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ETERNITE Les Hommes Rouges PROLOGUE A cette Ă©poque la terre Ă©tait encore totalement vierge. Des minĂ©raux Ă perte de vue, des volcans crachant leur lave et des mĂ©tĂ©orites se crashant rĂ©guliĂšrement sur ce dĂ©sert, câĂ©tait tout ce que lâon aurait pu voir si on se trouvait lĂ , dans ces premiers temps. Mais si lâon sâĂ©tait retrouvĂ© Ă regarder ce paysage grandiose par son unicitĂ© minĂ©rale, encore aurait-il fallut un bon scaphandre. Et oui ! Il nây avait pas la moindre trace dâoxygĂšne Ă la surface de cette planĂšte que nul nâaurait osĂ© appeler Terre. Boule brĂ»lante, oui ! La lune commençait Ă ĂȘtre assez loin de la Terre pour que son influence sur les Ă©lĂ©ments ne soit plus aussi prĂ©pondĂ©rante. Notre satellite tournait maintenant rĂ©guliĂšrement autour de son astre mĂšre et attirait sur lui de plus en plus dâastĂ©roĂŻdes et autres corps cĂ©lestes voyageant dans notre galaxie Ă©pargnant dâautant notre petite planĂšte. Le contraste Ă©tait saisissant entre ces Ă©tendues rocailleuses et le foisonnement de vies qui Ă©voluaient sous lâocĂ©an unique qui s'Ă©tait formĂ© recouvrant la plus grande surface de notre globe. LĂ dessous, des organismes unicellulaires sâĂ©taient dĂ©veloppĂ©s pour donner naissance Ă des formes de vies plus complexes. Amibes, Ă©ponges, algues et autres incongruitĂ©s vĂ©gĂ©tales se multipliaient sous la surface de cette eau protectrice. Leur aspect pour le moins Ă©tranges se justifiaient. Il fallait bien expĂ©rimenter toutes les possibilitĂ©s, bien souvent saupoudrĂ© de n'importe quoi pour rĂ©ussir Ă s'adapter aux conditions de vie qui nous Ă©taient proposĂ©es ! Sur les terres Ă©mergĂ©es rĂ©gnaient les minĂ©raux. Sous la mer la colonisation des vĂ©gĂ©taux Ă©tait totale. Mais il nây avait encore aucune trace de vie animale que ce soit hors ou sous lâeau. Et cela ne manquait aucunement aux deux ordres qui dominait cette planĂšte. LâatmosphĂšre de cette de terre aride Ă©tait irrespirable. Des gaz, tous plus toxiques les uns que les autres empĂȘchait la vie de sâinviter au-dessus du niveau de la mer. Les algues cyanobactĂ©ries et autres vĂ©gĂ©taux marins, curieux comme pas deux, ne pouvaient, pourtant sâempĂȘcher de lorgner sur ces nouveaux territoires. AprĂšs une concertation toute vĂ©gĂ©tale, les algues bleues, les as de la chimie sous-marine, se mirent au boulot Ă grands coups de mutations. Elles fourmillaient maintenant en mer et Ă force de pugnacitĂ©, arrivĂšrent Ă transformer lâatmosphĂšre terrestre. Ces algues bleues inventĂšrent la photosynthĂšse. Elles relĂąchaient sans cesse de lâoxygĂšne et créÚrent ainsi une mince couche dâozone indispensable pour filtrer les rayons de notre soleil. A leur grand plaisir, ces algues purent admirer le rĂ©sultat de leur travail. En se rapprochant au plus prĂšs de la surface, elles admirĂšrent le magnifique ciel bleu quâelles venaient dâinventer. La vie sur terre Ă©tait devenue possible et bien vite, pour nous tout du moins, les vĂ©gĂ©taux marins s'apprĂȘtĂšrent Ă s'essayer Ă relever ce nouveau dĂ©fi. Subsister hors de lâeau. Lâheure de la colonisation terrestre avait sonnĂ©. Et vite ! Nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, nâavions que peu de temps devant nous ! HĂ©las, mille fois hĂ©las, la rapiditĂ© n'est pas notre fort ! Il faut dire Ă notre dĂ©charge que les minĂ©raux, ces pauvres tas de cailloux, se vengeaient de nos railleries sur leur immobilisme. Ne voilĂ pas que ces amas de pierres destinĂ©s Ă redevenir poussiĂšre prenaient un malin plaisir Ă bouger, Ă Ă©merger du fond des mers puis Ă y retourner au grĂ© de cataclysmes dont ils ont seuls le secret. Il Ă©tait dĂ©jĂ trop tard ! Le mal Ă©tait fait. Dans notre prĂ©cipitation Ă trouver le meilleur moyen pour sortir de lâeau et dâĂ©voluer en gardant nos inestimables caractĂ©ristiques, nous avions commis l'irrĂ©mĂ©diable ! La crĂ©ation de lâordre animal ! Eux aussi faits de chair et de sang, enfin, faits de leur chair et de leur sang ! Rien Ă voir avec nos spĂ©cificitĂ©s uniques destinĂ©es Ă rĂ©gner sans partage sur cette boule que vous nommerez bien plus tard la Terre ! Nous le reconnaissons volontiers, tout ce patacaisse est entiĂšrement de notre faute Un peu trop de fer dans notre systĂšme circulatoire et le sang Ă©tait nĂ©. Au dĂ©part fort proche de nous, en terme de composition, ce systĂšme sanguin permit lâapparition de ces ĂȘtres fourbes, imprĂ©visibles et gesticulateurs. Vous les nommerez "Animaux". Tu parles ! De sacrĂ©s empĂȘcheurs de tourner en rond, oui ! Et comme si ça ne suffisait pas, ils se sont permis de se multiplier et de se diffĂ©rencier Ă vitesse grand "V". En tous les cas, beaucoup trop rapidement pour nous, nom d'un chrysanthĂšme ! Nous n'avons rien pu faire. La facultĂ© d'adaptation de ces olibrius sur pattes, ou pas, dĂ©passait de loin nos maigres facultĂ©s de rĂ©action. Des animaux apparaissaient maintenant chaque jour ! Et oui ; nous, vĂ©gĂ©taux de toutes espĂšces, Ă©tions maintenant menacĂ©s par de nouveaux rivaux. Pourtant, jusquâalors, nous Ă©tions les plus rapides. Câest vrai que les minĂ©raux nâĂ©taient guĂšre rĂ©putĂ©s pour leur cĂ©lĂ©ritĂ©. Si nous en plaisantions depuis le fond des Ăąges, nous comptions quand mĂȘme sur eux pour ne pas trop se dĂ©placer. Sinon ou aurions-nous pu nous accrocher pour vivre et nous dĂ©velopper ? Alors quelques-uns parmi-nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, dĂ©cidĂšrent de partir la haut, Ă la hĂąte, sur la terre, pour Ă©chapper Ă ces monstres grouillants que nous avions engendrĂ©s par mĂ©garde. Câest sous la forme de petites mousses et de lichens que nous nous sommes arrimĂ©s la haut, sur le sol. Exactement comme nos frĂšres de l'ordre vĂ©gĂ©tal qui s'Ă©taient sacrifiĂ©s en stoppant leur Ă©volution pour permettre la notre lĂ -haut, hors de l'eau. Une fois conquise, la terre nous offrait un espace rĂ©servĂ© rĂȘvĂ© pour nous Ă©panouir. Nous nous sommes diversifiĂ©s, tant et si bien, que rapidement plus un centimĂštre carrĂ© ne pouvait Ă©chappe Ă notre conquĂȘte. Nous avions un nouvel espace oĂč Ă©voluer sereinement ! Une partie dâentre nous sâest de nouveau sacrifiĂ©e pour fabriquer lâoxygĂšne nĂ©cessaire Ă la survie de lâorganisme nos tĂȘtes pensantes, de nos espĂšces dirigeantes. Magnifique don de soit qui vous permet dâadmirer chaque week-end lors de vos promenades nos vaillants ouvriers, les arbres. Mais elles ne restaient pour nous que le moyen dâarranger ce pauvre amas de rocaille quâĂ©tait au dĂ©part notre petite terre. LĂ bonne marche de notre plan de conquĂȘte Ă©tait Ă ce prix puisque ces satanĂ©es bestioles sâĂ©taient invitĂ©es, elles aussi, sur nos terres Ă©mergĂ©es, mettant en danger notre existence. C'est que ça n'arrĂȘte pas de respirer ces animaux, et sans aucune contre partie pour le bien ĂȘtre des autres habitants de la planĂšte. Nous avions pourtant bien rĂ©flĂ©chi, tout planifiĂ© avec soin. Mais la capacitĂ© dâĂ©volution des animaux nous a pris de vitesse. Nous ne pouvions aller plus vite. Il faut que vous compreniez que notre raisonnement nâest pas individuel mais collectif. Nous, les vĂ©gĂ©taux supĂ©rieurs, sommes tous reliĂ©s et la moindre dĂ©cision prend Ă©normĂ©ment de temps. Câest la clĂ© de notre supĂ©rioritĂ© sur ces bestioles volatiles et superficielles, rampantes, courantes et volantes en tous sens, engagĂ©es dans une lutte chaotique pour ĂȘtre Ă la pointe de leur misĂ©rable Ă©volution. Nous, câest lâinverse ! Nous partageons tout. Des systĂšmes nerveux et sanguins qui sont communes Ă toutes nos espĂšces, courent en rĂ©seaux infinis pour aboutir Ă une stratĂ©gie de dĂ©veloppement mĂ»rement rĂ©flĂ©chie commune Ă nous tous. A peine avions nous mis au point un systĂšme de reproduction impliquant nos chĂšres bĂȘbĂȘtes» et lâingestion par elles de notre nouvelle invention, la graine que⊠Vlan ! Il Ă©tait dĂ©jĂ trop tard ! Le temps que les tapis de mousses qui nous relie les uns aux autres nous fassent parvenir les diffĂ©rentes informations et voilĂ que ces maudits animaux ne nous trouvent plus Ă leur goĂ»t ! Ils ne veulent plus de nos graines, trop pauvres en apports nutritifs et trop proche de leur propre systĂšme corporel, nerveux et circulatoire. Ils se refusent Ă manger notre semence et donc Ă les dissĂ©miner. Ils se contentent de nos cousins, simples vĂ©gĂ©taux. Plus de descendance, plus dâavenir ! Et en moins de temps quâil ne faut pour quâune de mes branches ne pousse assez pour caresser ma bien-aimĂ©e et voilĂ que notre territoire sâest rĂ©duit comme une peau de chagrin. Quelques larges vallĂ©es Ă lâimage de celle du rift africain, câest tout ce qui nous reste. Bien pire encore ! Les alĂ©as climatiques de notre planĂšte, avec ses pĂ©riodes chaudes puis glacĂ©es, nous font disparaĂźtre de nos derniers sanctuaires et nous obligent Ă nous rĂ©fugier sous le sol, sous forme de graines, attendant lâarrivĂ©e dâun hypothĂ©tique sauveur⊠Mais mĂȘme les animaux commettent des erreurs. Ils ont engendrĂ© ceux qui sâappellent les hommes ! Mais personne Ă cette Ă©poque ne pouvait imaginer leur pouvoir de nuisance qui alliait inventivitĂ© et manque de rĂ©flexion Ă long terme, le tout, mĂątinĂ©s dâĂ©goĂŻsme forcenĂ© et dâune et de soif de pouvoir soif de pouvoir sans Ă©gal. CâĂ©tait maintenant Ă nous de dresser ces drĂŽles de nouveaux bestiaux Ă deux pattes. Agiles comme ils sont, il est certain quâils vont pouvoir nous rendre ce que leurs ancĂȘtres nous ont enlevĂ©. CETTE PLANETE EST NOTRE ! I ENFANCE Chapitre 1 FUITE -Je suis un meurtrier, je le savais mais non je lâai laissĂ© mourir ! J'ai tuĂ© ma mĂšre. Mais pourquoi n'ai-je rien fait pour la sauver ! CâĂ©tait pas sorcier non dâun chien ! Il repensait Ă sa mĂšre, sa chĂšre maman quâil ne reverrait plus, tout comme aux jumeaux, deux adorables bĂ©bĂ©s sans dĂ©fense quâil avait laissĂ©s derriĂšre lui sans se retourner. Il sâen voulait Ă mort pour cela. Il savait cependant au fond de son Ăąme quâil nâavait pas dâautre choix. A lâinverse, il ne se sentait pas du tout triste pour le ravagĂ© du cerveau qui lâavait poussĂ© Ă suivre son instinct, par la vie cataclysmique que leur avait imposĂ©e cette brute avinĂ©e. - Un assassin, un pauvre minable de lĂąche dâassassin. VoilĂ ce que je suis ! Ces phrases et quelques autres du mĂȘme acabit lui trottaient dans la tĂȘte depuis maintenant plus de deux heures. Deux heures Ă marcher sur cette vacherie de bas cĂŽtĂ© dâautoroute et avec deux gamins qui ne se rendaient compte de rien ! Il aurait aimĂ© avoir en ce moment leur Ăąge, Ă les regarder jouer comme si la vie se dĂ©roulait Ă lâinstant prĂ©sent. Mais le moment Ă©tait, il le sentait, plus Ă lâurgence quâĂ la rĂȘverie. Il lui fallait sâĂ©loigner le plus vite possible plutĂŽt que de penser Ă des Ăąneries comme disait maman ou de revenir sur le carnage » qui les avait mis tous les trois dans cette situation. -Allez, les frangins ! Venez prĂšs de moi ! Si vous voulez qu'on ait une chance de rester ensemble, faites exactement comme je vous lâai dit, non d'un chien ! Leur intima-tâil autant pour eux que pour se donner du courage et ne plus penser Ă ce qui sâĂ©tait passĂ© tout Ă lâheure. Dehors, alors que lâorage se terminait, lâair se remplissait de lâodeur des herbes en train de sĂ©cher aprĂšs un long Ă©tĂ© ensoleillĂ©. Quand lâorage avait Ă©clatĂ©, ils avaient trouvĂ© refuge sous la pile dâun pont qui enjambait de lâautoroute. MalgrĂ© le vacarme du trafic automobile, le garçon commençaient Ă sâassoupir, accroupi, le dos appuyĂ© contre le bĂ©ton encore chaud de lâĂ©norme pilier. Son blouson roulĂ© en boule lui servait dâoreiller. Seuls ses cheveux longs et bouclĂ©s, son jean et son T-shirt noir qui lui collait Ă la peau, encore trempĂ©s lâempĂȘchaient de plonger dans un profond sommeil. Les paupiĂšres lourdes, Il laissait son esprit vagabonder encore un peu sur les Ă©vĂšnements qui sâĂ©taient enchaĂźnĂ©s depuis le dĂ©but de la journĂ©e. Il gardait nĂ©anmoins toujours un oeil toujours sur les petits. AprĂšs une bonne minute dâĂ©tirement, il dĂ©cida quâil Ă©tait temps de songer Ă se remettre en route, de fuir le plus loin possible. Vers oĂč et comment, ça nâĂ©tait pas dâactualitĂ© pour le moment. **** Alors quâils sâĂ©taient remis en marche, lâadolescent, longiligne Ă qui lâon aurait volontiers donnĂ© treize ou quatorze ans avec son mĂštre soixante-dix et ses grands yeux au regard triste, essayait de remettre de lâordre dans ses pensĂ©es. Il ne voulait pas se laisser dĂ©border par ses sentiments, le chagrin et la peur de lâavenir. -Dâabord eux et puis moi, Dâabord eux et puis moi, ouais Ă moi plus tard ! Faire comme maman a dit! Les mettre en sĂ©curitĂ©, câest facile Ă dire mais quâest ce que je vais faire dâeuxâŠBon sang ! Marmonna-tâil Ă voix haute sachant parfaitement que les petits ne lâentendraient pas pris quâils Ă©taient par leurs jeux faits de courses et de cris. Il ne voulait pas se lâavouer mais il sentait quâil perdait de sa concentration Ă mesure que la fatigue, la faim et lâangoisse le gagnaient. En regardant les deux bambins qui se trouvaient dix mĂšres devant lui, il songea - En voilĂ deux pour qui la vie nâĂ©tait pas devenue un problĂšme ! InstantanĂ©ment, un sourire apparut sur ses lĂšvres sans quâil ne rende compte. -Eh, les frangins ! Revenez un peu par-lĂ , lança tâil. Qui veut terminer les chips ? Les deux gamins se regardĂšrent un instant avant de partir au pas de course vers le paquet bleu et rouge quâil venait de sortir de sa poche de pantalon et quâil agitait aussi haut que ses bras lui permettait. Pendant que les deux enfants dĂ©voraient ce quâil restait du paquet, lâattention du jeune adolescent fut attirĂ©e vers la sirĂšne dont le son sâamplifiait Ă mesure que la voiture se rapprochait. - Stop ! intima tâil aux bambins. Les deux paires dâyeux se fixĂšrent immĂ©diatement sur lui. Il continua prenant soin dâadoucir le son de sa voix comme pour jouer au secret quâil faut garder si on se fait attraper ». -Vous vous souvenez des consignes, hein ! Vous entendez la sirĂšne, pas vrai ? Les deux petits hochĂšrent de la tĂȘte en mĂȘme temps. -Qui est capable de me les redire ? Et les deux bambins de rĂ©pondre Ă lâunisson on a perdu la voiture de maman et papa quant ils se sont arrĂȘtĂ©s parce quâils se disputaient pour la route. Alors on est descendu pour voir dehors et la voiture est repartie⊠» Câest ça, hein ? Et pour moi ? ajouta le garçon -Si tâes avec nous, on vient juste de te rencontrer et si tu te caches bien et que personne te voit, on dit rien sur toi jamais-jamais câest jurĂ©-crachĂ©, expliqua tout fiĂšre le plus grand des deux enfants. Le garçon rĂ©ussit Ă sourire, acquiesça avec un air complice destinĂ© aux frangins », et ajouta -vous entendez la sirĂšne qui se rapproche ? VoilĂ ce dont il faut se mĂ©fier. Alors on fait comme pour les autres, hein ? DĂšs quâelle se toute proche, vous irez vous cacher dans lâherbe, lĂ , Ă cĂŽtĂ© du pont et moi, je serai plus haut, derriĂšre le gros-poteau-gris » pour vous surveiller. Si la voiture sâarrĂȘte, vous courrez vers elle et dites au policier ce que vous venez de me direâŠ.. Et nâoubliez pas de pleurer, ok ? CâĂ©tait la quatriĂšme fois quâune sirĂšne se faisait entendre puis passait sans mĂȘme ralentir. A chaque fois le jeune garçon retenait son souffle puis criait quâil fallait se cacher et que les deux »frangins et lui-mĂȘme ne plongent dans les hautes herbes du bas cĂŽtĂ© de lâautoroute. Il espĂ©rait tant que la nuit arrive et quâil trouve une Ă©chappatoire facile dâaccĂšs pour les petits Ă cette maudite autoroute. Leur sĂ©curitĂ© Ă©tait lâavenir » rĂ©pĂ©tait souvent sa mĂšre. Il repensa Ă la dĂ©cision de fuir quâil avait pris pour la premiĂšre fois sans lui en parler. Il repris ses esprits, la sirĂšne retentissant beaucoup trop fort. Il cria -Allez, tout le monde se cache. Vite la sirĂšne est forte. Un, deux, trois, courrez, courrez vite ! *** Les deux petits gamins prirent leurs jambes Ă leurs cous et plongĂšrent dans lâherbe en sâesclaffant. Lâadolescent, lâair grave, les regarda faire avant de remonter sans perdre une seconde la pente en ciment de la pile du pont pour se mettre derriĂšre, bien Ă lâabris, de maniĂšre Ă pouvoir observer les gamins. Câest Ă ce moment quâun frisson le parcouru. Comme lors de lâaccident ». Ne se fiant plus quâa son instinct, il dĂ©cida de remonter plus haut, passant mĂȘme par-dessus la barriĂšre pour se retrouver sur la route enjambant Ă cet endroit lâautoroute sur laquelle ils marchaient jusquâĂ lĂ . Dommage que les gamins ne puisse escalader cette barriĂšre, regretta tâil en regardant les piques en haut des barreaux de la grille. Mais lĂ , il devait se protĂ©ger, il le sentait. De cette maniĂšre, il Ă©tait sur de pouvoir se sauver si les frangins se faisaient attraper. Et il Ă©tait prĂȘt Ă en mettre sa main Ă couper que cela allait arriver. La sueur qui lui coulait le long de la nuque ne lâavait jamais trompĂ©e jusquâĂ ce jour. Cela aussi loin que sa mĂ©moire lui permette de remonter. La voiture de police passa devant eux et sembla disparaĂźtre lorsquâelle se rangea vivement sur la bande dâarrĂȘt dâurgence et stoppa nette, coupant sirĂšne et moteur. Alors quâun silence Ă©trange rĂ©gnait quelques instant, le garçon couchĂ© sur le trottoir du pont, vit presque simultanĂ©ment les deux bambins se redresser, se figer avant de replonger lorsque la voiture de police entama une marche arriĂšre. Quatre autres vĂ©hicules de police apparaissaient Ă quelques centaines de mĂštre de lĂ , cĂŽte Ă cĂŽte, barrant lâautoroute et avançant sans se soucier des limitations de vitesse, gyrophares allumĂ©s et sirĂšnes hurlantes. - Mais quel crĂ©tin ! Pourquoi jâai pas pensĂ© Ă changer de route avant ! Yâavait quâĂ monter sur un pont comme je suis maintenant, on y serait arrivĂ© si jâavais vraiment voulu et sâen aller par les petites routes, bon dieu ! Yâen a tous les cinq cents mĂštres, quel abrutit je fais, câest pas possible. CâĂ©tait simple dây penser, quand mĂȘme ! Sâauto-flagella tâil. Lâadolescent nâattendit pas de voir ses frangins » se faire embarquer dans les vĂ©hicules pour commencer Ă se mettre en marche sans se presser. SĂ»r des rĂ©ponses que feraient les enfants, tout du moins jusquâĂ ce quâon les conduise Ă un poste de police pour les entendre. Il ressentit mĂȘme un soulagement mĂȘlĂ© de honte Ă se voir ainsi libĂ©rĂ© dâune telle responsabilitĂ©. - Câest certain que je mâen sortirai mieux tout seul pour le moment. Mais quand tout le bazar se sera calmĂ©, je les rĂ©cupĂ©rerais et je mâoccuperais dâeux. On continuera Ă vivre ensemble jusquâĂ ce quâils soient grands. Ouais, je lâjure ! En mĂȘme temps, sachant parfaitement que ce ne serait pas aussi simple, il se fit le serment de les revoir un jour, et de leur rĂ©vĂ©ler la vĂ©ritĂ©. Enfin de la toute petite partie de vĂ©ritĂ© quâil avait pu glaner depuis quâil Ă©tait petit. Il sâĂ©loigna vers lâEst, il sentait le soleil lui rĂ©chauffer le dos. Il fredonnait sans sâen rendre compte tout va bien, je vais bien, tout va beau, il fait beauâŠâŠ Â» Une comptine que sa mĂšre fredonnait quand il nâĂ©tait encore quâun enfant comme un autre. II UN JOUR COMME LES AUTRES Le garçon marchait sur le bas cĂŽtĂ© de la route depuis plus de deux heures. Le paysage fait dâune succession de champs de maĂŻs aux plants maigrelets et autres cultures dessĂ©chĂ©es par ce long Ă©tĂ© torride se transformait en ombres mouvantes au fur et Ă mesure que la nuit tombait. Les montagnes posĂ©es sur la barre dâhorizon finissaient de donner le ton Ă ce panorama infini et un tantinet angoissant pour celui qui prenait le temps de le regarder. Il ne voyait rien de tout cela. Il Ă©tait totalement absorbĂ© par ses pensĂ©es. Il se replongeait dans les Ă©vĂšnements qui lâavait amenĂ© jusquâĂ cette route. Son esprit avait cette facultĂ© de faire remonter Ă la surface des souvenirs incroyablement prĂ©cis. En contre partie, sa conscience du prĂ©sent disparaissait totalement. Une soucoupe volante aurait pu se poser devant son nez quâil ne sâen serait pas aperçu. Ah, cette merveilleuse pĂ©riode de sa vie ! Il boudait, rĂąlait, pestait, pour ça oui ! Et pour la milliĂšme fois ! Et oui, il se refusait Ă pardonner encore une fois Ă cet abruti lâalcool, les insultes, les humiliations et surtout les coups. Sâil voulait la guerre, il allait lâavoir⊠ce vieux chnoque, cette bourrique mal embouchĂ©e ! Cela ne pouvait plus durer, ni pour sa mĂšre ni pour lui pas plus que pour les frangins » ou les jumeaux. Il sâen faisait le serment, il allait les tirer de cette triste vie qui les menait tout droit vers la dĂ©sintĂ©gration. Le garçon, calĂ© Ă lâarriĂšre du pick-up entre bĂąches, couvertures Ă©limĂ©es et divers petits engins agricoles en trĂšs mauvais Ă©tat comme le personnage Ă qui ils appartenaient, ressassait encore de sombres pensĂ©es aprĂšs la dispute» de tout Ă lâheure. Heureusement cette engueulade nâavait pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e en guerre des tranchĂ©es » grĂące au manque de carburant, le prĂ©cieux alcool du cogneur en chef. Son envie de refaire le plein au plus vite lâavait stoppĂ© nette dans sa quĂȘte de violence. Les petits ne pipaient mots et Ă©taient collĂ©s lâun contre lâautre, face Ă lui Ă lâarriĂšre du pick-up. Ils semblaient encore sous le choc de la violente altercation de la veille et de la scĂšne de la matinĂ©e. Le jeune adolescent se sentait responsable de leur sĂ©curitĂ©. Il lui fallait absolument se dĂ©brouiller pour quâils ne soient pas eux non plus pris dans cette tourmente de violence. Cette sombre pĂ©riode avait commencĂ© quand sa mĂšre avait emmĂ©nagĂ© avec un homme qui serait dâun grand secours le moment venu ». Câest tout ce quâelle avait acceptĂ© de dire avant que lâenfer ne commence Ă sâabattre sur eux. Avant quâils nâemmĂ©nagent chez lâhomme des cavernes dans toute sa splendeur. Depuis, malgrĂ© ses questions rĂ©pĂ©tĂ©es avec insistance, sa maman lui faisait comprendre le sens de lâexpression No comment ». Elle aussi courbait lâĂ©chine et essayait comme elle pouvait dâĂ©viter les affrontements avec le nĂ©andertalien. Et cela se rĂ©vĂ©lait aussi simple que de traverser les chutes du Niagara sur une corde Ă linge ! -Non câest plus possible, faut quâjâarrive Ă sortir maman et les enfants de cet enfer ! Tout en parlant Ă voix basse sans sâen rendre compte, il repensait Ă cette pĂ©riode, la plus noire de sa vie. Il avait fallu trimer du lever au coucher du soleil Ă des tĂąches abrutissantes pour le corps et lâesprit pour entretenir le ranch », un peu comme dans la sĂ©rie tĂ©lĂ© la petite maison dans la prairie » mais en version gore. Et ça câĂ©tait la partie facile de cette vie. Parce quâune fois rentrĂ© Ă la ferme il fallait supporter les soirĂ©es oĂč la tĂ©lĂ© Ă©tait loin de jouer son rĂŽle de catalyseur dâattention. Elle gisait au sol dans un coin du salon depuis une bonne semaine. Depuis le moment oĂč beau papa lâavait achevĂ©e Ă coups de pelle la prenant pour cible hallucinatoire aprĂšs quâun sale coyote ne se soit introduit dans la maison ». Il avait dĂ©clarĂ© cela, tout fier de lui, un filet de bave coulant au travers de son large sourire Ă©dentĂ© aprĂšs avoir tuĂ© lâanimal », achevĂ© les derniers grĂ©sillements du tube cathodique. - Si seulement il avait pu sâĂ©lectrocuter, le poivrot ! Les petits ne pouvaient mĂȘme plus sâĂ©vader un peu par la petite lucarne de la tempĂȘte perpĂ©tuelle qui agitait leurs vies en regardant une Ă©mission pour enfants ou un documentaire sur le rĂ©el mode de vie chez les gens normaux ». Ah la ferme ! Cette bĂątisse gisait lĂ , au milieu de rien, au milieu dâune Ă©tendue infinie de champs racornis par un Ă©tĂ© trop long, trop sec. Elle ressemblait plus Ă la cabane du grand mĂ©chant loup dans les dessins animĂ©s quâĂ une rĂ©elle habitation. Avec ses longues planches clouĂ©es essayant de masquer les trous des murs, les restes de peinture bleu azur quâon discernait encore par endroits et ses fenĂȘtres cassĂ©es rĂ©parĂ©es par de larges bandes de plastique de toutes les couleurs. Il fallait le reconnaĂźtre, Mister Bibine possĂ©dait lâart du recyclage des dĂ©chets industriels et autres objets du moment quâils ne coĂ»taient rien. Ouais il fallait la voir pour y croire! On nageait vraiment dans la quatriĂšme dimension ! Sâil ne sâĂ©tait pas senti dâhumeur aussi morose, il en aurait volontiers rigolĂ©. Non dĂ©cidĂ©ment, cette ferme nâavait rien du havre de paix campagnard quâil avait imaginĂ© quand maman lâavait prĂ©venu de leur prochaine destination. Le garçon nâavait pas non plus imaginĂ© quâen plus des corvĂ©es du jours, bonnes pour le corps et lâesprit selon lâhomme qui les hĂ©bergeait, il y aurait Ă subir les cours du soir ». Ce surnom quâil avait donnĂ© aux veillĂ©es familiales » arracha un sourire Ă lâadolescent. Sourire qui ressemblait plus Ă une grimace de douleur tellement hier soir, papa », comme sa mĂšre lui avait demandĂ© de lâappeler, du moins en public, nây avait pas Ă©tĂ© de main morte. Son visage tumĂ©fiĂ© et le reste de son corps douloureux Ă©taient des rappels constants de lâurgence de la situation. Mais il tenait bon et mettait toute son Ă©nergie Ă dĂ©fendre les enfants, ce qui ne le rendait pas peu fier de lui tant les occasions de baisser les bras Ă©taient nombreuses. En plus, ce combat pour les petits lui Ă©vitait de penser Ă des fuites dĂ©finitives du style coupage de veine ou pendaison. Ils Ă©taient quatre, les mioches. Les jumeaux et surtout les frangins ». AgĂ©s de cinq et trois ans, ils Ă©taient arrivĂ©s le mĂȘme jour que lui et sa mĂšre Ă la ferme des horreurs ». Et bien vite le jeune adolescent sâĂ©tait jurĂ© de tout faire pour Ă©viter que cette pĂ©riode ne les traumatise Ă vie. Il avait donc Ă©dictĂ© avec les deux enfants un certain nombre de consignes pour leur Ă©viter le pire. Sa mĂšre, elle sâoccupait de protĂ©ger des deux bĂ©bĂ©s, il le voyait bien Ă la maniĂšre dont elle les couvait. Elle ne les connaissait pas mieux que lui, puisque oncle Linen en personne sâĂ©tait chargĂ© de les confier Ă maman deux jours avant leur dĂ©part pour ce lieu de paix et de sĂ©rĂ©nitĂ© quâĂ©tait le ranch ». Mais son expĂ©rience de mĂšre et son instinct surdĂ©veloppĂ©, protĂšgeraient les jumeaux de lâalambic ambulant. Si pour lâinstant les frangins » nâavaient pas Ă©tĂ© touchĂ©s dans les affrontements, câĂ©tait uniquement parce quâil avait rapidement fait appliquer les rĂšgles du tu ne mâattraperas pas le monstre » dĂšs que la brute avinĂ©e Ă©tait Ă la maison. Le jeu consistait alors Ă se rendre sur lâun des cinq plateaux dâinvisibilitĂ© », cinq lieux sĂ»rs et suffisamment Ă©loignĂ©s du monstre-poilu-Ă -grandes-dents », et de nâen sortir uniquement quâau moment du repas. Le gagnant Ă©tant celui des deux bambins qui avait su rester invisible »jusqu'Ă ce que lâadolescent ne vienne les chercher. Ce stratagĂšme avait pour lâinstant portĂ© ses fruits, les deux enfants nâayant presque pas pris de coups. Il faut dire que son charmant papa » ne cherchait pas Ă se faire apprĂ©cier des enfants par une attention de chaque instant ni par sa volontĂ© de se montrer comme un beau-pĂšre aimant et tendre. On pouvait lui rendre justice, lâhypocrisie ne faisait pas partie de ses dĂ©fauts ! Comme il lâavait dit dĂšs la fin de la premiĂšre semaine, il se foutait des mioches, ne voulait pas les voir ni entendre le moindre son sortir de leur bouche. Et quâon compte pas sur lui pour sâoccuper en plus des pâtits gueulards » avait il ajoutĂ©, agitant un pack de biĂšre Ă la main. De cette phrase mĂ©morable, le garçon avait bien compris que le maĂźtre des lieux parlait des deux enfants et des jumeaux qui dâaprĂšs sa mĂšre nâavait que six mois. Câest Ă ce moment quâil sâĂ©tait jurĂ© de les tenir au maximum Ă lâĂ©cart des coups et autres objets volants qui avaient commencĂ©, dĂšs leur arrivĂ©e, Ă tomber aussi dru que les mauvaises herbes poussent au printemps. Mais pourquoi donc sa mĂšre avait pu envisager une seule seconde que cette cohabitation aurait la moindre chance dâĂȘtre bĂ©nĂ©fique pour eux, non dâun chien ! Comment cette brute labellisĂ©e pur malte » pourrait leur ĂȘtre dâune quelconque utilitĂ© ? MĂȘme Ă jeun, ce qui Ă©tait rare, il nâouvrait la bouche que pour menacer sa mĂšre ou lui promettre de funestes chĂątiments si ses ordres extravagants nâĂ©taient pas suivis Ă la lettre. Il avait fallu rapidement faire une croix sur le futur et dâessayer de faire projets dâavenir. Il nâĂ©tait question que de survivre, de sâadapter et de subir. Les mĂȘmes journĂ©es, les mĂȘmes soirĂ©es, les mĂȘmes moments de folie, de violence gratuite. VoilĂ le quotidien quâil fallait supporter. Et ce quotidien commençait sĂ©rieusement Ă peser lourd ! - Comment maman avait elle bien pu accepter de sâembarquer dans cette galĂšre ? Cela devait bien faire mille fois que lâadolescent se posait cette question. Il sâĂ©tait dâailleurs jurĂ© de demander un jour des comptes Ă ce fameux oncle Linen sur le pourquoi de leur regroupement dans cet enfer. Enfin, bien Ă©videmment dĂšs quâil lui aurait la possibilitĂ© de rencontrer ce Monsieur dont il ne connaissait que le cĂ©lĂšbre Allo ! Salut petit ! Tu me passes ta mĂšre sâil te plaĂźt ? ». Cela quand il dĂ©crochait par curiositĂ© le tĂ©lĂ©phone, transgressant ainsi les rĂšgles sacrĂ©es de la vie avec sa mĂšre. - Maintenant ils se retrouvaient Ă sept sous le mĂȘme toit, dans le trou du cul du monde ! Faudrait quâun jour elle aussi lui explique cette parenthĂšse dans leur passage en ce bas monde. Si la stabilitĂ© nâavait jamais Ă©tĂ© le maĂźtre mot de leur vie passĂ©e, elle nâavait jamais connu de sommet de mĂ©chancetĂ© et de misĂšre humaine comme ces derniers temps. Il lui avait toujours fait une absolue confiance dans ses choix, mais lĂ , il nây comprenait plus rien. Pourquoi Ă©taient ils partis de leur super nouvel appartement » en ville pour venir sâinstaller dans ce trou noir terrestre seulement trois semaines aprĂšs que sa mĂšre eut rencontrĂ© le king of the vinasse ». Lui qui entretenait les espaces verts de lâĂ©cole dont elle Ă©tait la nouvelle sous- directrice ? Pourquoi avait il du quitter ce splendide collĂšge dont il Ă©tait lui-mĂȘme Ă©lĂšve pour se retrouver Ă castagne ranch » ? Et pour quoi ce dĂ©mĂ©nagement prĂ©cipitĂ© aprĂšs quâoncle Linen eut tĂ©lĂ©phonĂ© de son confortable triplex de Parc Avenue alors quâil Ă©tait intervenu en personne auprĂšs du rectorat pour quâelle obtienne ce fameux poste? Madame La-sous-directrice ». Ăa en jetait autrement mieux que Miss-sous-bonniche » du sac Ă vin, non ? Ces questions le rendaient fou et il Ă©vitait dây penser se concentrant sur son morne quotidien. Quâil nâaille pas Ă lâĂ©cole, il pouvait le comprendre, cela lui Ă©tait dĂ©jĂ arrivĂ© par le passĂ©. Mais que sa mĂšre accepte dâĂȘtre une esclave domestique et serve de punching-ball jusquâĂ ce quâil soit obligĂ© dâintervenir et dĂ©rouiller Ă son tour pour rien ! Pour quâĂ la fin, ils soient tous deux tabassĂ©s jusquâĂ y rester Ă terre, inerte et juste assez conscient pour ne plus bouger. Non vraiment, il ne comprenait plus rien ! Il lui fallait agir ! Pas besoin dâĂȘtre devin pour sentir lâurgence de la situation. Surtout depuis quâil avait entendu beau-papa » discuter au tĂ©lĂ©phone, sĂ»rement avec oncle Linen, vu son ton courtois et dĂ©fĂ©rent. Il Ă©tait question entre autres dâun dĂ©part au printemps prochain pour la cĂŽte est. Si câĂ©tait de leur dĂ©part dont il sâagissait, le printemps prochain paraissait une date dĂ©passant largement la date limite de consommation. Dâici lĂ , ils seraient dĂ©jĂ partis mais les pieds devant. Alors oui, il lui fallait agir. Au moins tenter quelque chose pour Ă©viter le pire. Sa dĂ©cision Ă©tait prise. Il se devait de profiter de la premiĂšre opportunitĂ© qui se prĂ©senterait. Pour la premiĂšre fois de sa vie, il nâavait rien dit de ses projets Ă sa mĂšre. Il ne voyait pas dâautre issue Ă cette situation, sinon la mort. De qui ? La sienne, celle de sa mĂšre ou comme il le dĂ©sirait de plus en plus, celle de cette brute dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Le garçon nâattendait plus quâune occasion. Il devenait urgent quâune opportunitĂ© se prĂ©sente car il nâĂ©tait pas sur que lui et maman puissent encaisser encore un an sans dommage irrĂ©versible les coups de poings, de bottes et de tout ce qui passait entre les mains de ce primitif. Cependant depuis une bonne dizaine de jours il faisait chaque nuit des rĂȘves dâune autre vie. Des frissons le parcouraient sans cesse, sans quâil nâarrive Ă dĂ©terminer sâils venaient en rĂ©action des coups reçus ou comme des signes annonciateurs dâun changement, du passage Ă lâaction. Mais voyant sa mĂšre rĂ©signĂ©e comme il ne lâavait encore jamais vu, il redoutait que le changement ne puisse se dĂ©rouler sans quâil nâait Ă agir seul. Et cela lui faisait peur tant il Ă©tait habituĂ© Ă toujours demander lâavis de sa mĂšre. CâĂ©tait Ă lui dâĂȘtre sur ses gardes pour Ă©viter tout incident si quelque chose devait se produire. Il Ă©tait maintenant assez grand pour savoir que sa mĂšre avait acceptĂ© de ne pas mettre les voiles avant la date fixĂ©e, si celle-ci, quâil avait entendu au vol dâune conversation tĂ©lĂ©phonique, les concernait bien. Sans compter que ses frissons, sensations, rĂȘves et autres sueurs froides indiquaient le plus souvent une partie de la vĂ©ritĂ© future, il le savait maintenant depuis plusieurs annĂ©es. MĂȘme sâil nâarrivait pas Ă mettre un terme exact sur ce quâil ressentait, ces signes annonçaient quelque chose de mauvais du genre changement radical. Ou alors ce nâĂ©tait que les signes que son corps douloureux et couvert de bleus ne tiendrait plus longtemps. -Ouais ! câest plus pas possible et faut qu âça change. Il avait terminĂ© ses rĂ©flexions lĂ dessus, ballottĂ© Ă lâarriĂšre du pick-up, sur le chemin de Pochtron-ville ». III Allons faire les courses en famille En cette fin de matinĂ©e dâĂ©tĂ© chaude et humide, ils se rendaient au supermarchĂ© pour faire les courses destinĂ©es Ă les sous-alimenter une bonne semaine. Sa mĂšre nâallait encore prendre que le strict nĂ©cessaire pour les jumeaux couchĂ©s dans un panier sur ce qui faisait office de banquette arriĂšre au pick-up. Faire les courses, consistait essentiellement Ă faire le plein de toute boisson dont lâĂ©tiquette signifiait bien la mention alcool avec si possible des slogans du genre dont lâabus est dangereux pour votre santĂ© ». Ce jour lĂ , il avait pris sa dĂ©cision. Il y avait pensĂ© toute la nuit. Faut dire quâavec la tannĂ©e quâil avait pris la veille, le sommeil avait Ă©tĂ© long Ă trouver. Sauver au moins les deux bambins et lui-mĂȘme en sautant du vĂ©hicule dĂšs quâil ralentirait suffisamment pour que les frangins » ne puissent ĂȘtre blessĂ©s. Pour sa mĂšre et les jumeaux, le garçon avait tout mis en place fuir, rester Ă proximitĂ© de la ferme » et intervenir quand le Barbare » serait endormi du sommeil du juste ivrogne. AprĂšs ? Sâenfuire le plus loin possible de cet endroit maudit. MĂȘme sâil lui fallait pour ça traĂźner sa mĂšre par les pieds. A cet effet, il avait dĂ©jĂ dĂ©robĂ© le double des clĂ©s du pick-up et ne doutait pas un seul instant de parvenir Ă conduire ce vĂ©hicule si lâhabituel conducteur y arrivait dans lâĂ©tat dâĂ©briĂ©tĂ© constante oĂč il se trouvait. Dâun seul coup lâadolescent sentit monter une forte nausĂ©e puis une boule dans la gorge quâil ne connaissait que trop bien. Quelque chose allait se passer, câĂ©tait imminent. La derniĂšre fois quâil avait connu de sensations dâune telle ampleur, câĂ©tait il y a environ trois ans avec sa tante Louise, câĂ©tait du moins comme ça que sa mĂšre lâappelait. Tante Louise commençait Ă escalader ce qui allait se rĂ©vĂ©ler son dernier escabeau alors quâil jouait Ă lâĂ©tage. Dans son tailleur Ă©lĂ©gant, provenant directement des derniers dĂ©filĂ©s parisiens, sa chĂšre tante Louise, une ampoule Ă la main, glissa sur lâavant derniĂšre marche et chuta lourdement sur le somptueux carrelage en marbre de carrare. Si elle eut le rĂ©flexe de lever le bras, gardant ainsi lâampoule intacte, elle ne sut jamais que son ampoule allait finir classĂ©e dans un sachet plastique comme piĂšce Ă conviction, remisĂ©e dans les archives de la police. Il garderait toujours en mĂ©moire ce contraste saisissant entre le sang qui sâĂ©chappait de son cuir chevelu et le blanc immaculĂ© du sol lorsquâil la dĂ©couvrit. Mais lĂ , Ă cet instant cela nâavait rien de comparable. Durant un instant, le garçon cru bien quâil allait tomber dans les pommes. Il tentait Ă cet instant de surmonter sa nausĂ©e et de se redresser comme il le pouvait alors que la voiture freinait pour amorcer son virage dâentrĂ©e sur la bretelle dâautoroute. Il fut Ă cet instant repris de terribles vertiges et faillit passer par-dessus le rebord de la plate forme du pick-up tant son corps Ă©tait secouĂ© de spasmes nerveux. Sa vue se brouilla un dixiĂšme de seconde. Les yeux rĂ©vulsĂ©s, lâadolescent eut une vision distincte. Un Ă©norme monstre bleu et argent, brillant de mille feux, fonçant Ă la vitesse dâune comĂšte dans sa course folle. La boule de feu jaillissant de la gueule bĂ©ante du monstre engloutissait tout ce qui prĂ©sentait Ă elle, hommes-pantins et objets roulants en tout genres. Le tout, dans un vacarme sonore digne de lâapocalypse. Le garçon retrouvant une partie de sa vue par au prix dâun douloureux effort, sentit toute lâurgence de la situation. MĂȘme si ces images sorties tout droit de sa tĂȘte ressemblaient fort aux BD de mangas japonais quâil affectionnait de lire avant leur installation chez soĂ»lard le barbare ». Ces images lui intimĂšrent de passer Ă lâaction malgrĂ© une forte migraine ». ah, ah ! Il ne voyait encore que dâun Ćil, et encore tout flou avec une magnifique couleur sĂ©pia. Il fit lâeffort de se redresser et tendit sa main quâil savait tremblante sous lâeffet de son mal de crĂąne en direction des enfants qui le regardaient inquiets. Il leur enjoignit fermement de le rejoindre, ramassa deux vieilles couvertures quâil leur tendit en leur enjoignant de bien les garder en boule devant eux et leur dit de se tenir prĂȘt. Les deux bambins obtempĂ©rĂšrent sans piper mot en constatant le ton caverneux de sa voix, la blancheur de son visage et son regard vitreux. Alors que le pick-up sâarrĂȘtait au stop pour traverser la route et sâengager sur la bretelle dâautoroute, le jeune garçon su que le moment de changer leurs destins Ă©tait venu. Il empoigna les enfants comme il le pouvait passant ses bras sous leurs aisselles, leur rĂ©pĂ©tĂąt de bien maintenir leur couverture devant leur visage et avec une force Ă©tonnante pour son age, les souleva par les aisselles et sauta de la voiture. Sa chute se passa pour lui comme au ralenti. Alors quâils Ă©taient encore en lâair, il croisa le regard de sa mĂšre dans le rĂ©troviseur. Il lui sembla Ă la fois doux et plein dâencouragements. Mais surtout il avait tout dâun regard dâadieu. La rĂ©alitĂ© repris vite ses droits quant ils sâĂ©crasĂšrent tous trois dans lâherbe du bas cĂŽtĂ© de la route. AprĂšs un long roulĂ©-boulĂ©, ils sâarrĂȘtĂšrent enfin en bas dâun talus. Lâadolescent sâassura que les deux petits nâavaient rien et aprĂšs avoir repris son souffle, leva la tĂȘte vers le pick-up qui entrait sur lâautoroute. Câest en regardant sa mĂšre sâĂ©loigner quâil aperçu du coin de lâĆil, un fantasmagorique semi-remorque bleu aux par choc et calendre chromĂ©s brillant sous le feu du soleil apparaĂźtre au loin sur lâune des voies inverses. LâinquiĂ©tude le submergea instantanĂ©ment. Ils descendirent la bretelle dâautoroute et partirent Ă contre sens en avançant aussi vite que le permettait les petites jambes des frangins ». Lâadolescent ne cessait de se retourner, de regarder en arriĂšre, dans la direction du pick-up oĂč se trouvait encore sa mĂšre. Le garçon poussa soudainement les petits dans lâherbe. Le monstrueux camion venait de les croiser. Il savait pertinemment que quelque chose de terrible allait se produire. Le dernier regard quâil avait eu de sa mĂšre laissait maintenant flotter dans son esprit Ă la fois un sentiment dâune tristesse infinie et dâune passation de tĂ©moin. IV ACCIDENT Le chauffeur de lâĂ©norme poids-lourd raccrocha le tĂ©lĂ©phone, embrassa la croix qui se balançait au rĂ©troviseur et saisit le petit boĂźtier de tĂ©lĂ©commande sur la plage avant. Il hĂ©sita quelques secondes et appuya sur lâunique bouton de la commande Ă distance, sachant pertinemment que cela Ă©tait un moindre mal pour lui et sa famille. Sâil rĂ©chappait de ce qui, allait suivre, il se jura de ne plus jamais faire monter de femme sur le couchage de la cabine de son camion. Cette fois le prix avait Ă©tĂ© trop fort Ă payer. Beaucoup trop fort ! PAN ! Le camion se mit soudain Ă zigzaguer dangereusement. Le pneu avant droit venait dâĂ©clater. Le chauffeur eut le mauvais rĂ©flexe de freiner trop fort, privant ainsi la gigantesque machine de toute direction. Le camion dĂ©janta, fonça tout droit en direction du pick-up en traversant le terre plein central de lâautoroute sans ralentir le moins du monde malgrĂ© les efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s du chauffeur. Il percuta le vieux vĂ©hicule de gnĂŽle-man » Ă lâavant droit et continua sa route, Ă©crasant littĂ©ralement dans sa course meurtriĂšre, une voiture de sport, une familiale et un quatre-quatre. Il continua sa route, fracassant la barriĂšre de sĂ©curitĂ© et sâengouffra dans le sous-bois avant de sâencastrer dans un sapin. Le moteur toussota, rejetant un nuage de fumĂ©e noire puis sâarrĂȘta de tourner. La voiture oĂč se trouvait sa mĂšre commença, au moment de lâimpact, Ă entamer une sĂ©rie de tours sur elle-mĂȘme avant de basculer sur le cĂŽtĂ©. Des morceaux du vieux pick-up volĂšrent en tout sens pendant quâil continuait sa glissade. Le garçon pu distinguer furtivement que la plus grande partie du capot, des ailes et de lâhabitacle avaient disparu au moment ou la voiture traversa Ă son tour la sĂ©paration plantĂ©e dâherbe de lâautoroute. Perdant de la vitesse le pick-up ou ce quâil en restait fut percutĂ© violemment par une berline de luxe noire et brillante dont le conducteur nâeut pas le temps de juger de sa folle trajectoire. Les restes de tĂŽle glissaient dans une traĂźnĂ©e dâĂ©tincelle sur le bitume avant de sâarrĂȘter ou dâĂȘtre percutĂ©s par dâautres vĂ©hicules comme sur un gigantesque tapis de billard. Un motard, au mauvais endroit au mauvais moment, sâenvola en rencontrant une des portes du pick-up. Ce nâest que deux cents mĂštres plus loin que les diverses Ă©paves fumantes sâarrĂȘtĂšrent enfin. Le silence ne fut alors troublĂ© que par quelques crissements de pneus provoquĂ©s par des conducteurs arrivant sur le lieu du carambolage et voulant Ă©viter de se rajouter au carnage qui se prĂ©sentait Ă leurs yeux. CâĂ©tait fini. Il nây avait plus rien Ă voir. Le garçon laissa traĂźner encore quelques instants son regard, revoyant le sourire Ă©nigmatique de sa mĂšre dans le rĂ©troviseur alors quâil sautait de la camionnette. Puis, comme elle lui avait appris depuis longtemps, il se re-concentra en se fixant un objectif prĂ©cis Les frangins ». Lâesprit Ă nouveau clair, il dĂ©cida de ce quâil fallait faire. Se tirer de cet endroit au plus vite. Il saisit fermement chacun des deux enfants par la main et les entraĂźna rapidement de lâautre cĂŽtĂ© de lâautoroute vers le sous-bois et sa pĂ©nombre salvatrice. Plus rien ne les retenait lĂ . Il lui fallait mettre dâurgence une distance suffisante avec le lieu de lâaccident oĂč lâon avait pu les voir avant de pouvoir songer Ă lâavenir. Avenir dont sa mĂšre et les jumeaux ne faisaient plus partie vue les restes dĂ©chiquetĂ©s du pick-up. Des vĂ©hicules et les cris des premiĂšres personnes qui essayaient dâintervenir pour tenter de porter secours aux victimes de lâaccident Ă©parpillĂ©es sur une longue bande dâautoroute retentissaient. Toute circulation serait impossible pour un bon moment. Autant en profiter. Le garçon dĂ©cida de traverser lâautoroute et, tenant toujours les gamins par la main, commença Ă marcher dâun bon pas sur la bande dâarrĂȘt dâurgence Ils Ă©taient lâavenir. Sa mĂšre et ses nombreux "tantes et oncles" qui avait eu l'occasion de rencontrer au hasard des nombreuses pĂ©rĂ©grinations qui avaient ponctuĂ© sa jeune existence, n'avaient eu de cesse de le lui rĂ©pĂ©ter. Mais surtout, il le ressentait violemment dans l'ensemble des cellules qui constituaient son ĂȘtre. Ne pas se tromper pour eux trois relevait de sa responsabilitĂ© dĂšs cet instant. Et il espĂ©rait que cela serait pour un long moment. Soudain, il fut Ă©crasĂ© par ce nouveau fardeau. Le doute lâenvahi un instant avant quâil ne dĂ©clare dâune voie faussement assurĂ©e -Allez, en route les frangins » Tout droit, câest toujours tout droit quâil faut aller. Et la tĂȘte haute, non d'une petite souris! Tenta t il pour dĂ©tendre l'Ă©tau qui lui oppressait le sternum plus que pour faire rire les enfants. Et nâoubliez pas ce quâon a appris ensemble ! Ils partirent tous trois, aussi vite que les jambes des petits leur permettaient dâavancer, essayant de mettre le plus de distance possible avec le lieu du carnage routier qui bouleversait encore une fois cette satanĂ©e destinĂ©e. Cet avenir trouble et incertain quâil aurait Ă bĂątir lui, le prĂ©-pubert, orphelin qui devait disparaĂźtre au plus vite avec deux jeunes enfants. Et pour couronner le tout, il fallait Ă©chapper Ă un ennemi que la seule personne capable dâidentifier venait de mourir. - Maman, maman dans quels draps me suis-je fourrĂ©s ! AprĂšs quelques centaines de mĂštres, ils ralentirent lâallure. Lâadolescent, laissant les deux enfants Ă leurs jeux, Ă©clata en sanglots, pleurant enfin de longues minutes Ă chaudes larmes. Sa mĂšre lui manquait dĂ©jĂ tant. V Carla Allifesh. du cĂŽtĂ© de lâennemi Si sa mĂ©moire Ă©tait bonne, ce dont elle doutait fortement, ça faisait bien longtemps quâelle ne sâĂ©tait pas sentie aussi bien. Tout se dĂ©roulait exactement comme elle lâavait prĂ©vue. Bien calĂ©e dans le siĂšge baquet de sa Camaro », les cheveux au vent, câĂ©tait du pur plaisir. Ah les dĂ©capotables ! MĂȘme si le siĂšge se trouvait ĂȘtre trop bas pour elle, putain de dieu que câĂ©tait bon de sâĂ©clater comme au bon vieux temps ! Ben oui, on nâa pas toujours le temps de choisir le modĂšle qui vous mettra le plus en valeur quand il sâagit de dĂ©rober en moins de trente secondes une voiture sur un parking de supermarchĂ©. LancĂ©e Ă plus de 180 Km/H, slalomant sur toute la largeur de lâautoroute entre les camions, voiture et autres mobiles-homes nombreux en cette fin dâĂ©tĂ© propice aux migrations de populace. Carla se sentait enfin redevenue elle-mĂȘme. Elle se fit dâailleurs la remarque que quelques mois de congĂ©s » de ce type lui ferait le plus grand bien. TerminĂ©es dit elle Ă voie haute, les longues journĂ©es assise sur un transat Ă siroter des cocktails en regardant lâimmensitĂ© de lâocĂ©an et du vide de sa vie. Fini la marmaille braillant et les jeunes couples enlacĂ©s estampillĂ©s just-married » dans des hĂŽtels quâils ne pourraient sâoffrir Ă nouveau que pour leurs vingt ans de mariage avec trimage intensif pour y arriver si leurs couples tenaient jusquâĂ lĂ . ConcentrĂ©e Ă lâextrĂȘme sur sa conduite, elle arborait cependant un large sourire en sâimaginant les Ă©vĂ©nements qui devaient suivre dâici Ă la fin de la journĂ©e. -Se la jouer fine et rĂ©cupĂ©rer le gros lot ! Jâai pas intĂ©rĂȘt Ă me rater si jâveux pas me retrouver une nouvelle fois sur la touche, dit-elle en se remĂ©morant le coup de fil quâelle avait reçu en fin de semaine derniĂšre qui lui annonçait sa participation Ă une nouvelle mission. Bref, qui signifiait son retour sur le devant de la scĂšne. Bien sur, les sirĂšnes de police lâinquiĂ©taient quand mĂȘme un peu malgrĂ© lâhabitude quâelle avait de gĂ©rer ce type de situation. Mais ce qui la tracassait dâavantage câĂ©tait le son de rotor dâhĂ©licoptĂšre quâelle discernait depuis un bon moment. CâĂ©tait un petit dĂ©sagrĂ©ment dont elle se serait volontiers passĂ©e avant dâavoir rĂ©cupĂ©rĂ© le colis. Elle nâavait pas envisagĂ© de rencontrer si tĂŽt ce genre de problĂšmes dans le plan quâelle avait Ă©laborĂ© depuis le mail salvateur quâelle avait reçue il y Ă peine 72 heures. Si le but de la mission Ă©tait clairement indiquĂ©, Carla avait une totale libertĂ© dâaction pour arriver au but quâon lui avait fixĂ©. Heureusement le temps jouait en sa faveur. Pas le temps de gamberger sur le pourquoi du comment, lâheure Ă©tait Ă lâaction ! Eclatant dâun rire aussi sonore quâincongru Ă la vue des risques fous quâelle prenait en conduisant de la sorte, Carla plongea la main dans la poche de son blouson en cuir pour en sortir ses trois fĂ©tiches. Sa flasque de vodka chromĂ©e, dont elle but sans attendre une bonne rasade, son pistolet automatique quâelle arma et son tĂ©lĂ©phone portable. Alors quâils atterrissaient tous trois sur le siĂšge passager, elle planta un violent coup de frein. Elle venait de voir, furtivement, dans le rĂ©troviseur, trois formes sauter dâun vieux pick-up et sâengager au pas de course sur la voie dâaccĂšs de lâautoroute. Rapide dans sa prise de dĂ©cision, Carla dĂ©cida quâelle se prĂ©occuperait dâeux plus tard. Elle repris de la vitesse et empoigna son tĂ©lĂ©phone. Elle pressa sans lĂącher le volant la touche de rappel et marmonna quelques mots sur un ton qui ne laissait guĂšre de doute Ă son destinataire sur lâimportance de lui obĂ©ir. Son interlocuteur devait agir maintenant, il en avait tout intĂ©rĂȘt et en avait parfaitement conscience ! Le portable ayant retrouvĂ© sa place Ă cĂŽtĂ© dâelle, la jeune femme entama quelques centaines de mĂšres plus loin un magnifique tĂȘte Ă queue, traversant la sĂ©paration centrale de lâautoroute puis les autres voies de circulation pour sâimmobiliser net sur la bande dâarrĂȘt dâurgence de lâautre cĂŽtĂ© de lâautoroute. Cette manĆuvre insensĂ©e crĂ©a lâeffet escomptĂ© lâaffolement gĂ©nĂ©ral des automobilistes et une cascade de coups de freins, gĂ©nĂ©rant une panique totale dans le trafic. Des dizaines de vĂ©hicules partant en tout sens, zigzaguant et sâaccrochant les uns, les autres avec plus ou moins de bonheur». Une fois sa fidĂšle monture immobilisĂ©e, Carla en sortit prestement et se mis Ă retraverser Ă pied lâautoroute sans se presser pour sâarrĂȘter sur le terre plein central au moment oĂč un Ă©norme camions bleu venait de percuter de plein fouet le vieux pick-up qui avait attirĂ© son attention quelques secondes avant quâelle ne sĂšme la panique dans le trafic routier somnolent de cette lourde fin de journĂ©e dâĂ©tĂ©. Elle ne quitta plus des yeux les restes fumants du vĂ©hicule maintenant en miettes. Chaque morceau de la vieille guimbarde faisait lâobjet de toute capacitĂ© de concentration. Quand plus rien ne bougea, Carla se prĂ©cipita vers ce qui restait du pick-up, ouvrit la portiĂšre de la passagĂšre et se saisit du couffin prenant le temps de sâassurer que les bĂ©bĂ©s Ă©taient encore bien en vie aussi rapidement quâun mĂ©decin urgentiste. Elle se dirigea ensuite vers la cabine broyĂ©e du poids lourd, posa avec douceur le couffin par terre avant dâarracher le conducteur encore Ă moitiĂ© inconscient de son siĂšge pour le projeter violemment dâune main ferme et professionnelle sur la terre du sous bois oĂč le camion avait fini sa course, encastrĂ© dans un arbre. Tout se passa alors trop vite pour quâaucun des nombreux tĂ©moins ne puisse certifier Ă cent pour cent ce quâils virent. Ils affirmĂšrent cependant tous quâaprĂšs avoir entendu un cri effroyable de la part du chauffeur du poids lourd, la jeune femme se releva, du sang coulant sur le visage, prit dâune main ferme une sorte de panier et repartie tranquillement vers son vĂ©hicule. Elle redĂ©marra ensuite sue les chapeaux de roues pour prendre la bretelle de sortie qui se trouvait Ă une centaine de mĂštres de lĂ . Dans les dix secondes qui suivirent le dĂ©part de la jeune femme le camion et tout ce qui se trouvait dans un rayon de cent cinquante mĂštres se dĂ©sintĂ©gra dans une explosion dont le fracas sâentendit Ă plus de douze kilomĂštres. La police ne retrouva la Camaro quâune demi-heure aprĂšs, abandonnĂ©e dans un champs de maĂŻs. La femme, le couffin et le probable bĂ©bĂ© quâil contenait plutĂŽt mort que vif vu la violence de lâaccident semblaient sâĂȘtre volatilisĂ©s. Les diffĂ©rents barrages de police dressĂ©s sur lâensemble des routes du secteur ne donnĂšrent rien. La plupart des corps et des vĂ©hicules ne purent ĂȘtre identifiĂ©s tant la violence de lâexplosion avait Ă©tĂ© importante. Le seul embryon de piste qui restait, fut lâarrestation de deux jeunes enfants. Des tĂ©moins et lâhĂ©licoptĂšre de la police, envoyĂ© en renfort, qui au dĂ©part essayait de retrouver une voiture volĂ©e plutĂŽt dans la journĂ©e, les avaient vu sauter en compagnie dâun adolescent dâune vieille camionnette quelques instant avant lâaccident. MalgrĂ© un important dispositif, lĂ encore la police ne put jamais mettre la main dessus. On entendit plus jamais parler de lui dans la rĂ©gion. AprĂšs un mois dâenquĂȘte infructueuse, le chef de la police du comptĂ© fut contraint de dĂ©missionner suite au tir tors de barrage des mĂ©dias rĂ©gionaux. Lâaccident ayant provoquĂ© la mort dâau moins huit personnes parmi les automobilistes se trouvant sur les lieux de lâaccident et au moment de lâexplosion qui en provoqua, lui, plus de trente. Cela sans compter les occupants du pick-up dont le nombre exact de personnes Ă bord reste toujours inconnu Ă ce jour. Les enfants rĂ©cupĂ©rĂ©s, un peu plus loin sur lâautoroute, sont restĂ©s trois jours en observation Ă lâhĂŽpital. Semblant en Ă©tat de choque, ils nâont fourni que trĂšs peu dâinformations mis Ă par leurs prĂ©noms et le fait quâils Ă©taient en route pour faire les courses. VI Courte fuite MĂȘme si cela ne faisait que trois heures que le garçon marchait, il lui semblait quâunivers tout entier le sĂ©parait du monde oĂč il vivait encore ce matin. Il en venait mĂȘme Ă regretter la sĂ©curitĂ© toute relative de la maison post Pop-Art du sac Ă vin. Il Ă©tait perdu dans ses pensĂ©es. Il lui fallait trouver des solutions de survie mais en Ă©tait totalement incapable. Il se retrouvait seul et savait quâil Ă©tait recherchĂ© par de nombreux ennemis. Ses amis, son clan ? Ils ne les connaissait pas. Il devait donc se mĂ©fier de tout le monde ! Quâallait-il faire maintenant ? Comment pourrait-il oublier quâil avait senti quelque chose juste avant que lâaccident ne se produise sans quâil ne fasse rien pour prĂ©venir sa mĂšre ! Il serait pour toujours le responsable de sa disparition. En plus, il nâavait su garder les mĂŽmes avec lui. Plus il tournait ces sombres pensĂ©es dans sa tĂȘte plus il se sentait minable. Incapable de faire quelque chose correctement. Il ressassait Ă tel point sa responsabilitĂ©, se reprochant sa nullitĂ© dans les Ă©vĂšnements de la journĂ©e, quâil nâentendit pas la voiture approcher et se ranger Ă sa hauteur sur le bord de la route. Câest seulement quand il entendit la voix quâil tourna la tĂȘte. - Allez mon gars, câest dur mais pas la fin du monde, pas vrai ? - Tirez-vous ! Jâattends ma mĂšre et elle aime pas que je cause Ă des Ă©trangers, rĂ©pliqua sĂšchement le garçon sans mĂȘme tourner la tĂȘte, continuant dâavancer. - Tâas pas entendu, mon gars ? Regarde par ici un instant sâil te plaĂźt ! InterloquĂ© par la fermetĂ© du ton employĂ© par lâhomme dans la voiture, il se dĂ©cida Ă regarder de quelle bouche ces paroles sortaient. Il vit alors le visage dâun homme dâune soixantaine dâannĂ©e Ă la barbe parfaitement taillĂ©e, la chevelure argentĂ©e qui dĂ©passait de la fenĂȘtre. Mais ce qui le marqua le plus, câĂ©tait le regard vert sans cesse en mouvement du vieil homme. Un regard vif et dur mais qui Ă lâinverse dâinspirer la crainte, respirait la gentillesse, la simplicitĂ©. Le vieil homme lui inspira de suite confiance. Non, cet homme ne lui voulait aucun mal. Il se sentit alors obligĂ© de dire quelque chose. - Et comment vous savez que câest pas la fin du monde, articula tâil difficilement la bouche sĂšche, se retenant de fondre en larme - Parce que tu le sais trĂšs bien que cela allait arriver. Et cela depuis fort longtemps. Bien longtemps avant ce drame, lâexplosion et ta dĂ©cision de continuer ta route. Ouais pâtit gars ! Tu sais depuis fort longtemps que tu ne dois pas te laisser prendre par nos ennemis. Tu sais parfaitement au fond de toi que jâai raison. Laisse ton instinct te guider, pâtit gars. Tu sentira que tu peux me faire confiance, pas vrai ? Sans lui laisser le temps de rĂ©pondre lâhomme ouvrit la porte posa un pied Ă terre, laissant apparaĂźtre un costume coĂ»teux et des chaussures de villes impeccablement cirĂ©es. Le contraste Ă©tait saisissant avec les pauvres guenilles quâil portait. AprĂšs quelques secondes de silence, il ajouta - Tiens, prend ça ! SĂšche-toi le visage, en lui tendant un mouchoir qui lui servait de pochette, et grimpe dans la voiture. . Ca sârait dâailleurs une bonne idĂ©e de couper ta tignasse et de te trouver des vĂȘtements un peu plus corrects si tu veux vraiment continuer de passer incognito. Pas vrai pâtit gars ? Devant ce discours ferme et directif, le jeune garçon comme hypnotisĂ© par son interlocuteur, obtempĂ©ra et monta dans la magnifique limousine sans mĂȘme sâapercevoir de la taille gigantesque du vĂ©hicule. Il se dit simplement quâau point oĂč il en Ă©tait, faire un bout de chemin en voiture ne lui ferait pas de mal et permettrait de distancer ses poursuivants. Les distancer ! Oui mille fois oui ! ! Et quels que soient ces ennemis, ces gens qui lui avaient enlevĂ© les seules personnes quâil aimait en ce bas monde ! CâĂ©tait la prioritĂ© de prioritĂ©s. Il le ressentait de tout son ĂȘtre. Une fois le garçon installĂ© dans la voiture, lâhomme sâadressa Ă son chauffeur et lui donna un ordre sans quâil ne comprenne de quelle langue il sâagissait. Puis se retournant vers lui, le vieil homme repris Ă son intention - Plus de problĂšme pâtit gars, Te voilĂ hors de danger ! Maintenant câest Ă toi de dĂ©cider ce que tu veux faire de ton avenir. La limousine filait maintenant dans la campagne dĂ©serte. Lâhomme reprit - Tiens, boit un peu, petit. Et repose-toi. Mais on aura le temps dâen reparler, jâen suis sur. Dâabord, il faut mettre de la distance entre eux et nous et puis nous en discuterons plus sĂ©rieusement. OK pâtit gars ? - Voui mâsieur rĂ©ussit il Ă rĂ©pondre, lâĂ©puisement commençant sĂ©rieusement Ă se faire sentir. Il ne releva pas le nous » que lâhomme avait utilisĂ©. - Mais comment sait-il tout ça ? Que veut-il dire quand il parle de lâavenir ! Quel avenir ? La tĂȘte du garçon commençait Ă tourner. Les Ă©vĂ©nements de la journĂ©e sâestompaient rapidement dans le brouillard qui envahissait son cerveau. Sans sâen rendre compte, il sâaffala sur la confortable banquette de la limousine. - Te souviens-tu de lâeau si claire ? Lui demanda lâhomme coupant court aux rĂ©flexions confuses du garçon. - Mais quâest ce quâil raconte bon dieu ? De lâeau claire ? Arriva Ă penser le garçon alors quâil tentait vainement de rĂ©sister Ă lâengourdissement qui le gagnait. La vision du jeune garçon se troublait de plus en plus. Avait-il Ă©tĂ© droguĂ© ? Il ferma les yeux et emportĂ© dans un tourbillon oĂč sâentrechoquaient des fragments dâimages de la journĂ©e puis sâendormit non sans avoir pu marmonner dans un dernier effort Je les retrouverais, lesâŠles frangins, hein ? Sur ces derniers mots, il sâĂ©croula sur la banquette, Ă©crasĂ© par le stress et la fatigue. Il dormait profondĂ©ment, lâair enfin serein. Sa respiration Ă©tait redevenue calme et rĂ©guliĂšre. Il rĂȘvait dâun torrent idyllique serpentant entre dâĂ©normes rochers blancs, recouverts dâune mousse Ă©paisse et abondante. Lâeau se jetait en cascade dans une large vasque dâeau transparente illuminĂ©e parle soleil. Lâadolescent se dĂ©tendit et sourit dans son sommeil. Il entendait les rires des enfants qui lâentouraient et qui sautaient dans le torrent. Lui-mĂȘme se jeta du haut de la cascade. Levant la tĂȘte, il vit quâune nature vierge et abondante lâentourait. Une bienveillance Ă©manait des immenses arbres qui surplombaient le point dâeau. Il ressentit un sentiment de sĂ©curitĂ© quâil ignorait pouvoir exister. Lâhomme assis en face de lui Ă©tait en train de sortir de sa sacoche un cylindre de bois usĂ© et brillant au point de luire sous les phares des voitures venant en sens inverse. Il lâexamina un long moment comme hĂ©sitant Ă en faire usage. Lâhomme exerça alors une pression Ă lâarriĂšre de celui-ci. Une longue aiguille de couleur ivoire sortit du cylindre. Lâhomme approcha la pointe de lâaiguille de la tempe de lâadolescent avec une prĂ©caution toute chirurgicale. Une deuxiĂšme pression lâarriĂšre du cylindre fit sâenfoncer la longue pointe dans la tempe du garçon endormi. Il la laissa une quinzaine de seconde en place avant de la retirer, de refermer le mĂ©canisme et de ranger lâobjet dans sa sacoche. Il regarda le garçon lâair dubitatif et lui dĂ©clara sachant quâil nâaurait pas de rĂ©ponse - Allez, petit ! GrĂące Ă cela, tu progresses de centaines de milliers dâannĂ©es dâĂ©volution, alors ne mâen veut pas ! Le garçon ne sâaperçut de rien et continua de jouer avec dâautres enfants dans cette eau si claire. Le sentiment de plĂ©nitude quâil ressentait Ă©tait si pur. Une puretĂ© qui nâappartenait quâĂ lâaube de lâhumanitĂ©, oĂč une forme dâharmonie semblait rĂ©gner entre lâHomme et la nature. LIVRE II DE NOS JOURS CAHPITRE I ANUA PETERSEN LES SCEAUX DU SOUCI Cela faisait maintenant trois semaines quâAnua se terrait. D'abord au fond de son labo puis chez elle depuis prĂšs de deux semaines. Deux longues, trĂšs longues semaines Ă se rĂ©fugier dans le travail, Ă tout revoir, de lâanalyse de ses donnĂ©es aux diffĂ©rents Ă©lĂ©ments qui lâavaient conduite Ă annoncer sa dĂ©couverte. Tout ça pour prouver aux vieux pontes de l'AcadĂ©mie des sciences quâils avaient torts de se railler dâelle par mĂ©dias interposĂ©s. LâEnfer depuis deux semaines Ă peine et dĂ©jĂ un sentiment de dĂ©goĂ»t. Avant cela Anua avait surfĂ© sur la vague du succĂšs pour devenir la plus jeune chercheuse en archĂ©ologie Ă devenir membre Ă vie de l'AcadĂ©mie des sciences. Et bien sur, avec le projet le plus important en termes budgĂ©taire que cette vĂ©nĂ©rable institution en plus de la fondation pour qui elle travaillait eut mis Ă disposition de quiconque. Quand elle y repensait, elle y voyait une injustice flagrante. Comment, aprĂšs lâavoir portĂ©e aux nues, pouvaient-ils la mettre plus bas que terre aussi vite. Le recul et le temps qui devraient ĂȘtre inhĂ©rent Ă leur fonction de sages, de responsables l'autoritĂ© scientifique ne sâappliquaient-ils pas Ă sa personne ? Etait-elle trop rapide pour ces vieux singes ? Son travail nâĂ©tait pourtant que la suite logique de ses dĂ©couvertes prĂ©cĂ©dentes et similaires faites Ă l'Ouest de la Roumanie, non loin des rives du Danube. Non vraiment, elle ne comprendrait jamais cette bande de vieux cabots maĂźtre de la vĂ©ritĂ©. Elle les avait trouvĂ©s ces objets ! Oui, elle leur avait mĂȘme montrĂ© ces fameux sceaux-cylindres, les plus vieux objets au monde prouvant lâexistence de l'Ă©change commercial, de la propriĂ©tĂ©, dâune classification sociale avancĂ©e et surtout de lâexistence de lâĂ©criture. Mais pour son plus grand malheur, Anua les avait dĂ©nichĂ©s dans un endroit oĂč ils nâauraient pas du se trouver. Si la Roumanie lui avait apportĂ© un succĂšs indĂ©niable, il en Ă©tait tout autre pour ses derniĂšres trouvailles. Ils auraient pourtant bien dĂ» se rendre Ă lâĂ©vidence, ces vieux sĂ©niles dĂ©tenteurs de la VĂ©ritĂ© universelle ! Alors, pourquoi ces sceaux-cylindres quâelle avait trouvĂ© non loin des rives du Rio-Grande » en plein dĂ©sert, Ă la frontiĂšre amĂ©ricano-mexicaine, les choquaient tant. Surtout avec la somme dâanalyses et de calculs, bref, de preuves irrĂ©futables quâelle avait donnĂ©es au conseil du dĂ©partement dâhistoire et dâarchĂ©ologie amĂ©ricaine, Ă cette foutue AcadĂ©mie ! Bien sur, ces cylindres Ă©taient Ă©tranges. Non, ils n'Ă©taient pas faits des mĂȘmes matĂ©riaux comme la plupart de leurs cousins trouvĂ©s par centaines au Moyen-Orient faits de pierre ou de mĂ©tal. Ils Ă©taient en bois et beaucoup plus longs que dâordinaire, la grande histoire ! Bon, il fallait bien reconnaĂźtre que lâon pouvait sâinterroger sur le fait que ce bois ne ressemblait en rien Ă ce que l'on pouvait trouver dans les espĂšces vĂ©gĂ©tales existantes. Et oui, les espĂšces dont ces fameux cylindres se rapprochaient le plus Ă©taient le roseau et le bambou. Un roseau-bambou » qui, bien sur, n'avait jamais existĂ© dans les rĂ©gions oĂč Anua avait fait ses dĂ©couvertes et qui de plus ne montrait aucun signe de dĂ©gĂ©nĂ©rescence malgrĂ© les milliers d'annĂ©es passĂ©s sous terre. Il Ă©tait en effet impossible de dater lâĂąge de ce bois avec prĂ©cision puisquâil ne vieillissait pas ! Et pour cause ! Ces sceaux-cylindres » fait de bois inconnu, une fois passĂ©s au microscope Ă©lectronique, s'Ă©taient rĂ©vĂ©lĂ©s vivants. Les molĂ©cules qui les constituaient continuaient de se mouvoir et de se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Un peu comme si ce bois attendait quelque chose pour se rĂ©veiller. LĂ , il Ă©tait comme en Ă©tat d'hibernation, mais continuait de vivre Ă son rythme, de changer de structure molĂ©culaire. C'Ă©tait incroyable Ă voir mais hĂ©las incomprĂ©hensible. §§§§§§§§ Ces cylindres vĂ©gĂ©taux, plus durs et rĂ©sistants que la pierre Ă©taient vivant. Alors oui, elle-mĂȘme s'Ă©tait posĂ© des questions sur la validitĂ© de ses trouvailles⊠RĂ©volutionnaires ! Si ce n'Ă©tait pas un immense canular ! Mais voilĂ , sa fameuse intuition lui dictait qu'elle Ă©tait dans le vrai. Evidement, il restait nombres de points d'interrogations sur l'origine gĂ©ographique et sur la composition de ces cylindres vĂ©gĂ©taux, mais il Ă©tait impossible qu'elle se trompe. Anua en Ă©tait intimement convaincue et avait Ă©bauchĂ© ses thĂ©ories Ă partir du rĂ©sultat de ses fouilles, faisant abstraction de la nature Ă©trange de la constitution de ces sceaux-cylindres. Comme par exemple ce qu'elle remettait en question sur qui Ă©tait admis gĂ©nĂ©ralement sur le dĂ©placement des humains au cĆur des derniĂšres glaciations de Riss et de WĂŒrm. Anua avait bien Ă©videmment pris en compte lâexplosion du super volcan Toba », il y a 74000 ans qui nâavait laissĂ© quâenviron 2 000 humains rescapĂ©s en Afrique du sud et de lâEst selon une majoritĂ© de spĂ©cialistes. Sans compter la disparition de la presque totalitĂ© des espĂšces vĂ©gĂ©tales et animales du fait dâun hiver nuclĂ©aire » de prĂšs de dix annĂ©es. Dix ans sans soleil pour vous rĂ©chauffer, ajoutĂ© aux anomalies magnĂ©tiques et autres astĂ©roĂŻdes frappant notre planĂšte, cela pouvait justifier lâĂ©trange composition de ces fameux cylindres de la discorde. Elle avait donc foncĂ©, tĂȘte baissĂ©e et se retrouvait aujourd'hui dans la pire mĂ©lasse de sa courte vie. Ah, si seulement elle avait Ă©coutĂ© son pĂšre ! Les questions qui taraudaient Anua jusqu'Ă l'insomnie Ă©taient simples. Qui, quand et dans quels buts avait-on façonnĂ© ces morceaux de bois aux propriĂ©tĂ©s si Ă©tranges ? Et pourquoi avaient-ils Ă©tĂ© ciselĂ©s de motifs classiques, d'une maniĂšre qu'on pouvait juger grossiĂšre par rapport Ă ses cousins moyen orientaux, tellement plus Ă©laborĂ©s ? Et puis, dans quel but les avait-on transportĂ©s, il y a si longtemps, au seuil de l'histoire, jusqu'au sud des Etats-Unis, Ă lâautre bout de la Terre ? Elle se battrait jusqu'Ă la fin de sa vie, s'il le fallait, pour le savoir, elle s'en Ă©tait fait le serment depuis le moment oĂč le dĂ©luge de critiques s'Ă©tait mis Ă pleuvoir sur elle. Si Anua avait attendu que les caciques de l'AcadĂ©mie des sciences dĂ©cident de la validitĂ© de sa dĂ©couverte, elle aurait eu les cheveux blancs et de la barbe au menton avant de pouvoir continuer son travail. Elle avait donc dĂ©cidĂ© de passer outre et de publier ses recherches dans le magasine Science » dont elle avait pour cela dĂ©crochĂ© la couverture. Et patatras ! Tout lui Ă©tait revenu en pleine figure. Ce mĂȘme journal sâexcusant auprĂšs de ses lecteurs dâavoir publiĂ© un article dont la vĂ©racitĂ© Ă©tait plus que douteuse, aprĂšs que la rĂ©daction du journal eut reçu mains et mains coups de tĂ©lĂ©phones de ces pseudos Ă©minents scientifiques. Eux qui n'avaient dĂ» lire que l'introduction et la conclusion du travail de compte rendu d'Anua, s'ils avaient eu le temps de retrouver leurs lunettes qui devaient se trouver sur leurs fronts, ces vieux chnoques dans leurs costumes amidonnĂ©s ! §§§§§§§ Et dire que la prochaine fois, elle envisageait dâaller faire une campagne de fouille en SibĂ©rie pour confirmer l'ensemble de ses thĂ©ories sur la dĂ©mographie prĂ©historique et du dĂ©placement des premiers humains depuis les 500 derniers millĂ©naires. D'aprĂšs son travail entamĂ© il y a plus de dix ans, la conclusion devenait Ă©vidente. Anua faisait remonter le peuplement des continents et de l'AmĂ©rique en particulier au moment de la derniĂšre glaciation, celle de WĂŒrm, ce qui Ă©tait officiellement admis par les scientifiques tenant de la vĂ©ritĂ©. Mais ce qui ne passait pas, câĂ©tait quâelle amenait des Ă©lĂ©ments sĂ©rieux sur un peuplement beaucoup plus ancien. Anua situait cette colonisation des continents une glaciation avant, de Riss, c'est Ă dire quelque cent mille ans avant. DĂ©cidĂ©ment, Anua dĂ©testait ces tenants de la vĂ©ritĂ© sur un sujet oĂč rien n'Ă©tait figĂ© et dont les thĂšses officielles avaient Ă©voluĂ© plus de cent fois depuis le milieu de vingtiĂšme siĂšcle. Elle prĂ©fĂ©rait les nommer les rois des "cons-sensus". Mais mĂȘme ces blagues ne la faisait plus rire ! Ces bougres de crĂ©tins qui se refusaient maintenant Ă admettre lâexistence mĂȘme son travail. Avaient-ils seulement su se poser la moindre question avant de rejeter en bloc ce fameux compte rendu de son expĂ©dition et dĂ©couvertes ? Et dire qu'elle s'Ă©tait fendue d'une lettre courtoise et bien lĂšche bottes » dans le but d'obtenir une rallonge budgĂ©taire afin de pouvoir confirmer les thĂ©ories qu'elle exposait ? Anua savait maintenant quâelle avait Ă©tĂ© d'une naĂŻvetĂ© dĂ©sarmante. Comment avait-elle pu croire en eux ? LĂ pour le coup câĂ©tait foutu ! Qui voudrait la financer maintenant ? Certainement pas ces vieux tenants de l'immobilisme ! Pour pouvoir continuer son travail, elle nâavait plus le choix. Elle devait rĂ©cupĂ©rer ces fameux morceaux de bambous immortels enfermĂ©s dans son laboratoire pour pouvoir continuer Ă les Ă©tudier avec des scientifiques indĂ©pendants. CâĂ©tait la seule façon de prouver Ă lâAcadĂ©mie des sciences comme Ă son sponsor privĂ© qui lâavait gentiment priĂ© dâattendre que lâaffaire se calme » et de prendre une pĂ©riode de repos bien mĂ©ritĂ©e », les traĂźtres ! §§§§§§§§ CHAPITRE 8 Les sceaux d'Anua suite Dâaccord, d'ordinaire, les cylindres-sceaux ordinaires » Ă©taient originaires du moyen orient et dataient pour les plus anciens dâenviron 6000 ans. Dâaccord, personne nâen avait trouvĂ© ailleurs. Mais nul nâen avait cherchĂ© non plus ! Ces sceaux avaient une vocation simple. Ces cylindres servaient Ă certifier, par des motifs propres Ă chacun dâeux, lâexpĂ©diteur de telle marchandise. Un simple cachet attestant la provenance de telle ou telle marchandise. Comme les bagues des cigares que la plupart de ces vieux chnoques du conseil de lâAcadĂ©mie prĂ©sentaient fiĂšrement Ă leurs invitĂ©s pour leur montrer le prestige de ce quâils allaient fumer ! Identifier. Câest tout simplement Ă quoi ils servaient. A identifier Ă coup sĂ»r la personne qui avait apposĂ© son sceau. Ces petits objets cylindriques reprĂ©sentent chez les SumĂ©riens et leurs prĂ©dĂ©cesseurs de la pĂ©riode dite dâUbaĂŻd, les inventeurs supposĂ©s des sceaux-cylindres, la premiĂšre trace connue dâĂ©criture. En fait personne ne pouvait affirmer quelle civilisation les avait inventĂ©s. Les SumĂ©riens, peuple connu pour lâinvention de lâĂ©criture, ont aussi inventĂ© en vrac et en seulement quelques siĂšcles, la roue, le roman et dĂ©veloppĂ© lâarchitecture, la statuaire, la glyptique, les mathĂ©matiques et le dĂ©compte du temps. Ils ont Ă©galement créé la notion dâĂ©tat, dĂ©mocratique ou non. Ce peuple mystĂ©rieux venu de nul part, vivait dans lâextrĂȘme sud de lâIrak actuel. Si leur Ă©criture avait survĂ©cu plusieurs millĂ©naires, les sumĂ©riens, en tant que peuple, avaient disparu aussi rapidement qu'ils avaient fait entrer l'humanitĂ© dans l'Histoire. Ces sceaux nâĂ©tait ni plus ni moins que les prĂ©dĂ©cesseurs des tampons encreur. De simples cachets servant Ă fermer et attester de lâidentitĂ© de lâexpĂ©diteur aisi que de la valeur de la marchandise Ă lâaide de cire sur les courriers comme on a continuĂ© de le faire jusquâĂ nos postes actuelles. On continue dâailleurs de sâen servir pour les marchandises luxueuses et lettres scellĂ©e des ambassades et autres organismes internationaux. Image sceaux Alors oui ! Anua voulait bien reconnaĂźtre que de trouver un pareil objet Ă 20 000 km de lĂ dans la terre sĂšches du dĂ©sert du NĂ©vada pouvait surprendre. Mais elle en avait trouvĂ© plusieurs accompagnĂ©s de restes dâhabitations, dâobjets de la vie quotidienne, poteries et autres ustensiles. Elle avait Ă©galement mis au jour des plaques mĂ©talliques couvertes dâinscriptions que l'on pouvait rapprocher de lâĂ©criture prĂ©-sumĂ©rienne . Ces objets auraient du dater selon les sources officielles dâune dizaine de millier dâannĂ©es. Mais les trouvailles dâAnua Ă©taient datĂ©es, par les mĂ©thodes les plus modernes, de plus de vingt, voir cinquante mille ans et mĂȘme plus pour certains. Il fallait se rendre Ă lâĂ©vidence. Ce peuple est donc sorti du Golfe Persique, alors Ă sec. Puis une partie de cette population ne reste pas sur place et se rĂ©pand dur lâensemble des continents, jusquâen AmĂ©rique du Nord. On ne le retrouve qu'avec l'avĂšnement de la civilisation sumĂ©rienne, seule civilisation Ă qui l'on peut raccrocher ces personnes de part leur arts, coutumes et inventivitĂ©, soit plus de trente mille ans mille plus tard. Et ce que voulait monter la jeune femme câĂ©tait que cette Ă©nigme Ă©tait irrĂ©futable. Simplement, que ce peuple qui avait donnĂ© les clĂ©s de notre civilisation il y a dix mille ans, Ă©tait dĂ©jĂ auparavant parvenu jusquâen AmĂ©rique du Nord. Ou quâil avait au moins Ă©tendu son influence jusquâau cĆur dâune AmĂ©rique dĂ©jĂ peuplĂ©e. Le Carbonne 14 et autres moyens de datation ne pouvaient tous mentir ! AprĂšs avoir digĂ©rĂ© ces rĂ©sultats, Anua se devait de trouver une thĂ©orie plausible au trajet de ce voyage de prĂšs de vingt mille kilomĂštres. Anua trouvait romantique et belle la thĂšse dâun Gulf Stream raccourci au nord et au sud par les glaces couvrant lâEurope de lâouest et lâAmĂ©rique du nord lors des pĂ©riodes glaciĂšres. Ce mini Gulf Stream qui aurait permis mĂȘme Ă de piĂštres navigateurs de faire le voyage dans les deux sens en se laissant juste porter par ce courant maritime rĂ©gulier. Ce courant maritime prĂ©sentait lâavantage dâun trajet quasi rectiligne et en aller-retour, sâil vous plaĂźt ! DĂ©part entre Gibraltar et le sud-ouest de la France et arrivĂ©e sur la cĂŽte sud-est des Etats-Unis. Mais objectivement, il Ă©tait plus rationnel de croire en un passage par le dĂ©troit de BĂ©ring. Anua Ă©tait certaine de trouver les mĂȘmes types de sites de peuplement en SibĂ©rie, encore une fois bien antĂ©rieures au chemin que prirent les amĂ©rindiens il y a quinze mille ans vers les AmĂ©riques. A lâĂ©poque ou folĂątraient encore pour quelque temps dâimmenses troupeaux de mammouths avant de finir congelĂ© en quelques mois, jours et mĂȘme heures seulement selon quelques spĂ©cialistes contestĂ©s, comme Anua en ce moment, lĂ aussi, sans que lâon ne sache pourquoi. Ces hommes auraient aisĂ©ment pu continuer leur route vers l'Est et traverser le dĂ©troit de BĂ©ring, profitant d'un pont de glace provisoire. Exactement comme les champions de la vĂ©ritĂ© scientifique lâavaient popularisĂ© pour les amĂ©rindiens au point que plus personne ne doutait de cette version. Si cela Ă©tait sĂ»rement vrai, pourquoi rejetaient-ils donc ses thĂ©ories ? Parce qu'elle faisait remonter ce passage du dĂ©troit de BĂ©ring Ă une Ă©poque oĂč les hommes nâauraient pas censĂ© ĂȘtre lĂ ! Un Ăąge prĂ©cĂ©dant et encore vierge de recherches, contraire Ă ce qui Ă©tait dĂ©fendu par les tenants de l'immobilisme scientifique. Cela ne faisait aucun doute ! Elle amenait au moins de preuves, non ? Elle ne discutait pas le bien fondĂ© du massacre et de la spoliation des terres des AmĂ©rindiens ! Elle affirmait juste quâils nâavaient pas Ă©tĂ© les seuls et pas les premiers Ă franchir ce satanĂ© dĂ©troit ! Et que ces humains dotĂ©s dâune technologie avancĂ©e aient atteint lâAmĂ©rique puis sâĂ©taient Ă©vaporĂ©s bien avant nos chers AmĂ©rindiens. Exactement comme les SumĂ©riens il y a dix mille ans. Pas de quoi en faire tout un fromage, quand mĂȘme ! Mais voilĂ ! DĂšs la publication de ces thĂšses, elle avait vu sâabattre sur elle lâopprobre gĂ©nĂ©ral. Les autres scientifiques avaient dĂ©crĂ©tĂ© que ces dĂ©couvertes ne pouvait ĂȘtre quâune supercherie. Comment des hommes en pleine prĂ©histoire, ces abrutis des cavernes », auraient-ils pu parvenir jusquâau sud des Etats âUnis ? Pas question de remettre en cause toute la logique de lâhistoire ! Niet, pas question ! §§§§§§§ Et les coups avaient commencĂ© Ă pleuvoir. Avec toute la communautĂ© scientifique contre elle, câĂ©tait si facile ! Ces maudits journaleux pseudo-scientifique avaient Ă©videmment sautĂ© sur lâoccasion pour vendre leurs torchons. MĂȘme la presse grand public sây Ă©tait mise. Anua avait vu du jour au lendemain vu sa vie privĂ©e, ses prĂ©cĂ©dents travaux mais surtout la vie de ses proches Ă©talĂ©e au grand jour. Un quotidien avait mĂȘme lancĂ© une liste des dix plus grandes arnaques scientifiques, avec vote sur Internet pour en dĂ©terminer la plus cocasse. Et devinez quoi ? La rĂ©cente dĂ©couverte dâAnua en faisait partie, trĂŽnant redoutablement pour sa crĂ©dibilitĂ© en quatriĂšme position ! Elle se trouvait juste devant de la preuve, une photo trĂšs floue, censĂ©e prouver lâexistence de lâabominable homme des neiges ! Elle sâen serait arrachĂ© les cheveux si la jeune femme nâavait Ă©tĂ© complĂštement paralysĂ©e, au sens propre comme figurĂ© ! Cet effet boule de neige avait eu pour effet une terrible levĂ©e de bouclier. Celle de la communautĂ© scientifique dans son ensemble, Anua pouvait la comprendre. Mais elle avait du subir aussi les foudres du lobby des tribus amĂ©rindiennes qui tenaient durs comme fer Ă la primautĂ© dâoccupation du continent. Pleins dâautres organisations diverses pseudo- scientifiques, associations religieuses ou bien pensantes » sâen Ă©taient mĂȘlĂ©s. Et pour complĂ©ter le feu dâartifice, nombres dâhommes politiques sâen Ă©taient mĂȘlĂ©s, sans rien y connaĂźtre bien Ă©videmment. Mais cela avait finit de la discrĂ©diter complĂštement. Plus personne ne voulait plus miser un Kopeck sur Anua et ses projets futurs. Mais personne nâavait soulevĂ© le problĂšme par le bon cĂŽtĂ© ! Qui aurait eu quelque intĂ©rĂȘt Ă enterrer Ă neuf mĂštres de profondeur sur une surface de trois hectares et demi des objets rares et prĂ©cieux et quantitĂ© de restes humains ? Mais qui donc aurait rĂ©ussi Ă bricoler Ă la perfection puis Ă ensevelir profondĂ©ment une copie parfaitement authentique dâun village vieux de plus de 60 000 ans pour les traces dâoccupation les plus anciennes ? Un village fourmillant, de surcroĂźt, dâobjets datable facilement de 10 Ă 60 000 ans sans parler de ces fameux roseaux-bambous » toujours vivant aprĂšs un sĂ©jour de dizaines de milliers dâannĂ©es sous terre dans une zone si aride? Oui, qui aurait Ă©tĂ© assez fou pour placer ce village en plein dĂ©sert, non loin des anciennes des rives du fleuve Colorado qui marque la frontiĂšre actuelle entre lâArizona et le sud de la Californie ? Ben oui, qui dit dĂ©sert, dit personne pour chercher un village enfoui, enfin, normalement, non ? Ces problĂšmes torturaient Anua jours et nuits sans relĂąche. Elle avait beau remuer le problĂšme dans tous les sens, elle ne voyait pas comment remonter cette pente particuliĂšrement glissante. Chapitre IX Anua fait sa dĂ©pression Sa belle thĂ©orie ne verrait jamais le jour. Jamais, oh plus jamais elle ne pourrait Ă©tayer sa thĂšse Le peuplement de lâAmĂ©rique et de la SibĂ©rie, il y a plus dâune cinquantaine de milliers d'annĂ©es au lieu des dix Ă vingt mille ans habituellement admis ne verrait jamais le jour. Fini les recherches sur les hommes en provenance des environs du golfe Persique alors Ă sec tout comme la Manche en Europe ou encore le dĂ©troit de Bering au Nord-Est de l'Asie. Une pĂ©riode ou La Seine et la Tamise ne formaient qu'un seul Ă©norme fleuve par exemple. Cette pĂ©riode correspondait aux premiers signes annonçant le rĂ©chauffement climatique de la derniĂšre pĂ©riode de glaciation du Riss. Et ben, elle pouvait maintenant toujours tenter de planter des patates dans la Manche ou mĂȘme en SibĂ©rie si le cĆur lui en disait ! Elle avait tout le temps devant elle maintenant que le nom dâAnua Ă©tait devenu synonyme de baliverne. Autant aller Ă la pĂȘche au monstre du Loch Ness, bon sang ! Elle oscillait sans cesse entre fureur et longues pĂ©riodes de frustration. Depuis la mise Ă sac de lâensemble de son travail, Anua restait recroquevillĂ©e en boule sur son sofa. Et voilĂ comment on se retrouve une semaine Ă tenter de disparaĂźtre de la surface terrestre. Sept longs jours Ă se terrer dans son labo, priant que personne nâarrive Ă la trouver, surtout tout ce qui pouvait ressembler Ă un journaliste. Et depuis que ses supĂ©rieurs l'avaient priĂ©e de vider les lieux pour "quelque temps", elle Ă©tait partie, n'emportant que le strict minimum de ses affaires. Elle avait quand mĂȘme rĂ©ussie Ă prendre l'un de ces fameux sceaux cylindres en le cachant dans un rouleau Ă dessin. Il allait bien falloir quâelle se remette au travail, quâelle ressorte ce mystĂ©rieux cylindre et entrouve lâorigine et sa raison dâĂȘtre. En attendant, Anua se fĂ©licitait aujourdâhui dâavoir pris son petit chez elle » sous le nom de jeune fille de sa mĂšre. Elle y Ă©tait anonyme, au moins pour un temps. AprĂšs ces quelques jours dâisolement, Anua commençait Ă faire son mea culpa ». Elle avait bien senti le danger de ses rĂ©vĂ©lations et avait demandĂ© conseil Ă plusieurs scientifiques Ă qui elle accordait grand crĂ©dit. Ils lâavaient tous prĂ©venu du risque de partager ses dĂ©couvertes avec des nĂ©ophytes. MĂȘme ses amis du FBI dont la collaboration se passait au mieux lorsquâune enquĂȘte requĂ©rait des fouilles et avec qui elle entretenait les meilleures relations lâavaient mis en garde. Mais Anua fonçait. Quand elle Ă©tait sure dâelle, rien ne pouvait lâarrĂȘter. DĂ©jĂ toute petite, ses parents sâinquiĂ©taient de son caractĂšre Ă lâemporte piĂšce» et sâĂ©tonnaient de son manque de jugeote dĂšs quâelle pensait ĂȘtre dans son bon droit. Il y a encore une dizaine de jours, son cher pĂšre lâavait mis lui aussi mise en garde contre tout excĂšs de confiance. Il lui avait dit - Soit prudente, ma fille ! Tu as une bombe entre les mains et elle pourrait bien tâexploser Ă la figure. Fait attention Ă la maniĂšre dont tu vas tây prendre pour divulguer ta dĂ©couverte. Je ne voudrais pas te ramasser Ă la petite cuillĂšre comme Ă chaque fois que tu nâĂ©coutes que toi et que les Ă©vĂšnements te reviennent en plein visage. Prends des conseils, entoure-toi bien et fait en sorte dâĂȘtre cautionnĂ©e par les apparatchiks scientifiques que tu dĂ©testes tant, ma chĂ©rie. Anua nâen avait eu cure et avait Ă©tĂ© droit dans le mur. Et elle allait mettre du temps Ă sâen remettre, cette fois-ci ! - Et voilĂ , câest foutu ! Personne ne voudra plus jamais me croire mĂȘme si je dis avoir trouvĂ© un os dans les catacombes de Rome ! Je nâai plus quâĂ mâhabiller en sorciĂšre et me reconvertir dans la vente de citrouille pour Halloween ! LĂ au moins, jâaurai du succĂšs, bougonna-t-elle en balayant du regard les piles des dossiers Colorado Project » et du futur SibĂ©rian and first human step » amoncelĂ©es sur son bureau. Il lui fallait se sortir de ce guĂȘpier au plus vite. Mais câĂ©tait pour le moment le noir le plus complet sur la maniĂšre de faire remonter sa cĂŽte. Le simple droit de pouvoir sâexprimer publiquement lui Ă©tait pour lâinstant confisquĂ©. Pour rĂ©pondre Ă toutes ces attaques, Anua allait devoir apprendre la patience. Bien sur, elle aurait dĂ» attendre lâaval du conseil avant de faire publier sa dĂ©couverte. Pourtant, il y a quatre ans, quand elle avait trouvĂ© les mĂȘmes types dâobjet au Nord-Ouest de lâInde non loin des sources de lâIndus, la communautĂ© scientifique avait louĂ© sa technique de travail originale, son instinct et son esprit aventureux. QualitĂ©s qui remettaient en question le socle de nos certitudes historiques » dâaprĂšs ce ramassis de girouettes. Câest par ce succĂšs, portĂ©e par la gloire, quâelle avait pu financer, sans aucune difficultĂ©, ses prochains projets Colorado et SibĂ©ria Project ». Le tĂ©lĂ©phone sonna. Anua sursauta perdue dans ses pensĂ©es et il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Elle hĂ©sita Ă dĂ©crocher. Ce devait ĂȘtre un de ces gougnafiers de journaliste qui avait fini par la localiser, se dit-elle avant quâune intuition ne lui ordonne de rĂ©pondre. Oui, il Ă©tait vital de dĂ©crocher ! Sa moelle osseuse lui dictait de le faire. Le mĂȘme type de sensations qui avaient guidĂ©s ses principales dĂ©couvertes. Une nĂ©cessitĂ© impĂ©rative sur lâendroit ou creuser pour trouver ses extraordinaires trouvailles en Roumanie, en Inde et Colorado, au milieu de rien, sans indice prĂ©alable vĂ©ritable. Cette mĂȘme poussĂ©e dâadrĂ©naline qui lui valait tant dâennuis aujourdâhui. A la quatriĂšme sonnerie, elle se retourna et dĂ©crocha vivement le combinĂ©. La main tremblante, une angoisse inconnue Ă ce jour lui Ă©treignait la poitrine. C'est la voix tremblante, le souffle coupĂ©, qu'elle rĂ©ussit Ă articuler un faible AllĂŽ ». §§§§§§§ Chapitre X ENLEVEMENT La voix Ă©tait brouillĂ©e Ă©lectroniquement et paraissait celle de Darth Vador ». La voix lui demandait si elle Ă©tait bien Mademoiselle Petersen. Anua crue dâabord Ă une blague de lâun de membres de son Ă©quipe, eux aussi bien dĂ©sĆuvrĂ©s depuis la mise Ă lâindex de leur patronne. La voix lui enjoignit dâĂ©couter et de ne pas lâinterrompre. Rien ne serait rĂ©pĂ©tĂ©. Anua analysa rapidement la situation et sentit le danger planer au-dessus de sa tĂȘte. Elle se ravisa de toute raillerie et Ă©couta en tremblant le message qui allait lui ĂȘtre dĂ©livrĂ©. - Ne dites plus rien Ă partir de cet instant et ne prenez aucunes note. Bien compris Mademoiselle Petersen, annonça la voix mĂ©tallique. - Oui, je suis prĂȘte, dit-elle sur un ton tremblotant, redoutant maintenant le pire. - Ne dites rien, ne rĂ©pĂ©tez rien rĂ©pĂ©ta la voix sur un ton sec qui commença Ă lui faire craindre le pire. Le pire fut trĂšs rapidement dĂ©passĂ© quand elle reconnut le son de la voix de son pĂšre. - ChĂ©rie, je me trouve actuellement retenu par des hommes qui mâont enlevĂ© alors que je me rendais au club pour dĂ©jeuner. Tu peux vĂ©rifier, je nây suis jamais arrivĂ©. Sâil te plait, fait exactement ce quâils vont te demander. Il en va de ma vie. Ne prĂ©viens pas les autoritĂ©s, il en va de ma vie, je te le rĂ©pĂšte ! Je tâen supplie, fait ce quâils te disent. Je tâaime et Ă©coute bien ce qui suit. La voix mĂ©tallique prit le relais sans interruption - Votre pĂšre est entre nos mains. Si vous voulez le revoir, allez directement Ă la gare routiĂšre. Vous trouverez vos instructions sur une feuille de papier qui vous attend la-bas, collĂ© sous la poubelle Ă gauche de lâentrĂ©e principale. Un instant de silence. Seul un gĂ©missement de son pĂšre parvint jusquâaux oreilles dâAnua, accentuant encore le tremblement qui agitait maintenant ses mains. - Lisez les instructions, mĂ©morisez-les puis jetez-les dans cette mĂȘme poubelle aprĂšs avoir dĂ©chirĂ© le papier. Nâoubliez pas de le mĂ©moriser ! Vous saurez alors ce quâil vous faudra faire pour revoir votre pĂšre vivant. Vous avez quarante minutes pour vous y rendre. Foncez Mademoiselle Petersen ! Et gardez toujours en tĂȘte que nous vous observons. La communication sâinterrompit sur cette derniĂšre phrase. Anua se sentit happĂ©e par le vide. Comme si on la poussait dâun avion en plein vol ! Anua consulta sa montre. Il lui restait vingt et une minute pour arriver jusquâĂ la gare routiĂšre. Il lui en faudrait une bonne quinzaine. Heureusement quâelle se trouvait en pĂ©riphĂ©rie du centre ville. Mais ils avaient pensĂ© Ă tout. Il lui resterait Ă peine dix minutes pour trouver le message, le mĂ©moriser et le jeter. LĂ encore ils avaient bien prĂ©vu leur coup. Impossible pour elle de mettre un stratagĂšme au point pour⊠Elle ne savait mĂȘme pas pourquoi ils avaient minutĂ© aussi serrĂ© sinon pour la tester et lâempĂȘcher de prĂ©venir les autoritĂ©s. A cet instant, Anua n'avait qu'une seule question entĂȘte. Pourquoi s'en prenait-on Ă son pĂšre ? Il sâĂ©tait maintenant passĂ© deux heures depuis quâelle avait arrachĂ© nerveusement le message sous le fond de la poubelle. Elle nây avait dâabord rien compris, vu lâĂ©tat de stress dans lequel elle se trouvait. Anua Ă©tait alors retournĂ©e Ă son appartement du centre ville et avait soigneusement recopiĂ© les symboles Ă©crit sur le message. Elle avait facilement reconnu lâĂ©criture, une fois quâelle sâĂ©tait obligĂ©e Ă se calmer par de petits exercices respiratoires et de relaxation quâelle avait lâhabitude dâutiliser pour faire baisser la tension qui pouvait lâhabiter. CâĂ©tait dâailleurs son pĂšre qui lâavait inscrite Ă des cours de yoga pour limiter les effets de son caractĂšre volcanique. Le message Ă©tait rĂ©digĂ© en langue sumĂ©rienne de lâĂ©poque babylonienne, datant dâenviron cinq mille ans quand Sargon lâancien » avait rĂ©ussi Ă fonder le premier empire en MĂ©sopotamie. La suite avait Ă©tĂ© pour elle un jeu dâenfant. Sa connaissance de cette langue lui avait permis de traduire cette brĂšve petite missive en quelques minutes. Sa dĂ©ception nâen fut que plus grande. Pourquoi se donner autant de mal pour fabriquer un mot qui contenait si peu dâinformations intĂ©ressantes ? §§§§§§§§ Elle rĂ©flĂ©chissait Ă ce quâelle allait bien pouvoir en faire. Elle restait sur sa faim, se sentant complĂštement perdue. Anua relut le message encore une fois Mademoiselle Petersen, fĂ©licitation pour votre discrĂ©tion ! Vous allez vous rendre Ă votre domicile et attendre. Nous vous contacterons dâici ce soir, vingt heures. Habillez-vous en noir et attendez les prochaines instructions. Continuez comme cela et vous retrouverez votre pĂšre rapidement. Ne tentez rien de stupide. Nous vous surveillons en permanence. Comprenez bien que nous sommes prĂȘts Ă tout pour arriver Ă nos fins ». Elle nâavait eu aucun mal Ă mĂ©moriser ces quelques mots et avait conscience de la menace qui pesait sur la tĂȘte de son pĂšre. Anua nâosait mĂȘme plus tĂ©lĂ©phoner ou regarder par la fenĂȘtre de peur de provoquer une mauvaise interprĂ©tation des ravisseurs de son cher papa. Elle ne savait jusquâĂ quel point on la surveillait. Elle se tenait raide au milieu du sĂ©jour, la tĂȘte complĂštement vide. AprĂšs un laps de temps quâelle ne pouvait dĂ©finir, Anua se ressaisit. Elle tenta dâanalyser le message et la maniĂšre dont elle lâavait rĂ©cupĂ©rĂ©. Plus elle y pensait, plus elle se sentait prise dans un jeu dâaction de Play-Station ». Comme un avatar qui se faisait bouger en tous sens aux grĂšs de volontĂ©s supĂ©rieures ! -Super ! Encore un fana des jeux virtuels ! Quâest ce qui mâattend maintenant ? ArrĂȘtant de rĂ©flĂ©chir, Anua chercha des vĂȘtements noirs, comme il lui avait Ă©tĂ© demandĂ©. Mais pourquoi faire ? Allait-on la faire suivre un jeu de piste toute la nuit ? Son tĂ©lĂ©phone portable se mit Ă sonner. Elle se prĂ©cipita vers la table base oĂč il se trouvait enfoui au fond de son sac. Anua retrouva son portable, encore un cadeau de son pĂšre, au milieu d'un un fatras de papiers, produits de maquillage et autres petits objets que la majoritĂ© des femmes conservent, sans savoir pourquoi, Ă l'intĂ©rieur de leur sac Ă main. Farfouillant dans les diffĂ©rentes poches, elle finit par le retourner, le vida sur la table basse et mit enfin la main dessus. Anua dĂ©crocha, le cĆur battant la chamade. Mais elle reconnut la voix et essaya de ne pas laisser la boule qui lui nouait la gorge la submerger. Elle savait que les sanglots suivraient juste aprĂšs. Au prix dâun gros effort, elle y parvint de justesse. Ce nâĂ©tait que Billie. Sa meilleure amie depuis lâuniversitĂ©. A la fin de leurs Ă©tudes, elle sâĂ©tait spĂ©cialisĂ©e dans lâarchĂ©ologie sous-marine oĂč elle faisait merveille. Son travail consistait Ă planifier les fouilles Ă venir puis Ă coordonner le travail des diffĂ©rentes Ă©quipes sur sites, en mer et en laboratoire. Billie travaillait actuellement sur un projet de fouilles. Une sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre avait mis Ă jour une Ă©pave au large du Mexique. Il semblait que cela soit un galion espagnol prometteur du moins du cĂŽtĂ© des trĂ©sors qu'il renfermait d'aprĂšs les premiers sondages. Dans ce type dâactivitĂ©, il ne faut jamais cracher dans la soupe, avait-elle lâhabitude de dire. S'il y avait de l'argent Ă se faire, tant mieux pour elle ! Mais, si Billie lui tĂ©lĂ©phonait aujourd'hui, c'Ă©tait pour lui rappeler pour lui rappeler qu'elles avaient rendez-vous. Elles devaient se retrouver Ă la rĂ©sidence Petrersen », chez Anua, vers huit heures ce soir. Pour se prĂ©parer Ă sortir faire la fiesta version Billie. Anua avait acceptĂ© aprĂšs de longues minutes de palabre de sortir enfin de sa tour dâivoire et de retrouver le monde normal. AprĂšs tout, faire la fĂȘte en compagnie de sa meilleure amie, apparaissait comme une halte bĂ©nĂ©fique dans sa vie en enfer. §§§§§§§§ On Ă©tait vendredi soir et elles devaient se rendre dans un de ses nombreux bars oĂč les employĂ©s toutes classes sociales confondues allaient se pochtronner », tenter de rencontrer lâĂąme sĆur pour terminer une semaine de dur labeur faite dâun morne quotidien. Si elle sortait, Anua chercherait, elle aussi Ă oublier son quotidien de ces derniĂšres semaines. Sauf que maintenant, cela Ă©tait I-M-P-O-S-S-I-B-L-E ! Une vie et pas nâimporte laquelle, celle de son pĂšre, en dĂ©pendait. Anua avait comme un marteau-piqueur qui lui transperçait le cortex. La jeune femme, son tĂ©lĂ©phone comme soudĂ©e Ă la main, avait complĂštement oubliĂ© cette soirĂ©e. Elle dit Ă Billie quâelle ne se sentait pas dâattaque. AprĂšs un bon moment de vaines discutions, son amie parut sur le point de renoncer. Mais au moment de raccrocher, Billie, qui connaissait son amie par cĆur et qui nâĂ©tait jamais prĂȘte Ă renoncer, sentie que quelque chose ne tournait pas rond et dit - Ok. Ok Jâai compris petite lĂącheuse ! Tu veux rester seule. Anua nâeut mĂȘme pas le temps de souffler de soulagement que son amie ajouta - Et ben non ! Pas question de tâen tirer aussi facilement, ma pâtite ! Je suis lĂ dans une demi-heure ! Bisous, satanĂ©e coquine ! Et prĂ©pare-toi Ă la fiesta de ta vie, parole de Billie ! Sur ces mots, elle raccrocha. Il Ă©tait dix-neuf heures dix et on devait la joindre dans les quarante minutes et sa meilleure amie allait dĂ©barquer, mettant en danger la vie de son pĂšre. Anua se sentie glisser dans un puits sans fond. Elle sâaffala sur son canapĂ© et Ă©clata en pleurs, ne pouvant retenir plus longtemps ses larmes. Pour une fois la pression et lâinquiĂ©tude avaient pris le pas sur son caractĂšre en acier trempĂ©. Oui ! Pour une fois miss-je-mĂšne-ma-barque-comme-je-veux » devait descendre une riviĂšre quâelle nâavait pas choisie. Une riviĂšre qui Ă©tait particuliĂšrement dangereuse ! Cela Ă©tait trop nouveau pour elle pour quâelle y rĂ©siste nerveusement. §§§§§§§§ Chapitre XI REVANCHE DU LATINOS ET MONTEE DâADRENALINE⊠Il restait lĂ , Ă terre, la main tendu pour rĂ©colter quelques piĂšces. Mais son esprit se concentrait uniquement sur sa premiĂšre cible du jour. Ce cher petit avocaillons quâil tĂ©lĂ©guidait » depuis bientĂŽt 6 mois pour quâil soit prĂȘt au bon moment. Ce moment Ă©tait maintenant imminent, et le jeune homme avachit sur le trottoir, en tremblait dâimpatience. Augusto Fuentes Ă©tait pressĂ© de rentrĂ© chez lui. Aujourd'hui, la bonne fĂ©e qui veillait sur lui depuis sa naissance l'avait dĂ©finitivement propulsĂ©e au sommet. Il y Ă©tait enfin arrivĂ©, nom d'un chien. Et il ne devait rien Ă personne. Le "Loco-Motor" comme on l'avait surnommĂ© dans son quartier dĂšs sa quatriĂšme annĂ©e et son entrĂ©e Ă l'Ă©cole primaire. Depuis ce premier jour oĂč la maĂźtresse avait demandĂ© Ă chacun ce qu'ils voulaient faire plus tard "je serai un grand avocat qui grignotera les orteils des gringos". Cela avait provoquĂ© l'hilaritĂ© gĂ©nĂ©rale de ses camarades, latinos comme lui, pour la plupart. Mais ses camarades et professeurs constatĂšrent au fil des annĂ©es que l'absolue certitude d'Augusto se doublait d'une force de travail et de capacitĂ©s intellectuelles hors du commun. Ses capacitĂ©s et sa volontĂ© Ă©taient toutes deux mises Ă la rĂ©alisation de son rĂȘve qui se prĂ©cisait. A la grande satisfaction de son directeur, il amĂ©liorait Ă lui seul les statistiques de son Ă©tablissement scolaire. Il voulait devenir, dĂšs sa dixiĂšme annĂ©es, un avocat d'affaire incontournable au plan national. Bien sur, Ă cet Ăąge lĂ , il ne s'imaginait pas qu'ĂȘtre un grand avocat d'affaire signifiait rester dans l'ombre des patrons et grosses multinationales qu'il aurait Ă dĂ©fendre. Il n'avait pas pensĂ© non plus que la plupart de ces magnats Ă©taient pourris jusqu'Ă la moelle. A son arrivĂ©e au cabinet Mc Pherson and Bride » il y a neuf ans, on lui avait bien fait comprendre qu'il devait son embauche Ă son appartenance Ă la minoritĂ© latino. Cette minoritĂ©, qui avait ces derniĂšres annĂ©es gagnĂ© un droit d'une reprĂ©sentation au sein des tribunaux aprĂšs avoir investi les domaines de la politique et des mĂ©dias. Autrement dit, les "tex-mex", par la rĂ©ussite de bon nombre d'entre eux se devaient de se trouver aussi de l'autre cĂŽtĂ© du prĂ©toire et plus seulement comme prĂ©venus. LĂ dessus, le vieux Mc Pherson avait Ă©tĂ© honnĂȘte. Augusto Ă©margeait dans cette prestigieuse enseigne pour des raisons sans rapport avec son brillant parcours universitaire ni de ses victoires en tant qu'avocat commis d'office dans des affaires perdues d'avance de minables escrocs en cols blancs. Il Ă©tait reconnu pour sa force de travail et sa finesse dâanalyse, tout simplement. Aujourdâhui, il avait gagnĂ© le procĂšs de la sĂ©paration du couple Terenson. Et sa cliente, Madame Terenson allait toucher le pactole et ce n'Ă©tait que justice. Cela restait primordial. Evidement, il allait gagner lui aussi un bon paquet de pognon. Mais la coquette prime qu'il allait toucher ne pesait pas lourd par rapport au "boom" professionnel qui l'attendait. C'Ă©tait ça, lĂ vrai raison de son euphorie. Il allait pouvoir prĂ©tendre au titre dâassocier chez Mac Pherson et Bride ». Et Ă partir de lĂ , les vrais affaires avec les vrais gros clients allaient arriver sur son bureau. Il aimerait tant se voir confier les dossiers top confidentiels comme Solderâs », cette mystĂ©rieuse sociĂ©tĂ© dont il nâavait toujours entendu parler quâĂ voix basse ou de Pharmatec corporation », leader de lâinnovation en terme de mises sur le marchĂ© de nouveaux mĂ©dicaments Ă base de plantes. Cette firme devait sa rĂ©putation sulfureuse par sa mise en cause par les mĂ©dias de ses expĂ©rimentations secrĂštes sur lâhomme et de ses tests rendus publics sur Internet par l'un de ses employĂ©s. EmployĂ© qui avait avouĂ© dans la foulĂ©e qu'il avait agit par vengeance suite Ă son renvoi. Depuis, personne ne l'avait revu. Pour finir, l'activitĂ© de cette boĂźte se trouvait en pleine cambrousse, en Californie du sud avec un fonctionnement digne d'une secte. Alors oui ! MaĂźtre Fuentes dĂ©sirait plus que tout voir de quoi il retournait en vĂ©ritĂ©. Car sâil s'Ă©tait fait Ă l'idĂ©e de vivre dans l'ombre de ses clients, il voulait plus que tout, rentrer dans le secret des dieuxâŠou des maĂźtres des enfers du gros capital. Augusto accĂ©lĂ©ra encore un peu plus le pas, plongĂ© dans ses pensĂ©es §§§§§§§ Il y a encore trois mois, il ne lui manquait plus quâune bonne grosse affaire bien difficile pour ĂȘtre idĂ©alement positionnĂ© dans la course au "nouvel associĂ© avec son nom sur les plaques dorĂ©es" du cabinet. Cette course s'Ă©tait engagĂ©e depuis que le vieux Mac Pherson pĂšre avait enfin dĂ©cidĂ© enfin de se retirer pour de bon dans sa splendide rĂ©sidence du lac Taho suite Ă une attaque cardio-vasculaire. Et dire qu'il avait utilisĂ© le stratagĂšme du malaise Ă de si nombreuses reprises dĂšs qu'il se retrouvait en grande difficultĂ© face Ă un choix dans une affaire. Et lĂ , ça y Ă©tait ! Il y Ă©tait parvenu. Personne n'avait voulu de cette affaire. Lui oui ! Continuant de marcher, il continuait de laisser vagabonder son esprit sur son parcours triomphant. Augusto ne s'apercevait mĂȘme pas qu'il avançait avec tant de dĂ©termination que les gens s'Ă©cartaient de son passage. Ils agissaient comme si la force qu'il dĂ©gageait, risquaient de les Ă©craser. Pour en arriver lĂ , il lui avait fallut se battre deux fois plus que les autres uniquement Ă cause de ses origines hispaniques. Porter le nom de Fuentes se rĂ©vĂ©lait ĂȘtre un obstacle insurmontable quand il sâagissait dâaccĂ©der Ă des postes Ă responsabilitĂ©s. Heureusement, sa pugnacitĂ© n'avait d'Ă©gale que sa facultĂ© Ă dĂ©mĂȘler les dossiers les plus compliquĂ©s que ses collĂšgues Ă©vitaient Ă tout prix. Ils savaient tous que la bonne poire allait s'en charger. Chacun de ses succĂšs lui avait valu de grimper quatre Ă quatre les Ă©chelons, passant de son petit bureau sans fenĂȘtre du troisiĂšme au dix-neuviĂšme et avant dernier Ă©tage en un temps record. Mais cette fois, ça y Ă©tait ! Le scĂ©nario s'Ă©tait rĂ©pĂ©tĂ©. Lui seul avait voulu de cette affaire. Faut dire que la plaignante paraissait foncer droit dans le mur. LâĂ©pouse modĂšle avait trompĂ© son mari avec photos Ă l'appui. Et en plus, elle prĂ©tendait au partage cinquante-cinquante des actifs de lâimmense fortune de son magnat du pĂ©trole texan de mari. Il se fĂ©licita une fois de plus d'avoir suivi son instinct. Il se permit mĂȘme d'aller voir le vieux Mc Pherson en personne pour lui demander de lui laisser ce dossier, de ne pas jeter Ă la rue cette femme qui subissait depuis des semaines un passage Ă tabac mĂ©diatique savamment organisĂ© par son mari. Mais quand son petit doigt lui disait quelque chose, il n'avait pas l'habitude de le contrarier. Depuis qu'il Ă©tait en age de faire des choix, il ne se rappelait pas que son instinct l'ait trahi. Augusto repensa Ă tous ces mois de contre enquĂȘte de filature pour enfin trouver la faille. Le mari outragĂ©, citoyen modĂšle donnant plus de trois millions de dollars par an Ă des Ćuvres caritatives, qui se rendait Ă lâĂ©glise chaque dimanche lorsqu'il se trouvait sur le sol de son Texas chĂ©ri. Lui, le saint parmi les saints, sâĂ©tait fait piĂ©ger. Et en beautĂ©, s'il vous plaĂźt ! Il devait se rendre dans le sud-est asiatique une fois par mois pour affaires. Mon oeil ouais, gringo ! Par un savant jeu de pots de vins et de promesses dâobtention de cartes vertes, seules possibilitĂ©s de venir travailler lĂ©galement aux USA, il avait rĂ©ussi, avec le surcoĂ»t de quelques billets dâavion Bangkok-dallas, Ă le coincer, ce John Wayne de pacotilles. Il sâĂ©tait senti comme accompagnĂ© tout au long de la construction de son accablant dossier. Mais lâenquĂȘte avançait vite et il nâavait pas prĂȘtĂ© attention Ă ce sentiment. Il aurait du ! Le jeune homme se redressa pour aller sâappuyer contre le coin de lâimmeuble. Lâinstant approchait. Augusto savourait encore ce moment quant Ă lâaudience il avait fait rentrer comme tĂ©moin Madame HuĂ©. Il avait senti un frisson parcourir lâassistance comme les nombreux mĂ©dias prĂ©sents pour couvrir ce procĂšs dĂ©butĂ© sur un air de lynchage de la femme volage. Cette dame dâune cinquantaine dâannĂ©e, vĂȘtue dâun tailleur bleu marine, avait regardĂ© tout le monde droit dans les yeux. Le juge, Monsieur Terenson puis les membres du jury, chacun des acteurs de ce procĂšs avait eu droit au regard perçant mĂȘme au travers de ces Ă©paisses lunettes en Ă©caille. Sa petite bouche aux lĂšvres fines et pincĂ©es finissait de lui donner cet air sĂ©vĂšre de directrice dâorphelinat, son mĂ©tier depuis les annĂ©es soixante-dix. Son entrĂ©e dans la salle dâaudience se fit Ă petits pas jusquâĂ la barre des tĂ©moins. AprĂšs avoir prĂȘtĂ© serment dans un anglais impeccable, Augusto avait commencĂ© son interrogatoire. Tout Ă©tait rĂ©gler comme du papier Ă musique. - Madame HuĂ©, pouvez vous nous montrer la personne qui vous a trompĂ© ? demanda tâil Elle dĂ©signa dâun index rageur Monsieur Terenson avant dâajouter son nom - Comment avez-vous rencontrĂ© cet homme ? - Il sâest prĂ©sentĂ© Ă lâorphelinat avec un traducteur officiel annonçant quâil avait fait don de cinquante mille dollars Ă notre institution et proposait de faire adopter un nombre important de jeunes enfants par des couples rĂ©sidant en AmĂ©rique. Alors quâAugusto attendait de poser sa prochaine question, Monsieur Terenson parla doucement Ă lâoreille de son avocat tripotant nerveusement son Stedson posĂ© sur le bureau devant lui comme gage de sa Texanitude » depuis le premier jour du procĂšs. Lâavocat de Terenson se leva et demanda au juge de rĂ©futer ce tĂ©moin surprise de la partie adverse. Le juge demanda comme prĂ©vu si ce tĂ©moin allait apporter quelque chose de concret et notoirement intĂ©ressant, auquel cas elle pouvait continuer. Il pria Augusto dâen venir au fait aussi directement que possible. Et LĂ , câĂ©tait gagnĂ©. Cette chĂšre Madame HuĂ©, quâil avait mis plus de trois mois Ă retrouver, sâĂ©tait cachĂ©e dans son village par peur des rĂ©torsions. Elle allait sâavĂ©rer une femme pleine de ressources. Pourtant les chances de voir cette piste HuĂ© » aboutir paraissait trĂšs mince. Mais tout câĂ©tait enchaĂźnĂ© comme dans un rĂȘve. Il aurait du sâen mĂ©fier plutĂŽt que de continuer Ă croire en sa bonne Ă©toile. Des Ă©lĂ©ments nouveaux, le juge allait en avoir. Madame HuĂ© avait des photos avec Ă©tat civil des enfants que les autoritĂ©s avaient autorisĂ© Ă partir pour une vie meilleure. Le frĂšre dâAugusto qui tenait un magasin informatique et un cafĂ© Internet lui avait fourni son aide pour placer des camĂ©ras dans les chambres dâhĂŽtels prĂšs de lâaĂ©roport oĂč les enfants devaient attendre leurs nouveaux parents. Le poisson avait mordu, il ne restait plus quâĂ le ferrer. Augusto demanda donc de pouvoir diffuser un petit film montrant lâattente de ces chers bambins. §§§§§§ Lâavocat de Terenson avait bien tentĂ© dâobjecter mais le juge aprĂšs avoir la certitude quâil ne sâagissait pas dâun canular, accorda la diffusion. Il avait alors fait rentrer un technicien du FBI qui avait certifiĂ© que les images Ă©taient rĂ©elles et que ce quâon voyait sur ce document Ă©tait authentique. Raoul, lâexpert du FBI nâĂ©tait autre que le fils de sa tante Maria. Viva la latino connection », pensa tâil alors que le futur ex-mari de sa cliente parlait avec agitation et nervositĂ© Ă son avocat. Le film nâeut mĂȘme pas besoin dâĂȘtre diffusĂ©. Dommage car on y voyait Terenson et nombres de ses amis avec ces pauvres et si jeunes enfants des deux sexes en train dâabuser dâeux. Mais le plus important Ă©tait fait. AprĂšs une demande de suspension de sĂ©ance prĂ©textant le besoin de temps pour prĂ©parer un contre interrogatoire, les deux parties se rencontrĂšrent. La conciliation fut vite trouvĂ©e. La moitiĂ© de la fortune de son mari, deux cent cinquante millions de dollars plus les quatre rĂ©sidences prĂ©fĂ©rĂ©es de sa cliente dont le ranch familial. VoilĂ lâaccord qui fut signĂ© cet aprĂšs-midi lĂ . Le tout fut pliĂ© en moins dâune demi-heure. Le juge accepta la conciliation et clĂŽtura la sĂ©ance non sans avoir averti Monsieur terenson quâune enquĂȘte pour dĂ©tournements et agressions sexuelles sur mineur allait ĂȘtre ouverte. Trois policiers procĂ©dĂšrent dans le plus grand tumulte Ă son arrestation sur lâinjonction du juge. Une fois quâil fut sorti de la salle, lâattention des mĂ©dias se reporta vers Augusto et sa cliente pour compatir avec elle de son tragique destin, elle qui, ce matin, Ă©tait encore une catin de la pire espĂšce. Augusto profita de lâexposition mĂ©diatique au maximum. Tout le monde a droit Ă son quart dâheure de succĂšs tĂ©lĂ©visuel comme lâa dit⊠? Il ne sâen souvenait plus et sâen foutait pas mal ! Lâavocat se prĂ©occupait plus Ă ce moment, que de son nĆud de cravate et de la sueur pouvant perler sur son front. Ainsi va la vie pensa tâil, offrant un torse bombĂ© aux camĂ©ras et micros qui se tendaient vers lui. Augusto avait senti le besoin de rentrer Ă pied pour savourer son succĂšs et prendre le temps de rĂ©flĂ©chir aux implications Ă©conomiques et sociales que cette victoire comme sa prochaine promotion impliquaient. VoilĂ la raison de sa prĂ©sence Ă cet instant dans cette rue. LâadrĂ©naline Ă fleurs de peau, il se prĂ©parait Ă fĂȘter la journĂ©e qui allait changer radicalement sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. Ca y Ă©tait ! Il allait devenir associĂ©, et ça changeait pas mal de choses et pas seulement du cĂŽtĂ© flouze » ! Il allait devenir le modĂšle de rĂ©ussite pour la communautĂ© latino-amĂ©ricaine. Une rĂ©fĂ©rence, quoi ! Il allait aussi connaĂźtre tous les secrets d'alcĂŽve des sociĂ©tĂ©s les plus secrĂštes d'AmĂ©rique comme la sombre "Solder and Co". §§§§§§§ Mort subite dâun avocat XII Il attendait ce moment avec dĂ©lectation. Des mois de filature, des heures Ă rester par terre sur le trottoir et deux semaines Ă croupir dans un tribunal, Ă devoir subir ce cirque. A réécouter ce quâil savait dĂ©jĂ . Ces nuls ! Ils en savaient beaucoup moins que lui mais c'Ă©tait vrai que cet avocaillon Ă©tait bougrement malin et avait su prendre sans se poser de question les informations quâil lui faisait tomber du ciel. Oui, il Ă©tait bien l'un dâeux ! Mais le principal Ă©tait fait. Bon dieu que câĂ©tait bon de sentir ce courant Ă©lectrique lui parcourir le corps. MĂȘme la sueur qui perlait Ă la base de sa nuque et sous ses aisselles lui semblait agrĂ©able. Aujourd'hui, elles Ă©taient annonciatrices de sa premiĂšre action dâĂ©clat en solitaire, de sa premiĂšre rĂ©compense. Il en frissonnait de plaisir. "Plus quâsix minutes et il est Ă moi. Ca commence Ă sentir bon la testostĂ©rone, hein mon mignon petit homme de loi Ă moi !" pensa tâil, impatient de savoir si tout allait se passer comme prĂ©vu. AppuyĂ© contre ce vieux mur de briques, tĂȘte baissĂ©, habillĂ© en hayon, une coupelle posĂ©e devant lui Ă mĂȘme le sol, personne ne pouvait se douter de la tempĂȘte qui bouillonnait en lui et qui allait bientĂŽt ravager les alentours. Seul le battement frĂ©nĂ©tique de son pied sur le trottoir marquait son excitation. Mais qui allait sâoccuper du pied dâun moins que rien quâon avait renoncĂ© Ă chasser tant il paraissait insignifiant et qui Ă©tait devenu invisible pour les habituĂ©s de cette rue commerçante. - Carla me lâa assez serinĂ©. Les cibles ne doivent jamais ĂȘtre dĂ©tectables facilement. Alors messieurs- dames, prĂ©parez-vous au grand feu dâartifice ! Et mes condolĂ©ances pour les familles ! Comme dans les films avec shwarzy » du temps de sa splendeur ! "Terminator" et ses copains dâHollywood ne le renieraient pas aujourdâhui se promit-il. - Quatre minutes ! Encore quatre petites minutes Ă attendre. Il se remĂ©mora une derniĂšre fois ce qui lâavaient amenĂ© Ă choisir cette rue, cet endroit et ce qui allait sây dĂ©rouler. Et la vĂ©ritable cible. Il se sentait encore fatiguĂ© par ces derniers jours de stress Ă sâassurer que tout se dĂ©roulait selon son plan, mais bientĂŽt, il pĂ©terait le feu. Le goĂ»t mĂ©tallique du festin Ă venir mettait sa bouche en feu. Il avait mis du temps Ă trouver lâendroit idĂ©al. Cette rue commerçante oĂč la vie ne sâarrĂȘtait jamais de grouiller lui Ă©tait soudain apparu comme le lieu parfait pour terminer la phase deux de son job dâĂ©tĂ© ». Câest pourquoi cela faisait plus de trois semaines quâil restait assis au mĂȘme endroit dĂšs que les audiences se terminaient. Il avait pu noter mentalement chacune des petites habitudes qui rythmait la vie de la rue oĂč il mendiait. La secrĂ©taire tartinĂ©e de crĂšmes diverses et aussi bandante quâun vieux sapin de NoĂ«l qui descendait Ă quatre heures pour sâen griller une. Le balai incessant des livreurs de pizza et autres chinoiseries sur leurs pĂ©trolettes. Yâavait aussi la place de stationnement que se rĂ©servaient les commerçants devant leurs boutiques en bon gros privilĂ©giĂ©s. Comme si la rue leur appartenait Ă ces branleurs ! Tiens donc ! VoilĂ la tarlouze de fleuriste qui rajustait jusquâĂ douze fois par jour ses bouquets avec des gestes de danseuse Ă©toile pĂ©rimĂ©e en reluquant en douce les jeunes livreurs. A deux pas de lĂ , lâĂ©picier pakistanais qui se tirait la bourre Ă grands coups de panneaux promotionnels avec son homologue de produits biologiques de mes deux, le boucher aux allures de rumsteck sur pattes. Et le bouquet final ! La horde de femmes au foyer insatisfaites au pieu qui venaient venger leurs frustrations en venant tĂąter du melon et de la volaille. Tout ça pour prĂ©parer le repas qui allait faire tomber par terre les invitĂ©s du soir. Toutes ces bonne-femmes qui dĂ©ambulaient avec la marmaille obĂšse au train, leurs sacs de marque serrĂ©s sous le bras comme le saint Graal. Ben ouais ! Tout ce petit manĂšge allait arrĂȘter de tourner. Et il sâen dĂ©lectait dâavance. Vingt-sept nuits quâil prĂ©parait la fĂȘte de cette petite rue si convenable », si discrĂštement que mĂȘme les pigeons dormant sur les toits nây avaient rien vu. Subtilement, il leva le nez et huma lâair en quelques fortes inspirations, comme un fauve sentant la viande fraĂźche. §§§§§§§§ CHAPITRE XIII BAPTĂME - Ca y est, le voilĂ ! Il se redressa doucement, fit mine de sâenlever la poussiĂšre de ses vĂȘtements crasseux et se dirigea vers une vieille Ford Taurus bleu marine garĂ©e au coin de la ruelle sĂ©parant deux blocs dâhabitation. Il sentait la proie se rapprocher. Il sentait son cĆur se ralentir et changea ainsi de mode de vision. En se concentrant Ă lâextrĂȘme, il pouvait voir le reste de la scĂšne au ralenti. Il pouvait ainsi anticiper le moindre changement dâattitude de chacune des personnes se trouvant dans la rue. Il regarda dans la direction de sa cible et marmonna sans sâen rendre compte - HĂ©, lâavocaillon, tâas lâair heureux hein ! Tes hormones sont aux max, pas vrai ! Dommage, bobonne ne pourra pas en profiter ! Pour une fois quâtâĂ©tait en forme, du con! TâinquiĂštes pas pour elle ! La jeunesse va passer pour satisfaire Madame ! De toutes les façons, dans trois minutes elle ne voudra mĂȘme plus de toi avec la tĂȘte que tâauras! Augosto remontait la rue la tĂȘte haute. Il slalomait avec habiletĂ© entre les clientes de cette voie commerçante. Il lâempruntait chaque fois quâil faisait assez beau pour renter chez lui Ă pied. Mais aujourdâhui, il aurait pu pleuvoir des grĂȘlons gros comme des Ćufs quâil ne sâen serait pas aperçu. Il avait lâimpression de voler Ă cinq centimĂštres au-dessus du trottoir. Il regardait fiĂšrement les divers magasins quand son attention fut attirĂ©e par le SDF » qui traĂźnait lĂ depuis quelques semaines. Il se tenait debout et Ă©poussetait ses pauvres loques qui lui servaient de vĂȘtements. Se disant que câĂ©tait le jour ou jamais, il sortit deux billets de dix dollars de sa poche de veste, mettant sa sacoche sous son bras. Il allait faire un heureux ! - Câest pas tous les jours quâon doit lui donner une somme pareil, non dâun chien ! Se dit-il Ă lui mĂȘme, repensant Ă la soirĂ©e quâil allait offrir Ă sa femme et le cadeau surprise quâil sortirait au dessert. Il avait subtilisĂ© cette vieillerie style Far-West », ce truc en bois de je ne sais quoi » sculptĂ© de partout, dont elle raffolait sur la commode de la chambre de lâex mari plumĂ© de sa cliente. Il adorait garder un souvenir de chaque affaire quâil gagnait. Et invariablement, il lâoffrait Ă sa femme qui lâentreposait sur la bibliothĂšque de leur chambre. Si sa mĂ©moire Ă©tait bonne, et elle lâĂ©tait, ce serait le vingt huitiĂšme trophĂ©e. Et sĂ»rement pas le dernier, songea tâil avec un sourire si large que lâon aurait pu voir sa glotte pour peu quâon ait le courage de se trouver face au Loco-Motor ». Il accĂ©lĂ©ra le pas, voyant le clochard avancer vers la ruelle sĂ©parant le bloc dâimmeubles quâil remontait Ă grands pas. Il le hĂ©la - Monsieur, âŠJeune homme, hĂ© toi, attend un peu, jâai quelque chose pour toi ! Attends, bon dieu ! Il Agitait Ă prĂ©sent les deux billets de dix dollars, sur de son effet. Il fut ravi de voir que le jeune paumĂ© lâavait entendu et lâattendait Ă prĂ©sent, appuyĂ© contre le coin de lâimmeuble, nâosant Ă peine le regarder. Tout le monde nâest pas un gagnant, il faut des loosers, perçut le chasseur en regardant lâautre crĂ©tin. Câest du moins ce quâexprimaient ses pensĂ©es dĂ©formĂ©es les diffĂ©rentes substances qui dĂ©goulinaient de tous les pores de la peau de ce futur ex-tĂ©nor du barreau. - Allez ! Approche connard ! Ne pu tâil se retenir de penser Ă voie haute. le jeune homme avait les yeux qui frissonnaient de plaisir, au point quâil nâosait plus regarder sa proie. AdossĂ© au mur de brique, il sentit le goĂ»t si suave de lâadrĂ©naline mĂȘlĂ©e dâacĂ©tylcholine lui remonter dans la bouche. Sâil ne put se retenir de sourire, il se força Ă garder la tĂȘte baissĂ©e. Lâavocat, heureux de voir lâhomme sourire Ă la vue des billets et tendit le bras vers lui. Le sans-abri se retourna, le regard obstinĂ©ment fixĂ© sur le trottoir, totalement immobile. Lâavocat, la main toujours tendue se sentait tellement charitable. Quand le mendiant releva la tĂȘte et lui offrit son plus beau sourire. Mais augusto sâattendait Ă tout sauf Ă ce visage. CâĂ©tait le sourire dâun carnassier ayant enfin trouvĂ© sa proie, quâil avait face Ă lui. Il se figea net. Seule sa main continuait dâagiter bĂȘtement les billets. Les dents du jeune homme Ă©taient dâune blancheur Ă©clatante et paraissaient celles dâun loup. Une vague dâangoisse submergea Augusto dâun seul coup. Cette angoisse fut vite remplacĂ©e par la terreur quant il croisa son regard. Un regard vert tirant sur le jaune. Un regard animal et primitif si intense quâil fut clouĂ© sur place. Il eut lâimage furtive dâun petit cochon seul dans la jungle face Ă un tigre. Toute sa superbe sâĂ©tait Ă©vaporĂ©e. Il tremblait et ne se rendait mĂȘme pas compte que lâhomme face Ă lui, lâavait agrippĂ© par le poignet et le traĂźnait avec une force bestiale dans la ruelle. Mais il ne sentait plus rien Son esprit Ă©tait totalement accaparĂ© par un de ses pires souvenirs dâenfance, sa pire humiliation. Un jour, alors petit garçon, il nâavait pu se retenir de faire pipi en classe dĂ©clenchant lâhilaritĂ© gĂ©nĂ©rale de ses camarades. Il en avait Ă©tĂ© tellement gĂȘnĂ©, quâil sâĂ©tait enfui de lâĂ©cole et avait refusĂ© dây retourner durant plusieurs jours. Enfin, il reprit ses esprits - Mais quâest-ce queâŠTenta tâil dâarticuler Puis ce fut le noir. Sa tĂȘte venait de heurter le mur contre lequel il Ă©tait maintenu avec une violence inouĂŻe. - Ravi dâfaire ta connaissance du con ! Tâas le bonjour dâun chasseur ! Et pas de chance pour toi mon gars câest toi ma proie ! Toujours paralysĂ© par le choc et la peur que ce regard lui avait inspirĂ©e, Augusto ne tenta plus le moindre mouvement pour se dĂ©gager. MĂȘme quand il sentit quâon lui arrachait sa prĂ©cieuse sacoche en cuir retournĂ© avec ces prĂ©cieux dossiers. Le jeune homme ouvrit la si chĂšre sacoche, attrapa le trophĂ©e volĂ© de lâavocat, le glissa dans sa poche, et laissa choir le reste et son contenu Ă terre. Il passa alors Ă lâaction. Il se plaça face Ă sa cible et saisit dâun geste rapide et sauvage le cou de sa cible, empĂȘchant le sang de circuler, Ă©touffant le cerveau. Sa main droite commençait dâexercer une pression dâune force inouĂŻe sue le globe oculaire gauche de sa victime. En moins de deux secondes, lâhomme de loi gisait par terre, le cĆur privĂ© du flux sanguin. Un Ćil se balançait mollement sur sa joue, retenu seulement par le nerf optique. Le chasseur fut parcouru dâun frisson de plaisir. Il sortit de sa poche une sorte de tube chromĂ© quâil introduit aussitĂŽt dans le globe oculaire vide et sanguinolent de lâhomme inerte. Le chasseur prit grand soin de lâenfoncer jusqu'au point requis avant dâexercer une lĂ©gĂšre pression lâarriĂšre du tube. Quatre griffes mĂ©talliques sortirent alors de lâautre extrĂ©mitĂ© du tube, sâenfonçant dans le trou bĂ©ant laissĂ© par lâĆil, Ă©cartant les chaires Ă vifs. Un bruit de succion se fit entendre pendant quâune longue et large aiguille sâenfonçait jusquâau lob frontal du cerveau de la victime. - Allez le grand manitou du barreau, me claque pas entre les mains ! Plus que quelques secondes et je te libĂšre de tout, promis ! La rĂ©ponse tint en de brefs gĂ©missements, Du sang commençait Ă sâĂ©couler par la bouche de lâhomme Ă©nucléé. - Trois, deux, un, finito, grand chef ! Allez ! Tu peux essayer de rentrer chez toi, Mais avec la tĂȘte que tâas, pas sur que bobonne te fasse ta fĂȘte ce soir, Hein ? Dit-il en Ă©clatant de rire. Tiens et ça câest pour que tu reste un peu plus calme, dit-il en lui assĂ©nant un violent coup de pied dans lâestomac. Lâavocat hoqueta deux fois avant de rendre le hot-dog quâil avait mangĂ© gloutonnement un peu plus tĂŽt dans la journĂ©e. Visiblement satisfait du rĂ©sultat, le chasseur retira le tube de lâorbite de sa victime et le plaqua doucement Ă lâarriĂšre de son cou, Ă la base de la colonne vertĂ©brale. De nouveau, il exerça une lĂ©gĂšre pression Ă lâarriĂšre du tube. §§§§§§§ Une dĂ©charge intense le parcouru. Il chancela un dixiĂšme de seconde avant de sâapprocher Ă nouveau de lâavocat et de lui glisser Ă lâoreille - Je mâ sent beaucoup mieux bonhomme. Muchas gracias ! Maintenant, bouge pas trop et mate un peu, enfin avec ce qui te restes pour zieuter ! Le spectacle va commencer ! Ta rĂ©compense quoi ! Le chasseur se retourna et commença Ă courir dans lâĂ©troite ruelle. Son accĂ©lĂ©ration fut foudroyante. ArrivĂ© au milieu de celle ci, il bondit avec une agilitĂ© dĂ©concertante jusqu'Ă la passerelle mĂ©tallique du premier Ă©tage des escaliers de secours qui recouvraient le cĂŽtĂ© du bĂątiment. Il continua son ascension Ă une vitesse vertigineuse, alliant souplesse et force pure. CâĂ©tait comme sâil flottait sur lâenchevĂȘtrement de poutrelles et dâescaliers. Tarzan passant de liane en liane serait passĂ© pour un vieillard sĂ©nile dans un parc Ă jeux. Il se propulsa de plus de trois mĂštres sur le toit plat du bĂątiment, en un dernier mouvement dâune agilitĂ© sidĂ©rante. Il sâapprocha dâune vieille couverture, la jeta derriĂšre lui et prit le lourd fusil Ă lunette quâelle dissimulait. Sans perdre un dixiĂšme de seconde, le jeune loup courut vers le coin Nord de lâimmeuble tout en vĂ©rifiant le rĂ©glage de la lunette. A deux mĂštres du vide, il plongea Ă terre, glissa sur le sol, posa son arme sur le rebord de lâimmeuble et se mit en position de tir. . - Allez le steack sur patte, une pâtite priĂšre ! deux coups de feu retentirent. Le boucher se tenait sur le pas de son commerce. Il se retrouva projetĂ© par les balles, une au thorax et lâautre en plein front, au fond de son commerce, des morceaux de cervelle, de peaux et dâos Ă©parpillĂ©s de lâentrĂ©e au fond des Ă©tales de la boutique. - Une vĂ©ritable boucherie ! susurra le chasseur en laissant Ă©clater un rire sonore quâil eut le plus grand mal Ă rĂ©frĂ©ner. - Allez, au suivant ! Murmura le sniper un large sourire Ă©clairant son faciĂšs de fauve. Le dĂ©luge de balles commença. Le fleuriste, trois mĂ©nagĂšres et les deux Ă©piciers concurrents furent abattus comme des canards sur un stand de tir de fĂȘte foraine. - Sur ce coup lĂ , pas de jaloux, hein, les Ă©piciers de mes deux ? Le chasseur changea lĂ©gĂšrement de position de position et pointa son arme vers le coin de la rue oĂč la panique gĂ©nĂ©rale rĂ©gnait dĂ©jĂ . Cette panique se transforma en chaos total lorsque quâune balle atteignit le rĂ©servoir dâun petit camion de livraison garĂ© en double file. Sous lâeffet du souffle la plupart des vitrines de la rue volĂšrent en Ă©clat. Les blessĂ©s se comptaient maintenant par dizaines. Une multitude de personnes erraient, slalomant entre les corps gisant Ă terre, appelant au secours, un portable Ă la main quand cela leur Ă©tait encore possible. BrĂ»lĂ©s, dĂ©chiquetĂ©s, saignant abondement de plaies par balles, la mort faisait son Ćuvre. - Encore un dĂ©tail et câest fini ! Se dit-il Ă voie haute, installĂ© au paroxysme de lâexcitation par lâalchimie de ce quâil avait prĂ©levĂ© sur lâavocat et de la rĂ©ussite visible de son plan. - Le chasseur changea Ă nouveau de position, se releva et pointa son arme vers lâavocat qui avait vainement essayĂ© de ramper vers les poubelles adossĂ©es aux murs de la ruelle. - Vivace le bestiaux ! Tâaurais au moins pu Ă©viter de laisser autant de sang pâtit pĂšre, câest trop facile, ricana tâil. Dâun geste de dĂ©fi il dĂ©laissa la lunette de son fusil et tira au jugĂ©. La balle entra par une oreille et fit Ă©clater lâensemble de la boĂźte crĂąnienne. Des morceaux dâos et de cervelle de lâex-homme de loi se retrouvĂšrent Ă©parpillĂ©s sur les murs des deux cĂŽtĂ©s de la ruelle. Augusto ne deviendrait jamais autre chose quâune victime anonyme parmi dix-huit autres cadavres du sniper fou » comme titrĂšrent les journaux du lendemain. Jamais il ne serait lâĂ©minent reprĂ©sentant de la communautĂ© latino-amĂ©ricaine que son destin Ă©tait censĂ© lui rĂ©server. §§§§§§§§ Le chasseur se mit Ă courir jusquâĂ lâextrĂ©mitĂ© opposĂ©e du toit de lâimmeuble. Dâun bond prodigieux digne dâun Carl Lewis de la grande Ă©poque, il sauta par-dessus la rue perpendiculaire Ă celle du carnage. Il atterrit six mĂštres plus bas, en roulĂ© boulĂ©, au troisiĂšme Ă©tage de lâimmeuble dâen face. Il Fracassa la fenĂȘtre dâun appartement encore vide Ă cette heure de la journĂ©e, sans le moindre dommage pour sa propre personne. Cela faisait neuf semaines quâil avait notĂ© avec soin les moindres dĂ©placements des diffĂ©rents occupant de cet immeuble et visitĂ© les moindres recoins de cet appartement. Sans reprendre son souffle, il traversa lâappartement et sortit sur le palier. Lâarme Ă©tait dissimulĂ©e sous son long manteau quâil avait pris soin dâemprunter » dans le dressing room avec une paire de mocassin flambants neufs. Anonyme parmi les habitants de cette rĂ©sidence de standing il ralentit lâallure, prenant lâair dĂ©gagĂ© de lâhomme dâaffaire se rendant Ă contre cĆur Ă un dernier rendez-vous. La luxueuse sacoche prĂ©cieusement serrĂ©e sous son bras et ses gants de cuir, trouvĂ©s aussi dans lâappartement, accentuaient encore lâaspect raffinĂ© du personnage. Ses yeux ne reflĂ©taient plus autre chose que la contrariĂ©tĂ© de ne pouvoir terminer la journĂ©e avec sa famille. Il salua aimablement une femme Ă©lĂ©gante qui sortait de lâascenseur. Il la salua sans relever la tĂȘte et sâengouffra dedans. Il descendit se permettant un large sourire jusquâau rez-de-chaussĂ©e. ArrivĂ© dans la rue, il entendit parfaitement les sirĂšnes hurlantes des ambulances qui venaient constater le massacre perpĂ©trĂ© Ă peine sept minutes auparavant. Quand il se fut Ă©loignĂ© de trois blocs, un crissement de pneu aussi long quâune nuit canadienne le fit largement sourire. Son initiation venait en fin de prendre fin. Une voix fĂ©minine, qui sentait lâexpĂ©rience et la vodka Ă plein nez, passa par-dessus le vacarme du trafic automobile. - Allez monte, tâas rĂ©ussi tes dĂ©buts mon pâtit chĂ©rubin dâamour. Viens faire un cĂąlin Ă maman mon bĂ©bĂ© ! En un Ă©clair le sourire carnassier rĂ©apparu sur le visage de lâauteur du massacre. Il se retourna et sauta dâun bond de plus de deux mĂštres pour atterrir sur le siĂšge du passager de la dĂ©capotable de luxe que conduisait celle quâil considĂ©rait comme sa mĂšre. - Alors, tâas trouvĂ© ça comment Carla ? - P A R F A I T, rĂ©pondit-elle avec une pointe dâorgueil dans la voix. Et elle sâautorisa un geste rarissime pour une femme de cette trempe. Elle lui caressa lentement la joue du revers de la main alors quâelle redĂ©marrait se fondant dans le trafic faisant fi des coups de klaxon qui provenaient de la petite centaine de vĂ©hicules outragĂ©s par ce manque de civisme inqualifiable. Carla laissa passer cinq bons kilomĂštres avant de reprendre -Ce soir, on va essayer de fĂȘter ta journĂ©e avec le grand boss. Quand on va lui donner le prĂ©cieux sceaux ! Câest que jâaimerai bien quâon profite de ton succĂšs pour quâil nous confie la mission que j'ai en tĂȘte depuis un bout de temps. Jâen un peu ras le bol de faire la nounou, mon roudoudou. MĂȘme pour toi, mio filio, finit elle en prenant le ton rauque de Brando dans le Parrain ». tâes ok pâtit tigre ? §§§§§§§ GRAND CHEF MORT AU TRAVAIL DE SOLDER CHAPITRE XIV Humphrey Solder parlait maintenant depuis plus de vingt minutes. Pour la plupart de ses employĂ©s qui lâĂ©coutaient, câĂ©tait un dĂ©chirement. Il est vrai que la majoritĂ© dâentre eux travaillait pour Solderâs and Co depuis plus de vingt ans. Une bonne trentaine dâentre eux pouvaient mĂȘme se targuer dâĂȘtre au service de la sociĂ©tĂ© agroalimentaire depuis sa crĂ©ation en 1957. Ces employĂ©s de toujours ne voyaient pas le vieux monsieur au costume maintenant bien trop large. Ils gardaient en tĂȘte lâhomme Ă la carrure de footballeur qui faisait se retourner la plupart des femmes. De cette force de la nature, capable de faire le travail de chacun dâeux, il ne restait plus que les Ă©normes battoirs quâil agitait encore et toujours avec fougue, comme Ă chaque fois quâil faisait un discours. Lâentreprise, spĂ©cialisĂ©e dans la transformation de produits dĂ©rivĂ©s Ă base de maĂŻs, avait vu son activitĂ© se dĂ©velopper rĂ©guliĂšrement, insensible aux diffĂ©rentes crises Ă©conomiques boursiĂšres, Ă©conomiques et plus rĂ©cemment au choc de la mondialisation. La sociĂ©tĂ© paraissait insensible aux gesticulations du monde extĂ©rieur. Lâimmense majoritĂ© des employĂ©s de Solderâs and Co y voyait lĂ lâĂ©manation du gĂ©nie de Monsieur Hum » comme ils aimaient surnommer Monsieur Solder. Câest pourquoi ils Ă©taient si inquiets de le voir chanceler et sâaccrocher Ă son micro comme Ă un grappin avant un inĂ©vitable dĂ©vissage, debout sur sa petite estrade. Il paraissait malade, salement atteint, dâun cancer ou quelque chose dâaussi dĂ©finitif si lâon en croyait les rumeurs courant des chaĂźnes de fabrication aux bureaux des cadres. - Il est temps pour moi de me retirer. Ces cinquante annĂ©es Ă travailler avec vous auront Ă©tĂ© le plus grand bonheur de ma vie. Les plus anciens dâentre vous se souviennent des vieux hangars dans lesquels nous avons dĂ©marrĂ©. Regardez autour de vous ! Ces magnifiques bĂątiments sont le fruit de notre travail. De notre travail Ă nous tous et vous pouvez en ĂȘtre fiĂšre. Il y a maintenant plus de trois mille personne sur ce site et je compte sur chacun de vous pour faire en sorte que ce nombre ne cesse dâaugmenter. Monsieur Solder sâarrĂȘta de parler et se retourna vers son garde du corps. Les employĂ©s entendirent une quinte de toux grave et profonde qui souleva un murmure dâinquiĂ©tude. AprĂšs un moment qui leur parut une Ă©ternitĂ©, Il repris la parole sur un ton qui fleurait bon la pierre tombale. - Ne vous en faites pas. La personne que jâai choisit pour me remplacer nâest autre que Gustave Solder, mon propre fils. Si personne ne lâa encore vu ici, sachez que cela fait plus de dix ans quâil dirige le conseil dâadministration du groupe Ă Boston. Je souhaitais vous le prĂ©senter maintenant mais les nouvelles lois sur la sĂ©curitĂ© aĂ©riennes lui ont fait rater son vol. Il arrivera donc en fin de journĂ©e. Mais il nous arrivera en toute sĂ©curitĂ© par la grĂące de notre vaillante police. Monsieur Solder sourit Ă cette plaisanterie et arriva Ă dĂ©tendre un peu lâatmosphĂšre. - Cela fait des mois que je lui parle de lâhistoire de cette entreprise, de ce lieu et de vous tous. Du vice directeur, hein Georges ! Il prit par lâĂ©paule lâhomme qui se trouvait Ă sa gauche. JusquâĂ toi, Charlie, quâil dĂ©signa dâune main tremblotante, dernier arrivĂ© comme cariste, il vous connaĂźt aussi bien que moi. Vous vous apercevrez Ă peine de mon absence tant mon fils est fier de pouvoir prendre les reines de la maison mĂšre et fondatrice de notre sociĂ©tĂ©. Il reprit son souffle avant de poursuivre - Je sais que Hum » vous manquera. Vous me manquerez aussi. Mais trĂšs vite, je vous en fait le serment, vous ne pourrez plus vous passer de Gus ». Un petit rire poli parcouru lâauditoire, mais tous Ă©taient inquiets de lâapparition soudaine de ce Gustave Solder dont ils nâavaient jamais entendu parler jusquâĂ ces derniers jours. JusquâĂ ce que la rumeur ne se charge de rĂ©pandre la nouvelle. Quand les murmures cessĂšrent, Monsieur Solder repris, bien dĂ©cidĂ© Ă rassurer ses fidĂšles employĂ©s - Je resterai Ă ses cĂŽtĂ©s mais dans mon canapĂ© oĂč vous pourrez toujours me joindre par les soins de ma bonne Lucie, la secrĂ©taire idĂ©ale, la seule femme Ă qui je suis restĂ© fidĂšle depuis toujours et que jâemmĂšne avec moi Ă la maison. Les prĂ©sentations avec mon fils auront donc lieu en toute fin dâaprĂšs midi. Nous aurons Ă cette occasion de⊠CRRRâŠPFFFTâŠCRRR. La sono se mit Ă Ă©mettre de nombreux et inquiĂ©tant grĂ©sillements. Toutes les personnes prĂ©sente sur le parking, seul endroit assez vaste pour rĂ©unir tous les employĂ©s, levĂšrent la tĂȘte en direction de lâestrade. LâinquiĂ©tude se lisait sur lâensemble des visages. Monsieur Solder se redressa violemment, agrippa le micro devant lui, Ă©mit une suite de son caverneux et inintelligibles, pour finir par tournoyer sur lui mĂȘme comme dans une danse de fin de soirĂ©e trop arrosĂ©e. Le micro toujours en main il sâaffala de tout son poids sur le bitume du parking. Le son de la chute repris par le systĂšme de sonorisation, toujours en marche, fit hurler la moitiĂ© des personnes prĂ©sentes. Les craquements que les employĂ©s entendirent leur firent dire plus tard aux journalistes quâil avait du se rompre au moins la moitiĂ© des os du corps. §§§§§§ Lâambulance arriva moins de quinze minutes pendant lesquelles le garde du corps de Monsieur Solder tenta de sauver son patron. Les employĂ©s formaient Ă prĂ©sent un cercle autours du corps au teint grisĂątre gisant Ă terre. Personne nâosant sâapprocher de la dĂ©pouille de lâhomme quâils avaient tant aimĂ©. CHAPITRE XV RESURRECTION Lâambulance nâavait parcouru quâune petite dizaine de kilomĂštre quand elle sâimmobilisa. Lâendroit Ă©tait dĂ©sert. Des champs Ă perte de vue. Le chauffeur se retourna et demanda - Quelle direction maintenant, patron ? Une voie lĂ©gĂšrement Ă©touffĂ©e lui rĂ©pondit de lâarriĂšre du vĂ©hicule. - Roule doucement et tu vas trouver un sentier Ă une centaine de mĂštre sur ta gauche. Prends le et arrĂȘtes-toi dĂšs que tâarrives dans les bois. Ok ! - Ca marche patron ! RĂ©pondit le conducteur de lâambulance qui remit le moteur en marche avant de prendre la direction du chemin de terre dans le quel il sâengagea Ă faible allure. - Ca va abruti ! Je suis pas vraiment malade, des fois que tâaurais oubliĂ© ! AccĂ©lĂšre un peu, non dâun chien. Jâai pas toute la journĂ©e. Le chauffeur obtempĂ©ra et accĂ©lĂ©ra. Il sâimmobilisa de nouveau, une fois arrivĂ© dans le sous bois non loin dâune magnifique Mercedes noire garĂ©e lĂ au milieu de nul part. Un infirmier descendit rapidement de la camionnette et ouvrit en grand les portes Ă lâarriĂšre de lâambulance. Un individu en sorti. Il ressemblait trait pour trait Ă Monsieur Solder mais en vingt-cinq ans plus jeune. - hou la, ça fait du bien de pouvoir respirer un peu dâair frais sans cette gangue de peau flĂ©tri ! Bon sang câque câest bon. Jâaurai pas pu tenir une semaine de plus. CâĂ©tait bien le bon Monsieur Hum » qui parlait. Sa voie aussi avait rajeuni. Il se dĂ©pĂȘcha dâenfiler un nouveau costume, tout aussi chic mais dont la taille Ă©tait beaucoup plus rĂ©cente que lâautre, celui du vieux Monsieur Solder. AprĂšs avoir enfilĂ© ses chaussures, il fit deux trois mouvements de gymnastique puis se dirigea vers la berline noire. Il ouvrit la porte et se retourna vers les deux hommes habillĂ©s en infirmier. - Bon boulot les gars ! Me voilĂ reparti vers une seconde jeunesse. Câest pas le rĂȘve de tout le monde, non ? Les deux infirmiers acquiescĂšrent avec un demi-sourire oĂč la crainte pouvait se lire. Lâun dâentre eux demanda - On peut y aller maintenant, chef ? - Bien sur les enfants ! Rendez-vous ce soir Ă lâentrĂ©e Nord de mon laboratoire. Enfin si vous voulez toucher votre argent, annonça le nouveau patron de Solderâs and Co ». Il les gratifia dâun sourire qui dĂ©voilait des dents blanches parfaitement alignĂ©es Ă lâopposĂ© des dents jaunies de lâhomme qui parlait, il y a encore une demi-heure, perchĂ© sur une estrade. Il continua de leur parler sans les quitter des yeux, commençant Ă se diriger vers sa voiture Moi, faut que je retourne faire connaissance avec ces pĂ©quenots qui doivent encore pleurer leur bon et vieux patron et les rassurer que la relĂšve est bien prise par son jeune et dynamique fils. Alors Ă ce soir les garçons ! Et encore merci pour la balade ! Il sâengouffra dans la voiture et dĂ©marra en trombe, saluant au passage les deux hommes qui souriaient dâavance aux gains quâallait leur rapporter cette petite blague. Il nây avait plus la moindre trace dâinquiĂ©tude sur leur visage. §§§§§§§§§§ Ils attendirent dix minutes comme prĂ©vu, discutant de ce quâils allaient faire de leur argent si facilement gagnĂ© quand lâun dâeux se retourna et dit - Tâas entendu ? - Entendu quoi ? RĂ©pondit lâautre -LĂ , des craquements devant lâambulance ! Allez dĂ©marre, on se tire dâici et en vitesse ! Jâsuis pas Ă lâaise Ă la cambrousse, moi ! - Tâes complĂštement parano mon pauvre ! Câest quâun petit renard ou une autre bestiole, pas le monstre du Loch Ness fillette ! Mais tâas pas tort. Filons dâici et allons nous jeter un godet ou deux en ville en attendant de toucher le pactole. Mais fais gaffe Ă ce que tu dis. Tâas toujours eu tendance Ă trop parler, pas vrai ? - Câest vrai que jâai jamais vu un job aussi facile, Ajouta le deuxiĂšme infirmier en ouvrant la porte de lâambulance. Les deux hommes Ă bord, le chauffeur fit tourner la clĂ© de contact. Le moteur toussota puis sâĂ©touffa avant de sâarrĂȘter. A chaque nouvelle tentative, le moteur gĂ©missait de moins en moins fort. Le chauffeur furibard, regarda son compĂšre et beugla - Quâest-ce que câest que cette merde, non de dieu ? Ca marchait yâa cinq minutes Ă peine et jâai rĂ©visĂ© entiĂšrement le moteur ce matin, bordel de chiotte ! Les deux hommes rĂ©essayĂšrent encore deux fois de faire partir le moteur avant de se rendre Ă lâĂ©vidence. Il y avait un problĂšme sous le capot. Le chauffeur demanda - Va jeter un oeil au delco », tu veux bien ? Jâai pas envi de rester moisir ici longtemps. On a un rendez-vous important ce soir j'te ârappelle ! - Jây vais. Mais Ă mon avis tâas autant rĂ©visĂ© ce moulin que tes examens de fin dâĂ©cole, du gland ! Et jâte rappelle que jâaime vraiment pas la campagne alors on fait vite. Ok ! Lâhomme ouvrit le capot de lâambulance et sâĂ©cria Bon dieu, dâbon dieu, quâest ce que câest que ce merdier ! Viens voir, tu veux ? - Lâautre homme le rejoignit et sâĂ©trangla presque Ă la vue du moteur. - Je te jure que ce matin, yâavait rien du tout lĂ -dedans ! Câest quoi cette mousse, non de dieu, un extincteur secret ? Alors que les deux hommes continuaient de sâengueuler copieusement, leurs pieds sâenfonçaient dans un tapis dâhumus bleu, humide et profond qui se dĂ©veloppait Ă grande vitesse autour dâeux. Elle sâattaquait maintenant Ă grimper le long de leurs jambes. De faibles lueurs argentĂ©es parcouraient maintenant cette masse de filaments touffus. CâĂ©tait comme si un courant Ă©lectrique alimentait ces fibres vĂ©gĂ©tales, allant et venant Ă partir de lâarbre majestueux sous lequel se trouvaient les deux hommes. Les deux hommes Ă©taient loin de sâimaginer quâil Ă©tait dĂ©jĂ trop tard pour eux ! Et pendant quâils se rejetaient la faute lâun lâautre, ils ne pouvaient concevoir les horribles souffrances qui les attendaient. MĂȘme dans leurs ultimes instants ils ne pourraient comprendre quâils avaient juste Ă©tĂ© des jouets de lâhistoire sĂ©culaire dont ils nâĂ©taient que des pions. Quand lâemprise de lâĂ©trange mousse luminescente se fit plus importante, les deux hommes rĂ©agirent. EnfoncĂ©s maintenant jusquâau genoux dans cette masse qui ne cessait de vouloir les engloutir, ils essayĂšrent en vain de tout arracher avec leurs mains, leurs pieds et tout ce qui leur Ă©tait encore accessible. Mais les fibres vĂ©gĂ©tales prĂ©sentent dans le moteur sâĂ©taient invitĂ©es au festin, elle aussi parcourue dâinquiĂ©tantes lueurs. Des millions de filaments commençaient Ă venir sâenrober autour de leurs bras et de leurs torses Ă une allure prodigieuse, comme autant de serpents. Les deux hommes tentĂšrent bien de bouger et dâarracher cette maudite mousse, mais cela ne servait plus Ă rien. Elles luisaient de mille feux alors que les deux hommes se retrouvaient paralysĂ©s. La terreur les envahis quand lâhumus pĂ©nĂ©tra dans leur bouche, les empĂȘchant de respirer en formant e une balle hermĂ©tique au fond de leurs gorges. Moins de deux minutes plus tard, on entendait plus que des cris Ă©touffĂ©s, Ă peine perceptibles. Ces derniĂšres exhortations disparurent trĂšs vite. Il ne restait plus quâun Ă©norme tapis de mousse qui continuait de grossir Ă une vitesse phĂ©nomĂ©nale. Une trĂšs forte lumiĂšre blanche rayonna quelques instant sur lâensemble de cet Ă©pais tapis avant de rejoindre lâarbre recouvrant la scĂšne de ses branches. Et puis, plus rien, tout sâĂ©teignit. Aussi soudainement que le phĂ©nomĂšne Ă©tait apparu. Puis, dans un silence de cathĂ©drale, rien ne bougeant plus dans le bois environnant, lâhumus commença Ă se contracter. Les quelques animaux encore prĂ©sent aux alentours purent entendre de lugubres craquements qui venaient aussi bien des restes des deux hommes que de lâambulance quâon ne discernait mĂȘme plus tant elle avait Ă©tĂ© dĂ©formĂ©e. Le mouvement de contraction des ces fibres vĂ©gĂ©tales sâaccĂ©lĂ©ra tant, quâil devint impossible Ă discerner. En moins dâune minute, il ne restait plus rien. Les deux hommes comme lâambulance avaient Ă©tĂ© engloutis Il ne restait plus Ă voir quâune Ă©paisse couche de mousse verdĂątre au pied dâun arbre majestueux. Un arbre quâaucun naturaliste au monde nâaurait pu nommer sans se tromper. §§§§§ Le nouveau » Monsieur Solder, dĂ©barrassĂ© des derniĂšres rides quâil portait sur le visage il y a encore une heure, avait dĂ©jĂ complĂštement oubliĂ© lâexistence de ses deux hommes de main. Alors quâils disparaissaient de la surface de la Terre, il commençait son discours devant des employĂ©s, ayant repris sa place sur lâestrade. Sâils Ă©taient toujours sous le choc de la perte probable de leur cher Hum », ils Ă©taient mĂ©dusĂ©s par la ressemblance de stature et de trait entre lâhomme qui leur parlait et leur vieux patron, des annĂ©es auparavant, Ă son arrivĂ© dans lâentreprise. Tous avaient vu les nombreuses photos de leur ancien patron qui ornaient les murs des locaux administratifs. MĂȘme entre un pĂšre et son fils, une telle ressemblance relevait de la coĂŻncidence gĂ©nĂ©tique. Câest du moins ce que la plupart des plus anciens employĂ©s pensĂšrent. Pourtant, il Ă©tait bien lĂ , sous leurs yeux. Seul le ton de sa voix, jeune au dĂ©bit fluide, rapide et aux intonations qui montrait toute la bonne Ă©ducation reçue, les diffĂ©renciait Ă coups sĂ»r. DĂ©jĂ , tous les membres de Solderâs and Co Ă©taient dĂ©jĂ sous le charme de leur nouveau patron, moderne mais tout aussi paternaliste que le vieux Monsieur Solder. Oui, il les connaissait dĂ©jĂ tous ou presque, comme Hum » leur avait dit ! A prĂ©sent, plus personne ne redoutait ce changement de direction. CâĂ©tait lâeffet escomptĂ© par le jeune » patron. Au final, peu de personnes prĂ©sentes lors de la chute de Monsieur Hum » demandĂšrent de ses nouvelles. Le changement de direction sâĂ©tait passĂ© comme une lettre Ă la poste au grand plaisir de Gustave Solder. Il Ă©tait reparti pour trente bonnes annĂ©es de tranquillitĂ©. Il avait largement gagnĂ© le temps nĂ©cessaire Ă la rĂ©alisation du projet sur lequel il travaillait depuis si longtemps. La phase Attaque » devait dâailleurs dĂ©buter dans les prochaines semaines. Juste le temps quâil fallait pour sâassurer de la fidĂ©litĂ© du gosse » qui avait, selon ses sources, bien dĂ©butĂ© sa Mission ». Quelle serait la position du mĂŽme ? Une grosse partie du plan de reconquĂȘte reposait sur sa dĂ©termination. Eliminer la cible et dĂ©truire ce dernier noyau ne serait pas chose facile. Il avait mis toutes les chances de son cĂŽtĂ©. Carla lâavait formĂ© et si jamais il y avait un problĂšme, le rendez-vous fixĂ©, au cas oĂč, serait dĂ©finitif quâil soit un alliĂ© ou non. §§§§§§§ ANUA SANS DESSUS DESSOUS Il Ă©tait huit heures mois dix et Anua se sentait proche de la crise de nerf. Elle marchait en tous sens dans son salon comme un chat tournant autour de son bol pendant que son maĂźtre ouvre le sac de croquettes. Son cerveau, dâhabitude si subtile, Ă©tait incapable du moindre raisonnement. Sa concentration Ă©tait entiĂšrement tendue vers la petite pendule rococo que sa grand-mĂšre lui avait offerte quant elle Ă©tait encore une petite fille. Lâangoissante pendule trĂŽnait sur le guĂ©ridon, Ă gauche de la porte dâentrĂ©e, entre le tĂ©lĂ©phone et une pile de livres quâelle se jurait presque chaque jour de ranger. Anua regardait lâaiguille des minutes incapable de la lĂącher des yeux au fur et Ă mesure quâelle se rapprochait de lâheure fatidique. - Encore neuf, neuf saloperies de minutes ! LĂącha tâelle sur le point dâexploser. Ce petit manĂšge durait maintenant un bon quart dâheure et menaçait de la rendre folle pour toujours. Elle ne sentait mĂȘme plus ses mains dont les ongles rongĂ©s jusquâau sang ressemblaient plus Ă des petites saucisses, quâaux outils si fins qui avaient permis Ă lâhomme de se distinguer si vite des autres mammifĂšres. La sonnette retentit. Anua eut un sursaut et trĂ©bucha en se retournant vers la porte. Elle sâaffala de tout son long sur lâĂ©paisse moquette beige qui recouvrait le sol de son appartement. Un cri de douleur resta coincĂ© dans la grosse boule qui lui bloquait la gorge depuis quâelle savait son pĂšre en danger. Elle se redressa vivement, la douleur de sa cheville effacĂ©e par son cerveau et regarda une nouvelle fois lâheure, totalement obsĂ©dĂ©e. Elle retrouva un peu de luciditĂ© et se rappela que son amie Billie devait Ă©galement passer avant vingt heures. Anua fixa la porte ne sachant quoi faire. Cela ne pouvaient ĂȘtre les ravisseurs de son pĂšre, ils sâĂ©taient montrĂ©s jusquâĂ prĂ©sent beaucoup mĂ©ticuleux pour arriver avec presque dix minutes dâavance. A moins quâil ne sâagisse encore dâune maniĂšre, pour eux, de bien lui faire comprendre qui menait le jeu. Sinon, sâĂ©tait Billie et il lui fallait trĂšs vite trouver un plan pour la faire dĂ©guerpir. Pas question de garder Ă la maison quelquâun qui fourrait son nez partout comme sa meilleure amie ! AprĂšs un moment qui lui parut une Ă©ternitĂ©, Anua se souvint de lâĆil de bĆuf dont Ă©tait dotĂ©e sa porte. Elle sâapprocha sans bruit et regarda qui attendait sur le palier. CâĂ©tait bien sa copine qui attendait de lâautre cĂŽtĂ© de la porte. Cherchant une idĂ©e qui puisse la dĂ©courager de rester, Anua ne remarqua pas lâair affolĂ© du visage de Billie. Elle ne remarqua pas non plus la dizaine de clins dâĆil quâelle lui adressa sachant parfaitement quâon Ă©tait en train de lâobserver par lâĆilleton. Anua se dĂ©cida enfin dâouvrir la porte. Elle fut immĂ©diatement projetĂ©e en arriĂšre prise au dĂ©pourvue par lâentrĂ©e fracassante de Billie qui avait Ă©tĂ© littĂ©ralement catapultĂ©e sur elle. Ce nâest quâune fois au sol quâAnua aperçut lâagresseur. Sa copine, la bouche en sang Ă la suite du choc, gisait par terre Ă cĂŽtĂ© dâelle, Ă demi inconsciente. Reprenant ses esprits, Anua dĂ©tailla, la vision encore brouillĂ©e par le choc, lâintrus qui se tenait dans lâencadrement de la porte. Elle remarqua instantanĂ©ment sa stature imposante. Il devait bien dĂ©passer le double mĂštre et Ă©tait aussi large que la penderie de sa chambre. Du moins, vu du sol ! Pendant quâelle se redressait pĂ©niblement, elle tenta de discerner les traits de lâhomme qui avait fait irruption chez elle en se servant de sa meilleure amie comme dâune auto tamponneuse. Elle ne put remarquer grand chose, lâagresseur portant un large sweater vert dont la capuche maintenait dans lâombre la quasi-totalitĂ© de son visage. Elle ne pouvait que distinguer les formes de ses lĂšvres charnues et de son menton aussi carrĂ© quâun Rubikâs cube » gĂ©ant. Billie repris ses esprits, touchant son visage tumĂ©fiĂ© tout en regardant si sa copine allait bien. Les deux jeunes femmes sâĂ©taient maintenant remise sur leurs pieds et reprenaient leur souffle, pliĂ©es en deux. Anua tentait dâenrayer le saignement de nez de Billie, Ă grand renfort de mouchoirs en papier. Par chance, la boite de Kleenex » Ă©tait toujours Ă sa place, au pied du canapĂ© oĂč Anua se morfondait encore sur son sort, il y a quelques heures Ă peine. Lâhomme entra, ferma la porte et sortit dâune de ses poches un rouleau dâadhĂ©sif toilĂ©. Avec calme et sans violence aucune, il fit asseoir les deux femmes les menant par le bras jusquâau sofa. Une fois assises, il leur intima le silence dâun chut sonore, le doigt devant la bouche. Un peu comme un ordre gentiment donnĂ© Ă des enfants. Aucune des deux amies ne protesta. Il leur attacha habilement les poignets et les chevilles et posa avec une grande dĂ©licatesse un morceau dâadhĂ©sif sur leurs bouches. Elles trĂŽnaient maintenant comme deux potiches sur le canapĂ©. Toujours sans dire un mot, il se retourna vers la porte dâentrĂ©e, la referma et se mit Ă regarder par lâĆilleton. - Bon sang, mais quâest-ce quâil voulait ? Il ne pouvait faire partie des ravisseurs, sinon pourquoi cette attitude ? Songea Anua en fixant le gĂ©ant qui restait muet et immobile, lâĆil toujours rivĂ© Ă lâĆilleton. Le grincement caractĂ©ristique des portes de lâascenseur arriva jusquâĂ leurs oreilles. Lâhomme quitta sa position et vint se plaquer contre le mur juste Ă cĂŽtĂ© de la porte faisant de nouveau face aux deux amies. Il mit un de ses Ă©normes doigts devant sa bouche, les priant une nouvelle fois de ne faire aucun bruit. Devant leur air incrĂ©dule, il leur chuchota dâune voix douce et grave - Nâayez aucune crainte, Je suis de votre cĂŽtĂ© ! Excusez mon entrĂ©e un peu en force ! Un peu en force ! Les deux femmes ficelĂ©es sur le canapĂ© se regardĂšrent, comprenant quâil valait mieux ne pas contrarier le gĂ©ant vert » tant que cette histoire de fou ne serait pas terminĂ©e. Anua se demandait toujours quelle Ă©tait la part de responsabilitĂ© de lâhomme dans lâenlĂšvement de son pĂšre. Que voulait-il dire quand il affirmait ĂȘtre de leur cĂŽtĂ© ? La situation devenait ubuesque mais elle sentait au fond dâelle-mĂȘme que cet homme, entrĂ© si violemment chez elle, blessant son amie, nâavait rien dâun assassin ou dâun kidnappeur. Mais sâil nâavait rien Ă voir avec son pĂšre, qui attendait-il avec tant dâimpatience ? Elle n'avait palĂ© Ă personne de l'enlĂšvement de son pĂšre ! Elle Ă©tait complĂštement perdue ! Alors quâil finissait sa phrase, le "colosse capuchĂ©" sortit de la poche arriĂšre de son jean un objet quâAnua, dans son Ă©tat normal, aurait reconnu instantanĂ©ment. Un de ces fameux sceaux cylindre, visiblement rĂ©cent mais ouvragĂ© Ă lâancienne. Il ressemblait fort Ă ceux qui lui avait valu rĂ©cemment tant de dĂ©convenues. Il lâouvrit en pressant lâarriĂšre du cylindre avec son auriculaire et sortit en un deuxiĂšme, entiĂšrement chromĂ© celui-lĂ , comme sâil sâagissait de poupĂ©es gigognes. Un cylindre dans chaque main, le gĂ©ant reprit sa position dos au mur, Ă un mĂštre environ de la porte dâentrĂ©e. Des pas se firent entendre dans le couloir qui menait Ă lâappartement dâAnua. Ils sâarrĂȘtĂšrent devant sa porte. La poignĂ©e de la porte commença Ă tourner imperceptiblement. La porte sâentrouvrit sans aucun bruit. Les deux amies confinĂ©es sur le sofa aperçurent lâesquisse dâune tĂȘte. Elles frissonnĂšrent comme deux sĆurs siamoises quand elles croisĂšrent le regard de lâhomme qui tentait Ă son tour de rentrer par effraction dans lâappartement. §§§§§§§ Ce regard nâavait rien dâhumain. Il se rĂ©sumait Ă deux fines lames vertes aux reflets jaunes qui paraissaient aussi inamicales que cruelles. Il ne lui fallut quâun coup dâĆil pour confirmer son intuition. La situation n'Ă©tait pas celle Ă laquelle il s'attendait. Il disparut du champ de vision des deux femmes, et rĂ©flĂ©chit briĂšvement sur la tactique Ă adopter. De toutes maniĂšres, il verrait bien ! Dâun seul coup la porte vola en Ă©clat. Lâhomme se rua dans le salon visiblement peu surpris de voir deux jeunes femmes pieds et poings liĂ©s sur un canapĂ©, face Ă lui. Il ne portait aucune arme visible mais parut dĂ©concertĂ© quand le gĂ©ant se jeta sur son dos de toute sa masse. Comment Ă©tait-ce possible quâil nâait rien perçu ? Lâhomme aux yeux de lames de couteau essaya de se dĂ©barrasser de son agresseur en tournant sur lui-mĂȘme. Mais le poids de celui quâil avait sur le dos Ă©tait tel quâil finit par perdre lâĂ©quilibre. Les deux hommes sâĂ©crasĂšrent au sol allant jusqu'Ă faire craquer le parquet sous lâĂ©paisse moquette. Lâhomme au regard toujours aussi cruel, plus leste, rĂ©ussi Ă se dĂ©faire de lâĂ©treinte de son adversaire et Ă se redresser. Les deux hommes se faisaient maintenant face Ă face. CâĂ©tait David contre Goliath tant la diffĂ©rence de gabarit entre les deux hommes sautait aux yeux. Sauf que ce David lĂ nâavait rien du bon samaritain ! - Ca faisait longtemps quâon mâavait pas surpris, gros lard ! Allez montre moi ce que tu sais faire, mammouth, quâon sâamuse un peu ! Pour la premiĂšre fois, le gĂ©ant fit entendre sa voix de stentor en rĂ©pondant - Tâas la mĂ©moire courte, petit ! Mais câest pas grave, jâte pardonne, Erik ! Câest vrai que tâĂ©tait vraiment quâun tĂȘtard la derniĂšre fois quâon sâest vu ! Et tâas vu ce que tâes devenu sans moi ? Pfff, vraiment Carla nâa pas changĂ© ! Elle a toujours Ă©tĂ© une mĂšre dĂ©plorable, pas vrai ? Le fait que lâon puisse connaĂźtre son nom et des personnes quâil connaissait parut dĂ©stabiliser le kidnappeur, lâespace dâun instant. Il se reprit et foudroya son adversaire dâun regard qui fit frissonner les jeunes femmes. Il sortit un couteau Ă une telle vitesse que nul, dans la piĂšce, nâaurait pu affirmer oĂč il se cachait avant dâapparaĂźtre dans sa main. Le gĂ©ant Ă la voix de baryton avait profitĂ© du court moment de surprise de lâhomme au couteau pour se rapprocher du guĂ©ridon, posant la main sur la pile de livres qui sây trouvait. Il se saisit du premier, un lourd annuaire, alors que le couteau venait de quitter la main de lâhomme dĂ©nommĂ© Erik pour filer droit vers lui. Il leva rapidement lâĂ©pais volume devant son visage juste au moment oĂč la lame se ficha dedans. La lame tranchante traversa le botin et ne sâarrĂȘta quâa quelques centimĂštres du front du colosse. Erick, visiblement fou de rage de son Ă©chec, se saisit dâun lourd cendrier qui Ă©tait tombĂ© par terre pendant leur bagarre et le lança avec une force surprenante dans la direction du gĂ©ant. Il exĂ©cuta dans le mĂȘme temps un bond qui lui fit traverser la piĂšce, volant littĂ©ralement par-dessus les deux jeunes femmes, toujours assise sur leur canapĂ©. Il atterrit Ă lâautre bout de la piĂšce, en Ă©quilibre sur la derniĂšre Ă©tagĂšre de la bibliothĂšque, les pieds calĂ©s contre les rayonnages. Le baryton, qui paraissait avoir toujours un dixiĂšme de seconde dâavance sur son adversaire, amortit le cendrier avec lâannuaire oĂč se trouvait toujours plantĂ© le couteau. Pas du tout Ă©tonnĂ© par le saut de son adversaire, il se retourna vers lui, le regarda un instant avant de reprendre la parole - Tâas fini ton numĂ©ro pâtit chasseur ! Au lieu de sauter comme un bĂ©bĂ© tigre se faisant les dents, tu ferais mieux de regarder ce qui se trouve dans ta nuque. Je te lâai gentiment plantĂ© dans la moelle Ă©piniĂšre quand je mâamusais sur ton dos quand tâes rentrĂ© si poliment dans lâappartement. Tu vas voir ! Câest gĂ©nial pour Ă©viter tous surplus dâadrĂ©naline. Bon dodo, pâtit tigre ! §§§§§§§§ Pris une nouvelle fois au dĂ©pourvu, le jeune homme aux yeux de fauve, Ă©tait toujours perchĂ© en haut la bibliothĂšque dans un Ă©quilibre prĂ©caire. Il se passa la main Ă lâarriĂšre de sa tĂȘte jusquâĂ ce quâil se saisisse du cylindre plantĂ© dans sa nuque. Il retira dĂ©licatement le tube et lâaiguille de son cou et les jeta violemment par terre aux pieds des deux amies, fagotĂ©es sue le canapĂ©. Anua et Billie essayaient tant bien que mal de suivre les Ă©vĂ©nements. Elle en tournaient la tĂȘte Ă lâunisson, de droite Ă gauche, Ă chaque mouvement des deux hommes ou objet volant non identifiĂ©s, comme des spectatrices assidues dâun match de tennis. Erick eut le temps de saisir et jeter mollement un dernier livre en direction du gĂ©ant avant de chuter lourdement par terre, tremblant des pieds Ă la tĂȘte, les yeux rĂ©vulsĂ©s, un filet de bave sâĂ©coulant par les commissures de ses lĂšvres. - VoilĂ , câest terminĂ© ! Pour lui, câest le retour au bercail. Malheureusement, il est sĂ»rement trop tard pour son frĂšre. Il a dĂ©jĂ franchi la limite, il a tuĂ©. Et un paquet de gens ! Lâhomme, nullement gĂȘnĂ© par sa grande taille, se pencha vers Erick et sâassura de son Ă©tat de santĂ©. RassurĂ©, il se dirigea vers les deux femmes et leur enleva leur bĂąillon, tirant dâun coup sec sur lâadhĂ©sif. Mais pas un cri ne sortit de leur bouche. Elles Ă©taient bien trop choquĂ©es pour pouvoir prononcer le moindre mot. Câest lui, au contraire, qui reprit la parole un sourire illuminant enfin son visage - Mesdames, dit-il en jetant nĂ©gligemment sur son Ă©paule le corps du jeune homme secouĂ© de quelques spasmes nerveux, je vais vous laisser pour aujourdâhui. Tenez, je vous laisse le couteau pour pouvoir vous dĂ©tacher dĂšs que jâaurais quittĂ© lâappartement. - Ah oui, jâallais oublier ! Anua, je suis dĂ©solĂ©, ne compte pas trop revoir ton pĂšre. Les monstres qui se sont emparĂ©s de lui sont sans pitiĂ©. Ils ont du lâabattre juste aprĂšs lâenregistrement du message quâils tâon fait entendre. Je suis dĂ©solĂ© de nâavoir rien pu faire pour lui mais je devais te sauver en prioritĂ©. Un silence pesant rĂ©gna quelques instants, alors que des larmes commençaient de couler sur les joues blafardes dâAnua. - Il y a des moments dans la vie oĂč lâon aimerait pouvoir se dĂ©doubler, mais ça, je ne peux pas encore le faire ! Je peux pourtant faire beaucoup de choses pour toi, mais ça non ! Sâil te plait, ne mâen veux pas. Je sais Ă quel point tu lâaimais. CâĂ©tait un homme bien. Va Ă Westmorland sur la mer de Salton et demande Ă la police de fouiller le cours dâeau qui longe la ferme des Horgins. Câest lĂ -bas que tu trouveras ton pĂšre. Paraissant sincĂšrement triste de n'avoir pu faire plus, il se dirigea, cette longue diatribe terminĂ©e, vers le trou bĂ©ant oĂč se trouvait la porte avant lâirruption du complice des meurtriers du pĂšre dâAnua. Le gĂ©ant vert se retourna une derniĂšre fois. Il fixa un long moment Anua avant de continuer de sa voix gutturale sur un ton qui aurait trĂšs bien pu ĂȘtre celui dâun proche rĂ©ellement touchĂ© par la mort de son pĂšre - On sera amenĂ© Ă se revoir trĂšs vite, Anua, pâtite frangine ». Je dois dâabord mâoccuper de lui, dit-il en tapotant le postĂ©rieur de lâhomme perchĂ© sur son Ă©paule. Il me faut Ă©galement finir de convaincre quelquâun que tu seras ravi de revoir, jâen mettrai ma main Ă couper ! - En attendant que je revienne pour tout tâexpliquer, je te conseille de dĂ©mĂ©nager. Pourquoi ne vas-tu pas habiter chez ta copine ? Elle semble Ă mĂȘme de tâaider, non ? Il sourit aimablement Ă Billie. -Et tâen faits pas, les mauvaises passes ont toujours une fin. Sur ces mots le gĂ©ant, Ă lâair si nostalgique, disparut trimbalant toujours le corps du kidnappeur comme sâil portait son manteau sur lâĂ©paule en laissant les deux jeunes femmes affalĂ©es sur le sofa. Des milliers de questions sans rĂ©ponses embouteillaient leurs esprits comme une autoroute un jour de dĂ©part en vacances. §§§§§§ Anua, la premiĂšre fondit en larme sous le choc de la fin annoncĂ©e de son pĂšre. Billie ne tarda pas Ă la rejoindre dans un concert de larmes et de reniflements. Anua se jura intĂ©rieurement de mettre fin Ă cette histoire morbide. Oui ! Elle allait tout faire pour essayer de retrouver son corps en suivant les indications que lui avaient fourni lâhomme qui lâavait tendrement appelĂ© frangine. Elle en Ă©tait tout Ă©mue, mais nâaurait pu commencer Ă en expliquer le pourquoi. CHAPITRE XVI NICK DORLAN Nick Dorlan conduisait, pour une fois bien au-dessus de la limitation de vitesse. D'habitude si placide, il Ă©tait en ce moment nerveux et inattentif aux autres, ce qui ne lui ressemblait guĂšre. Il se reprochait de ne pouvoir s'occuper de tout en mĂȘme temps. Ces derniers mois avaient Ă©tĂ© chargĂ©s, avec touts ces voyages et ces prises de contact discrĂštes. Son retour dans le monde de son enfance avait Ă©tĂ© bien plus Ă©prouvant pour sa grande carcasse qu'il ne voulait bien le reconnaĂźtre. Et dire qu'il devait partir pour Paris dĂšs ce soir Il n'avait pas mis les pieds au bureau de la semaine et il s'en inquiĂ©tait. Il ne voulait surtout pas que ses employĂ©s ne se sentent abandonnĂ©s. MĂȘme sâil y avait peu de circulation en ce vendredi aprĂšs-midi, il faisait preuve dâune rĂ©elle aptitude Ă se faufiler entre les voitures. Il les dĂ©passait sans coup fĂ©rir grĂące au puissant moteur de sa Mercedes cl 600 amĂ©liorĂ© par un mĂ©canicien de gĂ©nie. Un de ses nombreux amis, accessoirement forts utiles, qu'il s'Ă©tait fait dans sa vie new-yorkaise. Il consulta sa montre et vit avec plaisir quâil serait Ă son bureau bien avant la clĂŽture de la bourse de New-York. Nick Dorlan dirigeait une sociĂ©tĂ© de courtage en bourse qui se situait au trente-deuxiĂšmes Ă©tage de la cĂ©lĂšbre Chrysler tower » en plein centre de Manhattan. Il avait du emmĂ©nager lĂ Ă la suite de lâeffroyable attentat qui avait rĂ©duit en poussiĂšre les Twin-towers ». Par bonheur, tous ses salariĂ©s Ă©taient sortis indemnes de cette monstrueuse catastrophe. Il leur avait accordĂ© une matinĂ©e de congĂ© en raison des excellents rĂ©sultats du mois passĂ©. Juste ce jour lĂ , le hasard faisait bien les choses, quand mĂȘme ! Ses bureaux Ă©taient modestes tant par la taille que par la dĂ©coration spartiate. Nick avait en horreur les bureaux surchargĂ©s de dorures et d'Ă©paisses moquettes qui foisonnaient dans les autres entreprises qui avaient choisi comme adresse, ce cĂ©lĂšbre gratte-ciel. Il salua comme Ă lâaccoutumĂ©e la jeune femme qui officiait Ă lâaccueil. Il aimait lui faire sentir l'importance que reprĂ©sentait la jeune femme pour lui et la sociĂ©tĂ©. MĂȘme sâil ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours, Nick prĂ©fĂ©rait toujours dĂ©tendre l'atmosphĂšre plutĂŽt que de parler directement de travail. La dĂ©conctraction, la franchise et la bonne entente Ă©taient les rĂšgles d'or de la conception qu'il se faisait de relation de patron Ă employĂ©s. Et il se faisait un devoir de l'appliquer en toute circonstance, mĂȘme s'il Ă©tait trĂšs pressĂ© comme aujourd'hui. En la regardant rĂȘvasser, plongĂ©e dans la lecture de l'un de ses fameux hebdomadaires fĂ©minins dont elle raffolait, il s'amusa Ă la faire sursauter. Nick fit rĂ©sonner volontairement sa voix forte et grave, un large sourire aux lĂšvres - Salut CharlĂšne ! Alors, plus quâune heure et câest parti pour un week-end salvateur ? Elle fit tomber dans la corbeille, dâun geste maladroit, le magasine quâelle lisait en cette fin de semaine tranquille. Elle savait pourtant que son patron ne lui ferait aucune remarque Ă ce sujet. Pourtant dâhabitude peu farouche, CharlĂšne ne put sâempĂȘcher de rougir comme une collĂ©gienne devant le garçon de ses rĂȘves, dĂšs que leurs regards se croisĂšrent. Son patron, si gentil quâil puisse ĂȘtre, lâintimidait Ă©normĂ©ment avec sa grande taille et son visage carrĂ© quâadoucissaient ses longs cheveux bouclĂ©s et ses grands yeux verts au regard doux et malicieux. CharlĂšne avait lâimpression que Nick Dorlan pouvait lire dans ses pensĂ©es les plus secrĂštes quand il plongeait son regard dans le sien. Et ça la gĂȘnait particuliĂšrement surtout si lâon connaissait ses sentiments envers lui. A lâinstar de la majoritĂ© des autres employĂ©es fĂ©minines que comptait la sociĂ©tĂ©, CharlĂšne craquait pour le charme et lâhumour du patron. Il se dĂ©menait tant pour eux. Elle prit sur elle pour se reprendre, essaya dâafficher un sourire neutre et de le hĂ©ler, alors quâil sâen allait vers son bureau. - Monsieur Dorlan, attendez une seconde sâil vous plaĂźt ! Voici les messages des personnes qui ont tentĂ© de vous joindre durant votre absence. Un certain Monsieur Solder a tĂ©lĂ©phonĂ© pas moins de douze fois depuis votre dĂ©part, lundi dernier. - Qui ça ? Solder, non ça ne me dit rien. Je verrai tout Ă lâheure ce quâil veut. En attendant, ma petite hĂŽtesse, secrĂ©taire, maman adorĂ©e jâai un max de travail ! Bipez-moi quand vous partez mais ne me passez plus personne. Et je ne veux pas voir votre mignon minois Ă la porte de mon bureau, OK ! En se dirigeant vers son bureau, il ajouta - Il faut que je me tape les bilans des rĂ©sultats hebdomadaires Ă envoyer aux personnes qui nous font vivre en nous confiant leurs Ă©conomies. Autant dire que la soirĂ©e promet dâĂȘtre longuette. Surtout sans vous pour tenir la baraque ! Il repartit en direction de son bureau, laissant un rire sonore rĂ©sonner dans lâensemble des bureaux oĂč travaillaient encore ses sept collaborateurs qui finalisaient leurs propres bilans hebdomadaires. AprĂšs les avoir terminĂ©s, ils les enregistreraient sur leurs ordinateurs, les laissant Ă disposition du patron. Et aucun ne partirait avant dâĂȘtre sur que le boss nâait quâun bref coup dâĆil Ă y jeter. Ca nâĂ©tait pas du zĂšle mais lâexpression dâune rĂ©elle dâune fidĂ©litĂ©. La rĂ©munĂ©ration des traders si bonne soit-elle, nâĂ©tait que la partie visible de leur attachement Ă leur travail. Encore une Ă©trangetĂ© de la sociĂ©tĂ© de Nick. §§§§§§§ Si la sociĂ©tĂ© marchait si bien, sâĂ©taient en grande partie par lâattention individuelle que Nick voulait que lâon porte Ă chacune des personnes qui leur confiait de lâargent, quelle quâen soit le montant. Il dĂ©testait le mot client. Chacun dâeux Ă©tait toujours appelĂ© par son nom. CâĂ©tait la rĂšgle si lâon dĂ©sirait rester travailler avec lui. En contre partie les conditions de travail Ă©taient excellentes. Souplesse horaire, prise en compte de la situation individuelle de chacun, bref lâĂ©coute et lâarrangement prĂ©valaient du moins, tant que le boulot Ă©tait fait avec sĂ©rieux et mĂ©ticulositĂ©. Une fois dans son bureau, Nick enleva son par-dessus et son pull, se servit une boisson fraĂźche et sâinstalla dans son profond fauteuil en cuir noir, spĂ©cialement conçu pour lui. Il Ă©tait large et profond, dotĂ© dâaccoudoirs moelleux. IdĂ©al les personnes devant rester assises de longs moments avait argumentĂ© lâartisan Ă la livraison de lâimposant siĂšge, voyant lâair dubitatif de Nick devant la taille hors norme du siĂšge. Il sâenfonça dans son si prĂ©cieux fauteuil, prit une gorgĂ©e de sa boisson et se mit Ă Ă©tudier les derniers indices boursiers sur internet. Il avait complĂštement mit de cĂŽtĂ© les Ă©vĂšnements de ces derniers jours. Ils avaient pourtant Ă©tĂ© riches en enseignements ! Bon sang, il avait enfin rĂ©ussi Ă tenir sa promesse ! Il avait retrouvĂ© les frangins et mĂȘme prit contact avec eux. MĂȘme sâil les faisait surveiller depuis des annĂ©es, cela faisait bougrement du bien de les voir pour de vrai ! Mais sâil voulait pouvoir continuer son opĂ©ration regroupement familial », il lui fallait se dĂ©barrasser au plus vite de son gagne-pain. Et du mieux possible dans lâintĂ©rĂȘt des personnes dont il gĂ©rait les biens. Il se replongea donc dans la lecture fastidieuse des derniers cours des diffĂ©rentes actions sur lesquelles il avait misĂ©. Satisfait des rĂ©sultats, Nick vĂ©rifia ensuite les rĂ©sultats de ses collaborateurs. MĂȘme sâil savait quâils donnaient le meilleur dâeux mĂȘme, il tenait Ă tout vĂ©rifier. Lâavenir de sa sociĂ©tĂ© et donc de son indĂ©pendance allait de paire avec la totale confiance que ses "relations de travail" lui accordaient en lui confiant leur argent. Il s'en portait garant et jusquâĂ prĂ©sent, personne nâavait eu Ă se plaindre de ses investissements. Il corrigea rapidement quelques placements de ses courtiers quâil jugeait hasardeux, puis dĂ©cida de sâoccuper des comptes de ses propres amis » pour la semaine Ă venir. Nick se cala bien droit dans son fauteuil, les bras posĂ©s sur son bureau. Ses mains effleuraient le clavier de son ordinateur. DĂšs quâil se sentit prĂȘt, il posa lâarriĂšre de son crĂąne dans un demi-cercle de mĂ©tal, rembourrĂ© de mousse et recouvert de cuir. Ce drĂŽle de repose tĂȘte se trouvait tout en haut de son dossier comme les tĂ©traplĂ©giques en utilisent pour les soutenir et cessa tout mouvement. Il fit le vide dans son esprit, ferma les yeux et se concentra. Il se remĂ©mora les courbes des diffĂ©rentes actions depuis six mois. Seuls son front et ses sourcils sâagitaient, se crispaient et se dĂ©tendaient, en concordance avec la vitesse phĂ©nomĂ©nale Ă laquelle tournaient ses cellules grises. Le reste de son visage restait immobile, comme si lâĂ©nergie dĂ©ployĂ©e par son cortex lui ordonnait dâabandonner le reste de son corps Ses doigts commencĂšrent une course folle sur le clavier et dĂ©buta une sĂ©rie de vente, dâachat et de passages dâordre de toutes sortes Ă une vitesse hallucinante. Il avait lâimpression dâĂȘtre reliĂ© par un fil Ă lâensemble des acteurs du marchĂ© boursier. Du dĂ©veloppement de la plus petite entreprise cotĂ©e Ă la peine de cĆur dâun capitaine dâindustrie ou Ă la dĂ©pression dâun spĂ©culateur, rien ne semblait pouvoir lui Ă©chapper. Il sentait la moindre opportunitĂ©, le plus petit contre-temps. MĂȘme la mĂ©tĂ©o, sur lâensemble des transports de marchandise Ă lâĂ©chelle de planĂ©taire, lui apparaissait comme une ombre sur la rĂ©ussite Ă©ventuelle dâune opĂ©ration commerciale. Ses paupiĂšres demeurĂšrent closes durant tout ce temps. Un gros quart dâheure plus tard, tout Ă©tait terminĂ©. EpuisĂ© par cet effort cĂ©rĂ©bral intense, il sâĂ©croula sur son bureau. Il dormait comme un sac. Son cerveau lâexigeait aprĂšs de telles sĂ©ances. Mais ce pouvoir de concentration et de mĂ©morisation, quâil avait senti se dĂ©velopper en lui au fil des annĂ©es, lui permettait dâeffectuer un travail de plusieurs jours en quelques minutes. Autant de temps libre pour ses vĂ©ritables objectifs. Sauf catastrophe totalement imprĂ©visible et jamais vue sur les marchĂ©s boursiers lâensemble de ses opĂ©rations se solderaient par de substantiels bĂ©nĂ©fices. En plus, il avait gagnĂ© au minimum sept jours pour continuer sa mission, ce quâil sâĂ©tait jurĂ© de rĂ©aliser depuis si longtemps. Nick dormit ainsi une bonne demi-heure. A son rĂ©veil, il ne prit mĂȘme pas le soin de relire les ordres quâil venait de passer durant sa transe boursiĂšre », comme il aimait appeler cet Ă©pisode hebdomadaire. Il avait bien dâautres choses en tĂȘte avec, en particulier, le rendez-vous fixĂ© en fin de semaine avec lâhomme qui lâavait recueillit au moment oĂč il connaissait les pires tourments de sa jeune existence. Un rendez-vous avec lâhomme qui lâavait Ă©levĂ© et qui lui avait montrĂ© en quoi son corps et son esprit Ă©taient Ă ce point diffĂ©rents de ceux du commun des mortels. Mais oĂč pour la premiĂšre fois, il allait devoir mentir Ă son mentor. La vĂ©ritĂ© ne serait pas de mise et il le regrettait amĂšrement. §§§§§§§ Chapitre XVII ANUA SE REBIFFE I RAPH ARRIVE Anua Ă peine libĂ©rĂ©e de ses liens par Billie se rua vers son tĂ©lĂ©phone portable. Finis les pleurs et autres jĂ©rĂ©miades ! TerminĂ©es les questions sur la scĂšne surrĂ©aliste qui venait de se dĂ©rouler sous ses yeux. Bordel de chiotte, on avait osĂ© toucher Ă ce quâelle avait de plus cher au monde son pĂšre ! Le volcan qui sommeillait Ă l'intĂ©rieur de cette gracile et charmante jeune femme sâĂ©tait rĂ©veillĂ©. Pendant que son amie essayait de camoufler lâĂ©norme hĂ©matome qui faisait enfler son nez et clore Ă vitesse supersonique son Ćil droit en prenant une jolie teinte violacĂ©e, Anua composa le numĂ©ro de Raph. Monsieur RaphĂ«l Furk de son vrai nom, agent spĂ©cial du FBI, s'il vous plaĂźt ! Lui, au moins, allait lui venir en secours. Sinon Ă quoi pouvait bien servir celui qu'elle considĂ©rait comme son meilleur ami voire peut ĂȘtre l'homme avec qui elle allait passer le reste de ses jours pour peu qu'ils trouvent un peu de temps pour se retrouver et passer ce cap si dĂ©licat entre l'attirance et la vie Ă deux Trois sonneries retentirent Ă ses oreilles avant que Raph ne dĂ©crocha. Oui, il venait tout de suite ! Il devait cependant trouver le temps de dĂ©lĂ©guer l'affaire sur laquelle il travaillait Ă des collĂšgues qui aurait le cran de couvrir son absence. Et ils n'Ă©taient pas lĂ©gion au FBI Ă se porter volontaire pour qu'un collĂšgue puisse partir dans l'instant rĂ©gler un problĂšme personnel ! Il lui fallait ensuite trouver un avion qui le dĂ©poserait Ă l'aĂ©roport de si possible avec une correspondance aĂ©rienne pour le sud de la Californie. Il lui faudrait sinon louer une voiture pour parvenir jusqu'au domicile d'Anua situĂ© entre San Diego et la mer de Salton. Quelle idĂ©e aussi d'aller s'enterrer au milieu de nul part, simplement parce que la boĂźte qui finançait ses travaux avait dĂ©cider de se cacher en plein dĂ©sert ! Une histoire de climat favorable Ă la conservation, lui avait-on ditâŠMa fois, pourquoi pas aprĂšs tout, admit-il, toujours aussi cartĂ©sien et fataliste quâil Ă©tait possible de lâĂȘtre. Bien dĂ©cidĂ©e Ă attendre Raph sans bouger comme il lui avait recommandĂ©, Anua s'occupa de Billie , choquĂ©e et incapable de repartir pour le moment. Elle lui proposa, aprĂšs l'avoir soignĂ©e, d'attendre avec elle l'arrivĂ©e de son principal atout. Son ami, son garde du corps estampillĂ© "FBI" avec qui il se pourrait bien qu'elle finsse ses jours pour peu que leurs boulots respectifs leur laissent un peu de temps pour la romance. Et dire qu'il y a si peu de temps encore, elle se faisait du mouron pour sa petite carriĂšre ! Tant de choses venaient de bouleverser sa vie Ă jamais, elle le ressentait au plus profond de son Ăąme. Billie avait prĂ©fĂ©rĂ© se reposer seule dans la chambre de son amie, la laissant seule face Ă ses problĂšmes. PlutĂŽt que d'y rĂ©flĂ©chir Ă chaud, elle se connaissait, elle prĂ©fĂ©ra laisser son esprit vagabonder. Anua s'allongea sur le sofa qui avait vu se dĂ©rouler tant d'Ă©vĂšnements ces derniĂšres heures. Les yeux clos, son esprit dĂ©riva lentement vers sa rencontre avec Raph. Une Ă©chappatoire en attendant que la terrible rĂ©alitĂ© ne la rattrape. Anua avait rencontrĂ© le lieutenant Furk il y a deux ans Ă peine. Tout juste gradĂ©, il se retrouvait empĂȘtrĂ© dans une affaire de meurtre en sĂ©rie. Six corps au moins venaient d'ĂȘtre retrouvĂ© en rase campagne, sur un ancien champ de bataille dans l'Ă©tat du Mississippi. Le FBI se devait d'agir vite sous peine de se voir ridiculisĂ© dĂ©finitivement par les mĂ©dias. Le directeur rĂ©gional avait fait appel Ă elle par le biais de son pĂšre, lui aussi vĂ©tĂ©ran du mĂȘme bataillon de la boucherie Vietnamienne. Anua avait donc intĂ©grĂ© lâĂ©quipe de terrain nouvellement dirigĂ©e par son futur meilleur ami et peut ĂȘtre plus Raph. **** L'AFFAIRE DU "TUEUR HISTORIEN" Anua, lâinstinct Anua avait compris aprĂšs un rapide briefing que dans cette affaire, le meurtrier prenait un malin plaisir Ă dĂ©corer les scĂšnes de crime avec un sens du morbide inĂ©galĂ©, mĂ©langeant les morceaux de corps humains de ses diffĂ©rentes victimes en des lieux chargĂ©s dâhistoire. AprĂšs ce court entretien au siĂšge du FBI, le directeur rĂ©gional l'avait conduite sur la scĂšne de crime. C'est lĂ , qu'elle fit la connaissance de Raph, qui courait en tous sens, essayant vainement de dĂ©limiter un pĂ©rimĂštre de sĂ©curitĂ©, la scĂšne de crime s'Ă©tendant sur plus dâun demi hectare morcelĂ©e en plusieurs parties sur dâimmenses champs, le long du fleuve. Les corps avaient Ă©tĂ© dĂ©couverts non loin de la localitĂ© oĂč avait eu lieu la bataille d'Ackia. En 1736, prĂšs de la ville actuelle de Tupelo dans l'Ătat du Mississippi, Les Français avait tentĂ© d'utiliser le fleuve pour relier leur colonie de la Louisiane avec la partie septentrionale de la Nouvelle France. Mais les amĂ©rindiens contestĂšrent le contrĂŽle des rives du fleuve par les Français. Ackia, un village de la tribu Chickasaw, fut attaquĂ© par une armĂ©e franco-indienne. Les Chickasaws, alliĂ©s par le besoin des britanniques repoussĂšrent l'attaque avec succĂšs. Câest en ce lieu, quâavait dĂ©finitivement pĂ©rit la volontĂ© des français de dominer lâAmĂ©rique du Nord et laissĂ©s le champ libre aux Anglais. Un MĂ©morial avait Ă©tĂ© construit Ă cet endroit, longtemps aprĂšs que cette bataille, qui ne concernait que quelques centaines de personnes, se soit dĂ©roulĂ©e. Une fois ses consĂ©quences historiques bien comprises, cette petite escarmouche devint la fiertĂ© de la bourgade de Tupelo, Mississipi. Anua avait arpentĂ© pendant plus de deux heures ces lugubres champs, non loin du petit monument cĂ©lĂ©brant cette victoire anglophone. Sur une large bande de trois cents mĂštres de long et dâune centaine de large, partant du fleuve Ă©taient Ă©parpillĂ©s dâinnombrables morceaux de corps humains dĂ©chiquetĂ©s. Le sang semblait imbiber la terre. Son cerveau n'avait pu supporter longtemps ces visions monstrueuses, d'une sauvagerie sans limite. Son esprit sâĂ©tait peu Ă peu soustrait de ce paysage cauchemardesque et vagabondait. Lâinconscient avait pris le dessus sur la simple vision du rĂ©el. Elle s'Ă©loignait maintenant de la scĂšne de crime, clĂŽturĂ©e par d'innombrables rubans jaunes, et marchait en direction du fleuve. Des images de prĂ©s, plantĂ© de tipis au milieu des herbes folles guidait maintenant sa marche silencieuse au milieu du carnage. Un sentiment de plĂ©nitude lâenvahit. Des femmes indiennes formaient un cercle, se donnant la main, autour d'un feu prĂšs d'un tipi lĂ©gĂšrement en retrait des autres. Anua faisait partie de ses femmes. L'instant suivant, elle planait au-dessus du feu. Les six femmes prononçaient une priĂšre Ă l'unisson. Le chaman les repĂ©ra. Il exhorta ses troupes Ă le suivre en leur direction et leur hurla des ordres qu'aucun des hommes n'osa contester. Le chaman, aux yeux de meurtriĂšres de chĂąteau mĂ©diĂ©val, ne portait aucun attribut que l'on serait en droit de voir sur un homme de son rang. Non ! Il Ă©tait torse nu et simplement armĂ© d'un long bĂąton. Anua rentra dans l'esprit du chaman. Il hurlait ses ordres. Anua Ă©tait troublĂ©e et effrayĂ©e. Il dĂ©signait les femmes aux hommes qui le suivaient, dans un langage qu'elle ne comprenait pas mĂȘme sâil lui semblait familier. Les hommes se ruĂšrent vers ces femmes toujours agenouillĂ©es, qui continuaient de psalmodier dans une langue proche de celle du chaman malgrĂ© l'imminence du danger. Les hommes se ruĂšrent vers elles et commencĂšrent Ă les frapper avec une violence extrĂȘme. Ils leur arrachĂšrent leurs vĂȘtements et les violĂšrent sauvagement aprĂšs les avoir rouĂ©es de coups. Les femmes qui n'Ă©taient pas inconscientes restaient immobiles et sans rĂ©action au milieu de ce dĂ©chaĂźnement de violence. Le chaman hurla de nouveau en direction de ses "soldats". Les hommes sortirent en une fraction de seconde leurs couteaux et commencĂšrent leur abominable besogne. Ils scalpĂšrent, Ă la maniĂšre des hommes blancs ces pauvres femmes qu'ils prenaient pour des sorciĂšres. Puis, sans se prĂ©occuper de savoir si elles Ă©taient toujours en vie les dĂ©pecĂšrent habilement, comme ils l'auraient fait avec un bison. Ils coupĂšrent habilement grĂące Ă leurs lames effilĂ©es, les mains des bras, les bras des torses et ainsi de suite, jusqu'Ă ce qu'il ne reste plus un seul membre Ă couper. Pour finir les tĂȘtes furent sĂ©parĂ©es des torses. De vĂ©ritables torrents de sang coulaient, suivant les pentes du terrain. Le chaman continuait de crier, traçant un large cercle au sol du bout de son bĂąton. Anua, toujours dans un Ă©tat second, ne se voyait pas reproduire Ă lâidentique les gestes et cris du chaman. Aucun, des nombreux policiers, membres du FBI et mĂ©decins lĂ©gistes ne lâavaient remarquĂ©e. Ils Ă©taient bien trop occupĂ©s et choquĂ©s pour lever la tĂȘte de leurs tĂąches respectives §§§§§§§ Les hommes reprenaient maintenant l'incantation du sorcier tout en creusant une fosse circulaire Ă l'aide de leurs couteaux puis de diffĂ©rents objets leur tombant sous la main. Le vacarme de ces hommes couvert de sang et de terre, creusant et psalmodiant Ă©tait assourdissant. Anua toujours dans la pensĂ©e du chaman se vit ordonner aux soldats en transe de dĂ©poser les diffĂ©rents bouts de corps des femmes dans un ordre bien prĂ©cis dans la fosse circulaire qu'ils venaient de creuser. C'est alors qu'Anua ressentit peu Ă peu des coups qu'on lui assĂ©nait au visage. Les hommes remettaient maintenant de la terre et des pierres sur les restes atrocement mutilĂ©es de ces femmes. Ces mĂȘme femmes qui priaient et chantaient, pleine joie, il y a moins d'une heure. Savaient-elles ce qui allait leur arriver ? Elle le croyait, le savait. Anua sentit plus distinctement qu'on la frappait au visage. Elle entendit de faibles appels. Elle se concentra dessus - AnâŠsenâŠou...elleâŠnuaâŠpetâŠsenâŠrevâŠvous. Son esprit revint doucement vers la rĂ©alitĂ© oubliant les terribles scĂšnes auxquelles elle avait assistĂ©. Puis de nouveau, elle entendit - Mademoiselle Petersen, Anua Petersen, rĂ©veillez-vous ! Qu'avez-vous ? Bon sang quâest-ce qui câest passĂ© ? Vous ĂȘtes Ă©pileptique ou quoi ? Lâagent Furck ne savait de quelle maniĂšre prendre les Ă©vĂšnements qui venaient de se dĂ©rouler. Il avait bien vu que la jeune archĂ©ologue nâĂ©tait plus elle-mĂȘme. Mais sa rationalitĂ© et son dĂ©sir de reprendre cette enquĂȘte sur des bases classiques Ă©taient mis Ă mal. Heureusement quâil nâavait vu aucun journaliste dans les parages. Il aurait Ă©tĂ© sinon obligĂ© de rĂ©pondre Ă tous les scribouillards et autres allumĂ©s fanas du paranormal, lui qui se considĂ©rait comme une personne logique et raisonnable, peut ĂȘtre parfois un peu pointilleux. Lui, surtout qui voulait sâappuyer sur la science, rien que la science et ses preuves irrĂ©futables pour comprendre ce massacre et confondre le ou les auteurs de cette atrocitĂ©. Et qui est-ce quâon lui avait mis dans les pattes ? Une chercheuse folle-dingue qui allait mettre Ă mal la mĂ©thode Furck. MĂ©thode quâil avait expliquĂ© Ă toute son Ă©quipe depuis son premier jour comme responsable de lâaffaire du tueur du mĂ©morial », comme lâavait surnommĂ© les mĂ©dias. Anua ouvrit subitement les yeux, vit qu'elle se trouvait dans les bras de l'agent Furk avant de sombrer dans un profond sommeil sans rĂȘve. A son rĂ©veil, quinze bonnes minutes plus tard, elle Ă©tait allongĂ©e Ă l'arriĂšre d'une ambulance, les mains en sang, un atroce mal de tĂȘte lui vrillant le cerveau. L'agent Furk se tenait prĂšs d'elle, un cafĂ© bien chaud Ă la main. - Mais bon dieu, qu'est-ce qui vous est arrivĂ© ? Dit-il en lui tendant la boisson encore fumante. - Merci ! Anua s'empara du cafĂ© comme s'il sâagissait dâun mĂ©dicament rĂ©volutionnaire. AprĂšs une bonne rasade de liquide insipide auquel on avait gentiment une grande quantitĂ© de sucre, elle se tourna vers lâhomme qui la portait dans ses bras, juste avant sa perte de connaissance et commença - je ne me souviens plus deâŠPuis tout lui revint d'un coup ! Aussi clairement quâelle lâavait vĂ©cu sur le moment. Elle raconta sa vision Ă l'agent Furk et le traĂźna jusqu'Ă l'endroit oĂč elle avait tracĂ© le cercle alors qu'elle Ă©tait dans l'esprit du chaman. RaphaĂ«l Furk se laissa faire devant la farouche dĂ©termination de la jeune femme, comme reprise par ses dĂ©mons. - VoilĂ , c'est lĂ ! Dit Anua en montrant de sa main bandĂ©e le cercle tracĂ© au sol. - C'est quoi, lĂ ? RĂ©pondit-il. C'est surtout lĂ qu'on vous a retrouvĂ©e en pleine crise de nerf. Vous grattiez par terre avec vos mains et personne n'a pu vous empĂȘcher de finir ce cercle, bon dieu Mademoiselle Petersen ! Alors c'est lĂ quoi au juste, lĂ ? RĂ©pĂ©ta-il. - Simplement l'explication du massacre pour lequel vous m'avez appelĂ©, agent Furk, lui dit-elle en le fixant droit dans les yeux. DĂ©bordĂ©e par le ressac des Ă©motions vĂ©cues lorsqu'elle passait de l'esprit de ces femmes Ă celui du chaman, elle se tut un instant. Une fois de nouveau assez calme pour s'expliquer simplement, elle repris - LĂ sous ce cercle que j'ai visiblement tracĂ© avec mes mains, vu leur Ă©tat, se trouve les corps de six femmes qui ont Ă©tĂ© violĂ©es, assassinĂ©es, dĂ©coupĂ©es en rondelles puis enterrĂ©es lĂ il y a plus de deux cent cinquante ans. C'est une histoire annexe Ă la bataille dont vous voyez la stĂšle, la haut derriĂšre vous. Anua commençait Ă se sentir redevenir elle-mĂȘme, Ă prendre du recul sur son expĂ©rience, Ă pouvoir dĂ©gager le fil rĂ©el des Ă©vĂšnements passĂ©s. - C'est simplement le fait dâun criminel du passĂ© qui profitait de guerres pour continuer la leur. Des profiteurs de l'histoire, quoi ! La jeune femme reprit son souffle et poursuivit -Creusez lĂ et vous aurez les rĂ©ponses du massacre qui s'est dĂ©roulĂ© cinquante mĂštres plus loin, Ă l'endroit oĂč vos hommes tentent de reconstituer des corps entiers Ă partir de piĂšces en vrac, agent spĂ©cial RaphaĂ«l Furk ! Si je vous lâdit, câest que jâen suis sure, non dâun chien ! Et zut, voilĂ qu'elle s'Ă©nervait de nouveau, il n'y Ă©tait pour rien ! Il l'avait soutenue, peut ĂȘtre sauvĂ©e d'un horrible et dĂ©finitif plongeon dans le passĂ© et voilĂ quâelle passait ses nerfs sur lui. Faut se calmer ma fille ! Pensa Anua en regardant le policier au sourire Ă©ternel qui se tenait face Ă elle. Elle commençait Ă se sentir redevenir elle-mĂȘme, Ă prendre du recul sur son expĂ©rience, Ă pouvoir dĂ©gager le fil rĂ©el des Ă©vĂšnements passĂ©s, de ce quâelle avait vĂ©cu ou plutĂŽt revĂ©cu. - Ok, Ok, j'ai saisi ! Lui dit-il un franc sourire venant Ă©clairer son visage. Il se retourna et cria Ă ses hommes Tom, jack ramenez-vous et demandez aux hommes de la scientifique de venir ici dare-dare. Et vous, mademoiselle Petrersen, du calme, du calme, ajouta tâil en plongeant un regard autoritaire dans celui de la jeune femme. Les flics rappliquĂšrent en quatriĂšme vitesse avec leurs pelles, pioches et autres outils. Alors qu'ils allaient commencer Ă creuser, Anua s'interposa, menaçant RaphaĂ«l Furk d'une nouvelle crise de nerf si quiconque touchait Ă ce sol. Elle lui expliqua que les cadavres enterrĂ©s lui expliqueraient le pourquoi du comment du massacre sur lequel il enquĂȘtait et que le coupable des horreurs commises aujourd'hui ne pourrait ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© que par une fouille minutieuse et patiente de type archĂ©ologique "oui, au pinceau, mon p'tit Monsieur !" Lui dit-elle, souriant pour la premiĂšre fois depuis son arrivĂ©e, face Ă lâair rĂ©probateur et passablement agacĂ© de lâinspecteur. L'Ă©trange disposition des morceaux de corps humains serait la mĂȘme sous terre qu'Ă cent mĂštres de lĂ , elle lui jura, ils auraient mĂȘme du ĂȘtre superposĂ©, c'Ă©tait juste une erreur de l'assassin. Oui, il nây a quâun seul assassin, enfin, en quelque sorte, soutint-elle en le fixant droit dans les yeux. Anua lui demanda trois semaines. Il accepta de lui accorder aprĂšs avoir tĂ©lĂ©phonĂ© au directeur rĂ©gional du FBI qui lui confirma qu'elle Ă©tait bien saine d'esprit et en plus trĂšs compĂ©tente dans son domaine. Sâil resta stupĂ©fait par lâassurance de la jeune femme, son charme et ce sourire entrevu pour la premiĂšre fois, ne furent pas Ă©tranger Ă sa dĂ©cision de se plier Ă ses requĂȘtes. Il nâallait pas le regretter. Chapitre XVIII ANUA MAITRISE SES DONS FIN D'UN CHASSEUR II Billie se reposait encore dans sa chambre. Elle nâĂ©tait pas arrivĂ©e Ă trouver le sommeil. Le choc de sa rencontre avec les deux Ă©nergumĂšnes qui s'Ă©taient affrontĂ©s sous ses yeux dĂ©jĂ deux heures auparavant lâavait plongĂ©e dans lâincrĂ©dulitĂ©, sans compter les blessures physiques. L'annonce faite par le gĂ©ant du meurtre probable du pĂšre d'Anua, que Billie adorait, n'avait fait que renforcer sa dĂ©tresse et son sentiment d'inutilitĂ©. Elle, qui avait senti que son amie avait des problĂšmes, n'avait pu imaginer leur ampleur. Elle, la meilleure amie, nâavait pu agir tant les catastrophes s'Ă©taient succĂ©dĂ©es sans le moindre avertissement. Billie se mit en boule sur le lit et Ă©clata en sanglots. Ces larmes Ă©taient les tĂ©moins de sa rage vis Ă vis de son impuissance. Tout s'Ă©tait dĂ©roulĂ© si rapidement qu'elle s'Ă©tait sentie aussi inutile qu'une grosse amphore gisant, vide, au fond de lâocĂ©an. Elle aurait tant voulu ĂȘtre sure de revoir Monsieur Petersen ! Celui qui lâavait toujours considĂ©rĂ©e comme sa seconde fille, qui nâavait pas mĂ©nagĂ© son temps ni son portefeuille pour lâaider dans la voie professionnelle quâelle avait choisie. CâĂ©tait grĂące Ă lui quâelle occupait cette place de responsable, dans l'entreprise de rĂ©fĂ©rence de recherche et de fouille dâĂ©paves. Il avait rĂ©ussi Ă lâimposer dans ce milieu si machiste de la fouille sous-marine oĂč elle se trouvait sans cesse confrontĂ©e aux responsables des plus grands groupes pĂ©troliers pour leur faire stopper leurs si prĂ©cieux forages pour entamer des fouilles historiques. Câest, du moins, ce quâelle pensait et ça la rendait malade de rien pouvoir faire alors quâon venait de lui annoncer sa mort. Visiblement, câĂ©tait plus que son nez qui en avait pris un bon coup. Les petits gĂ©missements qu'Anua pouvait entendre du salon, prouvait que sa copine Ă©tait psychologiquement meurtrie. Elle connaissait lâattachement de Billie pour son pĂšre, elle qui nâen avait plus depuis lâĂąge de huit ans. Elle replongea dans ses pensĂ©es, ne voulant pas, pour lâinstant vivre lâangoissante rĂ©alitĂ©, celle dâune vie sans son pĂšre. Anua reprit, attendant lâarrivĂ©e de son chevalier servant, le cours de ses pensĂ©es, de ses premiers contacts avec Mister FBI. Trois semaine plus tard, l'Ă©quipe d'archĂ©ologue, qu'avait rĂ©uni Anua, avait terminĂ© son travail. Les ossements retrouvĂ©s grĂące Ă Anua et les photos de l'enquĂȘte de RaphaĂ«l montraient une parfaite similaritĂ©. Seule une personne connaissant sur le bout des doigts la tuerie de 1736 avait pu commettre celui de l'enquĂȘte en cours. Raph, puisqu'elle l'appelait comme cela maintenant ne voyait pas oĂč cela pouvait le mener. Cet ancien acte de barbarie n'Ă©tait mentionnĂ© dans aucun document et il n'y avait pas de descendant de cette tuerie, du moins, d'aprĂšs les recherches conjointes des historiens et des policiers. C'Ă©tait un retour Ă l'impasse pour l'enquĂȘte. C'est encore une fois d'Anua que vint la lumiĂšre, quand trois jours plus tard Raph lui tĂ©lĂ©phona pour lui dire qu'on avait signalĂ© Ă la police de Tupelo la dĂ©couverte de restes d'une vieille ferme rĂ©cemment incendiĂ©e. Les agents du FBI, arrivĂ©s sur place Ă l'aube, avaient dĂ©couvert diffĂ©rentes tĂąches de sang aprĂšs un passage au "luminol" les restes, les moins calcinĂ©s, de la maison. §§§§§§§§ Anua et Son agent spĂ©cial parvinrent sur place aprĂšs s'ĂȘtre Ă©garĂ©s un bon moment parmi les centaines de chemins de terre qui se multipliaient dans la rĂ©gion. Ils avaient eu tout le temps de discuter, de se chamailler pour enfin de rire sur la meilleure maniĂšre de trouver cette maudite bĂątisse. Anua commençait rĂ©ellement Ă apprĂ©cier la compagnie de Raph. Raph Ă©tait dĂ©sordonnĂ©, fallait voir l'intĂ©rieur de sa voiture, et toujours distrait, câĂ©tait du moins ce quâil voulait laisser transparaĂźtre. Il Ă©tait en fait parfaitement maĂźtre de lui et possĂ©dait un sens de l'humour dĂ©calĂ© qui la faisait hurler de rire. Elle avait mĂȘme cessĂ© de le maudire quant il la taquinait sur ses dons de Madame Soleil. Elle en riait maintenant de bon cĆur et comprenait fort bien ses interrogations sur la maniĂšre dont elle avait pu repĂ©rer l'endroit exact de l'ancien massacre. Et ce jour lĂ , Anua en remis une couche, en terme de divination ! Juste aprĂšs avoir pĂ©nĂ©trĂ© dans la ferme dont il ne subsistait que quelques pans de murs noircis par l'incendie, Anua s'accrocha au bras de son fidĂšle chevalier servant. D'abord surpris, il se mit Ă la soutenir par les Ă©paules dĂšs qu'il vit ses yeux clos, ses paupiĂšres presque translucides oĂč chaque veine tressaillait Ă un rythme effrĂ©nĂ©. A voir la pĂąleur de son visage et ses traits dĂ©formĂ©s, câĂ©tait reparti pour un tour ! Anua commença par voir une vaste Ă©tendue dĂ©serte. AprĂšs un bon moment oĂč les saisons dĂ©filaient Ă grande vitesse, une ferme flambante neuve sortit de terre, occupĂ©e par un jeune couple et trois jeunes enfants style western. Cela se dĂ©roulait comme dans un de ces jeux dâarcade, les "Sims" oĂč l'on doit inventer une famille et son environnement puis les faire Ă©voluer virtuellement. Les scĂšnes se succĂ©daient rapidement devant les yeux d'Anua. Elle passait d'un individu Ă l'autre Ă une telle vitesse qu'elle commençait Ă se sentir comme une balle de ping-pong que se renverraient deux champions chinois qui s'entraĂźnaient pour les jeux olympiques. Les familles se succĂ©dĂšrent jusqu'Ă une longue pĂ©riode de noir. Visiblement, plus personne n'habitait les lieux. Le paysage s'Ă©tait modifiĂ©. Plus la moindre trace d'arbre. Toute vĂ©gĂ©tation sauvage comme agricoles avaient disparu, preuve que l'on avait exploitĂ© cette terre jusqu'Ă la moelle. Ce rĂ©pit dans ce dĂ©filĂ© de gĂ©nĂ©rations, lui permit de reprendre un peu ses esprits. Elle put regarder autour dâelle et ausculter minutieusement cette bĂątisse. Une pause heureuse de ressenti des peines et joies de la vie de toutes ces personnes Ă une vitesse qui ne lui permettait aucun rĂ©pit dans les chocs Ă©motionnels qui se succĂ©daient, se croisaient et finissaient par sâenchevĂȘtrer. Comme lâautre fois quant elle sâĂ©tait laissĂ©e emporter trop loin. Au point de perdre tout contrĂŽle sur sa personnalitĂ©. Anua s'Ă©tait en effet jurĂ©e qu'on ne la reprendrait plus l'Ă©cume aux lĂšvres, grattant quoique ce soit avec des objets que seul son esprit tenait, en se mutilant les mains, partie de son corps qu'elle prĂ©fĂ©rait. La pĂ©riode d'obscuritĂ© s'acheva quant un vieil homme, Ă©lĂ©gamment vĂȘtu, dĂ©cloua les planches qui obstruaient les fenĂȘtres. Il resta si peu de temps qu'elle n'arriva pas Ă saisir sa rĂ©elle essence. Mais il Ă©tait visible qu'il ne se sentait pas Ă l'aise dans cette bĂątisse. Son esprit Ă©tait noir et opaque et ses intentions malveillantes. Elle ressentait le noir lugubre de la ferme aprĂšs le passage de lâhomme. Attente, puis la lumiĂšre Ă nouveau. Six femmes arrivĂšrent ensemble dans la maison. Anua les sentit Ă la fois pleines d'espoir et toujours inquiĂštes. Elle eut tout le temps, en passant de l'une Ă l'autre, de ressentir leurs Ă©tats d'Ăąme ainsi que leurs personnalitĂ©s. Anua eut tout le temps de sâimprĂ©gner de leurs identitĂ©s respectives, qu'elle s'appliqua Ă ranger soigneusement dans une partie encore maĂźtrisable de son cerveau. Elle nota Ă©galement que ces femmes rĂ©unies Ă©taient toujours six. Ces femmes attendaient. Elles Ă©taient en transit dans cette maison. §§§§§§ Puis la terreur la submergea une nouvelle fois quant un homme ressemblant trait pour trait au chaman vieux de plus de deux siĂšcles apparut. Elle crut un instant que son cĆur allait lĂącher tant il battait vite. Anua se reprit se raccrochant Ă la promesse qu'elle s'Ă©tait faite de ne plus perdre totalement le contrĂŽle de sa personne. L'homme au regard de meurtriĂšre de chĂąteau mĂ©diĂ©val Ă©piait les six femmes par lâune des fenĂȘtres du salon alors qu'elles dĂźnaient visiblement plus dĂ©tendue qu'Ă leur arrivĂ©e, soulagĂ©es de pouvoir partager leurs angoisses. Il attendait le meilleur moment, non sans un certain plaisir. Le silence rĂ©gnait. Seule la Lune Ă©tait le tĂ©moin silencieux de lâeuphorie de l'homme, au moment du passage Ă lâaction. Silencieux comme un chat, il escalada la façade de la ferme, une fois ses occupantes couchĂ©es. Il semblait littĂ©ralement glisser sur le mur et atteignit le toit avant de s'introduire Ă l'intĂ©rieur par un vasistas laissĂ© ouvert par le vieil homme qui avait rĂ©ouvert la maison. Elle Ă©tait le "chaman". Elle ressentait tout le plaisir qu'il prenait pendant qu'il se faufilait dans le corridor desservant les chambres au premier Ă©tage. Anua sentit mĂȘme le goĂ»t de l'adrĂ©naline qui montait dans la bouche du tueur. Il ne leur laissa aucune chance. Pendant dix minutes, il prit un malin plaisir Ă mettre un terme Ă la vie de ces innocentes avec les divers objets qui lui tombait sous la main. C'Ă©tait un expert en mortalitĂ© prĂ©coce, une vraie encyclopĂ©die du crime. Sans laisser trop de traces de son passage, il rĂ©ussit Ă les supprimer toutes rapidement. Il trancha la gorge Ă l'aide d'un tesson de verre des deux premiĂšres, Ă©crasa la moelle Ă©piniĂšre de la troisiĂšme de ses larges mains puissantes dâune simple pression de ses pouces. Il agrĂ©menta sa macabre tournĂ©e, juste pour le plaisir, en crevant les yeux deux derniĂšres femmes alors qu'elles se mourraient dĂ©jĂ , la gorge tranchĂ©e. Il les rassembla ensuite mortes ou agonisantes au rez-de-chaussĂ©e en les jetant tels de vieux sacs poubelles Ă©ventrĂ©s, avec un certain dĂ©goĂ»t. Pire encore, il pris un couteau sur la table et Ă©ventra ces pauvres femmes pour en sortir les fĆtus quâelles portaient. Lâhorreur ne sâarrĂȘta pas lĂ . Le chaman dĂ©membra avec grand soin les six futurs bĂ©bĂ©s. Comme sâil prĂ©parait de la volaille, juste avec ses mains. Un large sourire lui barrant le visage. Anua flottait Ă prĂ©sent, au-dessus du massacre. Elle Ă©tait horrifiĂ©e, mais ce quâelle avait vu, lâintriguait au plus haut point. Lâassassin sâagenouilla prĂšs de lâune des femmes sans se soucier de la mare de sang dans laquelle il se trouvait. AprĂšs un rapide coups dâĆil, il la repoussa et se tourna vers les autres victimes. Ce nâĂ©tait visiblement pas celle quâil recherchait. AprĂšs quelques minutes de labeur, il avait placĂ© sur le dos, Ă lâĂ©cart des autres, le corps de deux des femmes. Les deux corps quâil avait prĂ©cĂ©demment Ă©nucléé. Il prĂ©leva avec le plus grand soin, une substance corporelle Ă lâaide dâun ustensile ressemblant fortement Ă un large tube octogonal effilĂ© aux extrĂ©mitĂ©s. Il lâintroduisit dans lâĆil de ses victimes avec la minutie dâun chirurgien. Anua entendit clairement un bruit de succion mais ne put distinguer Ă quoi ressemblait rĂ©ellement cet objet qui lui paraissait pourtant Ă©trangement familier. Une fois sa macabre tĂąche accomplie, le monstre sans humanitĂ©, rangea lâinstrument dans la poche intĂ©rieure de sa poche aussi soigneusement que sâil Ă©tait rentrĂ© en possession dâune sainte relique. Anua se trouvant trop loin de la scĂšne pour discerner et comprendre ce que faisait exactement le tueur, fit lâeffort de rĂ©intĂ©grer lâesprit de cet homme Ă lâĂąme noir, Ă sa grande rĂ©pugnance. Une fois de nouveau dans son esprit, elle sentit aussitĂŽt le tueur se dĂ©tendre. Il avait sa rĂ©compense. Il sentait contre son cĆur le mystĂ©rieux tube et pensait dĂ©jĂ aux dĂ©licieux moments qui lâattendaient lorsquâil sâinjecterait le contenu de ses prĂ©lĂšvements post mortem. §§§§§§ C'est Ă ce moment qu'il commit lâerreur qui venait rĂ©compenser Anua dans sa volontĂ© de tenir dans un esprit aussi tĂ©nĂ©breux. Le monstre, il nây avait pas dâautre mot pour dĂ©finir lâhomme dont elle lisait toutes les pensĂ©es, laissa son esprit vagabonder. Son sale boulot achevĂ©, il pensa un court instant Ă sa prochaine mission, câest ce terme quâil utilisait pour y penser. La mission devait se dĂ©rouler lundi en huit Ă l'hĂŽtel Plazza de New-York Ă dix-huit heures. Sa cible Ă©tait un homme, visiblement un homme quâil connaissait et haĂŻssait au plus au point. Anua Ă©tait sure du lieu et de l'heure, le tueur y pensa de maniĂšre obsessionnelle. Le meurtrier pensa de nouveau Ă ce quâil devait faire pour terminer sa besogne. Anua arriva Ă se dire que cette partie du programme ne lâamusait pas du tout. Elle fit un effort dĂ©mesurĂ© pour quitter cette Ăąme noire, et rĂ©ussi Ă prendre de la hauteur. Elle planait maintenant peu au-dessus de la maison. Elle avait une vue dâensemble de la scĂšne, et pris mĂȘme un moment de repos pour emmagasiner et faire le point sur les informations quâelle avait recueillies. Anua en avait besoin aprĂšs avoir vĂ©cu ce quâavaient ressenti les douleurs et vilenies des personnes rencontrĂ©es lors de ce drame. Anua planait toujours au-dessus de la maison. Elle vit le monstrueux chaman sans Ăąge garer sa camionnette devant la maison, y jeter les corps comme sâil terminait un petit dĂ©mĂ©nagement, en sifflotant. Le tueur sadique roula tranquille comme Baptiste » jusqu'au champs de bataille d'Ackia puis termina son Ćuvre. Il dĂ©coupa ce qui restait des cadavres Ă l'aide d'un outil de boucherie retrouvant pour lâoccasion une joie incommensurable. Enfin, il disposa mĂ©ticuleusement les morceaux de corps, comme la police les avait retrouvĂ©s. Pendant tout ce temps, il chantait une incantation tout en riant aux Ă©clats devant son "Ćuvre d'art". Cette fois Anua reconnue la langue de la priĂšre mais cela n'avait aucun sens. Un langage parlĂ© par ce que lâon nomme lâĂ©poque ObeĂŻde. CâĂ©tait incroyable ! Elle avait Ă©tudiĂ© cette pĂ©riode longuement lors d'un sĂ©jour dans le golfe persique alors qu'elle faisait des fouilles prĂšs de la ville de Samara lors de sa derniĂšre annĂ©e de doctorat. Ce langage, ancĂȘtre du sumĂ©rien, avait disparu depuis plus de sept mille ans et n'avait de toute maniĂšre rien Ă faire en AmĂ©rique du Nord, aujourd'hui comme il y a deux cent cinquante ans "Mort Ă ceux qui ont eut la faiblesse de ne pas nous Ă©liminĂ©s Ă l'aube de notre rĂšgne !" Sâexclama t'il pour terminer en ouvrant la portiĂšre du van. Et il reprit le volant avec l'attitude du livreur satisfait d'avoir terminĂ© une journĂ©e de boulot de plus, sans repenser une seule fois Ă ce qu'il venait de commettre. De retour Ă la vieille ferme, il termina sa triste besogne en lâincendiant. Puis il repartit, tous phares Ă©teints, sur les pistes sinueuses, comme sâil faisait plein jour. Anua pouvait aisĂ©ment le ressentir. Sa mission venait de prendre fin, le chaman ne pensait plus quâĂ la suivante. Son esprit Ă©tait dĂ©jĂ totalement sur lâhĂŽtel "Plazza" Ă New York. §§§§§§§§ Anua quitta cette Ăąme malĂ©fique et reprit peu Ă peu pied dans la rĂ©alitĂ©. Elle ouvrit les yeux et retrouva le dĂ©cor de la ferme calcinĂ©e. Raph la soutenait tant bien que mal ses bras passĂ©s sous ses aisselles. Il osa une tentative de communication Ă l'intention du poids mort qu'il supportait presque quarante cinq minutes. - Hello, la belle au bois dormant ! Un p'tit cafĂ© ? - Hein qu'est ce quiâŠPuis retrouvant totalement son esprit, Anua continua - pas la peine d'essayer de me peloter, Raph! Surtout quand je suis un peu dans les "vaps", s'il vous plaĂźt ! Seriez pas un peu vicelard, par hasard ? Pour se venger, Raph la lĂącha, retirant ses bras aux muscles prĂȘts Ă exploser Ă force de la soutenir. Et Anua s'affala par terre sur les fesses. - C'est mieux comme ça Madame ? Dit-il sur un ton sarcastique. - Pas terrible ! Mais au mois j'ai plus tes sales pattes sur moi ! Et oui, un mec qui se montre aussi peu gentleman, je le tutoie. Et toi tu tomberas Ă mes pieds quand je t'aurai raconter oĂč je suis allĂ©e pendant mon petit somme dans tes bras ! RĂ©torqua-t-elle en se relevant pĂ©niblement refusant l'aide de Raph. Ils Ă©clatĂšrent de rire. Anua pour relĂącher un peu de pression aprĂšs ses visions dâhorreur et Raph soulagĂ© de la revoir si vite reprendre ses esprits. L'affaire des meurtres de la ferme se termina rapidement aprĂšs qu'Anua eut racontĂ© Ă Raph ce qu'elle avait vĂ©cu avec les six femmes et le "chaman". Le tueur avait pour mission dâĂ©liminer ces femmes qui nâĂ©taient quâen transit dans cette ferme. Des femmes spĂ©ciales, en mission, mais dont Anua ne pouvait expliquer le dĂ©but du pourquoi de celle-ci. Elle lui expliqua que le tueur devait se rendre Ă New York, lundi en huit Ă l'hĂŽtel Plazza pour supprimer un autre homme. Si elle lui donna un maximum de dĂ©tails sur l'aspect physique du tueur que le FBI dĂ©sespĂ©rait d'attraper mort ou vif, elle refusa de rendre avec lui pour la curĂ©e et ne s'Ă©tala pas sur les Ă©tats d'Ăąme de l'assassin. Personne ne pourrait encore la croire et encore moins Raph, son sens du rationnel et son armĂ©e de flics, peu connus pour leur largeur dâesprit. Anua se sentait complĂštement vidĂ©e. Non pas tant par les visions qu'elle avait eues, mais essentiellement par le fait mĂȘme de pouvoir ainsi se dĂ©placer dans le temps et au travers de personnes. Anua devait rĂ©flĂ©chir aux implications de cette capacitĂ©. Elle nâosait employer le mot don pour dĂ©signer ce quelle arrivait Ă faire. Elle Ă©tait plongĂ©e dans un abĂźme de perplexitĂ©. Les questions sans rĂ©ponses se succĂ©daient. Arriverait-elle Ă maĂźtriser ces transes ? Etait-ce mauvais pour sa santĂ© mentale et physique ? Non dĂ©cidĂ©ment, elle se devait de prendre du recul, de revenir sur des Ă©vĂšnements passĂ©s pour essayer de distinguer si cette facultĂ© avait dĂ©jĂ existĂ© dans son passĂ© ! Cela lâavait-elle aidĂ©e dans ses prises de dĂ©cision, sur les endroits prĂ©cis Ă fouiller. Les trouvailles qui avaient suivi ses indications, sâĂ©taient rĂ©vĂ©lĂ©es aussi prĂ©cises quâune montre suisse.
Lesoir du 7 dĂ©cembre 1851, vers sept heures, SilvĂšre s'occupe avec une carabine en attendant Miette. Les deux jeunes amoureux, tous deux idĂ©alistes, se retrouvent et voient la marche des rĂ©publicains insurgĂ©s progresser Ă travers la ville. SilvĂšre est dĂ©cidĂ© Ă
Les nouveaux dĂ©fis de Fortnite pour la semaine 3 de la saison 1 du chapitre 3 ont fuitĂ©. Comment les rĂ©aliser et quelle est la liste des quĂȘtes ? Depuis le dimanche 5 dĂ©cembre 2021, le nouveau chapitre 3 de Fortnite est disponible avec sa toute premiĂšre saison. Epic Games a dĂ©cidĂ© de repartir sur une base de dĂ©fis hebdomadaires et nous vous proposons de dĂ©couvrir les dĂ©fis Fortnite de la semaine 3, de la saison 1 du chapitre 3. Bien Ă©videmment, ces dĂ©fis sont Ă rĂ©aliser dans le jeu et si vous rencontrez des difficultĂ©s, nous serons lĂ comme dans chaque saison pour vous aider !Chaque dĂ©fi vous permettra d'avoir de remporter de l'XP, et de gagner rapidement en niveau dans le jeu. Ă lire aussi DĂ©fis semaine 3, saison 1 du chapitre 3 de FortniteCliquez sur chacun des dĂ©fis en bleu pour accĂ©der Ă son guide associĂ©. Chaque dĂ©fi difficile aura son propre article pour vous expliquer de A Ă Z ce qu'il faut faire pour y venir Ă bout. Fouiller des glaciĂšres ou des machines Ă glaçons Glisser sans interuption sur 25 m Rebondir 5 fois sur les rebondisseurs de Spiderman sans toucher le sol Parler Ă Guaco, Jonesy du Bunker et Experte des cĂąlins Obtenir des objets entreposĂ©s dans une tente Infliger des dĂ©gĂąts aux adversaires Ă Rocky Reels ou Condo Canyon Visiter diffĂ©rents avant-postes des Sept en une seule partie Frapper des points faibles en collectant Eliminer des adversaires avec un Fusil d'assaut N'oubliez pas que la saison 1 du chapitre 3 va durer plusieurs semaines, vous allez avoir largement le temps de rĂ©aliser l'ensemble des dĂ©fis. N'oubliez pas Ă©galement que chaque semaine, Epic Games va ajouter des dĂ©fis supplĂ©mentaires. Rejoignez la communautĂ© Breakflip sur Discord, jouez Ă Fortnite avec les autres joueurs tout en Ă©tant informĂ© de nos derniers articles ! Ă lire aussi
Fouillerdes glaciÚres ou des machines à glaçon; Glisser sans interruption sur 25m; Rebondir 5 fois sur les rebondisseurs de Spider-Man san toucher le sol ; Parler a Guaco, Jonesy du bunker et
KB14 Disponible * Prix conseillĂ© ** Prix promo Livraison en 48h Livraison en 48 heures * Produit garanti2 ans Retour sous 14 jours * En France. Ces dĂ©lais sont donnĂ©s Ă titre indicatif et peuvent ĂȘtre rallongĂ©s en cas de situation exceptionnelle ou retard de la sociĂ©tĂ© tierce de transport Description La machine Ă glaçons KB14 est lâappareil parfait pour rafraichir vos boissons de lâĂ©tĂ©Rapide, l'appareil produit 12 glaçons toutes les 6 Ă 13 minutes et jusqu'Ă 12 kg par jour. La production de glaçons est automatique et peut ĂȘtre facilement contrĂŽlable grĂące Ă son affichage LCD intĂ©grĂ© Pratique, vous pouvez programmer l'appareil pour prĂ©parer des glaçons Ă l'avance ou Ă la derniĂšre minute et mĂȘme les conserver pour plus tard. Utile, vous pouvez choisir parmi deux tailles de glaçons selon vos besoins. IdĂ©al, le KB14 vous permettra aussi de remplir les glaciĂšres, essentielles pendant les soirĂ©es, et les pique-niques de cet Marque ModĂšle KB14 Puissance 120W Alimentation 220-240V/50Hz CapacitĂ© du bac Ă eau 2,1L CapacitĂ© de production 12Kg/j Cycle de production 6 Ă 13 minutes 2 tailles de glaçons Couvercle transparent Indicateur du niveau d'eau Bac Ă glaçons amovible Corps en acier inoxydable Accessoires pelle Ă glaçon INCLUS DANS LA BOĂTE âą Machine Ă Glaçons KB14 âą Bac Ă glaçons âą Pelle Ă glaçons âą Manuel en Français âą Facture nominative Ătat du produit Cet appareil est reconditionnĂ© il peut s'agir de produit d'exposition, dâemballage abĂźmĂ© ou de retour client produit sorti de son emballage d'origine.Il est livrĂ© avec l'ensemble de ses accessoires dans un emballage neutre neuf ou dans l'emballage d' neuf Appareil esthĂ©tiquement irrĂ©prochable, sans traces dâusage, testĂ© et totalement fonctionnel. Lâemballage peut nĂ©anmoins prĂ©senter quelques dĂ©fauts et/ou Ă©tiquettes. Ce produit bĂ©nĂ©ficie dâune garantie de 2 ans identique Ă tout produit neuf. TrĂšs bon Ă©tatAppareil pouvant prĂ©senter des Ă©raflures lĂ©gĂšres ou des Ă©gratignures lĂ©gĂšres sur le corps. sans traces dâusage, testĂ© et totalement fonctionnel. Ce produit bĂ©nĂ©ficie dâune garantie de 2 ans identique Ă tout produit neuf. Bon Ă©tatAppareil ayant Ă©tĂ© dĂ©ballĂ© et/ou testĂ© par un usager pouvant prĂ©senter des Ă©raflures lĂ©gĂšres et/ou des Ă©gratignures lĂ©gĂšres, qui nâaffectent pas le bon fonctionnement. Ce produit bĂ©nĂ©ficie dâune garantie de 2 ans identique Ă tout produit neuf.
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