaux. Il s’en faisait le serment, il allait les tirer de cette triste vie qui les menait tout droit vers la dĂ©sintĂ©gration. Le garçon, calĂ© Ă  l’arriĂšre du pick-up entre bĂąches, couvertures Ă©limĂ©es et divers petits engins agricoles en trĂšs mauvais Ă©tat comme le personnage Ă  qui ils appartenaient, ressassait encore de sombres pensĂ©es aprĂšs la dispute» de tout Ă  l’heure. Heureusement cette engueulade n’avait pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e en guerre des tranchĂ©es » grĂące au manque de carburant, le prĂ©cieux alcool du cogneur en chef. Son envie de refaire le plein au plus vite l’avait stoppĂ© nette dans sa quĂȘte de violence. Les petits ne pipaient mots et Ă©taient collĂ©s l’un contre l’autre, face Ă  lui Ă  l’arriĂšre du pick-up. Ils semblaient encore sous le choc de la violente altercation de la veille et de la scĂšne de la matinĂ©e. Le jeune adolescent se sentait responsable de leur sĂ©curitĂ©. Il lui fallait absolument se dĂ©brouiller pour qu’ils ne soient pas eux non plus pris dans cette tourmente de violence. Cette sombre pĂ©riode avait commencĂ© quand sa mĂšre avait emmĂ©nagĂ© avec un homme qui serait d’un grand secours le moment venu ». C’est tout ce qu’elle avait acceptĂ© de dire avant que l’enfer ne commence Ă  s’abattre sur eux. Avant qu’ils n’emmĂ©nagent chez l’homme des cavernes dans toute sa splendeur. Depuis, malgrĂ© ses questions rĂ©pĂ©tĂ©es avec insistance, sa maman lui faisait comprendre le sens de l’expression No comment ». Elle aussi courbait l’échine et essayait comme elle pouvait d’éviter les affrontements avec le nĂ©andertalien. Et cela se rĂ©vĂ©lait aussi simple que de traverser les chutes du Niagara sur une corde Ă  linge ! -Non c’est plus possible, faut qu’j’arrive Ă  sortir maman et les enfants de cet enfer ! Tout en parlant Ă  voix basse sans s’en rendre compte, il repensait Ă  cette pĂ©riode, la plus noire de sa vie. Il avait fallu trimer du lever au coucher du soleil Ă  des tĂąches abrutissantes pour le corps et l’esprit pour entretenir le ranch », un peu comme dans la sĂ©rie tĂ©lĂ© la petite maison dans la prairie » mais en version gore. Et ça c’était la partie facile de cette vie. Parce qu’une fois rentrĂ© Ă  la ferme il fallait supporter les soirĂ©es oĂč la tĂ©lĂ© Ă©tait loin de jouer son rĂŽle de catalyseur d’attention. Elle gisait au sol dans un coin du salon depuis une bonne semaine. Depuis le moment oĂč beau papa l’avait achevĂ©e Ă  coups de pelle la prenant pour cible hallucinatoire aprĂšs qu’un sale coyote ne se soit introduit dans la maison ». Il avait dĂ©clarĂ© cela, tout fier de lui, un filet de bave coulant au travers de son large sourire Ă©dentĂ© aprĂšs avoir tuĂ© l’animal », achevĂ© les derniers grĂ©sillements du tube cathodique. - Si seulement il avait pu s’électrocuter, le poivrot ! Les petits ne pouvaient mĂȘme plus s’évader un peu par la petite lucarne de la tempĂȘte perpĂ©tuelle qui agitait leurs vies en regardant une Ă©mission pour enfants ou un documentaire sur le rĂ©el mode de vie chez les gens normaux ». Ah la ferme ! Cette bĂątisse gisait lĂ , au milieu de rien, au milieu d’une Ă©tendue infinie de champs racornis par un Ă©tĂ© trop long, trop sec. Elle ressemblait plus Ă  la cabane du grand mĂ©chant loup dans les dessins animĂ©s qu’à une rĂ©elle habitation. Avec ses longues planches clouĂ©es essayant de masquer les trous des murs, les restes de peinture bleu azur qu’on discernait encore par endroits et ses fenĂȘtres cassĂ©es rĂ©parĂ©es par de larges bandes de plastique de toutes les couleurs. Il fallait le reconnaĂźtre, Mister Bibine possĂ©dait l’art du recyclage des dĂ©chets industriels et autres objets du moment qu’ils ne coĂ»taient rien. Ouais il fallait la voir pour y croire! On nageait vraiment dans la quatriĂšme dimension ! S’il ne s’était pas senti d’humeur aussi morose, il en aurait volontiers rigolĂ©. Non dĂ©cidĂ©ment, cette ferme n’avait rien du havre de paix campagnard qu’il avait imaginĂ© quand maman l’avait prĂ©venu de leur prochaine destination. Le garçon n’avait pas non plus imaginĂ© qu’en plus des corvĂ©es du jours, bonnes pour le corps et l’esprit selon l’homme qui les hĂ©bergeait, il y aurait Ă  subir les cours du soir ». Ce surnom qu’il avait donnĂ© aux veillĂ©es familiales » arracha un sourire Ă  l’adolescent. Sourire qui ressemblait plus Ă  une grimace de douleur tellement hier soir, papa », comme sa mĂšre lui avait demandĂ© de l’appeler, du moins en public, n’y avait pas Ă©tĂ© de main morte. Son visage tumĂ©fiĂ© et le reste de son corps douloureux Ă©taient des rappels constants de l’urgence de la situation. Mais il tenait bon et mettait toute son Ă©nergie Ă  dĂ©fendre les enfants, ce qui ne le rendait pas peu fier de lui tant les occasions de baisser les bras Ă©taient nombreuses. En plus, ce combat pour les petits lui Ă©vitait de penser Ă  des fuites dĂ©finitives du style coupage de veine ou pendaison. Ils Ă©taient quatre, les mioches. Les jumeaux et surtout les frangins ». AgĂ©s de cinq et trois ans, ils Ă©taient arrivĂ©s le mĂȘme jour que lui et sa mĂšre Ă  la ferme des horreurs ». Et bien vite le jeune adolescent s’était jurĂ© de tout faire pour Ă©viter que cette pĂ©riode ne les traumatise Ă  vie. Il avait donc Ă©dictĂ© avec les deux enfants un certain nombre de consignes pour leur Ă©viter le pire. Sa mĂšre, elle s’occupait de protĂ©ger des deux bĂ©bĂ©s, il le voyait bien Ă  la maniĂšre dont elle les couvait. Elle ne les connaissait pas mieux que lui, puisque oncle Linen en personne s’était chargĂ© de les confier Ă  maman deux jours avant leur dĂ©part pour ce lieu de paix et de sĂ©rĂ©nitĂ© qu’était le ranch ». Mais son expĂ©rience de mĂšre et son instinct surdĂ©veloppĂ©, protĂšgeraient les jumeaux de l’alambic ambulant. Si pour l’instant les frangins » n’avaient pas Ă©tĂ© touchĂ©s dans les affrontements, c’était uniquement parce qu’il avait rapidement fait appliquer les rĂšgles du tu ne m’attraperas pas le monstre » dĂšs que la brute avinĂ©e Ă©tait Ă  la maison. Le jeu consistait alors Ă  se rendre sur l’un des cinq plateaux d’invisibilitĂ© », cinq lieux sĂ»rs et suffisamment Ă©loignĂ©s du monstre-poilu-Ă -grandes-dents », et de n’en sortir uniquement qu’au moment du repas. Le gagnant Ă©tant celui des deux bambins qui avait su rester invisible »jusqu'Ă  ce que l’adolescent ne vienne les chercher. Ce stratagĂšme avait pour l’instant portĂ© ses fruits, les deux enfants n’ayant presque pas pris de coups. Il faut dire que son charmant papa » ne cherchait pas Ă  se faire apprĂ©cier des enfants par une attention de chaque instant ni par sa volontĂ© de se montrer comme un beau-pĂšre aimant et tendre. On pouvait lui rendre justice, l’hypocrisie ne faisait pas partie de ses dĂ©fauts ! Comme il l’avait dit dĂšs la fin de la premiĂšre semaine, il se foutait des mioches, ne voulait pas les voir ni entendre le moindre son sortir de leur bouche. Et qu’on compte pas sur lui pour s’occuper en plus des p’tits gueulards » avait il ajoutĂ©, agitant un pack de biĂšre Ă  la main. De cette phrase mĂ©morable, le garçon avait bien compris que le maĂźtre des lieux parlait des deux enfants et des jumeaux qui d’aprĂšs sa mĂšre n’avait que six mois. C’est Ă  ce moment qu’il s’était jurĂ© de les tenir au maximum Ă  l’écart des coups et autres objets volants qui avaient commencĂ©, dĂšs leur arrivĂ©e, Ă  tomber aussi dru que les mauvaises herbes poussent au printemps. Mais pourquoi donc sa mĂšre avait pu envisager une seule seconde que cette cohabitation aurait la moindre chance d’ĂȘtre bĂ©nĂ©fique pour eux, non d’un chien ! Comment cette brute labellisĂ©e pur malte » pourrait leur ĂȘtre d’une quelconque utilitĂ© ? MĂȘme Ă  jeun, ce qui Ă©tait rare, il n’ouvrait la bouche que pour menacer sa mĂšre ou lui promettre de funestes chĂątiments si ses ordres extravagants n’étaient pas suivis Ă  la lettre. Il avait fallu rapidement faire une croix sur le futur et d’essayer de faire projets d’avenir. Il n’était question que de survivre, de s’adapter et de subir. Les mĂȘmes journĂ©es, les mĂȘmes soirĂ©es, les mĂȘmes moments de folie, de violence gratuite. VoilĂ  le quotidien qu’il fallait supporter. Et ce quotidien commençait sĂ©rieusement Ă  peser lourd ! - Comment maman avait elle bien pu accepter de s’embarquer dans cette galĂšre ? Cela devait bien faire mille fois que l’adolescent se posait cette question. Il s’était d’ailleurs jurĂ© de demander un jour des comptes Ă  ce fameux oncle Linen sur le pourquoi de leur regroupement dans cet enfer. Enfin, bien Ă©videmment dĂšs qu’il lui aurait la possibilitĂ© de rencontrer ce Monsieur dont il ne connaissait que le cĂ©lĂšbre Allo ! Salut petit ! Tu me passes ta mĂšre s’il te plaĂźt ? ». Cela quand il dĂ©crochait par curiositĂ© le tĂ©lĂ©phone, transgressant ainsi les rĂšgles sacrĂ©es de la vie avec sa mĂšre. - Maintenant ils se retrouvaient Ă  sept sous le mĂȘme toit, dans le trou du cul du monde ! Faudrait qu’un jour elle aussi lui explique cette parenthĂšse dans leur passage en ce bas monde. Si la stabilitĂ© n’avait jamais Ă©tĂ© le maĂźtre mot de leur vie passĂ©e, elle n’avait jamais connu de sommet de mĂ©chancetĂ© et de misĂšre humaine comme ces derniers temps. Il lui avait toujours fait une absolue confiance dans ses choix, mais lĂ , il n’y comprenait plus rien. Pourquoi Ă©taient ils partis de leur super nouvel appartement » en ville pour venir s’installer dans ce trou noir terrestre seulement trois semaines aprĂšs que sa mĂšre eut rencontrĂ© le king of the vinasse ». Lui qui entretenait les espaces verts de l’école dont elle Ă©tait la nouvelle sous- directrice ? Pourquoi avait il du quitter ce splendide collĂšge dont il Ă©tait lui-mĂȘme Ă©lĂšve pour se retrouver Ă  castagne ranch » ? Et pour quoi ce dĂ©mĂ©nagement prĂ©cipitĂ© aprĂšs qu’oncle Linen eut tĂ©lĂ©phonĂ© de son confortable triplex de Parc Avenue alors qu’il Ă©tait intervenu en personne auprĂšs du rectorat pour qu’elle obtienne ce fameux poste? Madame La-sous-directrice ». Ça en jetait autrement mieux que Miss-sous-bonniche » du sac Ă  vin, non ? Ces questions le rendaient fou et il Ă©vitait d’y penser se concentrant sur son morne quotidien. Qu’il n’aille pas Ă  l’école, il pouvait le comprendre, cela lui Ă©tait dĂ©jĂ  arrivĂ© par le passĂ©. Mais que sa mĂšre accepte d’ĂȘtre une esclave domestique et serve de punching-ball jusqu’à ce qu’il soit obligĂ© d’intervenir et dĂ©rouiller Ă  son tour pour rien ! Pour qu’à la fin, ils soient tous deux tabassĂ©s jusqu’à y rester Ă  terre, inerte et juste assez conscient pour ne plus bouger. Non vraiment, il ne comprenait plus rien ! Il lui fallait agir ! Pas besoin d’ĂȘtre devin pour sentir l’urgence de la situation. Surtout depuis qu’il avait entendu beau-papa » discuter au tĂ©lĂ©phone, sĂ»rement avec oncle Linen, vu son ton courtois et dĂ©fĂ©rent. Il Ă©tait question entre autres d’un dĂ©part au printemps prochain pour la cĂŽte est. Si c’était de leur dĂ©part dont il s’agissait, le printemps prochain paraissait une date dĂ©passant largement la date limite de consommation. D’ici lĂ , ils seraient dĂ©jĂ  partis mais les pieds devant. Alors oui, il lui fallait agir. Au moins tenter quelque chose pour Ă©viter le pire. Sa dĂ©cision Ă©tait prise. Il se devait de profiter de la premiĂšre opportunitĂ© qui se prĂ©senterait. Pour la premiĂšre fois de sa vie, il n’avait rien dit de ses projets Ă  sa mĂšre. Il ne voyait pas d’autre issue Ă  cette situation, sinon la mort. De qui ? La sienne, celle de sa mĂšre ou comme il le dĂ©sirait de plus en plus, celle de cette brute dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Le garçon n’attendait plus qu’une occasion. Il devenait urgent qu’une opportunitĂ© se prĂ©sente car il n’était pas sur que lui et maman puissent encaisser encore un an sans dommage irrĂ©versible les coups de poings, de bottes et de tout ce qui passait entre les mains de ce primitif. Cependant depuis une bonne dizaine de jours il faisait chaque nuit des rĂȘves d’une autre vie. Des frissons le parcouraient sans cesse, sans qu’il n’arrive Ă  dĂ©terminer s’ils venaient en rĂ©action des coups reçus ou comme des signes annonciateurs d’un changement, du passage Ă  l’action. Mais voyant sa mĂšre rĂ©signĂ©e comme il ne l’avait encore jamais vu, il redoutait que le changement ne puisse se dĂ©rouler sans qu’il n’ait Ă  agir seul. Et cela lui faisait peur tant il Ă©tait habituĂ© Ă  toujours demander l’avis de sa mĂšre. C’était Ă  lui d’ĂȘtre sur ses gardes pour Ă©viter tout incident si quelque chose devait se produire. Il Ă©tait maintenant assez grand pour savoir que sa mĂšre avait acceptĂ© de ne pas mettre les voiles avant la date fixĂ©e, si celle-ci, qu’il avait entendu au vol d’une conversation tĂ©lĂ©phonique, les concernait bien. Sans compter que ses frissons, sensations, rĂȘves et autres sueurs froides indiquaient le plus souvent une partie de la vĂ©ritĂ© future, il le savait maintenant depuis plusieurs annĂ©es. MĂȘme s’il n’arrivait pas Ă  mettre un terme exact sur ce qu’il ressentait, ces signes annonçaient quelque chose de mauvais du genre changement radical. Ou alors ce n’était que les signes que son corps douloureux et couvert de bleus ne tiendrait plus longtemps. -Ouais ! c’est plus pas possible et faut qu ’ça change. Il avait terminĂ© ses rĂ©flexions lĂ  dessus, ballottĂ© Ă  l’arriĂšre du pick-up, sur le chemin de Pochtron-ville ». III Allons faire les courses en famille En cette fin de matinĂ©e d’étĂ© chaude et humide, ils se rendaient au supermarchĂ© pour faire les courses destinĂ©es Ă  les sous-alimenter une bonne semaine. Sa mĂšre n’allait encore prendre que le strict nĂ©cessaire pour les jumeaux couchĂ©s dans un panier sur ce qui faisait office de banquette arriĂšre au pick-up. Faire les courses, consistait essentiellement Ă  faire le plein de toute boisson dont l’étiquette signifiait bien la mention alcool avec si possible des slogans du genre dont l’abus est dangereux pour votre santĂ© ». Ce jour lĂ , il avait pris sa dĂ©cision. Il y avait pensĂ© toute la nuit. Faut dire qu’avec la tannĂ©e qu’il avait pris la veille, le sommeil avait Ă©tĂ© long Ă  trouver. Sauver au moins les deux bambins et lui-mĂȘme en sautant du vĂ©hicule dĂšs qu’il ralentirait suffisamment pour que les frangins » ne puissent ĂȘtre blessĂ©s. Pour sa mĂšre et les jumeaux, le garçon avait tout mis en place fuir, rester Ă  proximitĂ© de la ferme » et intervenir quand le Barbare » serait endormi du sommeil du juste ivrogne. AprĂšs ? S’enfuire le plus loin possible de cet endroit maudit. MĂȘme s’il lui fallait pour ça traĂźner sa mĂšre par les pieds. A cet effet, il avait dĂ©jĂ  dĂ©robĂ© le double des clĂ©s du pick-up et ne doutait pas un seul instant de parvenir Ă  conduire ce vĂ©hicule si l’habituel conducteur y arrivait dans l’état d’ébriĂ©tĂ© constante oĂč il se trouvait. D’un seul coup l’adolescent sentit monter une forte nausĂ©e puis une boule dans la gorge qu’il ne connaissait que trop bien. Quelque chose allait se passer, c’était imminent. La derniĂšre fois qu’il avait connu de sensations d’une telle ampleur, c’était il y a environ trois ans avec sa tante Louise, c’était du moins comme ça que sa mĂšre l’appelait. Tante Louise commençait Ă  escalader ce qui allait se rĂ©vĂ©ler son dernier escabeau alors qu’il jouait Ă  l’étage. Dans son tailleur Ă©lĂ©gant, provenant directement des derniers dĂ©filĂ©s parisiens, sa chĂšre tante Louise, une ampoule Ă  la main, glissa sur l’avant derniĂšre marche et chuta lourdement sur le somptueux carrelage en marbre de carrare. Si elle eut le rĂ©flexe de lever le bras, gardant ainsi l’ampoule intacte, elle ne sut jamais que son ampoule allait finir classĂ©e dans un sachet plastique comme piĂšce Ă  conviction, remisĂ©e dans les archives de la police. Il garderait toujours en mĂ©moire ce contraste saisissant entre le sang qui s’échappait de son cuir chevelu et le blanc immaculĂ© du sol lorsqu’il la dĂ©couvrit. Mais lĂ , Ă  cet instant cela n’avait rien de comparable. Durant un instant, le garçon cru bien qu’il allait tomber dans les pommes. Il tentait Ă  cet instant de surmonter sa nausĂ©e et de se redresser comme il le pouvait alors que la voiture freinait pour amorcer son virage d’entrĂ©e sur la bretelle d’autoroute. Il fut Ă  cet instant repris de terribles vertiges et faillit passer par-dessus le rebord de la plate forme du pick-up tant son corps Ă©tait secouĂ© de spasmes nerveux. Sa vue se brouilla un dixiĂšme de seconde. Les yeux rĂ©vulsĂ©s, l’adolescent eut une vision distincte. Un Ă©norme monstre bleu et argent, brillant de mille feux, fonçant Ă  la vitesse d’une comĂšte dans sa course folle. La boule de feu jaillissant de la gueule bĂ©ante du monstre engloutissait tout ce qui prĂ©sentait Ă  elle, hommes-pantins et objets roulants en tout genres. Le tout, dans un vacarme sonore digne de l’apocalypse. Le garçon retrouvant une partie de sa vue par au prix d’un douloureux effort, sentit toute l’urgence de la situation. MĂȘme si ces images sorties tout droit de sa tĂȘte ressemblaient fort aux BD de mangas japonais qu’il affectionnait de lire avant leur installation chez soĂ»lard le barbare ». Ces images lui intimĂšrent de passer Ă  l’action malgrĂ© une forte migraine ». ah, ah ! Il ne voyait encore que d’un Ɠil, et encore tout flou avec une magnifique couleur sĂ©pia. Il fit l’effort de se redresser et tendit sa main qu’il savait tremblante sous l’effet de son mal de crĂąne en direction des enfants qui le regardaient inquiets. Il leur enjoignit fermement de le rejoindre, ramassa deux vieilles couvertures qu’il leur tendit en leur enjoignant de bien les garder en boule devant eux et leur dit de se tenir prĂȘt. Les deux bambins obtempĂ©rĂšrent sans piper mot en constatant le ton caverneux de sa voix, la blancheur de son visage et son regard vitreux. Alors que le pick-up s’arrĂȘtait au stop pour traverser la route et s’engager sur la bretelle d’autoroute, le jeune garçon su que le moment de changer leurs destins Ă©tait venu. Il empoigna les enfants comme il le pouvait passant ses bras sous leurs aisselles, leur rĂ©pĂ©tĂąt de bien maintenir leur couverture devant leur visage et avec une force Ă©tonnante pour son age, les souleva par les aisselles et sauta de la voiture. Sa chute se passa pour lui comme au ralenti. Alors qu’ils Ă©taient encore en l’air, il croisa le regard de sa mĂšre dans le rĂ©troviseur. Il lui sembla Ă  la fois doux et plein d’encouragements. Mais surtout il avait tout d’un regard d’adieu. La rĂ©alitĂ© repris vite ses droits quant ils s’écrasĂšrent tous trois dans l’herbe du bas cĂŽtĂ© de la route. AprĂšs un long roulĂ©-boulĂ©, ils s’arrĂȘtĂšrent enfin en bas d’un talus. L’adolescent s’assura que les deux petits n’avaient rien et aprĂšs avoir repris son souffle, leva la tĂȘte vers le pick-up qui entrait sur l’autoroute. C’est en regardant sa mĂšre s’éloigner qu’il aperçu du coin de l’Ɠil, un fantasmagorique semi-remorque bleu aux par choc et calendre chromĂ©s brillant sous le feu du soleil apparaĂźtre au loin sur l’une des voies inverses. L’inquiĂ©tude le submergea instantanĂ©ment. Ils descendirent la bretelle d’autoroute et partirent Ă  contre sens en avançant aussi vite que le permettait les petites jambes des frangins ». L’adolescent ne cessait de se retourner, de regarder en arriĂšre, dans la direction du pick-up oĂč se trouvait encore sa mĂšre. Le garçon poussa soudainement les petits dans l’herbe. Le monstrueux camion venait de les croiser. Il savait pertinemment que quelque chose de terrible allait se produire. Le dernier regard qu’il avait eu de sa mĂšre laissait maintenant flotter dans son esprit Ă  la fois un sentiment d’une tristesse infinie et d’une passation de tĂ©moin. IV ACCIDENT Le chauffeur de l’énorme poids-lourd raccrocha le tĂ©lĂ©phone, embrassa la croix qui se balançait au rĂ©troviseur et saisit le petit boĂźtier de tĂ©lĂ©commande sur la plage avant. Il hĂ©sita quelques secondes et appuya sur l’unique bouton de la commande Ă  distance, sachant pertinemment que cela Ă©tait un moindre mal pour lui et sa famille. S’il rĂ©chappait de ce qui, allait suivre, il se jura de ne plus jamais faire monter de femme sur le couchage de la cabine de son camion. Cette fois le prix avait Ă©tĂ© trop fort Ă  payer. Beaucoup trop fort ! PAN ! Le camion se mit soudain Ă  zigzaguer dangereusement. Le pneu avant droit venait d’éclater. Le chauffeur eut le mauvais rĂ©flexe de freiner trop fort, privant ainsi la gigantesque machine de toute direction. Le camion dĂ©janta, fonça tout droit en direction du pick-up en traversant le terre plein central de l’autoroute sans ralentir le moins du monde malgrĂ© les efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s du chauffeur. Il percuta le vieux vĂ©hicule de gnĂŽle-man » Ă  l’avant droit et continua sa route, Ă©crasant littĂ©ralement dans sa course meurtriĂšre, une voiture de sport, une familiale et un quatre-quatre. Il continua sa route, fracassant la barriĂšre de sĂ©curitĂ© et s’engouffra dans le sous-bois avant de s’encastrer dans un sapin. Le moteur toussota, rejetant un nuage de fumĂ©e noire puis s’arrĂȘta de tourner. La voiture oĂč se trouvait sa mĂšre commença, au moment de l’impact, Ă  entamer une sĂ©rie de tours sur elle-mĂȘme avant de basculer sur le cĂŽtĂ©. Des morceaux du vieux pick-up volĂšrent en tout sens pendant qu’il continuait sa glissade. Le garçon pu distinguer furtivement que la plus grande partie du capot, des ailes et de l’habitacle avaient disparu au moment ou la voiture traversa Ă  son tour la sĂ©paration plantĂ©e d’herbe de l’autoroute. Perdant de la vitesse le pick-up ou ce qu’il en restait fut percutĂ© violemment par une berline de luxe noire et brillante dont le conducteur n’eut pas le temps de juger de sa folle trajectoire. Les restes de tĂŽle glissaient dans une traĂźnĂ©e d’étincelle sur le bitume avant de s’arrĂȘter ou d’ĂȘtre percutĂ©s par d’autres vĂ©hicules comme sur un gigantesque tapis de billard. Un motard, au mauvais endroit au mauvais moment, s’envola en rencontrant une des portes du pick-up. Ce n’est que deux cents mĂštres plus loin que les diverses Ă©paves fumantes s’arrĂȘtĂšrent enfin. Le silence ne fut alors troublĂ© que par quelques crissements de pneus provoquĂ©s par des conducteurs arrivant sur le lieu du carambolage et voulant Ă©viter de se rajouter au carnage qui se prĂ©sentait Ă  leurs yeux. C’était fini. Il n’y avait plus rien Ă  voir. Le garçon laissa traĂźner encore quelques instants son regard, revoyant le sourire Ă©nigmatique de sa mĂšre dans le rĂ©troviseur alors qu’il sautait de la camionnette. Puis, comme elle lui avait appris depuis longtemps, il se re-concentra en se fixant un objectif prĂ©cis Les frangins ». L’esprit Ă  nouveau clair, il dĂ©cida de ce qu’il fallait faire. Se tirer de cet endroit au plus vite. Il saisit fermement chacun des deux enfants par la main et les entraĂźna rapidement de l’autre cĂŽtĂ© de l’autoroute vers le sous-bois et sa pĂ©nombre salvatrice. Plus rien ne les retenait lĂ . Il lui fallait mettre d’urgence une distance suffisante avec le lieu de l’accident oĂč l’on avait pu les voir avant de pouvoir songer Ă  l’avenir. Avenir dont sa mĂšre et les jumeaux ne faisaient plus partie vue les restes dĂ©chiquetĂ©s du pick-up. Des vĂ©hicules et les cris des premiĂšres personnes qui essayaient d’intervenir pour tenter de porter secours aux victimes de l’accident Ă©parpillĂ©es sur une longue bande d’autoroute retentissaient. Toute circulation serait impossible pour un bon moment. Autant en profiter. Le garçon dĂ©cida de traverser l’autoroute et, tenant toujours les gamins par la main, commença Ă  marcher d’un bon pas sur la bande d’arrĂȘt d’urgence Ils Ă©taient l’avenir. Sa mĂšre et ses nombreux "tantes et oncles" qui avait eu l'occasion de rencontrer au hasard des nombreuses pĂ©rĂ©grinations qui avaient ponctuĂ© sa jeune existence, n'avaient eu de cesse de le lui rĂ©pĂ©ter. Mais surtout, il le ressentait violemment dans l'ensemble des cellules qui constituaient son ĂȘtre. Ne pas se tromper pour eux trois relevait de sa responsabilitĂ© dĂšs cet instant. Et il espĂ©rait que cela serait pour un long moment. Soudain, il fut Ă©crasĂ© par ce nouveau fardeau. Le doute l’envahi un instant avant qu’il ne dĂ©clare d’une voie faussement assurĂ©e -Allez, en route les frangins » Tout droit, c’est toujours tout droit qu’il faut aller. Et la tĂȘte haute, non d'une petite souris! Tenta t il pour dĂ©tendre l'Ă©tau qui lui oppressait le sternum plus que pour faire rire les enfants. Et n’oubliez pas ce qu’on a appris ensemble ! Ils partirent tous trois, aussi vite que les jambes des petits leur permettaient d’avancer, essayant de mettre le plus de distance possible avec le lieu du carnage routier qui bouleversait encore une fois cette satanĂ©e destinĂ©e. Cet avenir trouble et incertain qu’il aurait Ă  bĂątir lui, le prĂ©-pubert, orphelin qui devait disparaĂźtre au plus vite avec deux jeunes enfants. Et pour couronner le tout, il fallait Ă©chapper Ă  un ennemi que la seule personne capable d’identifier venait de mourir. - Maman, maman dans quels draps me suis-je fourrĂ©s ! AprĂšs quelques centaines de mĂštres, ils ralentirent l’allure. L’adolescent, laissant les deux enfants Ă  leurs jeux, Ă©clata en sanglots, pleurant enfin de longues minutes Ă  chaudes larmes. Sa mĂšre lui manquait dĂ©jĂ  tant. V Carla Allifesh. du cĂŽtĂ© de l’ennemi Si sa mĂ©moire Ă©tait bonne, ce dont elle doutait fortement, ça faisait bien longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien. Tout se dĂ©roulait exactement comme elle l’avait prĂ©vue. Bien calĂ©e dans le siĂšge baquet de sa Camaro », les cheveux au vent, c’était du pur plaisir. Ah les dĂ©capotables ! MĂȘme si le siĂšge se trouvait ĂȘtre trop bas pour elle, putain de dieu que c’était bon de s’éclater comme au bon vieux temps ! Ben oui, on n’a pas toujours le temps de choisir le modĂšle qui vous mettra le plus en valeur quand il s’agit de dĂ©rober en moins de trente secondes une voiture sur un parking de supermarchĂ©. LancĂ©e Ă  plus de 180 Km/H, slalomant sur toute la largeur de l’autoroute entre les camions, voiture et autres mobiles-homes nombreux en cette fin d’étĂ© propice aux migrations de populace. Carla se sentait enfin redevenue elle-mĂȘme. Elle se fit d’ailleurs la remarque que quelques mois de congĂ©s » de ce type lui ferait le plus grand bien. TerminĂ©es dit elle Ă  voie haute, les longues journĂ©es assise sur un transat Ă  siroter des cocktails en regardant l’immensitĂ© de l’ocĂ©an et du vide de sa vie. Fini la marmaille braillant et les jeunes couples enlacĂ©s estampillĂ©s just-married » dans des hĂŽtels qu’ils ne pourraient s’offrir Ă  nouveau que pour leurs vingt ans de mariage avec trimage intensif pour y arriver si leurs couples tenaient jusqu’à lĂ . ConcentrĂ©e Ă  l’extrĂȘme sur sa conduite, elle arborait cependant un large sourire en s’imaginant les Ă©vĂ©nements qui devaient suivre d’ici Ă  la fin de la journĂ©e. -Se la jouer fine et rĂ©cupĂ©rer le gros lot ! J’ai pas intĂ©rĂȘt Ă  me rater si j’veux pas me retrouver une nouvelle fois sur la touche, dit-elle en se remĂ©morant le coup de fil qu’elle avait reçu en fin de semaine derniĂšre qui lui annonçait sa participation Ă  une nouvelle mission. Bref, qui signifiait son retour sur le devant de la scĂšne. Bien sur, les sirĂšnes de police l’inquiĂ©taient quand mĂȘme un peu malgrĂ© l’habitude qu’elle avait de gĂ©rer ce type de situation. Mais ce qui la tracassait d’avantage c’était le son de rotor d’hĂ©licoptĂšre qu’elle discernait depuis un bon moment. C’était un petit dĂ©sagrĂ©ment dont elle se serait volontiers passĂ©e avant d’avoir rĂ©cupĂ©rĂ© le colis. Elle n’avait pas envisagĂ© de rencontrer si tĂŽt ce genre de problĂšmes dans le plan qu’elle avait Ă©laborĂ© depuis le mail salvateur qu’elle avait reçue il y Ă  peine 72 heures. Si le but de la mission Ă©tait clairement indiquĂ©, Carla avait une totale libertĂ© d’action pour arriver au but qu’on lui avait fixĂ©. Heureusement le temps jouait en sa faveur. Pas le temps de gamberger sur le pourquoi du comment, l’heure Ă©tait Ă  l’action ! Eclatant d’un rire aussi sonore qu’incongru Ă  la vue des risques fous qu’elle prenait en conduisant de la sorte, Carla plongea la main dans la poche de son blouson en cuir pour en sortir ses trois fĂ©tiches. Sa flasque de vodka chromĂ©e, dont elle but sans attendre une bonne rasade, son pistolet automatique qu’elle arma et son tĂ©lĂ©phone portable. Alors qu’ils atterrissaient tous trois sur le siĂšge passager, elle planta un violent coup de frein. Elle venait de voir, furtivement, dans le rĂ©troviseur, trois formes sauter d’un vieux pick-up et s’engager au pas de course sur la voie d’accĂšs de l’autoroute. Rapide dans sa prise de dĂ©cision, Carla dĂ©cida qu’elle se prĂ©occuperait d’eux plus tard. Elle repris de la vitesse et empoigna son tĂ©lĂ©phone. Elle pressa sans lĂącher le volant la touche de rappel et marmonna quelques mots sur un ton qui ne laissait guĂšre de doute Ă  son destinataire sur l’importance de lui obĂ©ir. Son interlocuteur devait agir maintenant, il en avait tout intĂ©rĂȘt et en avait parfaitement conscience ! Le portable ayant retrouvĂ© sa place Ă  cĂŽtĂ© d’elle, la jeune femme entama quelques centaines de mĂšres plus loin un magnifique tĂȘte Ă  queue, traversant la sĂ©paration centrale de l’autoroute puis les autres voies de circulation pour s’immobiliser net sur la bande d’arrĂȘt d’urgence de l’autre cĂŽtĂ© de l’autoroute. Cette manƓuvre insensĂ©e crĂ©a l’effet escomptĂ© l’affolement gĂ©nĂ©ral des automobilistes et une cascade de coups de freins, gĂ©nĂ©rant une panique totale dans le trafic. Des dizaines de vĂ©hicules partant en tout sens, zigzaguant et s’accrochant les uns, les autres avec plus ou moins de bonheur». Une fois sa fidĂšle monture immobilisĂ©e, Carla en sortit prestement et se mis Ă  retraverser Ă  pied l’autoroute sans se presser pour s’arrĂȘter sur le terre plein central au moment oĂč un Ă©norme camions bleu venait de percuter de plein fouet le vieux pick-up qui avait attirĂ© son attention quelques secondes avant qu’elle ne sĂšme la panique dans le trafic routier somnolent de cette lourde fin de journĂ©e d’étĂ©. Elle ne quitta plus des yeux les restes fumants du vĂ©hicule maintenant en miettes. Chaque morceau de la vieille guimbarde faisait l’objet de toute capacitĂ© de concentration. Quand plus rien ne bougea, Carla se prĂ©cipita vers ce qui restait du pick-up, ouvrit la portiĂšre de la passagĂšre et se saisit du couffin prenant le temps de s’assurer que les bĂ©bĂ©s Ă©taient encore bien en vie aussi rapidement qu’un mĂ©decin urgentiste. Elle se dirigea ensuite vers la cabine broyĂ©e du poids lourd, posa avec douceur le couffin par terre avant d’arracher le conducteur encore Ă  moitiĂ© inconscient de son siĂšge pour le projeter violemment d’une main ferme et professionnelle sur la terre du sous bois oĂč le camion avait fini sa course, encastrĂ© dans un arbre. Tout se passa alors trop vite pour qu’aucun des nombreux tĂ©moins ne puisse certifier Ă  cent pour cent ce qu’ils virent. Ils affirmĂšrent cependant tous qu’aprĂšs avoir entendu un cri effroyable de la part du chauffeur du poids lourd, la jeune femme se releva, du sang coulant sur le visage, prit d’une main ferme une sorte de panier et repartie tranquillement vers son vĂ©hicule. Elle redĂ©marra ensuite sue les chapeaux de roues pour prendre la bretelle de sortie qui se trouvait Ă  une centaine de mĂštres de lĂ . Dans les dix secondes qui suivirent le dĂ©part de la jeune femme le camion et tout ce qui se trouvait dans un rayon de cent cinquante mĂštres se dĂ©sintĂ©gra dans une explosion dont le fracas s’entendit Ă  plus de douze kilomĂštres. La police ne retrouva la Camaro qu’une demi-heure aprĂšs, abandonnĂ©e dans un champs de maĂŻs. La femme, le couffin et le probable bĂ©bĂ© qu’il contenait plutĂŽt mort que vif vu la violence de l’accident semblaient s’ĂȘtre volatilisĂ©s. Les diffĂ©rents barrages de police dressĂ©s sur l’ensemble des routes du secteur ne donnĂšrent rien. La plupart des corps et des vĂ©hicules ne purent ĂȘtre identifiĂ©s tant la violence de l’explosion avait Ă©tĂ© importante. Le seul embryon de piste qui restait, fut l’arrestation de deux jeunes enfants. Des tĂ©moins et l’hĂ©licoptĂšre de la police, envoyĂ© en renfort, qui au dĂ©part essayait de retrouver une voiture volĂ©e plutĂŽt dans la journĂ©e, les avaient vu sauter en compagnie d’un adolescent d’une vieille camionnette quelques instant avant l’accident. MalgrĂ© un important dispositif, lĂ  encore la police ne put jamais mettre la main dessus. On entendit plus jamais parler de lui dans la rĂ©gion. AprĂšs un mois d’enquĂȘte infructueuse, le chef de la police du comptĂ© fut contraint de dĂ©missionner suite au tir tors de barrage des mĂ©dias rĂ©gionaux. L’accident ayant provoquĂ© la mort d’au moins huit personnes parmi les automobilistes se trouvant sur les lieux de l’accident et au moment de l’explosion qui en provoqua, lui, plus de trente. Cela sans compter les occupants du pick-up dont le nombre exact de personnes Ă  bord reste toujours inconnu Ă  ce jour. Les enfants rĂ©cupĂ©rĂ©s, un peu plus loin sur l’autoroute, sont restĂ©s trois jours en observation Ă  l’hĂŽpital. Semblant en Ă©tat de choque, ils n’ont fourni que trĂšs peu d’informations mis Ă  par leurs prĂ©noms et le fait qu’ils Ă©taient en route pour faire les courses. VI Courte fuite MĂȘme si cela ne faisait que trois heures que le garçon marchait, il lui semblait qu’univers tout entier le sĂ©parait du monde oĂč il vivait encore ce matin. Il en venait mĂȘme Ă  regretter la sĂ©curitĂ© toute relative de la maison post Pop-Art du sac Ă  vin. Il Ă©tait perdu dans ses pensĂ©es. Il lui fallait trouver des solutions de survie mais en Ă©tait totalement incapable. Il se retrouvait seul et savait qu’il Ă©tait recherchĂ© par de nombreux ennemis. Ses amis, son clan ? Ils ne les connaissait pas. Il devait donc se mĂ©fier de tout le monde ! Qu’allait-il faire maintenant ? Comment pourrait-il oublier qu’il avait senti quelque chose juste avant que l’accident ne se produise sans qu’il ne fasse rien pour prĂ©venir sa mĂšre ! Il serait pour toujours le responsable de sa disparition. En plus, il n’avait su garder les mĂŽmes avec lui. Plus il tournait ces sombres pensĂ©es dans sa tĂȘte plus il se sentait minable. Incapable de faire quelque chose correctement. Il ressassait Ă  tel point sa responsabilitĂ©, se reprochant sa nullitĂ© dans les Ă©vĂšnements de la journĂ©e, qu’il n’entendit pas la voiture approcher et se ranger Ă  sa hauteur sur le bord de la route. C’est seulement quand il entendit la voix qu’il tourna la tĂȘte. - Allez mon gars, c’est dur mais pas la fin du monde, pas vrai ? - Tirez-vous ! J’attends ma mĂšre et elle aime pas que je cause Ă  des Ă©trangers, rĂ©pliqua sĂšchement le garçon sans mĂȘme tourner la tĂȘte, continuant d’avancer. - T’as pas entendu, mon gars ? Regarde par ici un instant s’il te plaĂźt ! InterloquĂ© par la fermetĂ© du ton employĂ© par l’homme dans la voiture, il se dĂ©cida Ă  regarder de quelle bouche ces paroles sortaient. Il vit alors le visage d’un homme d’une soixantaine d’annĂ©e Ă  la barbe parfaitement taillĂ©e, la chevelure argentĂ©e qui dĂ©passait de la fenĂȘtre. Mais ce qui le marqua le plus, c’était le regard vert sans cesse en mouvement du vieil homme. Un regard vif et dur mais qui Ă  l’inverse d’inspirer la crainte, respirait la gentillesse, la simplicitĂ©. Le vieil homme lui inspira de suite confiance. Non, cet homme ne lui voulait aucun mal. Il se sentit alors obligĂ© de dire quelque chose. - Et comment vous savez que c’est pas la fin du monde, articula t’il difficilement la bouche sĂšche, se retenant de fondre en larme - Parce que tu le sais trĂšs bien que cela allait arriver. Et cela depuis fort longtemps. Bien longtemps avant ce drame, l’explosion et ta dĂ©cision de continuer ta route. Ouais p’tit gars ! Tu sais depuis fort longtemps que tu ne dois pas te laisser prendre par nos ennemis. Tu sais parfaitement au fond de toi que j’ai raison. Laisse ton instinct te guider, p’tit gars. Tu sentira que tu peux me faire confiance, pas vrai ? Sans lui laisser le temps de rĂ©pondre l’homme ouvrit la porte posa un pied Ă  terre, laissant apparaĂźtre un costume coĂ»teux et des chaussures de villes impeccablement cirĂ©es. Le contraste Ă©tait saisissant avec les pauvres guenilles qu’il portait. AprĂšs quelques secondes de silence, il ajouta - Tiens, prend ça ! SĂšche-toi le visage, en lui tendant un mouchoir qui lui servait de pochette, et grimpe dans la voiture. . Ca s’rait d’ailleurs une bonne idĂ©e de couper ta tignasse et de te trouver des vĂȘtements un peu plus corrects si tu veux vraiment continuer de passer incognito. Pas vrai p’tit gars ? Devant ce discours ferme et directif, le jeune garçon comme hypnotisĂ© par son interlocuteur, obtempĂ©ra et monta dans la magnifique limousine sans mĂȘme s’apercevoir de la taille gigantesque du vĂ©hicule. Il se dit simplement qu’au point oĂč il en Ă©tait, faire un bout de chemin en voiture ne lui ferait pas de mal et permettrait de distancer ses poursuivants. Les distancer ! Oui mille fois oui ! ! Et quels que soient ces ennemis, ces gens qui lui avaient enlevĂ© les seules personnes qu’il aimait en ce bas monde ! C’était la prioritĂ© de prioritĂ©s. Il le ressentait de tout son ĂȘtre. Une fois le garçon installĂ© dans la voiture, l’homme s’adressa Ă  son chauffeur et lui donna un ordre sans qu’il ne comprenne de quelle langue il s’agissait. Puis se retournant vers lui, le vieil homme repris Ă  son intention - Plus de problĂšme p’tit gars, Te voilĂ  hors de danger ! Maintenant c’est Ă  toi de dĂ©cider ce que tu veux faire de ton avenir. La limousine filait maintenant dans la campagne dĂ©serte. L’homme reprit - Tiens, boit un peu, petit. Et repose-toi. Mais on aura le temps d’en reparler, j’en suis sur. D’abord, il faut mettre de la distance entre eux et nous et puis nous en discuterons plus sĂ©rieusement. OK p’tit gars ? - Voui m’sieur rĂ©ussit il Ă  rĂ©pondre, l’épuisement commençant sĂ©rieusement Ă  se faire sentir. Il ne releva pas le nous » que l’homme avait utilisĂ©. - Mais comment sait-il tout ça ? Que veut-il dire quand il parle de l’avenir ! Quel avenir ? La tĂȘte du garçon commençait Ă  tourner. Les Ă©vĂ©nements de la journĂ©e s’estompaient rapidement dans le brouillard qui envahissait son cerveau. Sans s’en rendre compte, il s’affala sur la confortable banquette de la limousine. - Te souviens-tu de l’eau si claire ? Lui demanda l’homme coupant court aux rĂ©flexions confuses du garçon. - Mais qu’est ce qu’il raconte bon dieu ? De l’eau claire ? Arriva Ă  penser le garçon alors qu’il tentait vainement de rĂ©sister Ă  l’engourdissement qui le gagnait. La vision du jeune garçon se troublait de plus en plus. Avait-il Ă©tĂ© droguĂ© ? Il ferma les yeux et emportĂ© dans un tourbillon oĂč s’entrechoquaient des fragments d’images de la journĂ©e puis s’endormit non sans avoir pu marmonner dans un dernier effort Je les retrouverais, les
les frangins, hein ? Sur ces derniers mots, il s’écroula sur la banquette, Ă©crasĂ© par le stress et la fatigue. Il dormait profondĂ©ment, l’air enfin serein. Sa respiration Ă©tait redevenue calme et rĂ©guliĂšre. Il rĂȘvait d’un torrent idyllique serpentant entre d’énormes rochers blancs, recouverts d’une mousse Ă©paisse et abondante. L’eau se jetait en cascade dans une large vasque d’eau transparente illuminĂ©e parle soleil. L’adolescent se dĂ©tendit et sourit dans son sommeil. Il entendait les rires des enfants qui l’entouraient et qui sautaient dans le torrent. Lui-mĂȘme se jeta du haut de la cascade. Levant la tĂȘte, il vit qu’une nature vierge et abondante l’entourait. Une bienveillance Ă©manait des immenses arbres qui surplombaient le point d’eau. Il ressentit un sentiment de sĂ©curitĂ© qu’il ignorait pouvoir exister. L’homme assis en face de lui Ă©tait en train de sortir de sa sacoche un cylindre de bois usĂ© et brillant au point de luire sous les phares des voitures venant en sens inverse. Il l’examina un long moment comme hĂ©sitant Ă  en faire usage. L’homme exerça alors une pression Ă  l’arriĂšre de celui-ci. Une longue aiguille de couleur ivoire sortit du cylindre. L’homme approcha la pointe de l’aiguille de la tempe de l’adolescent avec une prĂ©caution toute chirurgicale. Une deuxiĂšme pression l’arriĂšre du cylindre fit s’enfoncer la longue pointe dans la tempe du garçon endormi. Il la laissa une quinzaine de seconde en place avant de la retirer, de refermer le mĂ©canisme et de ranger l’objet dans sa sacoche. Il regarda le garçon l’air dubitatif et lui dĂ©clara sachant qu’il n’aurait pas de rĂ©ponse - Allez, petit ! GrĂące Ă  cela, tu progresses de centaines de milliers d’annĂ©es d’évolution, alors ne m’en veut pas ! Le garçon ne s’aperçut de rien et continua de jouer avec d’autres enfants dans cette eau si claire. Le sentiment de plĂ©nitude qu’il ressentait Ă©tait si pur. Une puretĂ© qui n’appartenait qu’à l’aube de l’humanitĂ©, oĂč une forme d’harmonie semblait rĂ©gner entre l’Homme et la nature. LIVRE II DE NOS JOURS CAHPITRE I ANUA PETERSEN LES SCEAUX DU SOUCI Cela faisait maintenant trois semaines qu’Anua se terrait. D'abord au fond de son labo puis chez elle depuis prĂšs de deux semaines. Deux longues, trĂšs longues semaines Ă  se rĂ©fugier dans le travail, Ă  tout revoir, de l’analyse de ses donnĂ©es aux diffĂ©rents Ă©lĂ©ments qui l’avaient conduite Ă  annoncer sa dĂ©couverte. Tout ça pour prouver aux vieux pontes de l'AcadĂ©mie des sciences qu’ils avaient torts de se railler d’elle par mĂ©dias interposĂ©s. L’Enfer depuis deux semaines Ă  peine et dĂ©jĂ  un sentiment de dĂ©goĂ»t. Avant cela Anua avait surfĂ© sur la vague du succĂšs pour devenir la plus jeune chercheuse en archĂ©ologie Ă  devenir membre Ă  vie de l'AcadĂ©mie des sciences. Et bien sur, avec le projet le plus important en termes budgĂ©taire que cette vĂ©nĂ©rable institution en plus de la fondation pour qui elle travaillait eut mis Ă  disposition de quiconque. Quand elle y repensait, elle y voyait une injustice flagrante. Comment, aprĂšs l’avoir portĂ©e aux nues, pouvaient-ils la mettre plus bas que terre aussi vite. Le recul et le temps qui devraient ĂȘtre inhĂ©rent Ă  leur fonction de sages, de responsables l'autoritĂ© scientifique ne s’appliquaient-ils pas Ă  sa personne ? Etait-elle trop rapide pour ces vieux singes ? Son travail n’était pourtant que la suite logique de ses dĂ©couvertes prĂ©cĂ©dentes et similaires faites Ă  l'Ouest de la Roumanie, non loin des rives du Danube. Non vraiment, elle ne comprendrait jamais cette bande de vieux cabots maĂźtre de la vĂ©ritĂ©. Elle les avait trouvĂ©s ces objets ! Oui, elle leur avait mĂȘme montrĂ© ces fameux sceaux-cylindres, les plus vieux objets au monde prouvant l’existence de l'Ă©change commercial, de la propriĂ©tĂ©, d’une classification sociale avancĂ©e et surtout de l’existence de l’écriture. Mais pour son plus grand malheur, Anua les avait dĂ©nichĂ©s dans un endroit oĂč ils n’auraient pas du se trouver. Si la Roumanie lui avait apportĂ© un succĂšs indĂ©niable, il en Ă©tait tout autre pour ses derniĂšres trouvailles. Ils auraient pourtant bien dĂ» se rendre Ă  l’évidence, ces vieux sĂ©niles dĂ©tenteurs de la VĂ©ritĂ© universelle ! Alors, pourquoi ces sceaux-cylindres qu’elle avait trouvĂ© non loin des rives du Rio-Grande » en plein dĂ©sert, Ă  la frontiĂšre amĂ©ricano-mexicaine, les choquaient tant. Surtout avec la somme d’analyses et de calculs, bref, de preuves irrĂ©futables qu’elle avait donnĂ©es au conseil du dĂ©partement d’histoire et d’archĂ©ologie amĂ©ricaine, Ă  cette foutue AcadĂ©mie ! Bien sur, ces cylindres Ă©taient Ă©tranges. Non, ils n'Ă©taient pas faits des mĂȘmes matĂ©riaux comme la plupart de leurs cousins trouvĂ©s par centaines au Moyen-Orient faits de pierre ou de mĂ©tal. Ils Ă©taient en bois et beaucoup plus longs que d’ordinaire, la grande histoire ! Bon, il fallait bien reconnaĂźtre que l’on pouvait s’interroger sur le fait que ce bois ne ressemblait en rien Ă  ce que l'on pouvait trouver dans les espĂšces vĂ©gĂ©tales existantes. Et oui, les espĂšces dont ces fameux cylindres se rapprochaient le plus Ă©taient le roseau et le bambou. Un roseau-bambou » qui, bien sur, n'avait jamais existĂ© dans les rĂ©gions oĂč Anua avait fait ses dĂ©couvertes et qui de plus ne montrait aucun signe de dĂ©gĂ©nĂ©rescence malgrĂ© les milliers d'annĂ©es passĂ©s sous terre. Il Ă©tait en effet impossible de dater l’ñge de ce bois avec prĂ©cision puisqu’il ne vieillissait pas ! Et pour cause ! Ces sceaux-cylindres » fait de bois inconnu, une fois passĂ©s au microscope Ă©lectronique, s'Ă©taient rĂ©vĂ©lĂ©s vivants. Les molĂ©cules qui les constituaient continuaient de se mouvoir et de se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Un peu comme si ce bois attendait quelque chose pour se rĂ©veiller. LĂ , il Ă©tait comme en Ă©tat d'hibernation, mais continuait de vivre Ă  son rythme, de changer de structure molĂ©culaire. C'Ă©tait incroyable Ă  voir mais hĂ©las incomprĂ©hensible. §§§§§§§§ Ces cylindres vĂ©gĂ©taux, plus durs et rĂ©sistants que la pierre Ă©taient vivant. Alors oui, elle-mĂȘme s'Ă©tait posĂ© des questions sur la validitĂ© de ses trouvailles
 RĂ©volutionnaires ! Si ce n'Ă©tait pas un immense canular ! Mais voilĂ , sa fameuse intuition lui dictait qu'elle Ă©tait dans le vrai. Evidement, il restait nombres de points d'interrogations sur l'origine gĂ©ographique et sur la composition de ces cylindres vĂ©gĂ©taux, mais il Ă©tait impossible qu'elle se trompe. Anua en Ă©tait intimement convaincue et avait Ă©bauchĂ© ses thĂ©ories Ă  partir du rĂ©sultat de ses fouilles, faisant abstraction de la nature Ă©trange de la constitution de ces sceaux-cylindres. Comme par exemple ce qu'elle remettait en question sur qui Ă©tait admis gĂ©nĂ©ralement sur le dĂ©placement des humains au cƓur des derniĂšres glaciations de Riss et de WĂŒrm. Anua avait bien Ă©videmment pris en compte l’explosion du super volcan Toba », il y a 74000 ans qui n’avait laissĂ© qu’environ 2 000 humains rescapĂ©s en Afrique du sud et de l’Est selon une majoritĂ© de spĂ©cialistes. Sans compter la disparition de la presque totalitĂ© des espĂšces vĂ©gĂ©tales et animales du fait d’un hiver nuclĂ©aire » de prĂšs de dix annĂ©es. Dix ans sans soleil pour vous rĂ©chauffer, ajoutĂ© aux anomalies magnĂ©tiques et autres astĂ©roĂŻdes frappant notre planĂšte, cela pouvait justifier l’étrange composition de ces fameux cylindres de la discorde. Elle avait donc foncĂ©, tĂȘte baissĂ©e et se retrouvait aujourd'hui dans la pire mĂ©lasse de sa courte vie. Ah, si seulement elle avait Ă©coutĂ© son pĂšre ! Les questions qui taraudaient Anua jusqu'Ă  l'insomnie Ă©taient simples. Qui, quand et dans quels buts avait-on façonnĂ© ces morceaux de bois aux propriĂ©tĂ©s si Ă©tranges ? Et pourquoi avaient-ils Ă©tĂ© ciselĂ©s de motifs classiques, d'une maniĂšre qu'on pouvait juger grossiĂšre par rapport Ă  ses cousins moyen orientaux, tellement plus Ă©laborĂ©s ? Et puis, dans quel but les avait-on transportĂ©s, il y a si longtemps, au seuil de l'histoire, jusqu'au sud des Etats-Unis, Ă  l’autre bout de la Terre ? Elle se battrait jusqu'Ă  la fin de sa vie, s'il le fallait, pour le savoir, elle s'en Ă©tait fait le serment depuis le moment oĂč le dĂ©luge de critiques s'Ă©tait mis Ă  pleuvoir sur elle. Si Anua avait attendu que les caciques de l'AcadĂ©mie des sciences dĂ©cident de la validitĂ© de sa dĂ©couverte, elle aurait eu les cheveux blancs et de la barbe au menton avant de pouvoir continuer son travail. Elle avait donc dĂ©cidĂ© de passer outre et de publier ses recherches dans le magasine Science » dont elle avait pour cela dĂ©crochĂ© la couverture. Et patatras ! Tout lui Ă©tait revenu en pleine figure. Ce mĂȘme journal s’excusant auprĂšs de ses lecteurs d’avoir publiĂ© un article dont la vĂ©racitĂ© Ă©tait plus que douteuse, aprĂšs que la rĂ©daction du journal eut reçu mains et mains coups de tĂ©lĂ©phones de ces pseudos Ă©minents scientifiques. Eux qui n'avaient dĂ» lire que l'introduction et la conclusion du travail de compte rendu d'Anua, s'ils avaient eu le temps de retrouver leurs lunettes qui devaient se trouver sur leurs fronts, ces vieux chnoques dans leurs costumes amidonnĂ©s ! §§§§§§§ Et dire que la prochaine fois, elle envisageait d’aller faire une campagne de fouille en SibĂ©rie pour confirmer l'ensemble de ses thĂ©ories sur la dĂ©mographie prĂ©historique et du dĂ©placement des premiers humains depuis les 500 derniers millĂ©naires. D'aprĂšs son travail entamĂ© il y a plus de dix ans, la conclusion devenait Ă©vidente. Anua faisait remonter le peuplement des continents et de l'AmĂ©rique en particulier au moment de la derniĂšre glaciation, celle de WĂŒrm, ce qui Ă©tait officiellement admis par les scientifiques tenant de la vĂ©ritĂ©. Mais ce qui ne passait pas, c’était qu’elle amenait des Ă©lĂ©ments sĂ©rieux sur un peuplement beaucoup plus ancien. Anua situait cette colonisation des continents une glaciation avant, de Riss, c'est Ă  dire quelque cent mille ans avant. DĂ©cidĂ©ment, Anua dĂ©testait ces tenants de la vĂ©ritĂ© sur un sujet oĂč rien n'Ă©tait figĂ© et dont les thĂšses officielles avaient Ă©voluĂ© plus de cent fois depuis le milieu de vingtiĂšme siĂšcle. Elle prĂ©fĂ©rait les nommer les rois des "cons-sensus". Mais mĂȘme ces blagues ne la faisait plus rire ! Ces bougres de crĂ©tins qui se refusaient maintenant Ă  admettre l’existence mĂȘme son travail. Avaient-ils seulement su se poser la moindre question avant de rejeter en bloc ce fameux compte rendu de son expĂ©dition et dĂ©couvertes ? Et dire qu'elle s'Ă©tait fendue d'une lettre courtoise et bien lĂšche bottes » dans le but d'obtenir une rallonge budgĂ©taire afin de pouvoir confirmer les thĂ©ories qu'elle exposait ? Anua savait maintenant qu’elle avait Ă©tĂ© d'une naĂŻvetĂ© dĂ©sarmante. Comment avait-elle pu croire en eux ? LĂ  pour le coup c’était foutu ! Qui voudrait la financer maintenant ? Certainement pas ces vieux tenants de l'immobilisme ! Pour pouvoir continuer son travail, elle n’avait plus le choix. Elle devait rĂ©cupĂ©rer ces fameux morceaux de bambous immortels enfermĂ©s dans son laboratoire pour pouvoir continuer Ă  les Ă©tudier avec des scientifiques indĂ©pendants. C’était la seule façon de prouver Ă  l’AcadĂ©mie des sciences comme Ă  son sponsor privĂ© qui l’avait gentiment priĂ© d’attendre que l’affaire se calme » et de prendre une pĂ©riode de repos bien mĂ©ritĂ©e », les traĂźtres ! §§§§§§§§ CHAPITRE 8 Les sceaux d'Anua suite D’accord, d'ordinaire, les cylindres-sceaux ordinaires » Ă©taient originaires du moyen orient et dataient pour les plus anciens d’environ 6000 ans. D’accord, personne n’en avait trouvĂ© ailleurs. Mais nul n’en avait cherchĂ© non plus ! Ces sceaux avaient une vocation simple. Ces cylindres servaient Ă  certifier, par des motifs propres Ă  chacun d’eux, l’expĂ©diteur de telle marchandise. Un simple cachet attestant la provenance de telle ou telle marchandise. Comme les bagues des cigares que la plupart de ces vieux chnoques du conseil de l’AcadĂ©mie prĂ©sentaient fiĂšrement Ă  leurs invitĂ©s pour leur montrer le prestige de ce qu’ils allaient fumer ! Identifier. C’est tout simplement Ă  quoi ils servaient. A identifier Ă  coup sĂ»r la personne qui avait apposĂ© son sceau. Ces petits objets cylindriques reprĂ©sentent chez les SumĂ©riens et leurs prĂ©dĂ©cesseurs de la pĂ©riode dite d’UbaĂŻd, les inventeurs supposĂ©s des sceaux-cylindres, la premiĂšre trace connue d’écriture. En fait personne ne pouvait affirmer quelle civilisation les avait inventĂ©s. Les SumĂ©riens, peuple connu pour l’invention de l’écriture, ont aussi inventĂ© en vrac et en seulement quelques siĂšcles, la roue, le roman et dĂ©veloppĂ© l’architecture, la statuaire, la glyptique, les mathĂ©matiques et le dĂ©compte du temps. Ils ont Ă©galement créé la notion d’état, dĂ©mocratique ou non. Ce peuple mystĂ©rieux venu de nul part, vivait dans l’extrĂȘme sud de l’Irak actuel. Si leur Ă©criture avait survĂ©cu plusieurs millĂ©naires, les sumĂ©riens, en tant que peuple, avaient disparu aussi rapidement qu'ils avaient fait entrer l'humanitĂ© dans l'Histoire. Ces sceaux n’était ni plus ni moins que les prĂ©dĂ©cesseurs des tampons encreur. De simples cachets servant Ă  fermer et attester de l’identitĂ© de l’expĂ©diteur aisi que de la valeur de la marchandise Ă  l’aide de cire sur les courriers comme on a continuĂ© de le faire jusqu’à nos postes actuelles. On continue d’ailleurs de s’en servir pour les marchandises luxueuses et lettres scellĂ©e des ambassades et autres organismes internationaux. Image sceaux Alors oui ! Anua voulait bien reconnaĂźtre que de trouver un pareil objet Ă  20 000 km de lĂ  dans la terre sĂšches du dĂ©sert du NĂ©vada pouvait surprendre. Mais elle en avait trouvĂ© plusieurs accompagnĂ©s de restes d’habitations, d’objets de la vie quotidienne, poteries et autres ustensiles. Elle avait Ă©galement mis au jour des plaques mĂ©talliques couvertes d’inscriptions que l'on pouvait rapprocher de l’écriture prĂ©-sumĂ©rienne . Ces objets auraient du dater selon les sources officielles d’une dizaine de millier d’annĂ©es. Mais les trouvailles d’Anua Ă©taient datĂ©es, par les mĂ©thodes les plus modernes, de plus de vingt, voir cinquante mille ans et mĂȘme plus pour certains. Il fallait se rendre Ă  l’évidence. Ce peuple est donc sorti du Golfe Persique, alors Ă  sec. Puis une partie de cette population ne reste pas sur place et se rĂ©pand dur l’ensemble des continents, jusqu’en AmĂ©rique du Nord. On ne le retrouve qu'avec l'avĂšnement de la civilisation sumĂ©rienne, seule civilisation Ă  qui l'on peut raccrocher ces personnes de part leur arts, coutumes et inventivitĂ©, soit plus de trente mille ans mille plus tard. Et ce que voulait monter la jeune femme c’était que cette Ă©nigme Ă©tait irrĂ©futable. Simplement, que ce peuple qui avait donnĂ© les clĂ©s de notre civilisation il y a dix mille ans, Ă©tait dĂ©jĂ  auparavant parvenu jusqu’en AmĂ©rique du Nord. Ou qu’il avait au moins Ă©tendu son influence jusqu’au cƓur d’une AmĂ©rique dĂ©jĂ  peuplĂ©e. Le Carbonne 14 et autres moyens de datation ne pouvaient tous mentir ! AprĂšs avoir digĂ©rĂ© ces rĂ©sultats, Anua se devait de trouver une thĂ©orie plausible au trajet de ce voyage de prĂšs de vingt mille kilomĂštres. Anua trouvait romantique et belle la thĂšse d’un Gulf Stream raccourci au nord et au sud par les glaces couvrant l’Europe de l’ouest et l’AmĂ©rique du nord lors des pĂ©riodes glaciĂšres. Ce mini Gulf Stream qui aurait permis mĂȘme Ă  de piĂštres navigateurs de faire le voyage dans les deux sens en se laissant juste porter par ce courant maritime rĂ©gulier. Ce courant maritime prĂ©sentait l’avantage d’un trajet quasi rectiligne et en aller-retour, s’il vous plaĂźt ! DĂ©part entre Gibraltar et le sud-ouest de la France et arrivĂ©e sur la cĂŽte sud-est des Etats-Unis. Mais objectivement, il Ă©tait plus rationnel de croire en un passage par le dĂ©troit de BĂ©ring. Anua Ă©tait certaine de trouver les mĂȘmes types de sites de peuplement en SibĂ©rie, encore une fois bien antĂ©rieures au chemin que prirent les amĂ©rindiens il y a quinze mille ans vers les AmĂ©riques. A l’époque ou folĂątraient encore pour quelque temps d’immenses troupeaux de mammouths avant de finir congelĂ© en quelques mois, jours et mĂȘme heures seulement selon quelques spĂ©cialistes contestĂ©s, comme Anua en ce moment, lĂ  aussi, sans que l’on ne sache pourquoi. Ces hommes auraient aisĂ©ment pu continuer leur route vers l'Est et traverser le dĂ©troit de BĂ©ring, profitant d'un pont de glace provisoire. Exactement comme les champions de la vĂ©ritĂ© scientifique l’avaient popularisĂ© pour les amĂ©rindiens au point que plus personne ne doutait de cette version. Si cela Ă©tait sĂ»rement vrai, pourquoi rejetaient-ils donc ses thĂ©ories ? Parce qu'elle faisait remonter ce passage du dĂ©troit de BĂ©ring Ă  une Ă©poque oĂč les hommes n’auraient pas censĂ© ĂȘtre lĂ  ! Un Ăąge prĂ©cĂ©dant et encore vierge de recherches, contraire Ă  ce qui Ă©tait dĂ©fendu par les tenants de l'immobilisme scientifique. Cela ne faisait aucun doute ! Elle amenait au moins de preuves, non ? Elle ne discutait pas le bien fondĂ© du massacre et de la spoliation des terres des AmĂ©rindiens ! Elle affirmait juste qu’ils n’avaient pas Ă©tĂ© les seuls et pas les premiers Ă  franchir ce satanĂ© dĂ©troit ! Et que ces humains dotĂ©s d’une technologie avancĂ©e aient atteint l’AmĂ©rique puis s’étaient Ă©vaporĂ©s bien avant nos chers AmĂ©rindiens. Exactement comme les SumĂ©riens il y a dix mille ans. Pas de quoi en faire tout un fromage, quand mĂȘme ! Mais voilĂ  ! DĂšs la publication de ces thĂšses, elle avait vu s’abattre sur elle l’opprobre gĂ©nĂ©ral. Les autres scientifiques avaient dĂ©crĂ©tĂ© que ces dĂ©couvertes ne pouvait ĂȘtre qu’une supercherie. Comment des hommes en pleine prĂ©histoire, ces abrutis des cavernes », auraient-ils pu parvenir jusqu’au sud des Etats –Unis ? Pas question de remettre en cause toute la logique de l’histoire ! Niet, pas question ! §§§§§§§ Et les coups avaient commencĂ© Ă  pleuvoir. Avec toute la communautĂ© scientifique contre elle, c’était si facile ! Ces maudits journaleux pseudo-scientifique avaient Ă©videmment sautĂ© sur l’occasion pour vendre leurs torchons. MĂȘme la presse grand public s’y Ă©tait mise. Anua avait vu du jour au lendemain vu sa vie privĂ©e, ses prĂ©cĂ©dents travaux mais surtout la vie de ses proches Ă©talĂ©e au grand jour. Un quotidien avait mĂȘme lancĂ© une liste des dix plus grandes arnaques scientifiques, avec vote sur Internet pour en dĂ©terminer la plus cocasse. Et devinez quoi ? La rĂ©cente dĂ©couverte d’Anua en faisait partie, trĂŽnant redoutablement pour sa crĂ©dibilitĂ© en quatriĂšme position ! Elle se trouvait juste devant de la preuve, une photo trĂšs floue, censĂ©e prouver l’existence de l’abominable homme des neiges ! Elle s’en serait arrachĂ© les cheveux si la jeune femme n’avait Ă©tĂ© complĂštement paralysĂ©e, au sens propre comme figurĂ© ! Cet effet boule de neige avait eu pour effet une terrible levĂ©e de bouclier. Celle de la communautĂ© scientifique dans son ensemble, Anua pouvait la comprendre. Mais elle avait du subir aussi les foudres du lobby des tribus amĂ©rindiennes qui tenaient durs comme fer Ă  la primautĂ© d’occupation du continent. Pleins d’autres organisations diverses pseudo- scientifiques, associations religieuses ou bien pensantes » s’en Ă©taient mĂȘlĂ©s. Et pour complĂ©ter le feu d’artifice, nombres d’hommes politiques s’en Ă©taient mĂȘlĂ©s, sans rien y connaĂźtre bien Ă©videmment. Mais cela avait finit de la discrĂ©diter complĂštement. Plus personne ne voulait plus miser un Kopeck sur Anua et ses projets futurs. Mais personne n’avait soulevĂ© le problĂšme par le bon cĂŽtĂ© ! Qui aurait eu quelque intĂ©rĂȘt Ă  enterrer Ă  neuf mĂštres de profondeur sur une surface de trois hectares et demi des objets rares et prĂ©cieux et quantitĂ© de restes humains ? Mais qui donc aurait rĂ©ussi Ă  bricoler Ă  la perfection puis Ă  ensevelir profondĂ©ment une copie parfaitement authentique d’un village vieux de plus de 60 000 ans pour les traces d’occupation les plus anciennes ? Un village fourmillant, de surcroĂźt, d’objets datable facilement de 10 Ă  60 000 ans sans parler de ces fameux roseaux-bambous » toujours vivant aprĂšs un sĂ©jour de dizaines de milliers d’annĂ©es sous terre dans une zone si aride? Oui, qui aurait Ă©tĂ© assez fou pour placer ce village en plein dĂ©sert, non loin des anciennes des rives du fleuve Colorado qui marque la frontiĂšre actuelle entre l’Arizona et le sud de la Californie ? Ben oui, qui dit dĂ©sert, dit personne pour chercher un village enfoui, enfin, normalement, non ? Ces problĂšmes torturaient Anua jours et nuits sans relĂąche. Elle avait beau remuer le problĂšme dans tous les sens, elle ne voyait pas comment remonter cette pente particuliĂšrement glissante. Chapitre IX Anua fait sa dĂ©pression Sa belle thĂ©orie ne verrait jamais le jour. Jamais, oh plus jamais elle ne pourrait Ă©tayer sa thĂšse Le peuplement de l’AmĂ©rique et de la SibĂ©rie, il y a plus d’une cinquantaine de milliers d'annĂ©es au lieu des dix Ă  vingt mille ans habituellement admis ne verrait jamais le jour. Fini les recherches sur les hommes en provenance des environs du golfe Persique alors Ă  sec tout comme la Manche en Europe ou encore le dĂ©troit de Bering au Nord-Est de l'Asie. Une pĂ©riode ou La Seine et la Tamise ne formaient qu'un seul Ă©norme fleuve par exemple. Cette pĂ©riode correspondait aux premiers signes annonçant le rĂ©chauffement climatique de la derniĂšre pĂ©riode de glaciation du Riss. Et ben, elle pouvait maintenant toujours tenter de planter des patates dans la Manche ou mĂȘme en SibĂ©rie si le cƓur lui en disait ! Elle avait tout le temps devant elle maintenant que le nom d’Anua Ă©tait devenu synonyme de baliverne. Autant aller Ă  la pĂȘche au monstre du Loch Ness, bon sang ! Elle oscillait sans cesse entre fureur et longues pĂ©riodes de frustration. Depuis la mise Ă  sac de l’ensemble de son travail, Anua restait recroquevillĂ©e en boule sur son sofa. Et voilĂ  comment on se retrouve une semaine Ă  tenter de disparaĂźtre de la surface terrestre. Sept longs jours Ă  se terrer dans son labo, priant que personne n’arrive Ă  la trouver, surtout tout ce qui pouvait ressembler Ă  un journaliste. Et depuis que ses supĂ©rieurs l'avaient priĂ©e de vider les lieux pour "quelque temps", elle Ă©tait partie, n'emportant que le strict minimum de ses affaires. Elle avait quand mĂȘme rĂ©ussie Ă  prendre l'un de ces fameux sceaux cylindres en le cachant dans un rouleau Ă  dessin. Il allait bien falloir qu’elle se remette au travail, qu’elle ressorte ce mystĂ©rieux cylindre et entrouve l’origine et sa raison d’ĂȘtre. En attendant, Anua se fĂ©licitait aujourd’hui d’avoir pris son petit chez elle » sous le nom de jeune fille de sa mĂšre. Elle y Ă©tait anonyme, au moins pour un temps. AprĂšs ces quelques jours d’isolement, Anua commençait Ă  faire son mea culpa ». Elle avait bien senti le danger de ses rĂ©vĂ©lations et avait demandĂ© conseil Ă  plusieurs scientifiques Ă  qui elle accordait grand crĂ©dit. Ils l’avaient tous prĂ©venu du risque de partager ses dĂ©couvertes avec des nĂ©ophytes. MĂȘme ses amis du FBI dont la collaboration se passait au mieux lorsqu’une enquĂȘte requĂ©rait des fouilles et avec qui elle entretenait les meilleures relations l’avaient mis en garde. Mais Anua fonçait. Quand elle Ă©tait sure d’elle, rien ne pouvait l’arrĂȘter. DĂ©jĂ  toute petite, ses parents s’inquiĂ©taient de son caractĂšre Ă  l’emporte piĂšce» et s’étonnaient de son manque de jugeote dĂšs qu’elle pensait ĂȘtre dans son bon droit. Il y a encore une dizaine de jours, son cher pĂšre l’avait mis lui aussi mise en garde contre tout excĂšs de confiance. Il lui avait dit - Soit prudente, ma fille ! Tu as une bombe entre les mains et elle pourrait bien t’exploser Ă  la figure. Fait attention Ă  la maniĂšre dont tu vas t’y prendre pour divulguer ta dĂ©couverte. Je ne voudrais pas te ramasser Ă  la petite cuillĂšre comme Ă  chaque fois que tu n’écoutes que toi et que les Ă©vĂšnements te reviennent en plein visage. Prends des conseils, entoure-toi bien et fait en sorte d’ĂȘtre cautionnĂ©e par les apparatchiks scientifiques que tu dĂ©testes tant, ma chĂ©rie. Anua n’en avait eu cure et avait Ă©tĂ© droit dans le mur. Et elle allait mettre du temps Ă  s’en remettre, cette fois-ci ! - Et voilĂ , c’est foutu ! Personne ne voudra plus jamais me croire mĂȘme si je dis avoir trouvĂ© un os dans les catacombes de Rome ! Je n’ai plus qu’à m’habiller en sorciĂšre et me reconvertir dans la vente de citrouille pour Halloween ! LĂ  au moins, j’aurai du succĂšs, bougonna-t-elle en balayant du regard les piles des dossiers Colorado Project » et du futur SibĂ©rian and first human step » amoncelĂ©es sur son bureau. Il lui fallait se sortir de ce guĂȘpier au plus vite. Mais c’était pour le moment le noir le plus complet sur la maniĂšre de faire remonter sa cĂŽte. Le simple droit de pouvoir s’exprimer publiquement lui Ă©tait pour l’instant confisquĂ©. Pour rĂ©pondre Ă  toutes ces attaques, Anua allait devoir apprendre la patience. Bien sur, elle aurait dĂ» attendre l’aval du conseil avant de faire publier sa dĂ©couverte. Pourtant, il y a quatre ans, quand elle avait trouvĂ© les mĂȘmes types d’objet au Nord-Ouest de l’Inde non loin des sources de l’Indus, la communautĂ© scientifique avait louĂ© sa technique de travail originale, son instinct et son esprit aventureux. QualitĂ©s qui remettaient en question le socle de nos certitudes historiques » d’aprĂšs ce ramassis de girouettes. C’est par ce succĂšs, portĂ©e par la gloire, qu’elle avait pu financer, sans aucune difficultĂ©, ses prochains projets Colorado et SibĂ©ria Project ». Le tĂ©lĂ©phone sonna. Anua sursauta perdue dans ses pensĂ©es et il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Elle hĂ©sita Ă  dĂ©crocher. Ce devait ĂȘtre un de ces gougnafiers de journaliste qui avait fini par la localiser, se dit-elle avant qu’une intuition ne lui ordonne de rĂ©pondre. Oui, il Ă©tait vital de dĂ©crocher ! Sa moelle osseuse lui dictait de le faire. Le mĂȘme type de sensations qui avaient guidĂ©s ses principales dĂ©couvertes. Une nĂ©cessitĂ© impĂ©rative sur l’endroit ou creuser pour trouver ses extraordinaires trouvailles en Roumanie, en Inde et Colorado, au milieu de rien, sans indice prĂ©alable vĂ©ritable. Cette mĂȘme poussĂ©e d’adrĂ©naline qui lui valait tant d’ennuis aujourd’hui. A la quatriĂšme sonnerie, elle se retourna et dĂ©crocha vivement le combinĂ©. La main tremblante, une angoisse inconnue Ă  ce jour lui Ă©treignait la poitrine. C'est la voix tremblante, le souffle coupĂ©, qu'elle rĂ©ussit Ă  articuler un faible AllĂŽ ». §§§§§§§ Chapitre X ENLEVEMENT La voix Ă©tait brouillĂ©e Ă©lectroniquement et paraissait celle de Darth Vador ». La voix lui demandait si elle Ă©tait bien Mademoiselle Petersen. Anua crue d’abord Ă  une blague de l’un de membres de son Ă©quipe, eux aussi bien dĂ©sƓuvrĂ©s depuis la mise Ă  l’index de leur patronne. La voix lui enjoignit d’écouter et de ne pas l’interrompre. Rien ne serait rĂ©pĂ©tĂ©. Anua analysa rapidement la situation et sentit le danger planer au-dessus de sa tĂȘte. Elle se ravisa de toute raillerie et Ă©couta en tremblant le message qui allait lui ĂȘtre dĂ©livrĂ©. - Ne dites plus rien Ă  partir de cet instant et ne prenez aucunes note. Bien compris Mademoiselle Petersen, annonça la voix mĂ©tallique. - Oui, je suis prĂȘte, dit-elle sur un ton tremblotant, redoutant maintenant le pire. - Ne dites rien, ne rĂ©pĂ©tez rien rĂ©pĂ©ta la voix sur un ton sec qui commença Ă  lui faire craindre le pire. Le pire fut trĂšs rapidement dĂ©passĂ© quand elle reconnut le son de la voix de son pĂšre. - ChĂ©rie, je me trouve actuellement retenu par des hommes qui m’ont enlevĂ© alors que je me rendais au club pour dĂ©jeuner. Tu peux vĂ©rifier, je n’y suis jamais arrivĂ©. S’il te plait, fait exactement ce qu’ils vont te demander. Il en va de ma vie. Ne prĂ©viens pas les autoritĂ©s, il en va de ma vie, je te le rĂ©pĂšte ! Je t’en supplie, fait ce qu’ils te disent. Je t’aime et Ă©coute bien ce qui suit. La voix mĂ©tallique prit le relais sans interruption - Votre pĂšre est entre nos mains. Si vous voulez le revoir, allez directement Ă  la gare routiĂšre. Vous trouverez vos instructions sur une feuille de papier qui vous attend la-bas, collĂ© sous la poubelle Ă  gauche de l’entrĂ©e principale. Un instant de silence. Seul un gĂ©missement de son pĂšre parvint jusqu’aux oreilles d’Anua, accentuant encore le tremblement qui agitait maintenant ses mains. - Lisez les instructions, mĂ©morisez-les puis jetez-les dans cette mĂȘme poubelle aprĂšs avoir dĂ©chirĂ© le papier. N’oubliez pas de le mĂ©moriser ! Vous saurez alors ce qu’il vous faudra faire pour revoir votre pĂšre vivant. Vous avez quarante minutes pour vous y rendre. Foncez Mademoiselle Petersen ! Et gardez toujours en tĂȘte que nous vous observons. La communication s’interrompit sur cette derniĂšre phrase. Anua se sentit happĂ©e par le vide. Comme si on la poussait d’un avion en plein vol ! Anua consulta sa montre. Il lui restait vingt et une minute pour arriver jusqu’à la gare routiĂšre. Il lui en faudrait une bonne quinzaine. Heureusement qu’elle se trouvait en pĂ©riphĂ©rie du centre ville. Mais ils avaient pensĂ© Ă  tout. Il lui resterait Ă  peine dix minutes pour trouver le message, le mĂ©moriser et le jeter. LĂ  encore ils avaient bien prĂ©vu leur coup. Impossible pour elle de mettre un stratagĂšme au point pour
 Elle ne savait mĂȘme pas pourquoi ils avaient minutĂ© aussi serrĂ© sinon pour la tester et l’empĂȘcher de prĂ©venir les autoritĂ©s. A cet instant, Anua n'avait qu'une seule question entĂȘte. Pourquoi s'en prenait-on Ă  son pĂšre ? Il s’était maintenant passĂ© deux heures depuis qu’elle avait arrachĂ© nerveusement le message sous le fond de la poubelle. Elle n’y avait d’abord rien compris, vu l’état de stress dans lequel elle se trouvait. Anua Ă©tait alors retournĂ©e Ă  son appartement du centre ville et avait soigneusement recopiĂ© les symboles Ă©crit sur le message. Elle avait facilement reconnu l’écriture, une fois qu’elle s’était obligĂ©e Ă  se calmer par de petits exercices respiratoires et de relaxation qu’elle avait l’habitude d’utiliser pour faire baisser la tension qui pouvait l’habiter. C’était d’ailleurs son pĂšre qui l’avait inscrite Ă  des cours de yoga pour limiter les effets de son caractĂšre volcanique. Le message Ă©tait rĂ©digĂ© en langue sumĂ©rienne de l’époque babylonienne, datant d’environ cinq mille ans quand Sargon l’ancien » avait rĂ©ussi Ă  fonder le premier empire en MĂ©sopotamie. La suite avait Ă©tĂ© pour elle un jeu d’enfant. Sa connaissance de cette langue lui avait permis de traduire cette brĂšve petite missive en quelques minutes. Sa dĂ©ception n’en fut que plus grande. Pourquoi se donner autant de mal pour fabriquer un mot qui contenait si peu d’informations intĂ©ressantes ? §§§§§§§§ Elle rĂ©flĂ©chissait Ă  ce qu’elle allait bien pouvoir en faire. Elle restait sur sa faim, se sentant complĂštement perdue. Anua relut le message encore une fois Mademoiselle Petersen, fĂ©licitation pour votre discrĂ©tion ! Vous allez vous rendre Ă  votre domicile et attendre. Nous vous contacterons d’ici ce soir, vingt heures. Habillez-vous en noir et attendez les prochaines instructions. Continuez comme cela et vous retrouverez votre pĂšre rapidement. Ne tentez rien de stupide. Nous vous surveillons en permanence. Comprenez bien que nous sommes prĂȘts Ă  tout pour arriver Ă  nos fins ». Elle n’avait eu aucun mal Ă  mĂ©moriser ces quelques mots et avait conscience de la menace qui pesait sur la tĂȘte de son pĂšre. Anua n’osait mĂȘme plus tĂ©lĂ©phoner ou regarder par la fenĂȘtre de peur de provoquer une mauvaise interprĂ©tation des ravisseurs de son cher papa. Elle ne savait jusqu’à quel point on la surveillait. Elle se tenait raide au milieu du sĂ©jour, la tĂȘte complĂštement vide. AprĂšs un laps de temps qu’elle ne pouvait dĂ©finir, Anua se ressaisit. Elle tenta d’analyser le message et la maniĂšre dont elle l’avait rĂ©cupĂ©rĂ©. Plus elle y pensait, plus elle se sentait prise dans un jeu d’action de Play-Station ». Comme un avatar qui se faisait bouger en tous sens aux grĂšs de volontĂ©s supĂ©rieures ! -Super ! Encore un fana des jeux virtuels ! Qu’est ce qui m’attend maintenant ? ArrĂȘtant de rĂ©flĂ©chir, Anua chercha des vĂȘtements noirs, comme il lui avait Ă©tĂ© demandĂ©. Mais pourquoi faire ? Allait-on la faire suivre un jeu de piste toute la nuit ? Son tĂ©lĂ©phone portable se mit Ă  sonner. Elle se prĂ©cipita vers la table base oĂč il se trouvait enfoui au fond de son sac. Anua retrouva son portable, encore un cadeau de son pĂšre, au milieu d'un un fatras de papiers, produits de maquillage et autres petits objets que la majoritĂ© des femmes conservent, sans savoir pourquoi, Ă  l'intĂ©rieur de leur sac Ă  main. Farfouillant dans les diffĂ©rentes poches, elle finit par le retourner, le vida sur la table basse et mit enfin la main dessus. Anua dĂ©crocha, le cƓur battant la chamade. Mais elle reconnut la voix et essaya de ne pas laisser la boule qui lui nouait la gorge la submerger. Elle savait que les sanglots suivraient juste aprĂšs. Au prix d’un gros effort, elle y parvint de justesse. Ce n’était que Billie. Sa meilleure amie depuis l’universitĂ©. A la fin de leurs Ă©tudes, elle s’était spĂ©cialisĂ©e dans l’archĂ©ologie sous-marine oĂč elle faisait merveille. Son travail consistait Ă  planifier les fouilles Ă  venir puis Ă  coordonner le travail des diffĂ©rentes Ă©quipes sur sites, en mer et en laboratoire. Billie travaillait actuellement sur un projet de fouilles. Une sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre avait mis Ă  jour une Ă©pave au large du Mexique. Il semblait que cela soit un galion espagnol prometteur du moins du cĂŽtĂ© des trĂ©sors qu'il renfermait d'aprĂšs les premiers sondages. Dans ce type d’activitĂ©, il ne faut jamais cracher dans la soupe, avait-elle l’habitude de dire. S'il y avait de l'argent Ă  se faire, tant mieux pour elle ! Mais, si Billie lui tĂ©lĂ©phonait aujourd'hui, c'Ă©tait pour lui rappeler pour lui rappeler qu'elles avaient rendez-vous. Elles devaient se retrouver Ă  la rĂ©sidence Petrersen », chez Anua, vers huit heures ce soir. Pour se prĂ©parer Ă  sortir faire la fiesta version Billie. Anua avait acceptĂ© aprĂšs de longues minutes de palabre de sortir enfin de sa tour d’ivoire et de retrouver le monde normal. AprĂšs tout, faire la fĂȘte en compagnie de sa meilleure amie, apparaissait comme une halte bĂ©nĂ©fique dans sa vie en enfer. §§§§§§§§ On Ă©tait vendredi soir et elles devaient se rendre dans un de ses nombreux bars oĂč les employĂ©s toutes classes sociales confondues allaient se pochtronner », tenter de rencontrer l’ñme sƓur pour terminer une semaine de dur labeur faite d’un morne quotidien. Si elle sortait, Anua chercherait, elle aussi Ă  oublier son quotidien de ces derniĂšres semaines. Sauf que maintenant, cela Ă©tait I-M-P-O-S-S-I-B-L-E ! Une vie et pas n’importe laquelle, celle de son pĂšre, en dĂ©pendait. Anua avait comme un marteau-piqueur qui lui transperçait le cortex. La jeune femme, son tĂ©lĂ©phone comme soudĂ©e Ă  la main, avait complĂštement oubliĂ© cette soirĂ©e. Elle dit Ă  Billie qu’elle ne se sentait pas d’attaque. AprĂšs un bon moment de vaines discutions, son amie parut sur le point de renoncer. Mais au moment de raccrocher, Billie, qui connaissait son amie par cƓur et qui n’était jamais prĂȘte Ă  renoncer, sentie que quelque chose ne tournait pas rond et dit - Ok. Ok J’ai compris petite lĂącheuse ! Tu veux rester seule. Anua n’eut mĂȘme pas le temps de souffler de soulagement que son amie ajouta - Et ben non ! Pas question de t’en tirer aussi facilement, ma p’tite ! Je suis lĂ  dans une demi-heure ! Bisous, satanĂ©e coquine ! Et prĂ©pare-toi Ă  la fiesta de ta vie, parole de Billie ! Sur ces mots, elle raccrocha. Il Ă©tait dix-neuf heures dix et on devait la joindre dans les quarante minutes et sa meilleure amie allait dĂ©barquer, mettant en danger la vie de son pĂšre. Anua se sentie glisser dans un puits sans fond. Elle s’affala sur son canapĂ© et Ă©clata en pleurs, ne pouvant retenir plus longtemps ses larmes. Pour une fois la pression et l’inquiĂ©tude avaient pris le pas sur son caractĂšre en acier trempĂ©. Oui ! Pour une fois miss-je-mĂšne-ma-barque-comme-je-veux » devait descendre une riviĂšre qu’elle n’avait pas choisie. Une riviĂšre qui Ă©tait particuliĂšrement dangereuse ! Cela Ă©tait trop nouveau pour elle pour qu’elle y rĂ©siste nerveusement. §§§§§§§§ Chapitre XI REVANCHE DU LATINOS ET MONTEE D’ADRENALINE
 Il restait lĂ , Ă  terre, la main tendu pour rĂ©colter quelques piĂšces. Mais son esprit se concentrait uniquement sur sa premiĂšre cible du jour. Ce cher petit avocaillons qu’il tĂ©lĂ©guidait » depuis bientĂŽt 6 mois pour qu’il soit prĂȘt au bon moment. Ce moment Ă©tait maintenant imminent, et le jeune homme avachit sur le trottoir, en tremblait d’impatience. Augusto Fuentes Ă©tait pressĂ© de rentrĂ© chez lui. Aujourd'hui, la bonne fĂ©e qui veillait sur lui depuis sa naissance l'avait dĂ©finitivement propulsĂ©e au sommet. Il y Ă©tait enfin arrivĂ©, nom d'un chien. Et il ne devait rien Ă  personne. Le "Loco-Motor" comme on l'avait surnommĂ© dans son quartier dĂšs sa quatriĂšme annĂ©e et son entrĂ©e Ă  l'Ă©cole primaire. Depuis ce premier jour oĂč la maĂźtresse avait demandĂ© Ă  chacun ce qu'ils voulaient faire plus tard "je serai un grand avocat qui grignotera les orteils des gringos". Cela avait provoquĂ© l'hilaritĂ© gĂ©nĂ©rale de ses camarades, latinos comme lui, pour la plupart. Mais ses camarades et professeurs constatĂšrent au fil des annĂ©es que l'absolue certitude d'Augusto se doublait d'une force de travail et de capacitĂ©s intellectuelles hors du commun. Ses capacitĂ©s et sa volontĂ© Ă©taient toutes deux mises Ă  la rĂ©alisation de son rĂȘve qui se prĂ©cisait. A la grande satisfaction de son directeur, il amĂ©liorait Ă  lui seul les statistiques de son Ă©tablissement scolaire. Il voulait devenir, dĂšs sa dixiĂšme annĂ©es, un avocat d'affaire incontournable au plan national. Bien sur, Ă  cet Ăąge lĂ , il ne s'imaginait pas qu'ĂȘtre un grand avocat d'affaire signifiait rester dans l'ombre des patrons et grosses multinationales qu'il aurait Ă  dĂ©fendre. Il n'avait pas pensĂ© non plus que la plupart de ces magnats Ă©taient pourris jusqu'Ă  la moelle. A son arrivĂ©e au cabinet Mc Pherson and Bride » il y a neuf ans, on lui avait bien fait comprendre qu'il devait son embauche Ă  son appartenance Ă  la minoritĂ© latino. Cette minoritĂ©, qui avait ces derniĂšres annĂ©es gagnĂ© un droit d'une reprĂ©sentation au sein des tribunaux aprĂšs avoir investi les domaines de la politique et des mĂ©dias. Autrement dit, les "tex-mex", par la rĂ©ussite de bon nombre d'entre eux se devaient de se trouver aussi de l'autre cĂŽtĂ© du prĂ©toire et plus seulement comme prĂ©venus. LĂ  dessus, le vieux Mc Pherson avait Ă©tĂ© honnĂȘte. Augusto Ă©margeait dans cette prestigieuse enseigne pour des raisons sans rapport avec son brillant parcours universitaire ni de ses victoires en tant qu'avocat commis d'office dans des affaires perdues d'avance de minables escrocs en cols blancs. Il Ă©tait reconnu pour sa force de travail et sa finesse d’analyse, tout simplement. Aujourd’hui, il avait gagnĂ© le procĂšs de la sĂ©paration du couple Terenson. Et sa cliente, Madame Terenson allait toucher le pactole et ce n'Ă©tait que justice. Cela restait primordial. Evidement, il allait gagner lui aussi un bon paquet de pognon. Mais la coquette prime qu'il allait toucher ne pesait pas lourd par rapport au "boom" professionnel qui l'attendait. C'Ă©tait ça, lĂ  vrai raison de son euphorie. Il allait pouvoir prĂ©tendre au titre d’associer chez Mac Pherson et Bride ». Et Ă  partir de lĂ , les vrais affaires avec les vrais gros clients allaient arriver sur son bureau. Il aimerait tant se voir confier les dossiers top confidentiels comme Solder’s », cette mystĂ©rieuse sociĂ©tĂ© dont il n’avait toujours entendu parler qu’à voix basse ou de Pharmatec corporation », leader de l’innovation en terme de mises sur le marchĂ© de nouveaux mĂ©dicaments Ă  base de plantes. Cette firme devait sa rĂ©putation sulfureuse par sa mise en cause par les mĂ©dias de ses expĂ©rimentations secrĂštes sur l’homme et de ses tests rendus publics sur Internet par l'un de ses employĂ©s. EmployĂ© qui avait avouĂ© dans la foulĂ©e qu'il avait agit par vengeance suite Ă  son renvoi. Depuis, personne ne l'avait revu. Pour finir, l'activitĂ© de cette boĂźte se trouvait en pleine cambrousse, en Californie du sud avec un fonctionnement digne d'une secte. Alors oui ! MaĂźtre Fuentes dĂ©sirait plus que tout voir de quoi il retournait en vĂ©ritĂ©. Car s’il s'Ă©tait fait Ă  l'idĂ©e de vivre dans l'ombre de ses clients, il voulait plus que tout, rentrer dans le secret des dieux
ou des maĂźtres des enfers du gros capital. Augusto accĂ©lĂ©ra encore un peu plus le pas, plongĂ© dans ses pensĂ©es §§§§§§§ Il y a encore trois mois, il ne lui manquait plus qu’une bonne grosse affaire bien difficile pour ĂȘtre idĂ©alement positionnĂ© dans la course au "nouvel associĂ© avec son nom sur les plaques dorĂ©es" du cabinet. Cette course s'Ă©tait engagĂ©e depuis que le vieux Mac Pherson pĂšre avait enfin dĂ©cidĂ© enfin de se retirer pour de bon dans sa splendide rĂ©sidence du lac Taho suite Ă  une attaque cardio-vasculaire. Et dire qu'il avait utilisĂ© le stratagĂšme du malaise Ă  de si nombreuses reprises dĂšs qu'il se retrouvait en grande difficultĂ© face Ă  un choix dans une affaire. Et lĂ , ça y Ă©tait ! Il y Ă©tait parvenu. Personne n'avait voulu de cette affaire. Lui oui ! Continuant de marcher, il continuait de laisser vagabonder son esprit sur son parcours triomphant. Augusto ne s'apercevait mĂȘme pas qu'il avançait avec tant de dĂ©termination que les gens s'Ă©cartaient de son passage. Ils agissaient comme si la force qu'il dĂ©gageait, risquaient de les Ă©craser. Pour en arriver lĂ , il lui avait fallut se battre deux fois plus que les autres uniquement Ă  cause de ses origines hispaniques. Porter le nom de Fuentes se rĂ©vĂ©lait ĂȘtre un obstacle insurmontable quand il s’agissait d’accĂ©der Ă  des postes Ă  responsabilitĂ©s. Heureusement, sa pugnacitĂ© n'avait d'Ă©gale que sa facultĂ© Ă  dĂ©mĂȘler les dossiers les plus compliquĂ©s que ses collĂšgues Ă©vitaient Ă  tout prix. Ils savaient tous que la bonne poire allait s'en charger. Chacun de ses succĂšs lui avait valu de grimper quatre Ă  quatre les Ă©chelons, passant de son petit bureau sans fenĂȘtre du troisiĂšme au dix-neuviĂšme et avant dernier Ă©tage en un temps record. Mais cette fois, ça y Ă©tait ! Le scĂ©nario s'Ă©tait rĂ©pĂ©tĂ©. Lui seul avait voulu de cette affaire. Faut dire que la plaignante paraissait foncer droit dans le mur. L’épouse modĂšle avait trompĂ© son mari avec photos Ă  l'appui. Et en plus, elle prĂ©tendait au partage cinquante-cinquante des actifs de l’immense fortune de son magnat du pĂ©trole texan de mari. Il se fĂ©licita une fois de plus d'avoir suivi son instinct. Il se permit mĂȘme d'aller voir le vieux Mc Pherson en personne pour lui demander de lui laisser ce dossier, de ne pas jeter Ă  la rue cette femme qui subissait depuis des semaines un passage Ă  tabac mĂ©diatique savamment organisĂ© par son mari. Mais quand son petit doigt lui disait quelque chose, il n'avait pas l'habitude de le contrarier. Depuis qu'il Ă©tait en age de faire des choix, il ne se rappelait pas que son instinct l'ait trahi. Augusto repensa Ă  tous ces mois de contre enquĂȘte de filature pour enfin trouver la faille. Le mari outragĂ©, citoyen modĂšle donnant plus de trois millions de dollars par an Ă  des Ɠuvres caritatives, qui se rendait Ă  l’église chaque dimanche lorsqu'il se trouvait sur le sol de son Texas chĂ©ri. Lui, le saint parmi les saints, s’était fait piĂ©ger. Et en beautĂ©, s'il vous plaĂźt ! Il devait se rendre dans le sud-est asiatique une fois par mois pour affaires. Mon oeil ouais, gringo ! Par un savant jeu de pots de vins et de promesses d’obtention de cartes vertes, seules possibilitĂ©s de venir travailler lĂ©galement aux USA, il avait rĂ©ussi, avec le surcoĂ»t de quelques billets d’avion Bangkok-dallas, Ă  le coincer, ce John Wayne de pacotilles. Il s’était senti comme accompagnĂ© tout au long de la construction de son accablant dossier. Mais l’enquĂȘte avançait vite et il n’avait pas prĂȘtĂ© attention Ă  ce sentiment. Il aurait du ! Le jeune homme se redressa pour aller s’appuyer contre le coin de l’immeuble. L’instant approchait. Augusto savourait encore ce moment quant Ă  l’audience il avait fait rentrer comme tĂ©moin Madame HuĂ©. Il avait senti un frisson parcourir l’assistance comme les nombreux mĂ©dias prĂ©sents pour couvrir ce procĂšs dĂ©butĂ© sur un air de lynchage de la femme volage. Cette dame d’une cinquantaine d’annĂ©e, vĂȘtue d’un tailleur bleu marine, avait regardĂ© tout le monde droit dans les yeux. Le juge, Monsieur Terenson puis les membres du jury, chacun des acteurs de ce procĂšs avait eu droit au regard perçant mĂȘme au travers de ces Ă©paisses lunettes en Ă©caille. Sa petite bouche aux lĂšvres fines et pincĂ©es finissait de lui donner cet air sĂ©vĂšre de directrice d’orphelinat, son mĂ©tier depuis les annĂ©es soixante-dix. Son entrĂ©e dans la salle d’audience se fit Ă  petits pas jusqu’à la barre des tĂ©moins. AprĂšs avoir prĂȘtĂ© serment dans un anglais impeccable, Augusto avait commencĂ© son interrogatoire. Tout Ă©tait rĂ©gler comme du papier Ă  musique. - Madame HuĂ©, pouvez vous nous montrer la personne qui vous a trompĂ© ? demanda t’il Elle dĂ©signa d’un index rageur Monsieur Terenson avant d’ajouter son nom - Comment avez-vous rencontrĂ© cet homme ? - Il s’est prĂ©sentĂ© Ă  l’orphelinat avec un traducteur officiel annonçant qu’il avait fait don de cinquante mille dollars Ă  notre institution et proposait de faire adopter un nombre important de jeunes enfants par des couples rĂ©sidant en AmĂ©rique. Alors qu’Augusto attendait de poser sa prochaine question, Monsieur Terenson parla doucement Ă  l’oreille de son avocat tripotant nerveusement son Stedson posĂ© sur le bureau devant lui comme gage de sa Texanitude » depuis le premier jour du procĂšs. L’avocat de Terenson se leva et demanda au juge de rĂ©futer ce tĂ©moin surprise de la partie adverse. Le juge demanda comme prĂ©vu si ce tĂ©moin allait apporter quelque chose de concret et notoirement intĂ©ressant, auquel cas elle pouvait continuer. Il pria Augusto d’en venir au fait aussi directement que possible. Et LĂ , c’était gagnĂ©. Cette chĂšre Madame HuĂ©, qu’il avait mis plus de trois mois Ă  retrouver, s’était cachĂ©e dans son village par peur des rĂ©torsions. Elle allait s’avĂ©rer une femme pleine de ressources. Pourtant les chances de voir cette piste HuĂ© » aboutir paraissait trĂšs mince. Mais tout c’était enchaĂźnĂ© comme dans un rĂȘve. Il aurait du s’en mĂ©fier plutĂŽt que de continuer Ă  croire en sa bonne Ă©toile. Des Ă©lĂ©ments nouveaux, le juge allait en avoir. Madame HuĂ© avait des photos avec Ă©tat civil des enfants que les autoritĂ©s avaient autorisĂ© Ă  partir pour une vie meilleure. Le frĂšre d’Augusto qui tenait un magasin informatique et un cafĂ© Internet lui avait fourni son aide pour placer des camĂ©ras dans les chambres d’hĂŽtels prĂšs de l’aĂ©roport oĂč les enfants devaient attendre leurs nouveaux parents. Le poisson avait mordu, il ne restait plus qu’à le ferrer. Augusto demanda donc de pouvoir diffuser un petit film montrant l’attente de ces chers bambins. §§§§§§ L’avocat de Terenson avait bien tentĂ© d’objecter mais le juge aprĂšs avoir la certitude qu’il ne s’agissait pas d’un canular, accorda la diffusion. Il avait alors fait rentrer un technicien du FBI qui avait certifiĂ© que les images Ă©taient rĂ©elles et que ce qu’on voyait sur ce document Ă©tait authentique. Raoul, l’expert du FBI n’était autre que le fils de sa tante Maria. Viva la latino connection », pensa t’il alors que le futur ex-mari de sa cliente parlait avec agitation et nervositĂ© Ă  son avocat. Le film n’eut mĂȘme pas besoin d’ĂȘtre diffusĂ©. Dommage car on y voyait Terenson et nombres de ses amis avec ces pauvres et si jeunes enfants des deux sexes en train d’abuser d’eux. Mais le plus important Ă©tait fait. AprĂšs une demande de suspension de sĂ©ance prĂ©textant le besoin de temps pour prĂ©parer un contre interrogatoire, les deux parties se rencontrĂšrent. La conciliation fut vite trouvĂ©e. La moitiĂ© de la fortune de son mari, deux cent cinquante millions de dollars plus les quatre rĂ©sidences prĂ©fĂ©rĂ©es de sa cliente dont le ranch familial. VoilĂ  l’accord qui fut signĂ© cet aprĂšs-midi lĂ . Le tout fut pliĂ© en moins d’une demi-heure. Le juge accepta la conciliation et clĂŽtura la sĂ©ance non sans avoir averti Monsieur terenson qu’une enquĂȘte pour dĂ©tournements et agressions sexuelles sur mineur allait ĂȘtre ouverte. Trois policiers procĂ©dĂšrent dans le plus grand tumulte Ă  son arrestation sur l’injonction du juge. Une fois qu’il fut sorti de la salle, l’attention des mĂ©dias se reporta vers Augusto et sa cliente pour compatir avec elle de son tragique destin, elle qui, ce matin, Ă©tait encore une catin de la pire espĂšce. Augusto profita de l’exposition mĂ©diatique au maximum. Tout le monde a droit Ă  son quart d’heure de succĂšs tĂ©lĂ©visuel comme l’a dit
 ? Il ne s’en souvenait plus et s’en foutait pas mal ! L’avocat se prĂ©occupait plus Ă  ce moment, que de son nƓud de cravate et de la sueur pouvant perler sur son front. Ainsi va la vie pensa t’il, offrant un torse bombĂ© aux camĂ©ras et micros qui se tendaient vers lui. Augusto avait senti le besoin de rentrer Ă  pied pour savourer son succĂšs et prendre le temps de rĂ©flĂ©chir aux implications Ă©conomiques et sociales que cette victoire comme sa prochaine promotion impliquaient. VoilĂ  la raison de sa prĂ©sence Ă  cet instant dans cette rue. L’adrĂ©naline Ă  fleurs de peau, il se prĂ©parait Ă  fĂȘter la journĂ©e qui allait changer radicalement sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. Ca y Ă©tait ! Il allait devenir associĂ©, et ça changeait pas mal de choses et pas seulement du cĂŽtĂ© flouze » ! Il allait devenir le modĂšle de rĂ©ussite pour la communautĂ© latino-amĂ©ricaine. Une rĂ©fĂ©rence, quoi ! Il allait aussi connaĂźtre tous les secrets d'alcĂŽve des sociĂ©tĂ©s les plus secrĂštes d'AmĂ©rique comme la sombre "Solder and Co". §§§§§§§ Mort subite d’un avocat XII Il attendait ce moment avec dĂ©lectation. Des mois de filature, des heures Ă  rester par terre sur le trottoir et deux semaines Ă  croupir dans un tribunal, Ă  devoir subir ce cirque. A réécouter ce qu’il savait dĂ©jĂ . Ces nuls ! Ils en savaient beaucoup moins que lui mais c'Ă©tait vrai que cet avocaillon Ă©tait bougrement malin et avait su prendre sans se poser de question les informations qu’il lui faisait tomber du ciel. Oui, il Ă©tait bien l'un d’eux ! Mais le principal Ă©tait fait. Bon dieu que c’était bon de sentir ce courant Ă©lectrique lui parcourir le corps. MĂȘme la sueur qui perlait Ă  la base de sa nuque et sous ses aisselles lui semblait agrĂ©able. Aujourd'hui, elles Ă©taient annonciatrices de sa premiĂšre action d’éclat en solitaire, de sa premiĂšre rĂ©compense. Il en frissonnait de plaisir. "Plus qu’six minutes et il est Ă  moi. Ca commence Ă  sentir bon la testostĂ©rone, hein mon mignon petit homme de loi Ă  moi !" pensa t’il, impatient de savoir si tout allait se passer comme prĂ©vu. AppuyĂ© contre ce vieux mur de briques, tĂȘte baissĂ©, habillĂ© en hayon, une coupelle posĂ©e devant lui Ă  mĂȘme le sol, personne ne pouvait se douter de la tempĂȘte qui bouillonnait en lui et qui allait bientĂŽt ravager les alentours. Seul le battement frĂ©nĂ©tique de son pied sur le trottoir marquait son excitation. Mais qui allait s’occuper du pied d’un moins que rien qu’on avait renoncĂ© Ă  chasser tant il paraissait insignifiant et qui Ă©tait devenu invisible pour les habituĂ©s de cette rue commerçante. - Carla me l’a assez serinĂ©. Les cibles ne doivent jamais ĂȘtre dĂ©tectables facilement. Alors messieurs- dames, prĂ©parez-vous au grand feu d’artifice ! Et mes condolĂ©ances pour les familles ! Comme dans les films avec shwarzy » du temps de sa splendeur ! "Terminator" et ses copains d’Hollywood ne le renieraient pas aujourd’hui se promit-il. - Quatre minutes ! Encore quatre petites minutes Ă  attendre. Il se remĂ©mora une derniĂšre fois ce qui l’avaient amenĂ© Ă  choisir cette rue, cet endroit et ce qui allait s’y dĂ©rouler. Et la vĂ©ritable cible. Il se sentait encore fatiguĂ© par ces derniers jours de stress Ă  s’assurer que tout se dĂ©roulait selon son plan, mais bientĂŽt, il pĂ©terait le feu. Le goĂ»t mĂ©tallique du festin Ă  venir mettait sa bouche en feu. Il avait mis du temps Ă  trouver l’endroit idĂ©al. Cette rue commerçante oĂč la vie ne s’arrĂȘtait jamais de grouiller lui Ă©tait soudain apparu comme le lieu parfait pour terminer la phase deux de son job d’étĂ© ». C’est pourquoi cela faisait plus de trois semaines qu’il restait assis au mĂȘme endroit dĂšs que les audiences se terminaient. Il avait pu noter mentalement chacune des petites habitudes qui rythmait la vie de la rue oĂč il mendiait. La secrĂ©taire tartinĂ©e de crĂšmes diverses et aussi bandante qu’un vieux sapin de NoĂ«l qui descendait Ă  quatre heures pour s’en griller une. Le balai incessant des livreurs de pizza et autres chinoiseries sur leurs pĂ©trolettes. Y’avait aussi la place de stationnement que se rĂ©servaient les commerçants devant leurs boutiques en bon gros privilĂ©giĂ©s. Comme si la rue leur appartenait Ă  ces branleurs ! Tiens donc ! VoilĂ  la tarlouze de fleuriste qui rajustait jusqu’à douze fois par jour ses bouquets avec des gestes de danseuse Ă©toile pĂ©rimĂ©e en reluquant en douce les jeunes livreurs. A deux pas de lĂ , l’épicier pakistanais qui se tirait la bourre Ă  grands coups de panneaux promotionnels avec son homologue de produits biologiques de mes deux, le boucher aux allures de rumsteck sur pattes. Et le bouquet final ! La horde de femmes au foyer insatisfaites au pieu qui venaient venger leurs frustrations en venant tĂąter du melon et de la volaille. Tout ça pour prĂ©parer le repas qui allait faire tomber par terre les invitĂ©s du soir. Toutes ces bonne-femmes qui dĂ©ambulaient avec la marmaille obĂšse au train, leurs sacs de marque serrĂ©s sous le bras comme le saint Graal. Ben ouais ! Tout ce petit manĂšge allait arrĂȘter de tourner. Et il s’en dĂ©lectait d’avance. Vingt-sept nuits qu’il prĂ©parait la fĂȘte de cette petite rue si convenable », si discrĂštement que mĂȘme les pigeons dormant sur les toits n’y avaient rien vu. Subtilement, il leva le nez et huma l’air en quelques fortes inspirations, comme un fauve sentant la viande fraĂźche. §§§§§§§§ CHAPITRE XIII BAPTÊME - Ca y est, le voilĂ  ! Il se redressa doucement, fit mine de s’enlever la poussiĂšre de ses vĂȘtements crasseux et se dirigea vers une vieille Ford Taurus bleu marine garĂ©e au coin de la ruelle sĂ©parant deux blocs d’habitation. Il sentait la proie se rapprocher. Il sentait son cƓur se ralentir et changea ainsi de mode de vision. En se concentrant Ă  l’extrĂȘme, il pouvait voir le reste de la scĂšne au ralenti. Il pouvait ainsi anticiper le moindre changement d’attitude de chacune des personnes se trouvant dans la rue. Il regarda dans la direction de sa cible et marmonna sans s’en rendre compte - HĂ©, l’avocaillon, t’as l’air heureux hein ! Tes hormones sont aux max, pas vrai ! Dommage, bobonne ne pourra pas en profiter ! Pour une fois qu’t’était en forme, du con! T’inquiĂštes pas pour elle ! La jeunesse va passer pour satisfaire Madame ! De toutes les façons, dans trois minutes elle ne voudra mĂȘme plus de toi avec la tĂȘte que t’auras! Augosto remontait la rue la tĂȘte haute. Il slalomait avec habiletĂ© entre les clientes de cette voie commerçante. Il l’empruntait chaque fois qu’il faisait assez beau pour renter chez lui Ă  pied. Mais aujourd’hui, il aurait pu pleuvoir des grĂȘlons gros comme des Ɠufs qu’il ne s’en serait pas aperçu. Il avait l’impression de voler Ă  cinq centimĂštres au-dessus du trottoir. Il regardait fiĂšrement les divers magasins quand son attention fut attirĂ©e par le SDF » qui traĂźnait lĂ  depuis quelques semaines. Il se tenait debout et Ă©poussetait ses pauvres loques qui lui servaient de vĂȘtements. Se disant que c’était le jour ou jamais, il sortit deux billets de dix dollars de sa poche de veste, mettant sa sacoche sous son bras. Il allait faire un heureux ! - C’est pas tous les jours qu’on doit lui donner une somme pareil, non d’un chien ! Se dit-il Ă  lui mĂȘme, repensant Ă  la soirĂ©e qu’il allait offrir Ă  sa femme et le cadeau surprise qu’il sortirait au dessert. Il avait subtilisĂ© cette vieillerie style Far-West », ce truc en bois de je ne sais quoi » sculptĂ© de partout, dont elle raffolait sur la commode de la chambre de l’ex mari plumĂ© de sa cliente. Il adorait garder un souvenir de chaque affaire qu’il gagnait. Et invariablement, il l’offrait Ă  sa femme qui l’entreposait sur la bibliothĂšque de leur chambre. Si sa mĂ©moire Ă©tait bonne, et elle l’était, ce serait le vingt huitiĂšme trophĂ©e. Et sĂ»rement pas le dernier, songea t’il avec un sourire si large que l’on aurait pu voir sa glotte pour peu qu’on ait le courage de se trouver face au Loco-Motor ». Il accĂ©lĂ©ra le pas, voyant le clochard avancer vers la ruelle sĂ©parant le bloc d’immeubles qu’il remontait Ă  grands pas. Il le hĂ©la - Monsieur, 
Jeune homme, hĂ© toi, attend un peu, j’ai quelque chose pour toi ! Attends, bon dieu ! Il Agitait Ă  prĂ©sent les deux billets de dix dollars, sur de son effet. Il fut ravi de voir que le jeune paumĂ© l’avait entendu et l’attendait Ă  prĂ©sent, appuyĂ© contre le coin de l’immeuble, n’osant Ă  peine le regarder. Tout le monde n’est pas un gagnant, il faut des loosers, perçut le chasseur en regardant l’autre crĂ©tin. C’est du moins ce qu’exprimaient ses pensĂ©es dĂ©formĂ©es les diffĂ©rentes substances qui dĂ©goulinaient de tous les pores de la peau de ce futur ex-tĂ©nor du barreau. - Allez ! Approche connard ! Ne pu t’il se retenir de penser Ă  voie haute. le jeune homme avait les yeux qui frissonnaient de plaisir, au point qu’il n’osait plus regarder sa proie. AdossĂ© au mur de brique, il sentit le goĂ»t si suave de l’adrĂ©naline mĂȘlĂ©e d’acĂ©tylcholine lui remonter dans la bouche. S’il ne put se retenir de sourire, il se força Ă  garder la tĂȘte baissĂ©e. L’avocat, heureux de voir l’homme sourire Ă  la vue des billets et tendit le bras vers lui. Le sans-abri se retourna, le regard obstinĂ©ment fixĂ© sur le trottoir, totalement immobile. L’avocat, la main toujours tendue se sentait tellement charitable. Quand le mendiant releva la tĂȘte et lui offrit son plus beau sourire. Mais augusto s’attendait Ă  tout sauf Ă  ce visage. C’était le sourire d’un carnassier ayant enfin trouvĂ© sa proie, qu’il avait face Ă  lui. Il se figea net. Seule sa main continuait d’agiter bĂȘtement les billets. Les dents du jeune homme Ă©taient d’une blancheur Ă©clatante et paraissaient celles d’un loup. Une vague d’angoisse submergea Augusto d’un seul coup. Cette angoisse fut vite remplacĂ©e par la terreur quant il croisa son regard. Un regard vert tirant sur le jaune. Un regard animal et primitif si intense qu’il fut clouĂ© sur place. Il eut l’image furtive d’un petit cochon seul dans la jungle face Ă  un tigre. Toute sa superbe s’était Ă©vaporĂ©e. Il tremblait et ne se rendait mĂȘme pas compte que l’homme face Ă  lui, l’avait agrippĂ© par le poignet et le traĂźnait avec une force bestiale dans la ruelle. Mais il ne sentait plus rien Son esprit Ă©tait totalement accaparĂ© par un de ses pires souvenirs d’enfance, sa pire humiliation. Un jour, alors petit garçon, il n’avait pu se retenir de faire pipi en classe dĂ©clenchant l’hilaritĂ© gĂ©nĂ©rale de ses camarades. Il en avait Ă©tĂ© tellement gĂȘnĂ©, qu’il s’était enfui de l’école et avait refusĂ© d’y retourner durant plusieurs jours. Enfin, il reprit ses esprits - Mais qu’est-ce que
Tenta t’il d’articuler Puis ce fut le noir. Sa tĂȘte venait de heurter le mur contre lequel il Ă©tait maintenu avec une violence inouĂŻe. - Ravi d’faire ta connaissance du con ! T’as le bonjour d’un chasseur ! Et pas de chance pour toi mon gars c’est toi ma proie ! Toujours paralysĂ© par le choc et la peur que ce regard lui avait inspirĂ©e, Augusto ne tenta plus le moindre mouvement pour se dĂ©gager. MĂȘme quand il sentit qu’on lui arrachait sa prĂ©cieuse sacoche en cuir retournĂ© avec ces prĂ©cieux dossiers. Le jeune homme ouvrit la si chĂšre sacoche, attrapa le trophĂ©e volĂ© de l’avocat, le glissa dans sa poche, et laissa choir le reste et son contenu Ă  terre. Il passa alors Ă  l’action. Il se plaça face Ă  sa cible et saisit d’un geste rapide et sauvage le cou de sa cible, empĂȘchant le sang de circuler, Ă©touffant le cerveau. Sa main droite commençait d’exercer une pression d’une force inouĂŻe sue le globe oculaire gauche de sa victime. En moins de deux secondes, l’homme de loi gisait par terre, le cƓur privĂ© du flux sanguin. Un Ɠil se balançait mollement sur sa joue, retenu seulement par le nerf optique. Le chasseur fut parcouru d’un frisson de plaisir. Il sortit de sa poche une sorte de tube chromĂ© qu’il introduit aussitĂŽt dans le globe oculaire vide et sanguinolent de l’homme inerte. Le chasseur prit grand soin de l’enfoncer jusqu'au point requis avant d’exercer une lĂ©gĂšre pression l’arriĂšre du tube. Quatre griffes mĂ©talliques sortirent alors de l’autre extrĂ©mitĂ© du tube, s’enfonçant dans le trou bĂ©ant laissĂ© par l’Ɠil, Ă©cartant les chaires Ă  vifs. Un bruit de succion se fit entendre pendant qu’une longue et large aiguille s’enfonçait jusqu’au lob frontal du cerveau de la victime. - Allez le grand manitou du barreau, me claque pas entre les mains ! Plus que quelques secondes et je te libĂšre de tout, promis ! La rĂ©ponse tint en de brefs gĂ©missements, Du sang commençait Ă  s’écouler par la bouche de l’homme Ă©nucléé. - Trois, deux, un, finito, grand chef ! Allez ! Tu peux essayer de rentrer chez toi, Mais avec la tĂȘte que t’as, pas sur que bobonne te fasse ta fĂȘte ce soir, Hein ? Dit-il en Ă©clatant de rire. Tiens et ça c’est pour que tu reste un peu plus calme, dit-il en lui assĂ©nant un violent coup de pied dans l’estomac. L’avocat hoqueta deux fois avant de rendre le hot-dog qu’il avait mangĂ© gloutonnement un peu plus tĂŽt dans la journĂ©e. Visiblement satisfait du rĂ©sultat, le chasseur retira le tube de l’orbite de sa victime et le plaqua doucement Ă  l’arriĂšre de son cou, Ă  la base de la colonne vertĂ©brale. De nouveau, il exerça une lĂ©gĂšre pression Ă  l’arriĂšre du tube. §§§§§§§ Une dĂ©charge intense le parcouru. Il chancela un dixiĂšme de seconde avant de s’approcher Ă  nouveau de l’avocat et de lui glisser Ă  l’oreille - Je m’ sent beaucoup mieux bonhomme. Muchas gracias ! Maintenant, bouge pas trop et mate un peu, enfin avec ce qui te restes pour zieuter ! Le spectacle va commencer ! Ta rĂ©compense quoi ! Le chasseur se retourna et commença Ă  courir dans l’étroite ruelle. Son accĂ©lĂ©ration fut foudroyante. ArrivĂ© au milieu de celle ci, il bondit avec une agilitĂ© dĂ©concertante jusqu'Ă  la passerelle mĂ©tallique du premier Ă©tage des escaliers de secours qui recouvraient le cĂŽtĂ© du bĂątiment. Il continua son ascension Ă  une vitesse vertigineuse, alliant souplesse et force pure. C’était comme s’il flottait sur l’enchevĂȘtrement de poutrelles et d’escaliers. Tarzan passant de liane en liane serait passĂ© pour un vieillard sĂ©nile dans un parc Ă  jeux. Il se propulsa de plus de trois mĂštres sur le toit plat du bĂątiment, en un dernier mouvement d’une agilitĂ© sidĂ©rante. Il s’approcha d’une vieille couverture, la jeta derriĂšre lui et prit le lourd fusil Ă  lunette qu’elle dissimulait. Sans perdre un dixiĂšme de seconde, le jeune loup courut vers le coin Nord de l’immeuble tout en vĂ©rifiant le rĂ©glage de la lunette. A deux mĂštres du vide, il plongea Ă  terre, glissa sur le sol, posa son arme sur le rebord de l’immeuble et se mit en position de tir. . - Allez le steack sur patte, une p’tite priĂšre ! deux coups de feu retentirent. Le boucher se tenait sur le pas de son commerce. Il se retrouva projetĂ© par les balles, une au thorax et l’autre en plein front, au fond de son commerce, des morceaux de cervelle, de peaux et d’os Ă©parpillĂ©s de l’entrĂ©e au fond des Ă©tales de la boutique. - Une vĂ©ritable boucherie ! susurra le chasseur en laissant Ă©clater un rire sonore qu’il eut le plus grand mal Ă  rĂ©frĂ©ner. - Allez, au suivant ! Murmura le sniper un large sourire Ă©clairant son faciĂšs de fauve. Le dĂ©luge de balles commença. Le fleuriste, trois mĂ©nagĂšres et les deux Ă©piciers concurrents furent abattus comme des canards sur un stand de tir de fĂȘte foraine. - Sur ce coup lĂ , pas de jaloux, hein, les Ă©piciers de mes deux ? Le chasseur changea lĂ©gĂšrement de position de position et pointa son arme vers le coin de la rue oĂč la panique gĂ©nĂ©rale rĂ©gnait dĂ©jĂ . Cette panique se transforma en chaos total lorsque qu’une balle atteignit le rĂ©servoir d’un petit camion de livraison garĂ© en double file. Sous l’effet du souffle la plupart des vitrines de la rue volĂšrent en Ă©clat. Les blessĂ©s se comptaient maintenant par dizaines. Une multitude de personnes erraient, slalomant entre les corps gisant Ă  terre, appelant au secours, un portable Ă  la main quand cela leur Ă©tait encore possible. BrĂ»lĂ©s, dĂ©chiquetĂ©s, saignant abondement de plaies par balles, la mort faisait son Ɠuvre. - Encore un dĂ©tail et c’est fini ! Se dit-il Ă  voie haute, installĂ© au paroxysme de l’excitation par l’alchimie de ce qu’il avait prĂ©levĂ© sur l’avocat et de la rĂ©ussite visible de son plan. - Le chasseur changea Ă  nouveau de position, se releva et pointa son arme vers l’avocat qui avait vainement essayĂ© de ramper vers les poubelles adossĂ©es aux murs de la ruelle. - Vivace le bestiaux ! T’aurais au moins pu Ă©viter de laisser autant de sang p’tit pĂšre, c’est trop facile, ricana t’il. D’un geste de dĂ©fi il dĂ©laissa la lunette de son fusil et tira au jugĂ©. La balle entra par une oreille et fit Ă©clater l’ensemble de la boĂźte crĂąnienne. Des morceaux d’os et de cervelle de l’ex-homme de loi se retrouvĂšrent Ă©parpillĂ©s sur les murs des deux cĂŽtĂ©s de la ruelle. Augusto ne deviendrait jamais autre chose qu’une victime anonyme parmi dix-huit autres cadavres du sniper fou » comme titrĂšrent les journaux du lendemain. Jamais il ne serait l’éminent reprĂ©sentant de la communautĂ© latino-amĂ©ricaine que son destin Ă©tait censĂ© lui rĂ©server. §§§§§§§§ Le chasseur se mit Ă  courir jusqu’à l’extrĂ©mitĂ© opposĂ©e du toit de l’immeuble. D’un bond prodigieux digne d’un Carl Lewis de la grande Ă©poque, il sauta par-dessus la rue perpendiculaire Ă  celle du carnage. Il atterrit six mĂštres plus bas, en roulĂ© boulĂ©, au troisiĂšme Ă©tage de l’immeuble d’en face. Il Fracassa la fenĂȘtre d’un appartement encore vide Ă  cette heure de la journĂ©e, sans le moindre dommage pour sa propre personne. Cela faisait neuf semaines qu’il avait notĂ© avec soin les moindres dĂ©placements des diffĂ©rents occupant de cet immeuble et visitĂ© les moindres recoins de cet appartement. Sans reprendre son souffle, il traversa l’appartement et sortit sur le palier. L’arme Ă©tait dissimulĂ©e sous son long manteau qu’il avait pris soin d’emprunter » dans le dressing room avec une paire de mocassin flambants neufs. Anonyme parmi les habitants de cette rĂ©sidence de standing il ralentit l’allure, prenant l’air dĂ©gagĂ© de l’homme d’affaire se rendant Ă  contre cƓur Ă  un dernier rendez-vous. La luxueuse sacoche prĂ©cieusement serrĂ©e sous son bras et ses gants de cuir, trouvĂ©s aussi dans l’appartement, accentuaient encore l’aspect raffinĂ© du personnage. Ses yeux ne reflĂ©taient plus autre chose que la contrariĂ©tĂ© de ne pouvoir terminer la journĂ©e avec sa famille. Il salua aimablement une femme Ă©lĂ©gante qui sortait de l’ascenseur. Il la salua sans relever la tĂȘte et s’engouffra dedans. Il descendit se permettant un large sourire jusqu’au rez-de-chaussĂ©e. ArrivĂ© dans la rue, il entendit parfaitement les sirĂšnes hurlantes des ambulances qui venaient constater le massacre perpĂ©trĂ© Ă  peine sept minutes auparavant. Quand il se fut Ă©loignĂ© de trois blocs, un crissement de pneu aussi long qu’une nuit canadienne le fit largement sourire. Son initiation venait en fin de prendre fin. Une voix fĂ©minine, qui sentait l’expĂ©rience et la vodka Ă  plein nez, passa par-dessus le vacarme du trafic automobile. - Allez monte, t’as rĂ©ussi tes dĂ©buts mon p’tit chĂ©rubin d’amour. Viens faire un cĂąlin Ă  maman mon bĂ©bĂ© ! En un Ă©clair le sourire carnassier rĂ©apparu sur le visage de l’auteur du massacre. Il se retourna et sauta d’un bond de plus de deux mĂštres pour atterrir sur le siĂšge du passager de la dĂ©capotable de luxe que conduisait celle qu’il considĂ©rait comme sa mĂšre. - Alors, t’as trouvĂ© ça comment Carla ? - P A R F A I T, rĂ©pondit-elle avec une pointe d’orgueil dans la voix. Et elle s’autorisa un geste rarissime pour une femme de cette trempe. Elle lui caressa lentement la joue du revers de la main alors qu’elle redĂ©marrait se fondant dans le trafic faisant fi des coups de klaxon qui provenaient de la petite centaine de vĂ©hicules outragĂ©s par ce manque de civisme inqualifiable. Carla laissa passer cinq bons kilomĂštres avant de reprendre -Ce soir, on va essayer de fĂȘter ta journĂ©e avec le grand boss. Quand on va lui donner le prĂ©cieux sceaux ! C’est que j’aimerai bien qu’on profite de ton succĂšs pour qu’il nous confie la mission que j'ai en tĂȘte depuis un bout de temps. J’en un peu ras le bol de faire la nounou, mon roudoudou. MĂȘme pour toi, mio filio, finit elle en prenant le ton rauque de Brando dans le Parrain ». t’es ok p’tit tigre ? §§§§§§§ GRAND CHEF MORT AU TRAVAIL DE SOLDER CHAPITRE XIV Humphrey Solder parlait maintenant depuis plus de vingt minutes. Pour la plupart de ses employĂ©s qui l’écoutaient, c’était un dĂ©chirement. Il est vrai que la majoritĂ© d’entre eux travaillait pour Solder’s and Co depuis plus de vingt ans. Une bonne trentaine d’entre eux pouvaient mĂȘme se targuer d’ĂȘtre au service de la sociĂ©tĂ© agroalimentaire depuis sa crĂ©ation en 1957. Ces employĂ©s de toujours ne voyaient pas le vieux monsieur au costume maintenant bien trop large. Ils gardaient en tĂȘte l’homme Ă  la carrure de footballeur qui faisait se retourner la plupart des femmes. De cette force de la nature, capable de faire le travail de chacun d’eux, il ne restait plus que les Ă©normes battoirs qu’il agitait encore et toujours avec fougue, comme Ă  chaque fois qu’il faisait un discours. L’entreprise, spĂ©cialisĂ©e dans la transformation de produits dĂ©rivĂ©s Ă  base de maĂŻs, avait vu son activitĂ© se dĂ©velopper rĂ©guliĂšrement, insensible aux diffĂ©rentes crises Ă©conomiques boursiĂšres, Ă©conomiques et plus rĂ©cemment au choc de la mondialisation. La sociĂ©tĂ© paraissait insensible aux gesticulations du monde extĂ©rieur. L’immense majoritĂ© des employĂ©s de Solder’s and Co y voyait lĂ  l’émanation du gĂ©nie de Monsieur Hum » comme ils aimaient surnommer Monsieur Solder. C’est pourquoi ils Ă©taient si inquiets de le voir chanceler et s’accrocher Ă  son micro comme Ă  un grappin avant un inĂ©vitable dĂ©vissage, debout sur sa petite estrade. Il paraissait malade, salement atteint, d’un cancer ou quelque chose d’aussi dĂ©finitif si l’on en croyait les rumeurs courant des chaĂźnes de fabrication aux bureaux des cadres. - Il est temps pour moi de me retirer. Ces cinquante annĂ©es Ă  travailler avec vous auront Ă©tĂ© le plus grand bonheur de ma vie. Les plus anciens d’entre vous se souviennent des vieux hangars dans lesquels nous avons dĂ©marrĂ©. Regardez autour de vous ! Ces magnifiques bĂątiments sont le fruit de notre travail. De notre travail Ă  nous tous et vous pouvez en ĂȘtre fiĂšre. Il y a maintenant plus de trois mille personne sur ce site et je compte sur chacun de vous pour faire en sorte que ce nombre ne cesse d’augmenter. Monsieur Solder s’arrĂȘta de parler et se retourna vers son garde du corps. Les employĂ©s entendirent une quinte de toux grave et profonde qui souleva un murmure d’inquiĂ©tude. AprĂšs un moment qui leur parut une Ă©ternitĂ©, Il repris la parole sur un ton qui fleurait bon la pierre tombale. - Ne vous en faites pas. La personne que j’ai choisit pour me remplacer n’est autre que Gustave Solder, mon propre fils. Si personne ne l’a encore vu ici, sachez que cela fait plus de dix ans qu’il dirige le conseil d’administration du groupe Ă  Boston. Je souhaitais vous le prĂ©senter maintenant mais les nouvelles lois sur la sĂ©curitĂ© aĂ©riennes lui ont fait rater son vol. Il arrivera donc en fin de journĂ©e. Mais il nous arrivera en toute sĂ©curitĂ© par la grĂące de notre vaillante police. Monsieur Solder sourit Ă  cette plaisanterie et arriva Ă  dĂ©tendre un peu l’atmosphĂšre. - Cela fait des mois que je lui parle de l’histoire de cette entreprise, de ce lieu et de vous tous. Du vice directeur, hein Georges ! Il prit par l’épaule l’homme qui se trouvait Ă  sa gauche. Jusqu’à toi, Charlie, qu’il dĂ©signa d’une main tremblotante, dernier arrivĂ© comme cariste, il vous connaĂźt aussi bien que moi. Vous vous apercevrez Ă  peine de mon absence tant mon fils est fier de pouvoir prendre les reines de la maison mĂšre et fondatrice de notre sociĂ©tĂ©. Il reprit son souffle avant de poursuivre - Je sais que Hum » vous manquera. Vous me manquerez aussi. Mais trĂšs vite, je vous en fait le serment, vous ne pourrez plus vous passer de Gus ». Un petit rire poli parcouru l’auditoire, mais tous Ă©taient inquiets de l’apparition soudaine de ce Gustave Solder dont ils n’avaient jamais entendu parler jusqu’à ces derniers jours. Jusqu’à ce que la rumeur ne se charge de rĂ©pandre la nouvelle. Quand les murmures cessĂšrent, Monsieur Solder repris, bien dĂ©cidĂ© Ă  rassurer ses fidĂšles employĂ©s - Je resterai Ă  ses cĂŽtĂ©s mais dans mon canapĂ© oĂč vous pourrez toujours me joindre par les soins de ma bonne Lucie, la secrĂ©taire idĂ©ale, la seule femme Ă  qui je suis restĂ© fidĂšle depuis toujours et que j’emmĂšne avec moi Ă  la maison. Les prĂ©sentations avec mon fils auront donc lieu en toute fin d’aprĂšs midi. Nous aurons Ă  cette occasion de
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CRRR. La sono se mit Ă  Ă©mettre de nombreux et inquiĂ©tant grĂ©sillements. Toutes les personnes prĂ©sente sur le parking, seul endroit assez vaste pour rĂ©unir tous les employĂ©s, levĂšrent la tĂȘte en direction de l’estrade. L’inquiĂ©tude se lisait sur l’ensemble des visages. Monsieur Solder se redressa violemment, agrippa le micro devant lui, Ă©mit une suite de son caverneux et inintelligibles, pour finir par tournoyer sur lui mĂȘme comme dans une danse de fin de soirĂ©e trop arrosĂ©e. Le micro toujours en main il s’affala de tout son poids sur le bitume du parking. Le son de la chute repris par le systĂšme de sonorisation, toujours en marche, fit hurler la moitiĂ© des personnes prĂ©sentes. Les craquements que les employĂ©s entendirent leur firent dire plus tard aux journalistes qu’il avait du se rompre au moins la moitiĂ© des os du corps. §§§§§§ L’ambulance arriva moins de quinze minutes pendant lesquelles le garde du corps de Monsieur Solder tenta de sauver son patron. Les employĂ©s formaient Ă  prĂ©sent un cercle autours du corps au teint grisĂątre gisant Ă  terre. Personne n’osant s’approcher de la dĂ©pouille de l’homme qu’ils avaient tant aimĂ©. CHAPITRE XV RESURRECTION L’ambulance n’avait parcouru qu’une petite dizaine de kilomĂštre quand elle s’immobilisa. L’endroit Ă©tait dĂ©sert. Des champs Ă  perte de vue. Le chauffeur se retourna et demanda - Quelle direction maintenant, patron ? Une voie lĂ©gĂšrement Ă©touffĂ©e lui rĂ©pondit de l’arriĂšre du vĂ©hicule. - Roule doucement et tu vas trouver un sentier Ă  une centaine de mĂštre sur ta gauche. Prends le et arrĂȘtes-toi dĂšs que t’arrives dans les bois. Ok ! - Ca marche patron ! RĂ©pondit le conducteur de l’ambulance qui remit le moteur en marche avant de prendre la direction du chemin de terre dans le quel il s’engagea Ă  faible allure. - Ca va abruti ! Je suis pas vraiment malade, des fois que t’aurais oubliĂ© ! AccĂ©lĂšre un peu, non d’un chien. J’ai pas toute la journĂ©e. Le chauffeur obtempĂ©ra et accĂ©lĂ©ra. Il s’immobilisa de nouveau, une fois arrivĂ© dans le sous bois non loin d’une magnifique Mercedes noire garĂ©e lĂ  au milieu de nul part. Un infirmier descendit rapidement de la camionnette et ouvrit en grand les portes Ă  l’arriĂšre de l’ambulance. Un individu en sorti. Il ressemblait trait pour trait Ă  Monsieur Solder mais en vingt-cinq ans plus jeune. - hou la, ça fait du bien de pouvoir respirer un peu d’air frais sans cette gangue de peau flĂ©tri ! Bon sang c’que c’est bon. J’aurai pas pu tenir une semaine de plus. C’était bien le bon Monsieur Hum » qui parlait. Sa voie aussi avait rajeuni. Il se dĂ©pĂȘcha d’enfiler un nouveau costume, tout aussi chic mais dont la taille Ă©tait beaucoup plus rĂ©cente que l’autre, celui du vieux Monsieur Solder. AprĂšs avoir enfilĂ© ses chaussures, il fit deux trois mouvements de gymnastique puis se dirigea vers la berline noire. Il ouvrit la porte et se retourna vers les deux hommes habillĂ©s en infirmier. - Bon boulot les gars ! Me voilĂ  reparti vers une seconde jeunesse. C’est pas le rĂȘve de tout le monde, non ? Les deux infirmiers acquiescĂšrent avec un demi-sourire oĂč la crainte pouvait se lire. L’un d’entre eux demanda - On peut y aller maintenant, chef ? - Bien sur les enfants ! Rendez-vous ce soir Ă  l’entrĂ©e Nord de mon laboratoire. Enfin si vous voulez toucher votre argent, annonça le nouveau patron de Solder’s and Co ». Il les gratifia d’un sourire qui dĂ©voilait des dents blanches parfaitement alignĂ©es Ă  l’opposĂ© des dents jaunies de l’homme qui parlait, il y a encore une demi-heure, perchĂ© sur une estrade. Il continua de leur parler sans les quitter des yeux, commençant Ă  se diriger vers sa voiture Moi, faut que je retourne faire connaissance avec ces pĂ©quenots qui doivent encore pleurer leur bon et vieux patron et les rassurer que la relĂšve est bien prise par son jeune et dynamique fils. Alors Ă  ce soir les garçons ! Et encore merci pour la balade ! Il s’engouffra dans la voiture et dĂ©marra en trombe, saluant au passage les deux hommes qui souriaient d’avance aux gains qu’allait leur rapporter cette petite blague. Il n’y avait plus la moindre trace d’inquiĂ©tude sur leur visage. §§§§§§§§§§ Ils attendirent dix minutes comme prĂ©vu, discutant de ce qu’ils allaient faire de leur argent si facilement gagnĂ© quand l’un d’eux se retourna et dit - T’as entendu ? - Entendu quoi ? RĂ©pondit l’autre -LĂ , des craquements devant l’ambulance ! Allez dĂ©marre, on se tire d’ici et en vitesse ! J’suis pas Ă  l’aise Ă  la cambrousse, moi ! - T’es complĂštement parano mon pauvre ! C’est qu’un petit renard ou une autre bestiole, pas le monstre du Loch Ness fillette ! Mais t’as pas tort. Filons d’ici et allons nous jeter un godet ou deux en ville en attendant de toucher le pactole. Mais fais gaffe Ă  ce que tu dis. T’as toujours eu tendance Ă  trop parler, pas vrai ? - C’est vrai que j’ai jamais vu un job aussi facile, Ajouta le deuxiĂšme infirmier en ouvrant la porte de l’ambulance. Les deux hommes Ă  bord, le chauffeur fit tourner la clĂ© de contact. Le moteur toussota puis s’étouffa avant de s’arrĂȘter. A chaque nouvelle tentative, le moteur gĂ©missait de moins en moins fort. Le chauffeur furibard, regarda son compĂšre et beugla - Qu’est-ce que c’est que cette merde, non de dieu ? Ca marchait y’a cinq minutes Ă  peine et j’ai rĂ©visĂ© entiĂšrement le moteur ce matin, bordel de chiotte ! Les deux hommes rĂ©essayĂšrent encore deux fois de faire partir le moteur avant de se rendre Ă  l’évidence. Il y avait un problĂšme sous le capot. Le chauffeur demanda - Va jeter un oeil au delco », tu veux bien ? J’ai pas envi de rester moisir ici longtemps. On a un rendez-vous important ce soir j'te ’rappelle ! - J’y vais. Mais Ă  mon avis t’as autant rĂ©visĂ© ce moulin que tes examens de fin d’école, du gland ! Et j’te rappelle que j’aime vraiment pas la campagne alors on fait vite. Ok ! L’homme ouvrit le capot de l’ambulance et s’écria Bon dieu, d’bon dieu, qu’est ce que c’est que ce merdier ! Viens voir, tu veux ? - L’autre homme le rejoignit et s’étrangla presque Ă  la vue du moteur. - Je te jure que ce matin, y’avait rien du tout lĂ -dedans ! C’est quoi cette mousse, non de dieu, un extincteur secret ? Alors que les deux hommes continuaient de s’engueuler copieusement, leurs pieds s’enfonçaient dans un tapis d’humus bleu, humide et profond qui se dĂ©veloppait Ă  grande vitesse autour d’eux. Elle s’attaquait maintenant Ă  grimper le long de leurs jambes. De faibles lueurs argentĂ©es parcouraient maintenant cette masse de filaments touffus. C’était comme si un courant Ă©lectrique alimentait ces fibres vĂ©gĂ©tales, allant et venant Ă  partir de l’arbre majestueux sous lequel se trouvaient les deux hommes. Les deux hommes Ă©taient loin de s’imaginer qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard pour eux ! Et pendant qu’ils se rejetaient la faute l’un l’autre, ils ne pouvaient concevoir les horribles souffrances qui les attendaient. MĂȘme dans leurs ultimes instants ils ne pourraient comprendre qu’ils avaient juste Ă©tĂ© des jouets de l’histoire sĂ©culaire dont ils n’étaient que des pions. Quand l’emprise de l’étrange mousse luminescente se fit plus importante, les deux hommes rĂ©agirent. EnfoncĂ©s maintenant jusqu’au genoux dans cette masse qui ne cessait de vouloir les engloutir, ils essayĂšrent en vain de tout arracher avec leurs mains, leurs pieds et tout ce qui leur Ă©tait encore accessible. Mais les fibres vĂ©gĂ©tales prĂ©sentent dans le moteur s’étaient invitĂ©es au festin, elle aussi parcourue d’inquiĂ©tantes lueurs. Des millions de filaments commençaient Ă  venir s’enrober autour de leurs bras et de leurs torses Ă  une allure prodigieuse, comme autant de serpents. Les deux hommes tentĂšrent bien de bouger et d’arracher cette maudite mousse, mais cela ne servait plus Ă  rien. Elles luisaient de mille feux alors que les deux hommes se retrouvaient paralysĂ©s. La terreur les envahis quand l’humus pĂ©nĂ©tra dans leur bouche, les empĂȘchant de respirer en formant e une balle hermĂ©tique au fond de leurs gorges. Moins de deux minutes plus tard, on entendait plus que des cris Ă©touffĂ©s, Ă  peine perceptibles. Ces derniĂšres exhortations disparurent trĂšs vite. Il ne restait plus qu’un Ă©norme tapis de mousse qui continuait de grossir Ă  une vitesse phĂ©nomĂ©nale. Une trĂšs forte lumiĂšre blanche rayonna quelques instant sur l’ensemble de cet Ă©pais tapis avant de rejoindre l’arbre recouvrant la scĂšne de ses branches. Et puis, plus rien, tout s’éteignit. Aussi soudainement que le phĂ©nomĂšne Ă©tait apparu. Puis, dans un silence de cathĂ©drale, rien ne bougeant plus dans le bois environnant, l’humus commença Ă  se contracter. Les quelques animaux encore prĂ©sent aux alentours purent entendre de lugubres craquements qui venaient aussi bien des restes des deux hommes que de l’ambulance qu’on ne discernait mĂȘme plus tant elle avait Ă©tĂ© dĂ©formĂ©e. Le mouvement de contraction des ces fibres vĂ©gĂ©tales s’accĂ©lĂ©ra tant, qu’il devint impossible Ă  discerner. En moins d’une minute, il ne restait plus rien. Les deux hommes comme l’ambulance avaient Ă©tĂ© engloutis Il ne restait plus Ă  voir qu’une Ă©paisse couche de mousse verdĂątre au pied d’un arbre majestueux. Un arbre qu’aucun naturaliste au monde n’aurait pu nommer sans se tromper. §§§§§ Le nouveau » Monsieur Solder, dĂ©barrassĂ© des derniĂšres rides qu’il portait sur le visage il y a encore une heure, avait dĂ©jĂ  complĂštement oubliĂ© l’existence de ses deux hommes de main. Alors qu’ils disparaissaient de la surface de la Terre, il commençait son discours devant des employĂ©s, ayant repris sa place sur l’estrade. S’ils Ă©taient toujours sous le choc de la perte probable de leur cher Hum », ils Ă©taient mĂ©dusĂ©s par la ressemblance de stature et de trait entre l’homme qui leur parlait et leur vieux patron, des annĂ©es auparavant, Ă  son arrivĂ© dans l’entreprise. Tous avaient vu les nombreuses photos de leur ancien patron qui ornaient les murs des locaux administratifs. MĂȘme entre un pĂšre et son fils, une telle ressemblance relevait de la coĂŻncidence gĂ©nĂ©tique. C’est du moins ce que la plupart des plus anciens employĂ©s pensĂšrent. Pourtant, il Ă©tait bien lĂ , sous leurs yeux. Seul le ton de sa voix, jeune au dĂ©bit fluide, rapide et aux intonations qui montrait toute la bonne Ă©ducation reçue, les diffĂ©renciait Ă  coups sĂ»r. DĂ©jĂ , tous les membres de Solder’s and Co Ă©taient dĂ©jĂ  sous le charme de leur nouveau patron, moderne mais tout aussi paternaliste que le vieux Monsieur Solder. Oui, il les connaissait dĂ©jĂ  tous ou presque, comme Hum » leur avait dit ! A prĂ©sent, plus personne ne redoutait ce changement de direction. C’était l’effet escomptĂ© par le jeune » patron. Au final, peu de personnes prĂ©sentes lors de la chute de Monsieur Hum » demandĂšrent de ses nouvelles. Le changement de direction s’était passĂ© comme une lettre Ă  la poste au grand plaisir de Gustave Solder. Il Ă©tait reparti pour trente bonnes annĂ©es de tranquillitĂ©. Il avait largement gagnĂ© le temps nĂ©cessaire Ă  la rĂ©alisation du projet sur lequel il travaillait depuis si longtemps. La phase Attaque » devait d’ailleurs dĂ©buter dans les prochaines semaines. Juste le temps qu’il fallait pour s’assurer de la fidĂ©litĂ© du gosse » qui avait, selon ses sources, bien dĂ©butĂ© sa Mission ». Quelle serait la position du mĂŽme ? Une grosse partie du plan de reconquĂȘte reposait sur sa dĂ©termination. Eliminer la cible et dĂ©truire ce dernier noyau ne serait pas chose facile. Il avait mis toutes les chances de son cĂŽtĂ©. Carla l’avait formĂ© et si jamais il y avait un problĂšme, le rendez-vous fixĂ©, au cas oĂč, serait dĂ©finitif qu’il soit un alliĂ© ou non. §§§§§§§ ANUA SANS DESSUS DESSOUS Il Ă©tait huit heures mois dix et Anua se sentait proche de la crise de nerf. Elle marchait en tous sens dans son salon comme un chat tournant autour de son bol pendant que son maĂźtre ouvre le sac de croquettes. Son cerveau, d’habitude si subtile, Ă©tait incapable du moindre raisonnement. Sa concentration Ă©tait entiĂšrement tendue vers la petite pendule rococo que sa grand-mĂšre lui avait offerte quant elle Ă©tait encore une petite fille. L’angoissante pendule trĂŽnait sur le guĂ©ridon, Ă  gauche de la porte d’entrĂ©e, entre le tĂ©lĂ©phone et une pile de livres qu’elle se jurait presque chaque jour de ranger. Anua regardait l’aiguille des minutes incapable de la lĂącher des yeux au fur et Ă  mesure qu’elle se rapprochait de l’heure fatidique. - Encore neuf, neuf saloperies de minutes ! LĂącha t’elle sur le point d’exploser. Ce petit manĂšge durait maintenant un bon quart d’heure et menaçait de la rendre folle pour toujours. Elle ne sentait mĂȘme plus ses mains dont les ongles rongĂ©s jusqu’au sang ressemblaient plus Ă  des petites saucisses, qu’aux outils si fins qui avaient permis Ă  l’homme de se distinguer si vite des autres mammifĂšres. La sonnette retentit. Anua eut un sursaut et trĂ©bucha en se retournant vers la porte. Elle s’affala de tout son long sur l’épaisse moquette beige qui recouvrait le sol de son appartement. Un cri de douleur resta coincĂ© dans la grosse boule qui lui bloquait la gorge depuis qu’elle savait son pĂšre en danger. Elle se redressa vivement, la douleur de sa cheville effacĂ©e par son cerveau et regarda une nouvelle fois l’heure, totalement obsĂ©dĂ©e. Elle retrouva un peu de luciditĂ© et se rappela que son amie Billie devait Ă©galement passer avant vingt heures. Anua fixa la porte ne sachant quoi faire. Cela ne pouvaient ĂȘtre les ravisseurs de son pĂšre, ils s’étaient montrĂ©s jusqu’à prĂ©sent beaucoup mĂ©ticuleux pour arriver avec presque dix minutes d’avance. A moins qu’il ne s’agisse encore d’une maniĂšre, pour eux, de bien lui faire comprendre qui menait le jeu. Sinon, s’était Billie et il lui fallait trĂšs vite trouver un plan pour la faire dĂ©guerpir. Pas question de garder Ă  la maison quelqu’un qui fourrait son nez partout comme sa meilleure amie ! AprĂšs un moment qui lui parut une Ă©ternitĂ©, Anua se souvint de l’Ɠil de bƓuf dont Ă©tait dotĂ©e sa porte. Elle s’approcha sans bruit et regarda qui attendait sur le palier. C’était bien sa copine qui attendait de l’autre cĂŽtĂ© de la porte. Cherchant une idĂ©e qui puisse la dĂ©courager de rester, Anua ne remarqua pas l’air affolĂ© du visage de Billie. Elle ne remarqua pas non plus la dizaine de clins d’Ɠil qu’elle lui adressa sachant parfaitement qu’on Ă©tait en train de l’observer par l’Ɠilleton. Anua se dĂ©cida enfin d’ouvrir la porte. Elle fut immĂ©diatement projetĂ©e en arriĂšre prise au dĂ©pourvue par l’entrĂ©e fracassante de Billie qui avait Ă©tĂ© littĂ©ralement catapultĂ©e sur elle. Ce n’est qu’une fois au sol qu’Anua aperçut l’agresseur. Sa copine, la bouche en sang Ă  la suite du choc, gisait par terre Ă  cĂŽtĂ© d’elle, Ă  demi inconsciente. Reprenant ses esprits, Anua dĂ©tailla, la vision encore brouillĂ©e par le choc, l’intrus qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Elle remarqua instantanĂ©ment sa stature imposante. Il devait bien dĂ©passer le double mĂštre et Ă©tait aussi large que la penderie de sa chambre. Du moins, vu du sol ! Pendant qu’elle se redressait pĂ©niblement, elle tenta de discerner les traits de l’homme qui avait fait irruption chez elle en se servant de sa meilleure amie comme d’une auto tamponneuse. Elle ne put remarquer grand chose, l’agresseur portant un large sweater vert dont la capuche maintenait dans l’ombre la quasi-totalitĂ© de son visage. Elle ne pouvait que distinguer les formes de ses lĂšvres charnues et de son menton aussi carrĂ© qu’un Rubik’s cube » gĂ©ant. Billie repris ses esprits, touchant son visage tumĂ©fiĂ© tout en regardant si sa copine allait bien. Les deux jeunes femmes s’étaient maintenant remise sur leurs pieds et reprenaient leur souffle, pliĂ©es en deux. Anua tentait d’enrayer le saignement de nez de Billie, Ă  grand renfort de mouchoirs en papier. Par chance, la boite de Kleenex » Ă©tait toujours Ă  sa place, au pied du canapĂ© oĂč Anua se morfondait encore sur son sort, il y a quelques heures Ă  peine. L’homme entra, ferma la porte et sortit d’une de ses poches un rouleau d’adhĂ©sif toilĂ©. Avec calme et sans violence aucune, il fit asseoir les deux femmes les menant par le bras jusqu’au sofa. Une fois assises, il leur intima le silence d’un chut sonore, le doigt devant la bouche. Un peu comme un ordre gentiment donnĂ© Ă  des enfants. Aucune des deux amies ne protesta. Il leur attacha habilement les poignets et les chevilles et posa avec une grande dĂ©licatesse un morceau d’adhĂ©sif sur leurs bouches. Elles trĂŽnaient maintenant comme deux potiches sur le canapĂ©. Toujours sans dire un mot, il se retourna vers la porte d’entrĂ©e, la referma et se mit Ă  regarder par l’Ɠilleton. - Bon sang, mais qu’est-ce qu’il voulait ? Il ne pouvait faire partie des ravisseurs, sinon pourquoi cette attitude ? Songea Anua en fixant le gĂ©ant qui restait muet et immobile, l’Ɠil toujours rivĂ© Ă  l’Ɠilleton. Le grincement caractĂ©ristique des portes de l’ascenseur arriva jusqu’à leurs oreilles. L’homme quitta sa position et vint se plaquer contre le mur juste Ă  cĂŽtĂ© de la porte faisant de nouveau face aux deux amies. Il mit un de ses Ă©normes doigts devant sa bouche, les priant une nouvelle fois de ne faire aucun bruit. Devant leur air incrĂ©dule, il leur chuchota d’une voix douce et grave - N’ayez aucune crainte, Je suis de votre cĂŽtĂ© ! Excusez mon entrĂ©e un peu en force ! Un peu en force ! Les deux femmes ficelĂ©es sur le canapĂ© se regardĂšrent, comprenant qu’il valait mieux ne pas contrarier le gĂ©ant vert » tant que cette histoire de fou ne serait pas terminĂ©e. Anua se demandait toujours quelle Ă©tait la part de responsabilitĂ© de l’homme dans l’enlĂšvement de son pĂšre. Que voulait-il dire quand il affirmait ĂȘtre de leur cĂŽtĂ© ? La situation devenait ubuesque mais elle sentait au fond d’elle-mĂȘme que cet homme, entrĂ© si violemment chez elle, blessant son amie, n’avait rien d’un assassin ou d’un kidnappeur. Mais s’il n’avait rien Ă  voir avec son pĂšre, qui attendait-il avec tant d’impatience ? Elle n'avait palĂ© Ă  personne de l'enlĂšvement de son pĂšre ! Elle Ă©tait complĂštement perdue ! Alors qu’il finissait sa phrase, le "colosse capuchĂ©" sortit de la poche arriĂšre de son jean un objet qu’Anua, dans son Ă©tat normal, aurait reconnu instantanĂ©ment. Un de ces fameux sceaux cylindre, visiblement rĂ©cent mais ouvragĂ© Ă  l’ancienne. Il ressemblait fort Ă  ceux qui lui avait valu rĂ©cemment tant de dĂ©convenues. Il l’ouvrit en pressant l’arriĂšre du cylindre avec son auriculaire et sortit en un deuxiĂšme, entiĂšrement chromĂ© celui-lĂ , comme s’il s’agissait de poupĂ©es gigognes. Un cylindre dans chaque main, le gĂ©ant reprit sa position dos au mur, Ă  un mĂštre environ de la porte d’entrĂ©e. Des pas se firent entendre dans le couloir qui menait Ă  l’appartement d’Anua. Ils s’arrĂȘtĂšrent devant sa porte. La poignĂ©e de la porte commença Ă  tourner imperceptiblement. La porte s’entrouvrit sans aucun bruit. Les deux amies confinĂ©es sur le sofa aperçurent l’esquisse d’une tĂȘte. Elles frissonnĂšrent comme deux sƓurs siamoises quand elles croisĂšrent le regard de l’homme qui tentait Ă  son tour de rentrer par effraction dans l’appartement. §§§§§§§ Ce regard n’avait rien d’humain. Il se rĂ©sumait Ă  deux fines lames vertes aux reflets jaunes qui paraissaient aussi inamicales que cruelles. Il ne lui fallut qu’un coup d’Ɠil pour confirmer son intuition. La situation n'Ă©tait pas celle Ă  laquelle il s'attendait. Il disparut du champ de vision des deux femmes, et rĂ©flĂ©chit briĂšvement sur la tactique Ă  adopter. De toutes maniĂšres, il verrait bien ! D’un seul coup la porte vola en Ă©clat. L’homme se rua dans le salon visiblement peu surpris de voir deux jeunes femmes pieds et poings liĂ©s sur un canapĂ©, face Ă  lui. Il ne portait aucune arme visible mais parut dĂ©concertĂ© quand le gĂ©ant se jeta sur son dos de toute sa masse. Comment Ă©tait-ce possible qu’il n’ait rien perçu ? L’homme aux yeux de lames de couteau essaya de se dĂ©barrasser de son agresseur en tournant sur lui-mĂȘme. Mais le poids de celui qu’il avait sur le dos Ă©tait tel qu’il finit par perdre l’équilibre. Les deux hommes s’écrasĂšrent au sol allant jusqu'Ă  faire craquer le parquet sous l’épaisse moquette. L’homme au regard toujours aussi cruel, plus leste, rĂ©ussi Ă  se dĂ©faire de l’étreinte de son adversaire et Ă  se redresser. Les deux hommes se faisaient maintenant face Ă  face. C’était David contre Goliath tant la diffĂ©rence de gabarit entre les deux hommes sautait aux yeux. Sauf que ce David lĂ  n’avait rien du bon samaritain ! - Ca faisait longtemps qu’on m’avait pas surpris, gros lard ! Allez montre moi ce que tu sais faire, mammouth, qu’on s’amuse un peu ! Pour la premiĂšre fois, le gĂ©ant fit entendre sa voix de stentor en rĂ©pondant - T’as la mĂ©moire courte, petit ! Mais c’est pas grave, j’te pardonne, Erik ! C’est vrai que t’était vraiment qu’un tĂȘtard la derniĂšre fois qu’on s’est vu ! Et t’as vu ce que t’es devenu sans moi ? Pfff, vraiment Carla n’a pas changĂ© ! Elle a toujours Ă©tĂ© une mĂšre dĂ©plorable, pas vrai ? Le fait que l’on puisse connaĂźtre son nom et des personnes qu’il connaissait parut dĂ©stabiliser le kidnappeur, l’espace d’un instant. Il se reprit et foudroya son adversaire d’un regard qui fit frissonner les jeunes femmes. Il sortit un couteau Ă  une telle vitesse que nul, dans la piĂšce, n’aurait pu affirmer oĂč il se cachait avant d’apparaĂźtre dans sa main. Le gĂ©ant Ă  la voix de baryton avait profitĂ© du court moment de surprise de l’homme au couteau pour se rapprocher du guĂ©ridon, posant la main sur la pile de livres qui s’y trouvait. Il se saisit du premier, un lourd annuaire, alors que le couteau venait de quitter la main de l’homme dĂ©nommĂ© Erik pour filer droit vers lui. Il leva rapidement l’épais volume devant son visage juste au moment oĂč la lame se ficha dedans. La lame tranchante traversa le botin et ne s’arrĂȘta qu’a quelques centimĂštres du front du colosse. Erick, visiblement fou de rage de son Ă©chec, se saisit d’un lourd cendrier qui Ă©tait tombĂ© par terre pendant leur bagarre et le lança avec une force surprenante dans la direction du gĂ©ant. Il exĂ©cuta dans le mĂȘme temps un bond qui lui fit traverser la piĂšce, volant littĂ©ralement par-dessus les deux jeunes femmes, toujours assise sur leur canapĂ©. Il atterrit Ă  l’autre bout de la piĂšce, en Ă©quilibre sur la derniĂšre Ă©tagĂšre de la bibliothĂšque, les pieds calĂ©s contre les rayonnages. Le baryton, qui paraissait avoir toujours un dixiĂšme de seconde d’avance sur son adversaire, amortit le cendrier avec l’annuaire oĂč se trouvait toujours plantĂ© le couteau. Pas du tout Ă©tonnĂ© par le saut de son adversaire, il se retourna vers lui, le regarda un instant avant de reprendre la parole - T’as fini ton numĂ©ro p’tit chasseur ! Au lieu de sauter comme un bĂ©bĂ© tigre se faisant les dents, tu ferais mieux de regarder ce qui se trouve dans ta nuque. Je te l’ai gentiment plantĂ© dans la moelle Ă©piniĂšre quand je m’amusais sur ton dos quand t’es rentrĂ© si poliment dans l’appartement. Tu vas voir ! C’est gĂ©nial pour Ă©viter tous surplus d’adrĂ©naline. Bon dodo, p’tit tigre ! §§§§§§§§ Pris une nouvelle fois au dĂ©pourvu, le jeune homme aux yeux de fauve, Ă©tait toujours perchĂ© en haut la bibliothĂšque dans un Ă©quilibre prĂ©caire. Il se passa la main Ă  l’arriĂšre de sa tĂȘte jusqu’à ce qu’il se saisisse du cylindre plantĂ© dans sa nuque. Il retira dĂ©licatement le tube et l’aiguille de son cou et les jeta violemment par terre aux pieds des deux amies, fagotĂ©es sue le canapĂ©. Anua et Billie essayaient tant bien que mal de suivre les Ă©vĂ©nements. Elle en tournaient la tĂȘte Ă  l’unisson, de droite Ă  gauche, Ă  chaque mouvement des deux hommes ou objet volant non identifiĂ©s, comme des spectatrices assidues d’un match de tennis. Erick eut le temps de saisir et jeter mollement un dernier livre en direction du gĂ©ant avant de chuter lourdement par terre, tremblant des pieds Ă  la tĂȘte, les yeux rĂ©vulsĂ©s, un filet de bave s’écoulant par les commissures de ses lĂšvres. - VoilĂ , c’est terminĂ© ! Pour lui, c’est le retour au bercail. Malheureusement, il est sĂ»rement trop tard pour son frĂšre. Il a dĂ©jĂ  franchi la limite, il a tuĂ©. Et un paquet de gens ! L’homme, nullement gĂȘnĂ© par sa grande taille, se pencha vers Erick et s’assura de son Ă©tat de santĂ©. RassurĂ©, il se dirigea vers les deux femmes et leur enleva leur bĂąillon, tirant d’un coup sec sur l’adhĂ©sif. Mais pas un cri ne sortit de leur bouche. Elles Ă©taient bien trop choquĂ©es pour pouvoir prononcer le moindre mot. C’est lui, au contraire, qui reprit la parole un sourire illuminant enfin son visage - Mesdames, dit-il en jetant nĂ©gligemment sur son Ă©paule le corps du jeune homme secouĂ© de quelques spasmes nerveux, je vais vous laisser pour aujourd’hui. Tenez, je vous laisse le couteau pour pouvoir vous dĂ©tacher dĂšs que j’aurais quittĂ© l’appartement. - Ah oui, j’allais oublier ! Anua, je suis dĂ©solĂ©, ne compte pas trop revoir ton pĂšre. Les monstres qui se sont emparĂ©s de lui sont sans pitiĂ©. Ils ont du l’abattre juste aprĂšs l’enregistrement du message qu’ils t’on fait entendre. Je suis dĂ©solĂ© de n’avoir rien pu faire pour lui mais je devais te sauver en prioritĂ©. Un silence pesant rĂ©gna quelques instants, alors que des larmes commençaient de couler sur les joues blafardes d’Anua. - Il y a des moments dans la vie oĂč l’on aimerait pouvoir se dĂ©doubler, mais ça, je ne peux pas encore le faire ! Je peux pourtant faire beaucoup de choses pour toi, mais ça non ! S’il te plait, ne m’en veux pas. Je sais Ă  quel point tu l’aimais. C’était un homme bien. Va Ă  Westmorland sur la mer de Salton et demande Ă  la police de fouiller le cours d’eau qui longe la ferme des Horgins. C’est lĂ -bas que tu trouveras ton pĂšre. Paraissant sincĂšrement triste de n'avoir pu faire plus, il se dirigea, cette longue diatribe terminĂ©e, vers le trou bĂ©ant oĂč se trouvait la porte avant l’irruption du complice des meurtriers du pĂšre d’Anua. Le gĂ©ant vert se retourna une derniĂšre fois. Il fixa un long moment Anua avant de continuer de sa voix gutturale sur un ton qui aurait trĂšs bien pu ĂȘtre celui d’un proche rĂ©ellement touchĂ© par la mort de son pĂšre - On sera amenĂ© Ă  se revoir trĂšs vite, Anua, p’tite frangine ». Je dois d’abord m’occuper de lui, dit-il en tapotant le postĂ©rieur de l’homme perchĂ© sur son Ă©paule. Il me faut Ă©galement finir de convaincre quelqu’un que tu seras ravi de revoir, j’en mettrai ma main Ă  couper ! - En attendant que je revienne pour tout t’expliquer, je te conseille de dĂ©mĂ©nager. Pourquoi ne vas-tu pas habiter chez ta copine ? Elle semble Ă  mĂȘme de t’aider, non ? Il sourit aimablement Ă  Billie. -Et t’en faits pas, les mauvaises passes ont toujours une fin. Sur ces mots le gĂ©ant, Ă  l’air si nostalgique, disparut trimbalant toujours le corps du kidnappeur comme s’il portait son manteau sur l’épaule en laissant les deux jeunes femmes affalĂ©es sur le sofa. Des milliers de questions sans rĂ©ponses embouteillaient leurs esprits comme une autoroute un jour de dĂ©part en vacances. §§§§§§ Anua, la premiĂšre fondit en larme sous le choc de la fin annoncĂ©e de son pĂšre. Billie ne tarda pas Ă  la rejoindre dans un concert de larmes et de reniflements. Anua se jura intĂ©rieurement de mettre fin Ă  cette histoire morbide. Oui ! Elle allait tout faire pour essayer de retrouver son corps en suivant les indications que lui avaient fourni l’homme qui l’avait tendrement appelĂ© frangine. Elle en Ă©tait tout Ă©mue, mais n’aurait pu commencer Ă  en expliquer le pourquoi. CHAPITRE XVI NICK DORLAN Nick Dorlan conduisait, pour une fois bien au-dessus de la limitation de vitesse. D'habitude si placide, il Ă©tait en ce moment nerveux et inattentif aux autres, ce qui ne lui ressemblait guĂšre. Il se reprochait de ne pouvoir s'occuper de tout en mĂȘme temps. Ces derniers mois avaient Ă©tĂ© chargĂ©s, avec touts ces voyages et ces prises de contact discrĂštes. Son retour dans le monde de son enfance avait Ă©tĂ© bien plus Ă©prouvant pour sa grande carcasse qu'il ne voulait bien le reconnaĂźtre. Et dire qu'il devait partir pour Paris dĂšs ce soir Il n'avait pas mis les pieds au bureau de la semaine et il s'en inquiĂ©tait. Il ne voulait surtout pas que ses employĂ©s ne se sentent abandonnĂ©s. MĂȘme s’il y avait peu de circulation en ce vendredi aprĂšs-midi, il faisait preuve d’une rĂ©elle aptitude Ă  se faufiler entre les voitures. Il les dĂ©passait sans coup fĂ©rir grĂące au puissant moteur de sa Mercedes cl 600 amĂ©liorĂ© par un mĂ©canicien de gĂ©nie. Un de ses nombreux amis, accessoirement forts utiles, qu'il s'Ă©tait fait dans sa vie new-yorkaise. Il consulta sa montre et vit avec plaisir qu’il serait Ă  son bureau bien avant la clĂŽture de la bourse de New-York. Nick Dorlan dirigeait une sociĂ©tĂ© de courtage en bourse qui se situait au trente-deuxiĂšmes Ă©tage de la cĂ©lĂšbre Chrysler tower » en plein centre de Manhattan. Il avait du emmĂ©nager lĂ  Ă  la suite de l’effroyable attentat qui avait rĂ©duit en poussiĂšre les Twin-towers ». Par bonheur, tous ses salariĂ©s Ă©taient sortis indemnes de cette monstrueuse catastrophe. Il leur avait accordĂ© une matinĂ©e de congĂ© en raison des excellents rĂ©sultats du mois passĂ©. Juste ce jour lĂ , le hasard faisait bien les choses, quand mĂȘme ! Ses bureaux Ă©taient modestes tant par la taille que par la dĂ©coration spartiate. Nick avait en horreur les bureaux surchargĂ©s de dorures et d'Ă©paisses moquettes qui foisonnaient dans les autres entreprises qui avaient choisi comme adresse, ce cĂ©lĂšbre gratte-ciel. Il salua comme Ă  l’accoutumĂ©e la jeune femme qui officiait Ă  l’accueil. Il aimait lui faire sentir l'importance que reprĂ©sentait la jeune femme pour lui et la sociĂ©tĂ©. MĂȘme s’il ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours, Nick prĂ©fĂ©rait toujours dĂ©tendre l'atmosphĂšre plutĂŽt que de parler directement de travail. La dĂ©conctraction, la franchise et la bonne entente Ă©taient les rĂšgles d'or de la conception qu'il se faisait de relation de patron Ă  employĂ©s. Et il se faisait un devoir de l'appliquer en toute circonstance, mĂȘme s'il Ă©tait trĂšs pressĂ© comme aujourd'hui. En la regardant rĂȘvasser, plongĂ©e dans la lecture de l'un de ses fameux hebdomadaires fĂ©minins dont elle raffolait, il s'amusa Ă  la faire sursauter. Nick fit rĂ©sonner volontairement sa voix forte et grave, un large sourire aux lĂšvres - Salut CharlĂšne ! Alors, plus qu’une heure et c’est parti pour un week-end salvateur ? Elle fit tomber dans la corbeille, d’un geste maladroit, le magasine qu’elle lisait en cette fin de semaine tranquille. Elle savait pourtant que son patron ne lui ferait aucune remarque Ă  ce sujet. Pourtant d’habitude peu farouche, CharlĂšne ne put s’empĂȘcher de rougir comme une collĂ©gienne devant le garçon de ses rĂȘves, dĂšs que leurs regards se croisĂšrent. Son patron, si gentil qu’il puisse ĂȘtre, l’intimidait Ă©normĂ©ment avec sa grande taille et son visage carrĂ© qu’adoucissaient ses longs cheveux bouclĂ©s et ses grands yeux verts au regard doux et malicieux. CharlĂšne avait l’impression que Nick Dorlan pouvait lire dans ses pensĂ©es les plus secrĂštes quand il plongeait son regard dans le sien. Et ça la gĂȘnait particuliĂšrement surtout si l’on connaissait ses sentiments envers lui. A l’instar de la majoritĂ© des autres employĂ©es fĂ©minines que comptait la sociĂ©tĂ©, CharlĂšne craquait pour le charme et l’humour du patron. Il se dĂ©menait tant pour eux. Elle prit sur elle pour se reprendre, essaya d’afficher un sourire neutre et de le hĂ©ler, alors qu’il s’en allait vers son bureau. - Monsieur Dorlan, attendez une seconde s’il vous plaĂźt ! Voici les messages des personnes qui ont tentĂ© de vous joindre durant votre absence. Un certain Monsieur Solder a tĂ©lĂ©phonĂ© pas moins de douze fois depuis votre dĂ©part, lundi dernier. - Qui ça ? Solder, non ça ne me dit rien. Je verrai tout Ă  l’heure ce qu’il veut. En attendant, ma petite hĂŽtesse, secrĂ©taire, maman adorĂ©e j’ai un max de travail ! Bipez-moi quand vous partez mais ne me passez plus personne. Et je ne veux pas voir votre mignon minois Ă  la porte de mon bureau, OK ! En se dirigeant vers son bureau, il ajouta - Il faut que je me tape les bilans des rĂ©sultats hebdomadaires Ă  envoyer aux personnes qui nous font vivre en nous confiant leurs Ă©conomies. Autant dire que la soirĂ©e promet d’ĂȘtre longuette. Surtout sans vous pour tenir la baraque ! Il repartit en direction de son bureau, laissant un rire sonore rĂ©sonner dans l’ensemble des bureaux oĂč travaillaient encore ses sept collaborateurs qui finalisaient leurs propres bilans hebdomadaires. AprĂšs les avoir terminĂ©s, ils les enregistreraient sur leurs ordinateurs, les laissant Ă  disposition du patron. Et aucun ne partirait avant d’ĂȘtre sur que le boss n’ait qu’un bref coup d’Ɠil Ă  y jeter. Ca n’était pas du zĂšle mais l’expression d’une rĂ©elle d’une fidĂ©litĂ©. La rĂ©munĂ©ration des traders si bonne soit-elle, n’était que la partie visible de leur attachement Ă  leur travail. Encore une Ă©trangetĂ© de la sociĂ©tĂ© de Nick. §§§§§§§ Si la sociĂ©tĂ© marchait si bien, s’étaient en grande partie par l’attention individuelle que Nick voulait que l’on porte Ă  chacune des personnes qui leur confiait de l’argent, quelle qu’en soit le montant. Il dĂ©testait le mot client. Chacun d’eux Ă©tait toujours appelĂ© par son nom. C’était la rĂšgle si l’on dĂ©sirait rester travailler avec lui. En contre partie les conditions de travail Ă©taient excellentes. Souplesse horaire, prise en compte de la situation individuelle de chacun, bref l’écoute et l’arrangement prĂ©valaient du moins, tant que le boulot Ă©tait fait avec sĂ©rieux et mĂ©ticulositĂ©. Une fois dans son bureau, Nick enleva son par-dessus et son pull, se servit une boisson fraĂźche et s’installa dans son profond fauteuil en cuir noir, spĂ©cialement conçu pour lui. Il Ă©tait large et profond, dotĂ© d’accoudoirs moelleux. IdĂ©al les personnes devant rester assises de longs moments avait argumentĂ© l’artisan Ă  la livraison de l’imposant siĂšge, voyant l’air dubitatif de Nick devant la taille hors norme du siĂšge. Il s’enfonça dans son si prĂ©cieux fauteuil, prit une gorgĂ©e de sa boisson et se mit Ă  Ă©tudier les derniers indices boursiers sur internet. Il avait complĂštement mit de cĂŽtĂ© les Ă©vĂšnements de ces derniers jours. Ils avaient pourtant Ă©tĂ© riches en enseignements ! Bon sang, il avait enfin rĂ©ussi Ă  tenir sa promesse ! Il avait retrouvĂ© les frangins et mĂȘme prit contact avec eux. MĂȘme s’il les faisait surveiller depuis des annĂ©es, cela faisait bougrement du bien de les voir pour de vrai ! Mais s’il voulait pouvoir continuer son opĂ©ration regroupement familial », il lui fallait se dĂ©barrasser au plus vite de son gagne-pain. Et du mieux possible dans l’intĂ©rĂȘt des personnes dont il gĂ©rait les biens. Il se replongea donc dans la lecture fastidieuse des derniers cours des diffĂ©rentes actions sur lesquelles il avait misĂ©. Satisfait des rĂ©sultats, Nick vĂ©rifia ensuite les rĂ©sultats de ses collaborateurs. MĂȘme s’il savait qu’ils donnaient le meilleur d’eux mĂȘme, il tenait Ă  tout vĂ©rifier. L’avenir de sa sociĂ©tĂ© et donc de son indĂ©pendance allait de paire avec la totale confiance que ses "relations de travail" lui accordaient en lui confiant leur argent. Il s'en portait garant et jusqu’à prĂ©sent, personne n’avait eu Ă  se plaindre de ses investissements. Il corrigea rapidement quelques placements de ses courtiers qu’il jugeait hasardeux, puis dĂ©cida de s’occuper des comptes de ses propres amis » pour la semaine Ă  venir. Nick se cala bien droit dans son fauteuil, les bras posĂ©s sur son bureau. Ses mains effleuraient le clavier de son ordinateur. DĂšs qu’il se sentit prĂȘt, il posa l’arriĂšre de son crĂąne dans un demi-cercle de mĂ©tal, rembourrĂ© de mousse et recouvert de cuir. Ce drĂŽle de repose tĂȘte se trouvait tout en haut de son dossier comme les tĂ©traplĂ©giques en utilisent pour les soutenir et cessa tout mouvement. Il fit le vide dans son esprit, ferma les yeux et se concentra. Il se remĂ©mora les courbes des diffĂ©rentes actions depuis six mois. Seuls son front et ses sourcils s’agitaient, se crispaient et se dĂ©tendaient, en concordance avec la vitesse phĂ©nomĂ©nale Ă  laquelle tournaient ses cellules grises. Le reste de son visage restait immobile, comme si l’énergie dĂ©ployĂ©e par son cortex lui ordonnait d’abandonner le reste de son corps Ses doigts commencĂšrent une course folle sur le clavier et dĂ©buta une sĂ©rie de vente, d’achat et de passages d’ordre de toutes sortes Ă  une vitesse hallucinante. Il avait l’impression d’ĂȘtre reliĂ© par un fil Ă  l’ensemble des acteurs du marchĂ© boursier. Du dĂ©veloppement de la plus petite entreprise cotĂ©e Ă  la peine de cƓur d’un capitaine d’industrie ou Ă  la dĂ©pression d’un spĂ©culateur, rien ne semblait pouvoir lui Ă©chapper. Il sentait la moindre opportunitĂ©, le plus petit contre-temps. MĂȘme la mĂ©tĂ©o, sur l’ensemble des transports de marchandise Ă  l’échelle de planĂ©taire, lui apparaissait comme une ombre sur la rĂ©ussite Ă©ventuelle d’une opĂ©ration commerciale. Ses paupiĂšres demeurĂšrent closes durant tout ce temps. Un gros quart d’heure plus tard, tout Ă©tait terminĂ©. EpuisĂ© par cet effort cĂ©rĂ©bral intense, il s’écroula sur son bureau. Il dormait comme un sac. Son cerveau l’exigeait aprĂšs de telles sĂ©ances. Mais ce pouvoir de concentration et de mĂ©morisation, qu’il avait senti se dĂ©velopper en lui au fil des annĂ©es, lui permettait d’effectuer un travail de plusieurs jours en quelques minutes. Autant de temps libre pour ses vĂ©ritables objectifs. Sauf catastrophe totalement imprĂ©visible et jamais vue sur les marchĂ©s boursiers l’ensemble de ses opĂ©rations se solderaient par de substantiels bĂ©nĂ©fices. En plus, il avait gagnĂ© au minimum sept jours pour continuer sa mission, ce qu’il s’était jurĂ© de rĂ©aliser depuis si longtemps. Nick dormit ainsi une bonne demi-heure. A son rĂ©veil, il ne prit mĂȘme pas le soin de relire les ordres qu’il venait de passer durant sa transe boursiĂšre », comme il aimait appeler cet Ă©pisode hebdomadaire. Il avait bien d’autres choses en tĂȘte avec, en particulier, le rendez-vous fixĂ© en fin de semaine avec l’homme qui l’avait recueillit au moment oĂč il connaissait les pires tourments de sa jeune existence. Un rendez-vous avec l’homme qui l’avait Ă©levĂ© et qui lui avait montrĂ© en quoi son corps et son esprit Ă©taient Ă  ce point diffĂ©rents de ceux du commun des mortels. Mais oĂč pour la premiĂšre fois, il allait devoir mentir Ă  son mentor. La vĂ©ritĂ© ne serait pas de mise et il le regrettait amĂšrement. §§§§§§§ Chapitre XVII ANUA SE REBIFFE I RAPH ARRIVE Anua Ă  peine libĂ©rĂ©e de ses liens par Billie se rua vers son tĂ©lĂ©phone portable. Finis les pleurs et autres jĂ©rĂ©miades ! TerminĂ©es les questions sur la scĂšne surrĂ©aliste qui venait de se dĂ©rouler sous ses yeux. Bordel de chiotte, on avait osĂ© toucher Ă  ce qu’elle avait de plus cher au monde son pĂšre ! Le volcan qui sommeillait Ă  l'intĂ©rieur de cette gracile et charmante jeune femme s’était rĂ©veillĂ©. Pendant que son amie essayait de camoufler l’énorme hĂ©matome qui faisait enfler son nez et clore Ă  vitesse supersonique son Ɠil droit en prenant une jolie teinte violacĂ©e, Anua composa le numĂ©ro de Raph. Monsieur RaphĂ«l Furk de son vrai nom, agent spĂ©cial du FBI, s'il vous plaĂźt ! Lui, au moins, allait lui venir en secours. Sinon Ă  quoi pouvait bien servir celui qu'elle considĂ©rait comme son meilleur ami voire peut ĂȘtre l'homme avec qui elle allait passer le reste de ses jours pour peu qu'ils trouvent un peu de temps pour se retrouver et passer ce cap si dĂ©licat entre l'attirance et la vie Ă  deux Trois sonneries retentirent Ă  ses oreilles avant que Raph ne dĂ©crocha. Oui, il venait tout de suite ! Il devait cependant trouver le temps de dĂ©lĂ©guer l'affaire sur laquelle il travaillait Ă  des collĂšgues qui aurait le cran de couvrir son absence. Et ils n'Ă©taient pas lĂ©gion au FBI Ă  se porter volontaire pour qu'un collĂšgue puisse partir dans l'instant rĂ©gler un problĂšme personnel ! Il lui fallait ensuite trouver un avion qui le dĂ©poserait Ă  l'aĂ©roport de si possible avec une correspondance aĂ©rienne pour le sud de la Californie. Il lui faudrait sinon louer une voiture pour parvenir jusqu'au domicile d'Anua situĂ© entre San Diego et la mer de Salton. Quelle idĂ©e aussi d'aller s'enterrer au milieu de nul part, simplement parce que la boĂźte qui finançait ses travaux avait dĂ©cider de se cacher en plein dĂ©sert ! Une histoire de climat favorable Ă  la conservation, lui avait-on dit
Ma fois, pourquoi pas aprĂšs tout, admit-il, toujours aussi cartĂ©sien et fataliste qu’il Ă©tait possible de l’ĂȘtre. Bien dĂ©cidĂ©e Ă  attendre Raph sans bouger comme il lui avait recommandĂ©, Anua s'occupa de Billie , choquĂ©e et incapable de repartir pour le moment. Elle lui proposa, aprĂšs l'avoir soignĂ©e, d'attendre avec elle l'arrivĂ©e de son principal atout. Son ami, son garde du corps estampillĂ© "FBI" avec qui il se pourrait bien qu'elle finsse ses jours pour peu que leurs boulots respectifs leur laissent un peu de temps pour la romance. Et dire qu'il y a si peu de temps encore, elle se faisait du mouron pour sa petite carriĂšre ! Tant de choses venaient de bouleverser sa vie Ă  jamais, elle le ressentait au plus profond de son Ăąme. Billie avait prĂ©fĂ©rĂ© se reposer seule dans la chambre de son amie, la laissant seule face Ă  ses problĂšmes. PlutĂŽt que d'y rĂ©flĂ©chir Ă  chaud, elle se connaissait, elle prĂ©fĂ©ra laisser son esprit vagabonder. Anua s'allongea sur le sofa qui avait vu se dĂ©rouler tant d'Ă©vĂšnements ces derniĂšres heures. Les yeux clos, son esprit dĂ©riva lentement vers sa rencontre avec Raph. Une Ă©chappatoire en attendant que la terrible rĂ©alitĂ© ne la rattrape. Anua avait rencontrĂ© le lieutenant Furk il y a deux ans Ă  peine. Tout juste gradĂ©, il se retrouvait empĂȘtrĂ© dans une affaire de meurtre en sĂ©rie. Six corps au moins venaient d'ĂȘtre retrouvĂ© en rase campagne, sur un ancien champ de bataille dans l'Ă©tat du Mississippi. Le FBI se devait d'agir vite sous peine de se voir ridiculisĂ© dĂ©finitivement par les mĂ©dias. Le directeur rĂ©gional avait fait appel Ă  elle par le biais de son pĂšre, lui aussi vĂ©tĂ©ran du mĂȘme bataillon de la boucherie Vietnamienne. Anua avait donc intĂ©grĂ© l’équipe de terrain nouvellement dirigĂ©e par son futur meilleur ami et peut ĂȘtre plus Raph. **** L'AFFAIRE DU "TUEUR HISTORIEN" Anua, l’instinct Anua avait compris aprĂšs un rapide briefing que dans cette affaire, le meurtrier prenait un malin plaisir Ă  dĂ©corer les scĂšnes de crime avec un sens du morbide inĂ©galĂ©, mĂ©langeant les morceaux de corps humains de ses diffĂ©rentes victimes en des lieux chargĂ©s d’histoire. AprĂšs ce court entretien au siĂšge du FBI, le directeur rĂ©gional l'avait conduite sur la scĂšne de crime. C'est lĂ , qu'elle fit la connaissance de Raph, qui courait en tous sens, essayant vainement de dĂ©limiter un pĂ©rimĂštre de sĂ©curitĂ©, la scĂšne de crime s'Ă©tendant sur plus d’un demi hectare morcelĂ©e en plusieurs parties sur d’immenses champs, le long du fleuve. Les corps avaient Ă©tĂ© dĂ©couverts non loin de la localitĂ© oĂč avait eu lieu la bataille d'Ackia. En 1736, prĂšs de la ville actuelle de Tupelo dans l'État du Mississippi, Les Français avait tentĂ© d'utiliser le fleuve pour relier leur colonie de la Louisiane avec la partie septentrionale de la Nouvelle France. Mais les amĂ©rindiens contestĂšrent le contrĂŽle des rives du fleuve par les Français. Ackia, un village de la tribu Chickasaw, fut attaquĂ© par une armĂ©e franco-indienne. Les Chickasaws, alliĂ©s par le besoin des britanniques repoussĂšrent l'attaque avec succĂšs. C’est en ce lieu, qu’avait dĂ©finitivement pĂ©rit la volontĂ© des français de dominer l’AmĂ©rique du Nord et laissĂ©s le champ libre aux Anglais. Un MĂ©morial avait Ă©tĂ© construit Ă  cet endroit, longtemps aprĂšs que cette bataille, qui ne concernait que quelques centaines de personnes, se soit dĂ©roulĂ©e. Une fois ses consĂ©quences historiques bien comprises, cette petite escarmouche devint la fiertĂ© de la bourgade de Tupelo, Mississipi. Anua avait arpentĂ© pendant plus de deux heures ces lugubres champs, non loin du petit monument cĂ©lĂ©brant cette victoire anglophone. Sur une large bande de trois cents mĂštres de long et d’une centaine de large, partant du fleuve Ă©taient Ă©parpillĂ©s d’innombrables morceaux de corps humains dĂ©chiquetĂ©s. Le sang semblait imbiber la terre. Son cerveau n'avait pu supporter longtemps ces visions monstrueuses, d'une sauvagerie sans limite. Son esprit s’était peu Ă  peu soustrait de ce paysage cauchemardesque et vagabondait. L’inconscient avait pris le dessus sur la simple vision du rĂ©el. Elle s'Ă©loignait maintenant de la scĂšne de crime, clĂŽturĂ©e par d'innombrables rubans jaunes, et marchait en direction du fleuve. Des images de prĂ©s, plantĂ© de tipis au milieu des herbes folles guidait maintenant sa marche silencieuse au milieu du carnage. Un sentiment de plĂ©nitude l’envahit. Des femmes indiennes formaient un cercle, se donnant la main, autour d'un feu prĂšs d'un tipi lĂ©gĂšrement en retrait des autres. Anua faisait partie de ses femmes. L'instant suivant, elle planait au-dessus du feu. Les six femmes prononçaient une priĂšre Ă  l'unisson. Le chaman les repĂ©ra. Il exhorta ses troupes Ă  le suivre en leur direction et leur hurla des ordres qu'aucun des hommes n'osa contester. Le chaman, aux yeux de meurtriĂšres de chĂąteau mĂ©diĂ©val, ne portait aucun attribut que l'on serait en droit de voir sur un homme de son rang. Non ! Il Ă©tait torse nu et simplement armĂ© d'un long bĂąton. Anua rentra dans l'esprit du chaman. Il hurlait ses ordres. Anua Ă©tait troublĂ©e et effrayĂ©e. Il dĂ©signait les femmes aux hommes qui le suivaient, dans un langage qu'elle ne comprenait pas mĂȘme s’il lui semblait familier. Les hommes se ruĂšrent vers ces femmes toujours agenouillĂ©es, qui continuaient de psalmodier dans une langue proche de celle du chaman malgrĂ© l'imminence du danger. Les hommes se ruĂšrent vers elles et commencĂšrent Ă  les frapper avec une violence extrĂȘme. Ils leur arrachĂšrent leurs vĂȘtements et les violĂšrent sauvagement aprĂšs les avoir rouĂ©es de coups. Les femmes qui n'Ă©taient pas inconscientes restaient immobiles et sans rĂ©action au milieu de ce dĂ©chaĂźnement de violence. Le chaman hurla de nouveau en direction de ses "soldats". Les hommes sortirent en une fraction de seconde leurs couteaux et commencĂšrent leur abominable besogne. Ils scalpĂšrent, Ă  la maniĂšre des hommes blancs ces pauvres femmes qu'ils prenaient pour des sorciĂšres. Puis, sans se prĂ©occuper de savoir si elles Ă©taient toujours en vie les dĂ©pecĂšrent habilement, comme ils l'auraient fait avec un bison. Ils coupĂšrent habilement grĂące Ă  leurs lames effilĂ©es, les mains des bras, les bras des torses et ainsi de suite, jusqu'Ă  ce qu'il ne reste plus un seul membre Ă  couper. Pour finir les tĂȘtes furent sĂ©parĂ©es des torses. De vĂ©ritables torrents de sang coulaient, suivant les pentes du terrain. Le chaman continuait de crier, traçant un large cercle au sol du bout de son bĂąton. Anua, toujours dans un Ă©tat second, ne se voyait pas reproduire Ă  l’identique les gestes et cris du chaman. Aucun, des nombreux policiers, membres du FBI et mĂ©decins lĂ©gistes ne l’avaient remarquĂ©e. Ils Ă©taient bien trop occupĂ©s et choquĂ©s pour lever la tĂȘte de leurs tĂąches respectives §§§§§§§ Les hommes reprenaient maintenant l'incantation du sorcier tout en creusant une fosse circulaire Ă  l'aide de leurs couteaux puis de diffĂ©rents objets leur tombant sous la main. Le vacarme de ces hommes couvert de sang et de terre, creusant et psalmodiant Ă©tait assourdissant. Anua toujours dans la pensĂ©e du chaman se vit ordonner aux soldats en transe de dĂ©poser les diffĂ©rents bouts de corps des femmes dans un ordre bien prĂ©cis dans la fosse circulaire qu'ils venaient de creuser. C'est alors qu'Anua ressentit peu Ă  peu des coups qu'on lui assĂ©nait au visage. Les hommes remettaient maintenant de la terre et des pierres sur les restes atrocement mutilĂ©es de ces femmes. Ces mĂȘme femmes qui priaient et chantaient, pleine joie, il y a moins d'une heure. Savaient-elles ce qui allait leur arriver ? Elle le croyait, le savait. Anua sentit plus distinctement qu'on la frappait au visage. Elle entendit de faibles appels. Elle se concentra dessus - An
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vous. Son esprit revint doucement vers la rĂ©alitĂ© oubliant les terribles scĂšnes auxquelles elle avait assistĂ©. Puis de nouveau, elle entendit - Mademoiselle Petersen, Anua Petersen, rĂ©veillez-vous ! Qu'avez-vous ? Bon sang qu’est-ce qui c’est passĂ© ? Vous ĂȘtes Ă©pileptique ou quoi ? L’agent Furck ne savait de quelle maniĂšre prendre les Ă©vĂšnements qui venaient de se dĂ©rouler. Il avait bien vu que la jeune archĂ©ologue n’était plus elle-mĂȘme. Mais sa rationalitĂ© et son dĂ©sir de reprendre cette enquĂȘte sur des bases classiques Ă©taient mis Ă  mal. Heureusement qu’il n’avait vu aucun journaliste dans les parages. Il aurait Ă©tĂ© sinon obligĂ© de rĂ©pondre Ă  tous les scribouillards et autres allumĂ©s fanas du paranormal, lui qui se considĂ©rait comme une personne logique et raisonnable, peut ĂȘtre parfois un peu pointilleux. Lui, surtout qui voulait s’appuyer sur la science, rien que la science et ses preuves irrĂ©futables pour comprendre ce massacre et confondre le ou les auteurs de cette atrocitĂ©. Et qui est-ce qu’on lui avait mis dans les pattes ? Une chercheuse folle-dingue qui allait mettre Ă  mal la mĂ©thode Furck. MĂ©thode qu’il avait expliquĂ© Ă  toute son Ă©quipe depuis son premier jour comme responsable de l’affaire du tueur du mĂ©morial », comme l’avait surnommĂ© les mĂ©dias. Anua ouvrit subitement les yeux, vit qu'elle se trouvait dans les bras de l'agent Furk avant de sombrer dans un profond sommeil sans rĂȘve. A son rĂ©veil, quinze bonnes minutes plus tard, elle Ă©tait allongĂ©e Ă  l'arriĂšre d'une ambulance, les mains en sang, un atroce mal de tĂȘte lui vrillant le cerveau. L'agent Furk se tenait prĂšs d'elle, un cafĂ© bien chaud Ă  la main. - Mais bon dieu, qu'est-ce qui vous est arrivĂ© ? Dit-il en lui tendant la boisson encore fumante. - Merci ! Anua s'empara du cafĂ© comme s'il s’agissait d’un mĂ©dicament rĂ©volutionnaire. AprĂšs une bonne rasade de liquide insipide auquel on avait gentiment une grande quantitĂ© de sucre, elle se tourna vers l’homme qui la portait dans ses bras, juste avant sa perte de connaissance et commença - je ne me souviens plus de
Puis tout lui revint d'un coup ! Aussi clairement qu’elle l’avait vĂ©cu sur le moment. Elle raconta sa vision Ă  l'agent Furk et le traĂźna jusqu'Ă  l'endroit oĂč elle avait tracĂ© le cercle alors qu'elle Ă©tait dans l'esprit du chaman. RaphaĂ«l Furk se laissa faire devant la farouche dĂ©termination de la jeune femme, comme reprise par ses dĂ©mons. - VoilĂ , c'est lĂ  ! Dit Anua en montrant de sa main bandĂ©e le cercle tracĂ© au sol. - C'est quoi, lĂ  ? RĂ©pondit-il. C'est surtout lĂ  qu'on vous a retrouvĂ©e en pleine crise de nerf. Vous grattiez par terre avec vos mains et personne n'a pu vous empĂȘcher de finir ce cercle, bon dieu Mademoiselle Petersen ! Alors c'est lĂ  quoi au juste, lĂ  ? RĂ©pĂ©ta-il. - Simplement l'explication du massacre pour lequel vous m'avez appelĂ©, agent Furk, lui dit-elle en le fixant droit dans les yeux. DĂ©bordĂ©e par le ressac des Ă©motions vĂ©cues lorsqu'elle passait de l'esprit de ces femmes Ă  celui du chaman, elle se tut un instant. Une fois de nouveau assez calme pour s'expliquer simplement, elle repris - LĂ  sous ce cercle que j'ai visiblement tracĂ© avec mes mains, vu leur Ă©tat, se trouve les corps de six femmes qui ont Ă©tĂ© violĂ©es, assassinĂ©es, dĂ©coupĂ©es en rondelles puis enterrĂ©es lĂ  il y a plus de deux cent cinquante ans. C'est une histoire annexe Ă  la bataille dont vous voyez la stĂšle, la haut derriĂšre vous. Anua commençait Ă  se sentir redevenir elle-mĂȘme, Ă  prendre du recul sur son expĂ©rience, Ă  pouvoir dĂ©gager le fil rĂ©el des Ă©vĂšnements passĂ©s. - C'est simplement le fait d’un criminel du passĂ© qui profitait de guerres pour continuer la leur. Des profiteurs de l'histoire, quoi ! La jeune femme reprit son souffle et poursuivit -Creusez lĂ  et vous aurez les rĂ©ponses du massacre qui s'est dĂ©roulĂ© cinquante mĂštres plus loin, Ă  l'endroit oĂč vos hommes tentent de reconstituer des corps entiers Ă  partir de piĂšces en vrac, agent spĂ©cial RaphaĂ«l Furk ! Si je vous l’dit, c’est que j’en suis sure, non d’un chien ! Et zut, voilĂ  qu'elle s'Ă©nervait de nouveau, il n'y Ă©tait pour rien ! Il l'avait soutenue, peut ĂȘtre sauvĂ©e d'un horrible et dĂ©finitif plongeon dans le passĂ© et voilĂ  qu’elle passait ses nerfs sur lui. Faut se calmer ma fille ! Pensa Anua en regardant le policier au sourire Ă©ternel qui se tenait face Ă  elle. Elle commençait Ă  se sentir redevenir elle-mĂȘme, Ă  prendre du recul sur son expĂ©rience, Ă  pouvoir dĂ©gager le fil rĂ©el des Ă©vĂšnements passĂ©s, de ce qu’elle avait vĂ©cu ou plutĂŽt revĂ©cu. - Ok, Ok, j'ai saisi ! Lui dit-il un franc sourire venant Ă©clairer son visage. Il se retourna et cria Ă  ses hommes Tom, jack ramenez-vous et demandez aux hommes de la scientifique de venir ici dare-dare. Et vous, mademoiselle Petrersen, du calme, du calme, ajouta t’il en plongeant un regard autoritaire dans celui de la jeune femme. Les flics rappliquĂšrent en quatriĂšme vitesse avec leurs pelles, pioches et autres outils. Alors qu'ils allaient commencer Ă  creuser, Anua s'interposa, menaçant RaphaĂ«l Furk d'une nouvelle crise de nerf si quiconque touchait Ă  ce sol. Elle lui expliqua que les cadavres enterrĂ©s lui expliqueraient le pourquoi du comment du massacre sur lequel il enquĂȘtait et que le coupable des horreurs commises aujourd'hui ne pourrait ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© que par une fouille minutieuse et patiente de type archĂ©ologique "oui, au pinceau, mon p'tit Monsieur !" Lui dit-elle, souriant pour la premiĂšre fois depuis son arrivĂ©e, face Ă  l’air rĂ©probateur et passablement agacĂ© de l’inspecteur. L'Ă©trange disposition des morceaux de corps humains serait la mĂȘme sous terre qu'Ă  cent mĂštres de lĂ , elle lui jura, ils auraient mĂȘme du ĂȘtre superposĂ©, c'Ă©tait juste une erreur de l'assassin. Oui, il n’y a qu’un seul assassin, enfin, en quelque sorte, soutint-elle en le fixant droit dans les yeux. Anua lui demanda trois semaines. Il accepta de lui accorder aprĂšs avoir tĂ©lĂ©phonĂ© au directeur rĂ©gional du FBI qui lui confirma qu'elle Ă©tait bien saine d'esprit et en plus trĂšs compĂ©tente dans son domaine. S’il resta stupĂ©fait par l’assurance de la jeune femme, son charme et ce sourire entrevu pour la premiĂšre fois, ne furent pas Ă©tranger Ă  sa dĂ©cision de se plier Ă  ses requĂȘtes. Il n’allait pas le regretter. Chapitre XVIII ANUA MAITRISE SES DONS FIN D'UN CHASSEUR II Billie se reposait encore dans sa chambre. Elle n’était pas arrivĂ©e Ă  trouver le sommeil. Le choc de sa rencontre avec les deux Ă©nergumĂšnes qui s'Ă©taient affrontĂ©s sous ses yeux dĂ©jĂ  deux heures auparavant l’avait plongĂ©e dans l’incrĂ©dulitĂ©, sans compter les blessures physiques. L'annonce faite par le gĂ©ant du meurtre probable du pĂšre d'Anua, que Billie adorait, n'avait fait que renforcer sa dĂ©tresse et son sentiment d'inutilitĂ©. Elle, qui avait senti que son amie avait des problĂšmes, n'avait pu imaginer leur ampleur. Elle, la meilleure amie, n’avait pu agir tant les catastrophes s'Ă©taient succĂ©dĂ©es sans le moindre avertissement. Billie se mit en boule sur le lit et Ă©clata en sanglots. Ces larmes Ă©taient les tĂ©moins de sa rage vis Ă  vis de son impuissance. Tout s'Ă©tait dĂ©roulĂ© si rapidement qu'elle s'Ă©tait sentie aussi inutile qu'une grosse amphore gisant, vide, au fond de l’ocĂ©an. Elle aurait tant voulu ĂȘtre sure de revoir Monsieur Petersen ! Celui qui l’avait toujours considĂ©rĂ©e comme sa seconde fille, qui n’avait pas mĂ©nagĂ© son temps ni son portefeuille pour l’aider dans la voie professionnelle qu’elle avait choisie. C’était grĂące Ă  lui qu’elle occupait cette place de responsable, dans l'entreprise de rĂ©fĂ©rence de recherche et de fouille d’épaves. Il avait rĂ©ussi Ă  l’imposer dans ce milieu si machiste de la fouille sous-marine oĂč elle se trouvait sans cesse confrontĂ©e aux responsables des plus grands groupes pĂ©troliers pour leur faire stopper leurs si prĂ©cieux forages pour entamer des fouilles historiques. C’est, du moins, ce qu’elle pensait et ça la rendait malade de rien pouvoir faire alors qu’on venait de lui annoncer sa mort. Visiblement, c’était plus que son nez qui en avait pris un bon coup. Les petits gĂ©missements qu'Anua pouvait entendre du salon, prouvait que sa copine Ă©tait psychologiquement meurtrie. Elle connaissait l’attachement de Billie pour son pĂšre, elle qui n’en avait plus depuis l’ñge de huit ans. Elle replongea dans ses pensĂ©es, ne voulant pas, pour l’instant vivre l’angoissante rĂ©alitĂ©, celle d’une vie sans son pĂšre. Anua reprit, attendant l’arrivĂ©e de son chevalier servant, le cours de ses pensĂ©es, de ses premiers contacts avec Mister FBI. Trois semaine plus tard, l'Ă©quipe d'archĂ©ologue, qu'avait rĂ©uni Anua, avait terminĂ© son travail. Les ossements retrouvĂ©s grĂące Ă  Anua et les photos de l'enquĂȘte de RaphaĂ«l montraient une parfaite similaritĂ©. Seule une personne connaissant sur le bout des doigts la tuerie de 1736 avait pu commettre celui de l'enquĂȘte en cours. Raph, puisqu'elle l'appelait comme cela maintenant ne voyait pas oĂč cela pouvait le mener. Cet ancien acte de barbarie n'Ă©tait mentionnĂ© dans aucun document et il n'y avait pas de descendant de cette tuerie, du moins, d'aprĂšs les recherches conjointes des historiens et des policiers. C'Ă©tait un retour Ă  l'impasse pour l'enquĂȘte. C'est encore une fois d'Anua que vint la lumiĂšre, quand trois jours plus tard Raph lui tĂ©lĂ©phona pour lui dire qu'on avait signalĂ© Ă  la police de Tupelo la dĂ©couverte de restes d'une vieille ferme rĂ©cemment incendiĂ©e. Les agents du FBI, arrivĂ©s sur place Ă  l'aube, avaient dĂ©couvert diffĂ©rentes tĂąches de sang aprĂšs un passage au "luminol" les restes, les moins calcinĂ©s, de la maison. §§§§§§§§ Anua et Son agent spĂ©cial parvinrent sur place aprĂšs s'ĂȘtre Ă©garĂ©s un bon moment parmi les centaines de chemins de terre qui se multipliaient dans la rĂ©gion. Ils avaient eu tout le temps de discuter, de se chamailler pour enfin de rire sur la meilleure maniĂšre de trouver cette maudite bĂątisse. Anua commençait rĂ©ellement Ă  apprĂ©cier la compagnie de Raph. Raph Ă©tait dĂ©sordonnĂ©, fallait voir l'intĂ©rieur de sa voiture, et toujours distrait, c’était du moins ce qu’il voulait laisser transparaĂźtre. Il Ă©tait en fait parfaitement maĂźtre de lui et possĂ©dait un sens de l'humour dĂ©calĂ© qui la faisait hurler de rire. Elle avait mĂȘme cessĂ© de le maudire quant il la taquinait sur ses dons de Madame Soleil. Elle en riait maintenant de bon cƓur et comprenait fort bien ses interrogations sur la maniĂšre dont elle avait pu repĂ©rer l'endroit exact de l'ancien massacre. Et ce jour lĂ , Anua en remis une couche, en terme de divination ! Juste aprĂšs avoir pĂ©nĂ©trĂ© dans la ferme dont il ne subsistait que quelques pans de murs noircis par l'incendie, Anua s'accrocha au bras de son fidĂšle chevalier servant. D'abord surpris, il se mit Ă  la soutenir par les Ă©paules dĂšs qu'il vit ses yeux clos, ses paupiĂšres presque translucides oĂč chaque veine tressaillait Ă  un rythme effrĂ©nĂ©. A voir la pĂąleur de son visage et ses traits dĂ©formĂ©s, c’était reparti pour un tour ! Anua commença par voir une vaste Ă©tendue dĂ©serte. AprĂšs un bon moment oĂč les saisons dĂ©filaient Ă  grande vitesse, une ferme flambante neuve sortit de terre, occupĂ©e par un jeune couple et trois jeunes enfants style western. Cela se dĂ©roulait comme dans un de ces jeux d’arcade, les "Sims" oĂč l'on doit inventer une famille et son environnement puis les faire Ă©voluer virtuellement. Les scĂšnes se succĂ©daient rapidement devant les yeux d'Anua. Elle passait d'un individu Ă  l'autre Ă  une telle vitesse qu'elle commençait Ă  se sentir comme une balle de ping-pong que se renverraient deux champions chinois qui s'entraĂźnaient pour les jeux olympiques. Les familles se succĂ©dĂšrent jusqu'Ă  une longue pĂ©riode de noir. Visiblement, plus personne n'habitait les lieux. Le paysage s'Ă©tait modifiĂ©. Plus la moindre trace d'arbre. Toute vĂ©gĂ©tation sauvage comme agricoles avaient disparu, preuve que l'on avait exploitĂ© cette terre jusqu'Ă  la moelle. Ce rĂ©pit dans ce dĂ©filĂ© de gĂ©nĂ©rations, lui permit de reprendre un peu ses esprits. Elle put regarder autour d’elle et ausculter minutieusement cette bĂątisse. Une pause heureuse de ressenti des peines et joies de la vie de toutes ces personnes Ă  une vitesse qui ne lui permettait aucun rĂ©pit dans les chocs Ă©motionnels qui se succĂ©daient, se croisaient et finissaient par s’enchevĂȘtrer. Comme l’autre fois quant elle s’était laissĂ©e emporter trop loin. Au point de perdre tout contrĂŽle sur sa personnalitĂ©. Anua s'Ă©tait en effet jurĂ©e qu'on ne la reprendrait plus l'Ă©cume aux lĂšvres, grattant quoique ce soit avec des objets que seul son esprit tenait, en se mutilant les mains, partie de son corps qu'elle prĂ©fĂ©rait. La pĂ©riode d'obscuritĂ© s'acheva quant un vieil homme, Ă©lĂ©gamment vĂȘtu, dĂ©cloua les planches qui obstruaient les fenĂȘtres. Il resta si peu de temps qu'elle n'arriva pas Ă  saisir sa rĂ©elle essence. Mais il Ă©tait visible qu'il ne se sentait pas Ă  l'aise dans cette bĂątisse. Son esprit Ă©tait noir et opaque et ses intentions malveillantes. Elle ressentait le noir lugubre de la ferme aprĂšs le passage de l’homme. Attente, puis la lumiĂšre Ă  nouveau. Six femmes arrivĂšrent ensemble dans la maison. Anua les sentit Ă  la fois pleines d'espoir et toujours inquiĂštes. Elle eut tout le temps, en passant de l'une Ă  l'autre, de ressentir leurs Ă©tats d'Ăąme ainsi que leurs personnalitĂ©s. Anua eut tout le temps de s’imprĂ©gner de leurs identitĂ©s respectives, qu'elle s'appliqua Ă  ranger soigneusement dans une partie encore maĂźtrisable de son cerveau. Elle nota Ă©galement que ces femmes rĂ©unies Ă©taient toujours six. Ces femmes attendaient. Elles Ă©taient en transit dans cette maison. §§§§§§ Puis la terreur la submergea une nouvelle fois quant un homme ressemblant trait pour trait au chaman vieux de plus de deux siĂšcles apparut. Elle crut un instant que son cƓur allait lĂącher tant il battait vite. Anua se reprit se raccrochant Ă  la promesse qu'elle s'Ă©tait faite de ne plus perdre totalement le contrĂŽle de sa personne. L'homme au regard de meurtriĂšre de chĂąteau mĂ©diĂ©val Ă©piait les six femmes par l’une des fenĂȘtres du salon alors qu'elles dĂźnaient visiblement plus dĂ©tendue qu'Ă  leur arrivĂ©e, soulagĂ©es de pouvoir partager leurs angoisses. Il attendait le meilleur moment, non sans un certain plaisir. Le silence rĂ©gnait. Seule la Lune Ă©tait le tĂ©moin silencieux de l’euphorie de l'homme, au moment du passage Ă  l’action. Silencieux comme un chat, il escalada la façade de la ferme, une fois ses occupantes couchĂ©es. Il semblait littĂ©ralement glisser sur le mur et atteignit le toit avant de s'introduire Ă  l'intĂ©rieur par un vasistas laissĂ© ouvert par le vieil homme qui avait rĂ©ouvert la maison. Elle Ă©tait le "chaman". Elle ressentait tout le plaisir qu'il prenait pendant qu'il se faufilait dans le corridor desservant les chambres au premier Ă©tage. Anua sentit mĂȘme le goĂ»t de l'adrĂ©naline qui montait dans la bouche du tueur. Il ne leur laissa aucune chance. Pendant dix minutes, il prit un malin plaisir Ă  mettre un terme Ă  la vie de ces innocentes avec les divers objets qui lui tombait sous la main. C'Ă©tait un expert en mortalitĂ© prĂ©coce, une vraie encyclopĂ©die du crime. Sans laisser trop de traces de son passage, il rĂ©ussit Ă  les supprimer toutes rapidement. Il trancha la gorge Ă  l'aide d'un tesson de verre des deux premiĂšres, Ă©crasa la moelle Ă©piniĂšre de la troisiĂšme de ses larges mains puissantes d’une simple pression de ses pouces. Il agrĂ©menta sa macabre tournĂ©e, juste pour le plaisir, en crevant les yeux deux derniĂšres femmes alors qu'elles se mourraient dĂ©jĂ , la gorge tranchĂ©e. Il les rassembla ensuite mortes ou agonisantes au rez-de-chaussĂ©e en les jetant tels de vieux sacs poubelles Ă©ventrĂ©s, avec un certain dĂ©goĂ»t. Pire encore, il pris un couteau sur la table et Ă©ventra ces pauvres femmes pour en sortir les fƓtus qu’elles portaient. L’horreur ne s’arrĂȘta pas lĂ . Le chaman dĂ©membra avec grand soin les six futurs bĂ©bĂ©s. Comme s’il prĂ©parait de la volaille, juste avec ses mains. Un large sourire lui barrant le visage. Anua flottait Ă  prĂ©sent, au-dessus du massacre. Elle Ă©tait horrifiĂ©e, mais ce qu’elle avait vu, l’intriguait au plus haut point. L’assassin s’agenouilla prĂšs de l’une des femmes sans se soucier de la mare de sang dans laquelle il se trouvait. AprĂšs un rapide coups d’Ɠil, il la repoussa et se tourna vers les autres victimes. Ce n’était visiblement pas celle qu’il recherchait. AprĂšs quelques minutes de labeur, il avait placĂ© sur le dos, Ă  l’écart des autres, le corps de deux des femmes. Les deux corps qu’il avait prĂ©cĂ©demment Ă©nucléé. Il prĂ©leva avec le plus grand soin, une substance corporelle Ă  l’aide d’un ustensile ressemblant fortement Ă  un large tube octogonal effilĂ© aux extrĂ©mitĂ©s. Il l’introduisit dans l’Ɠil de ses victimes avec la minutie d’un chirurgien. Anua entendit clairement un bruit de succion mais ne put distinguer Ă  quoi ressemblait rĂ©ellement cet objet qui lui paraissait pourtant Ă©trangement familier. Une fois sa macabre tĂąche accomplie, le monstre sans humanitĂ©, rangea l’instrument dans la poche intĂ©rieure de sa poche aussi soigneusement que s’il Ă©tait rentrĂ© en possession d’une sainte relique. Anua se trouvant trop loin de la scĂšne pour discerner et comprendre ce que faisait exactement le tueur, fit l’effort de rĂ©intĂ©grer l’esprit de cet homme Ă  l’ñme noir, Ă  sa grande rĂ©pugnance. Une fois de nouveau dans son esprit, elle sentit aussitĂŽt le tueur se dĂ©tendre. Il avait sa rĂ©compense. Il sentait contre son cƓur le mystĂ©rieux tube et pensait dĂ©jĂ  aux dĂ©licieux moments qui l’attendaient lorsqu’il s’injecterait le contenu de ses prĂ©lĂšvements post mortem. §§§§§§ C'est Ă  ce moment qu'il commit l’erreur qui venait rĂ©compenser Anua dans sa volontĂ© de tenir dans un esprit aussi tĂ©nĂ©breux. Le monstre, il n’y avait pas d’autre mot pour dĂ©finir l’homme dont elle lisait toutes les pensĂ©es, laissa son esprit vagabonder. Son sale boulot achevĂ©, il pensa un court instant Ă  sa prochaine mission, c’est ce terme qu’il utilisait pour y penser. La mission devait se dĂ©rouler lundi en huit Ă  l'hĂŽtel Plazza de New-York Ă  dix-huit heures. Sa cible Ă©tait un homme, visiblement un homme qu’il connaissait et haĂŻssait au plus au point. Anua Ă©tait sure du lieu et de l'heure, le tueur y pensa de maniĂšre obsessionnelle. Le meurtrier pensa de nouveau Ă  ce qu’il devait faire pour terminer sa besogne. Anua arriva Ă  se dire que cette partie du programme ne l’amusait pas du tout. Elle fit un effort dĂ©mesurĂ© pour quitter cette Ăąme noire, et rĂ©ussi Ă  prendre de la hauteur. Elle planait maintenant peu au-dessus de la maison. Elle avait une vue d’ensemble de la scĂšne, et pris mĂȘme un moment de repos pour emmagasiner et faire le point sur les informations qu’elle avait recueillies. Anua en avait besoin aprĂšs avoir vĂ©cu ce qu’avaient ressenti les douleurs et vilenies des personnes rencontrĂ©es lors de ce drame. Anua planait toujours au-dessus de la maison. Elle vit le monstrueux chaman sans Ăąge garer sa camionnette devant la maison, y jeter les corps comme s’il terminait un petit dĂ©mĂ©nagement, en sifflotant. Le tueur sadique roula tranquille comme Baptiste » jusqu'au champs de bataille d'Ackia puis termina son Ɠuvre. Il dĂ©coupa ce qui restait des cadavres Ă  l'aide d'un outil de boucherie retrouvant pour l’occasion une joie incommensurable. Enfin, il disposa mĂ©ticuleusement les morceaux de corps, comme la police les avait retrouvĂ©s. Pendant tout ce temps, il chantait une incantation tout en riant aux Ă©clats devant son "Ɠuvre d'art". Cette fois Anua reconnue la langue de la priĂšre mais cela n'avait aucun sens. Un langage parlĂ© par ce que l’on nomme l’époque ObeĂŻde. C’était incroyable ! Elle avait Ă©tudiĂ© cette pĂ©riode longuement lors d'un sĂ©jour dans le golfe persique alors qu'elle faisait des fouilles prĂšs de la ville de Samara lors de sa derniĂšre annĂ©e de doctorat. Ce langage, ancĂȘtre du sumĂ©rien, avait disparu depuis plus de sept mille ans et n'avait de toute maniĂšre rien Ă  faire en AmĂ©rique du Nord, aujourd'hui comme il y a deux cent cinquante ans "Mort Ă  ceux qui ont eut la faiblesse de ne pas nous Ă©liminĂ©s Ă  l'aube de notre rĂšgne !" S’exclama t'il pour terminer en ouvrant la portiĂšre du van. Et il reprit le volant avec l'attitude du livreur satisfait d'avoir terminĂ© une journĂ©e de boulot de plus, sans repenser une seule fois Ă  ce qu'il venait de commettre. De retour Ă  la vieille ferme, il termina sa triste besogne en l’incendiant. Puis il repartit, tous phares Ă©teints, sur les pistes sinueuses, comme s’il faisait plein jour. Anua pouvait aisĂ©ment le ressentir. Sa mission venait de prendre fin, le chaman ne pensait plus qu’à la suivante. Son esprit Ă©tait dĂ©jĂ  totalement sur l’hĂŽtel "Plazza" Ă  New York. §§§§§§§§ Anua quitta cette Ăąme malĂ©fique et reprit peu Ă  peu pied dans la rĂ©alitĂ©. Elle ouvrit les yeux et retrouva le dĂ©cor de la ferme calcinĂ©e. Raph la soutenait tant bien que mal ses bras passĂ©s sous ses aisselles. Il osa une tentative de communication Ă  l'intention du poids mort qu'il supportait presque quarante cinq minutes. - Hello, la belle au bois dormant ! Un p'tit cafĂ© ? - Hein qu'est ce qui
Puis retrouvant totalement son esprit, Anua continua - pas la peine d'essayer de me peloter, Raph! Surtout quand je suis un peu dans les "vaps", s'il vous plaĂźt ! Seriez pas un peu vicelard, par hasard ? Pour se venger, Raph la lĂącha, retirant ses bras aux muscles prĂȘts Ă  exploser Ă  force de la soutenir. Et Anua s'affala par terre sur les fesses. - C'est mieux comme ça Madame ? Dit-il sur un ton sarcastique. - Pas terrible ! Mais au mois j'ai plus tes sales pattes sur moi ! Et oui, un mec qui se montre aussi peu gentleman, je le tutoie. Et toi tu tomberas Ă  mes pieds quand je t'aurai raconter oĂč je suis allĂ©e pendant mon petit somme dans tes bras ! RĂ©torqua-t-elle en se relevant pĂ©niblement refusant l'aide de Raph. Ils Ă©clatĂšrent de rire. Anua pour relĂącher un peu de pression aprĂšs ses visions d’horreur et Raph soulagĂ© de la revoir si vite reprendre ses esprits. L'affaire des meurtres de la ferme se termina rapidement aprĂšs qu'Anua eut racontĂ© Ă  Raph ce qu'elle avait vĂ©cu avec les six femmes et le "chaman". Le tueur avait pour mission d’éliminer ces femmes qui n’étaient qu’en transit dans cette ferme. Des femmes spĂ©ciales, en mission, mais dont Anua ne pouvait expliquer le dĂ©but du pourquoi de celle-ci. Elle lui expliqua que le tueur devait se rendre Ă  New York, lundi en huit Ă  l'hĂŽtel Plazza pour supprimer un autre homme. Si elle lui donna un maximum de dĂ©tails sur l'aspect physique du tueur que le FBI dĂ©sespĂ©rait d'attraper mort ou vif, elle refusa de rendre avec lui pour la curĂ©e et ne s'Ă©tala pas sur les Ă©tats d'Ăąme de l'assassin. Personne ne pourrait encore la croire et encore moins Raph, son sens du rationnel et son armĂ©e de flics, peu connus pour leur largeur d’esprit. Anua se sentait complĂštement vidĂ©e. Non pas tant par les visions qu'elle avait eues, mais essentiellement par le fait mĂȘme de pouvoir ainsi se dĂ©placer dans le temps et au travers de personnes. Anua devait rĂ©flĂ©chir aux implications de cette capacitĂ©. Elle n’osait employer le mot don pour dĂ©signer ce quelle arrivait Ă  faire. Elle Ă©tait plongĂ©e dans un abĂźme de perplexitĂ©. Les questions sans rĂ©ponses se succĂ©daient. Arriverait-elle Ă  maĂźtriser ces transes ? Etait-ce mauvais pour sa santĂ© mentale et physique ? Non dĂ©cidĂ©ment, elle se devait de prendre du recul, de revenir sur des Ă©vĂšnements passĂ©s pour essayer de distinguer si cette facultĂ© avait dĂ©jĂ  existĂ© dans son passĂ© ! Cela l’avait-elle aidĂ©e dans ses prises de dĂ©cision, sur les endroits prĂ©cis Ă  fouiller. Les trouvailles qui avaient suivi ses indications, s’étaient rĂ©vĂ©lĂ©es aussi prĂ©cises qu’une montre suisse.
Lesoir du 7 décembre 1851, vers sept heures, SilvÚre s'occupe avec une carabine en attendant Miette. Les deux jeunes amoureux, tous deux idéalistes, se retrouvent et voient la marche des républicains insurgés progresser à travers la ville. SilvÚre est décidé à
Les nouveaux dĂ©fis de Fortnite pour la semaine 3 de la saison 1 du chapitre 3 ont fuitĂ©. Comment les rĂ©aliser et quelle est la liste des quĂȘtes ? Depuis le dimanche 5 dĂ©cembre 2021, le nouveau chapitre 3 de Fortnite est disponible avec sa toute premiĂšre saison. Epic Games a dĂ©cidĂ© de repartir sur une base de dĂ©fis hebdomadaires et nous vous proposons de dĂ©couvrir les dĂ©fis Fortnite de la semaine 3, de la saison 1 du chapitre 3. Bien Ă©videmment, ces dĂ©fis sont Ă  rĂ©aliser dans le jeu et si vous rencontrez des difficultĂ©s, nous serons lĂ  comme dans chaque saison pour vous aider !Chaque dĂ©fi vous permettra d'avoir de remporter de l'XP, et de gagner rapidement en niveau dans le jeu. À lire aussi DĂ©fis semaine 3, saison 1 du chapitre 3 de FortniteCliquez sur chacun des dĂ©fis en bleu pour accĂ©der Ă  son guide associĂ©. Chaque dĂ©fi difficile aura son propre article pour vous expliquer de A Ă  Z ce qu'il faut faire pour y venir Ă  bout. Fouiller des glaciĂšres ou des machines Ă  glaçons Glisser sans interuption sur 25 m Rebondir 5 fois sur les rebondisseurs de Spiderman sans toucher le sol Parler Ă  Guaco, Jonesy du Bunker et Experte des cĂąlins Obtenir des objets entreposĂ©s dans une tente Infliger des dĂ©gĂąts aux adversaires Ă  Rocky Reels ou Condo Canyon Visiter diffĂ©rents avant-postes des Sept en une seule partie Frapper des points faibles en collectant Eliminer des adversaires avec un Fusil d'assaut N'oubliez pas que la saison 1 du chapitre 3 va durer plusieurs semaines, vous allez avoir largement le temps de rĂ©aliser l'ensemble des dĂ©fis. N'oubliez pas Ă©galement que chaque semaine, Epic Games va ajouter des dĂ©fis supplĂ©mentaires. Rejoignez la communautĂ© Breakflip sur Discord, jouez Ă  Fortnite avec les autres joueurs tout en Ă©tant informĂ© de nos derniers articles ! À lire aussi
Fouillerdes glaciÚres ou des machines à glaçon; Glisser sans interruption sur 25m; Rebondir 5 fois sur les rebondisseurs de Spider-Man san toucher le sol ; Parler a Guaco, Jonesy du bunker et
KB14 Disponible * Prix conseillĂ© ** Prix promo Livraison en 48h Livraison en 48 heures * Produit garanti2 ans Retour sous 14 jours * En France. Ces dĂ©lais sont donnĂ©s Ă  titre indicatif et peuvent ĂȘtre rallongĂ©s en cas de situation exceptionnelle ou retard de la sociĂ©tĂ© tierce de transport Description La machine Ă  glaçons KB14 est l’appareil parfait pour rafraichir vos boissons de l’étĂ©Rapide, l'appareil produit 12 glaçons toutes les 6 Ă  13 minutes et jusqu'Ă  12 kg par jour. La production de glaçons est automatique et peut ĂȘtre facilement contrĂŽlable grĂące Ă  son affichage LCD intĂ©grĂ© Pratique, vous pouvez programmer l'appareil pour prĂ©parer des glaçons Ă  l'avance ou Ă  la derniĂšre minute et mĂȘme les conserver pour plus tard. Utile, vous pouvez choisir parmi deux tailles de glaçons selon vos besoins. IdĂ©al, le KB14 vous permettra aussi de remplir les glaciĂšres, essentielles pendant les soirĂ©es, et les pique-niques de cet Marque ModĂšle KB14 Puissance 120W Alimentation 220-240V/50Hz CapacitĂ© du bac Ă  eau 2,1L CapacitĂ© de production 12Kg/j Cycle de production 6 Ă  13 minutes 2 tailles de glaçons Couvercle transparent Indicateur du niveau d'eau Bac Ă  glaçons amovible Corps en acier inoxydable Accessoires pelle Ă  glaçon INCLUS DANS LA BOÎTE ‱ Machine Ă  Glaçons KB14 ‱ Bac Ă  glaçons ‱ Pelle Ă  glaçons ‱ Manuel en Français ‱ Facture nominative État du produit Cet appareil est reconditionnĂ© il peut s'agir de produit d'exposition, d’emballage abĂźmĂ© ou de retour client produit sorti de son emballage d'origine.Il est livrĂ© avec l'ensemble de ses accessoires dans un emballage neutre neuf ou dans l'emballage d' neuf Appareil esthĂ©tiquement irrĂ©prochable, sans traces d’usage, testĂ© et totalement fonctionnel. L’emballage peut nĂ©anmoins prĂ©senter quelques dĂ©fauts et/ou Ă©tiquettes. Ce produit bĂ©nĂ©ficie d’une garantie de 2 ans identique Ă  tout produit neuf. TrĂšs bon Ă©tatAppareil pouvant prĂ©senter des Ă©raflures lĂ©gĂšres ou des Ă©gratignures lĂ©gĂšres sur le corps. sans traces d’usage, testĂ© et totalement fonctionnel. Ce produit bĂ©nĂ©ficie d’une garantie de 2 ans identique Ă  tout produit neuf. Bon Ă©tatAppareil ayant Ă©tĂ© dĂ©ballĂ© et/ou testĂ© par un usager pouvant prĂ©senter des Ă©raflures lĂ©gĂšres et/ou des Ă©gratignures lĂ©gĂšres, qui n’affectent pas le bon fonctionnement. Ce produit bĂ©nĂ©ficie d’une garantie de 2 ans identique Ă  tout produit neuf.
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